Clarke à Rovigo, 17 février. Arch. nat., F
3. Correspondance dé Napoléon, 21256. Joseph à Montalivet, 16 février et Chabrol à Froidefonds, 16 février. Arch. nat., F. 9, 753. — Napoléon exagérait, comme de coutume. Si les Alliés avaient abandonné 5 ou 6000 fusils, c'était le maximum. De ces 5 ou 6000 fusils, 1000 avaient servi à l'armement, sur le terrain même, de deux bataillons de gardes nationales mobilisées.
^. Rovigo à Chabrol, 20 février et à Maïuice Mathieu, 6 mars. Arch. nat., F. », 753.
A 'défaut de fusils, Joseph lit fabriquer 6000 piques. La plupart des miliciens refusèrent ou n'acceptèrent qu'avec répugnance ces armes d'un autre âge, bien qu'on les eût décorées de flammes tricolores du meilleur effet, et que pour relever le prestige des porteurs de piques, on parlât de créer une garde d'honneur du roi de Rome sous le nom pompeux de lanciers de la garde nationale*.
Le manque d'armes arrêta l'exécution du projet de Napoléon, qui consistait à faire une nouvelle levée de gardes nationales dans la population parisienne, et spécialement parmi les ouvriers sans travail. L'empereur voulait d'abord appeler 30 000 hommes, mais il V renonça sur les observations du roi Joseph qu' «il
erait impossible de doubler la garde nationale sans la dénaturer et que d'ailleurs il y avait l'invincible difficulté du manque d'armes*. » Plus tard, le 10 mars
iiisfe 14 mars et le 23 mars encore, il revint à cette idée, tout en réduisant sa demande de 30 000 à à 12 000 hommes*. On consulta le préfet de police, dont la juste vision des choses était, à ce qu'il semble, étrangement troublée par la panique qui régnait depuis quelques jours. Le baron Pasquier répondit que ce qui existait de garde nationale n'était en état de porter les armes d'aucune façon ; qu'à la moindre alarme, les gardes refuseraient tout service, qu'ils étaient disposés à la rébellion ; et que par conséquent il fallait se garder d'augmenter cette milice, déjà fort mauvaise, au moyen d'éléments plus mauvais encore. « Par-dessus tout, ajoutait Pasquier, il faut
1. Chabrol k Montalivet, Il et 15 mars, et Rapport aa roi Joseph, 18 mars. Arch. nat., F. 9, 754 et F. 9, 755.
2. Corretp. de Joseph, X, 156 ; Corretpondanee de Napoléon. 21 360.
3. Corretpondanee de iVapo/«on, 21 460, 21487, et Napoléon à Clarke. Reims, 15 mars, et Saint-Duier, 23 mars. Arch. nat., AF. it, 906 (lettras non citées dans la Corrt^ondancé).
craindre d'émouvoir la population de Paris. On ne sait oij on la pourrait conduire. Une fois agitée elle serait facilement entraînée par toutes les factions. Elle est très malheureuse. Il serait extrêmement aisé de la pousser aux mesures de désespoir contre ceux qui la gouvernent, et il ne manquerait pas de gens aidant à mettre ces dispositions à profit. La plus vile populace même, qu'on peut peut-être émouvoir pendant deux fois vingt-quatre heures dans le sens du gouvernement, au troisième jour marcherait peutêtre dans un sens tout à fait contraire. La licence à laquelle il faudrait ouvrir la porte faciliterait extrêmement ce changement de scène ^ » Pasquier eût dû se borner à dire que puisque déjà les fusih faisaient défaut aux g^ardes nationales appelées à l'activité, il était inutile de lever un nouveau contingent qu'on serait dans l'impossibilité absolue d'armer. C'était là le meilleur, le seul argument à opposer au projet de l'empereur. Les autres raisons invoquées par le préfet de police témoignent plutôt de sa pusillanimité que de son jugement. « Ce n'était pas la population, a dit justement Odilon Barrot dans un discours célèbre, qui manquait à son gouvernement, c'était le gouvernement qui manquait à la population^ » Il n'était pas vrai que la garde nationale « ne fût en état de porter les armes d'aucune sorte» , ni qu'elle dût « refuser tout service à la moindre alarme ». Bien que son recrutement, établi sur le cens, fût très vicieux, la garde nationale de Paris était animée d^in assez bon esprit. Si elle était peu disposée, sans doute, à s'élancer hors des murailles contre l'ennemi, elle était déterminée à les bien défendre'. Quant à « la vile popu/ç-^e »,
1. Rapport de Pasquier à Montalivet, 16 mars. Arch. nat., F. 9. 753.
2. Discours sur les fortifications de Paris. Moniteur du 29 janvier 1841.
3. Cf. Corresp. de Joseph, X, 43, 131, 153 et passim; Rapports de Pasquier et de HuUin, 24 janvier, 4 février, 20 février »t passim, Arch. nat., AF, iv,
cohime dit avec un dédain tout aristocratique le futur duc de Louis-Philippe, il n'était pas vrai non plus qu'elle tût prête à seconder l'invasion par une révolution. Les rapports secrets de police, que cependant devait bien connaître Pasquier, et les rapports journaliers de Pasquier lui-même, pendant les mois de janvier, février et mars 1814, témoignentque la population ouvrière était, malgré tout, restée bonapartiste, et que les conspirateurs et les « ennemis du dedans » ne se cachaient pas dans les faubourgs. Presque chaque jour, pendant cette période, on signale des propos, des placards, des complots royalistes, et c'est à peine si trois ou quatre fois* les agents mentionnent quelque parole qui puisse faire appréhender un mouvement jacobin, comme on disait alors. Les événements d'avril allaient prouver, de reste, que les révolutions ne se font pas toujours par le peuple. Napoléon jugeait bien, qui écrivait au roi Joseph : « Le peuple a de l'énergie et de l'honneur. Je crains que ce ne soient certains chefs qui ne veulent pas se battre*. »
S'il y avait des hommes et pas de fusils pour l'infanterie, pour l'artillerie il y avait des canons mais point d'hommes. Vincennes renfermait 700 bouches à feu de tout calibre, la plupart pièces de siège et de place. Quant aux pièces de campagne, beaucoup manquaient d'avant-trains'. On fit entrer à Paris 342 ca-
1534. —On verr* pius loin que la garde nationale tint, et au delà, les espérances, d'ailleurs fort modérées, que l'on fondait gor elle. Le 30 mars, bien que découragée par le départ de l'impératrice et du roi de Rome, travaillée par les meneors, laissée sans ordres et sans direction, pour ainsi dire abandonnée à elle-même, elle se conduisit honorablement. On trouva même S à 4000 volontaires sur 12000 hommes pour sortir de l'enceinte.
1. Rapports de police. 6 février, 8 février. Rapport de Paaqaier, 10 février. Arcb. nat., F. 7, 6603, 5737 et AF. rv, 1534.
2. Correspondance de Napoléon, 21477. Cf. 21336. > L«s ministres ont «■ généra peu de tête. > 21423, 21415 : « On dirait que vous dormes à Paris. • 21 363 et poMtm.
3. Corretp. de Joteph, X, 67, 80. Corretp. de Napoléon, îll^A; Cf. l^xxn ds Daumesnil an goavemement provisoire, 8 avril. Arcb. de U guerre.
nons*. Mais dès que l'on avait pu organiser une batterie, on l'envoyait à l'armée : vingt-huit batteries, soit 186 pièces, partirent ainsi'; 186 bouches à feu restèrent dans Paris. C'était plus qu'on n'en pouvait utiliser, car les ouvrages extérieurs n'existaient encore qu'à l'état de projet et les canonniers étaient en très petit nombre. On avait compté sur plus de vingt compagnies d'artillerie : canonniers gardescôtes, canonniers do la marine, canonniers hollandais, invalides, enfin élèves des écoles polytechnique, de droit et de médecine'. Mais les deux compagnies hollandaises avaient été affectées à la garnison de Vincennes, les quatre compagnies de la marine étaient entrées dans les divisions du duc de Padoue et du général Souham*; enfin, devant l'attitude honteuse d'un certain nombre d'élèves des écoles de droit et de médecine, qui avaient accueilli avec des huées le général de Lespinasse, chargé de les commander, on avait renoncé à l'organisation de ces compagnies*. Réduite aux gardes-côtes, aux invalides, aux polytechniciens et à quelques volontaires de la garde nationale, l'artillerie parisienne atteignait à peine l'effectii d'un millier d'hommes. Parmi les 12 000 gardes nationaux non armés, on aurait pu sans doute former des artilleurs, mais comme il est beaucoup plus diffi-
1. Clarke à HuUin, 25 et 29 mars. Arch. de la guerre. Rapport de Lespi nasse à Montalivet, 26 mars. Arch. nat., F. 9, 751. Rapport de Peyre sur les barrières de Paris, 4 mars. Arch. de la guerre.
2. Clarke à HuUin, 25 mars. Arch. de la guerre. Cf. Correspondance de Napoléon, 21 194, 21 224, 21 294 et passim.
3. Correspondance de Napoléon. 21 134, 21198, 21294. Décret du 24 janvier sur l'orgaDisation de l'artillerie de la garde nationale. Arch. nat., F. 9, 754. Daumesnil au gouvernement provisoire, 8 avril. Arch. de la guerre.
4. Clarke à HuUin, 29 mars, et Dauraesnil au gouvernement provisoire, 8 avril. Arch. de la guerre. Cf. Corresp. de Napoléon, 21281. Mémoires de Marmont, YI, 208, 213. Rapport à Clarke, 8 mars. Arch. de la guerre. — C'étaient ces canonniers de la marine qui, ayant laissé leurs pièces à la prolonge le soir du 9 mars, les perdirent dans le hurrah d'Athies.
5. Le doyen de la Faculté de médecine à Clarke, et Lespinasse k Clarke, 7 lévr««r. Arch. nat., F. 7, -,6 605.
cile d'improviser des canonniers que des fantassins, on ne voulut même pas y essayer. Sur les 186 pièces, §4 furent placées aux barrières ; les 132 autres canons furent parqués au Champ de Mars*, en attendant qu'on élevât des ouvrages destinés à les recevoir et qu'il iombât du ciel des artilleurs pour les servir.
Au mois de janvier 1814, les fortifications de Paris, si l'on peut ainsi dire, consistaient dans le mur d'octroi, qui n'était pas même achevé sur tout son périmètre. L'empereur, revenant à l'idée qu'il avait eue dès l'ouverture de la campagne de 1805, voulut faire de Paris une véritable place forte. Le comité du génie présenta un projet. Des redoutes seraient établies sur les sommités qui commandent Paris ; d'autres seraient élevées à la tête des faubourgs, qui seraient barricadés, crénelés et reliés par des tranchées. De tels travaux auraient nécessité beaucoup de temps et beaucoup d'argent. L'empereur, en outre, appréhendait d'alarmer la population parisienne par la perspective d'un siège à soutenir. Il ne voulait pas qu'on pût croire que le vainqueur de l'Europe en fût déjà réduit à craindre pour la capitale de son empire. Napoléon rejeta le projet du comité du génie, et le 14 janvier il posa les bases d'un dispositif plus simple. On se bornerait à barricader les faubourgs extérieurs, à fermer par des palissades les parties du mur d'octroi non encore terminées, et à établir aux portes des tambours en palanques avec créneaux et embrasures prenant des flancs sur l'enceinte. Ces faibles retranchements suffiraient à mettre Paris à l'abri d'un hurrah de cavalerie, et l'empereur, au milieu de janvier, ne redoutait pas
1. Clarke à Montalivet et à Hullin, H février, 25 et 29 mars. Rapport de Peyre sur les barrières de Paris, 4 mars. Arch. de la guerre. Lespinasse à lIoDtalivet, 26 mars. Arch. nat., F. 9, 754. — Toutes ces pièces n'étaient pas '"ailleurs destinées à Paris. Clarke devait continuer à envoyer dea batteries alarmée, au fur et à mesure des demandes de l'empereur.
autre chose ou du moins voulait qu'on crût qu'il ne redoutait pas davantage*. Dès le 3 février, le génie de la garde nationale, auquel on avait adjoint un certain nombre d'ouvriers civils, avait élevé les tambours et les palissades. Mais le comité de défense ayant clos ses séances après le départ de l'empereur poui- l'armée, on ne s'occupa point de fortifier les faubourgs^. Ce fut seulement dans les premiers jours de mars qu'au cours d'une inspection des barrières de Paris faite par le roi Joseph, ses officiers lui démontrèrent l'insuffisance de ce semblant de fortifications. Allent, qui fut consulté, rappela — bien tardivement ! — qu'un plan plus sérieux avait été soumis à l'empereur^ Joseph n'osa pas ordonner l'exécution de ces travaux sans en référer à son frère. Il lui écrivit le 8 mars, le priant d'autoriser la levée d'une nouvelle taxe de 500000 francs, destinée aux fortifications. « Pour ne pas perdre un moment, ajoutait Joseph, je propose à Votre Majesté d'autoriser M. de La Bouillerie à en faire l'avance. » Le 11 mars, l'empereur répondit : « Il faut donner vos ordres pour qu'on commence des redoutes à Montmartre. » Mais la lettre était muette sur la taxe des 500000 francs et sur l'avance à en faire par La Bouillerie. Le 12 mars, Joseph adressa une dépêche à l'empereur pour lui rappeler que le comité de défense avait présenté un projet « dont l'exécution n'avait été retardée que par le manque do fonds ». « Le plan
1. Correspondance (le N'apoléon. 21 084, 21 089-90. Procès-verbal dn conseQ^ des ministres, 22 décembre 1813, Arch. nat., AF.* iv, 99. Relation d'Allent dans la Suite au Mémorial de Sainte-Hélène, II, 52, 57, 61-62. Mémoires La Valette, II, 78.
2. État des travaux, de fortifications et lettres diver.<es. Arch. nat., 29 jaO'J vier au 3 février. Arch. nat., F. 9, 753 et F. 9, 754. Cf. Relation d'Allent.
3. Relations d'Allent, 105-106. — Selon Allent, cette inspection n'aurait eol lieu que le 14 mars. Il confond les dates de cette tournée et de la réunioul du comité du génie, qui s'assembla en effet le 14 mars. Dès le 8 mars, Joseph! avait écrit à l'empereur au sujet des fortifications de Paris, sur l'insufâsancfl desquelles ses officiers venaient d'appeler son attention.
est bien compliqué, » répondit Napoléon, le 13 ma»*s. sans parler d'instructions à La Bouillerie relatives à l'ouverture du crédit*. Le 14 mars, le comité du génie se réunit de nouveau et présenta un second projet qui ne différait du premier que par quelques simplifications. Au lieu de redoutes, on élabliraii des batteries fermées à la gorge ; au lieu de tranchées continues, on pratiquerait quelques coupures et on ferait quelques levées de terre. Le 15 mars, Joseph expédia ce projet à l'empereur et répéta dans sa lettre d'envoi : « Pour que ces travaux puissent se commencer sur-le-champ, il faut : 1*" que le plan reçoive l'approbation de Votre Majesté; 2° qu'elle autorise une avance de 100 000 francs, remboursable au trésor de la couronne sur le produit de la nouvelle contribution que le conseil d'Etat discute aujourd'hui*. M L'empereur ne répondit pas à cette lettre si précise et si pressante. L'heureux combat de Reims venait de lui rendre l'espoir d'attirer sur lui, bien loin de Paris, tout l'effort des armées alliées. Le ■2-2 mars, Joseph écrivit encore : « Le général Dejean président du comité du génie) attend impatiemment l'approbation de Votre Majesté'. » Cette dernière lettre, si elle ne tomba pas entre les mains des coureurs ennemis, ne parvint à Napoléon que la veille de la bataille de Paris.
La conduite des habitants de Saint-Denis eût dû servir d'exemple au roi Joseph. Complètement abandonnés dès les premiers jours de février, laissés dans une ville dépourvue de toute clôture, sans aucune garnison (on rappela dans Paris les troupes qui la
l. CorretpTM. de Jotepk, X, 188, 193-196. Corresp. de NapoUtm, 21 4«1, 81 47T.
?. C.orrap.de Joseph, X. 200. Cf. 208 et Relation d'Alleot, 106-110. La taxe de 50ÛOOO fianrs fot réduite à 120000 francs par ]» coiueil d'£Uf et n<t fw poin; perçue.
^ eurretpoHdamee du roi Jtseph. X, 208
composaient) et sans garde nationale organisée, les habitants de Saint-Denis prirent spontanément des mesures pour se mettre p l'abri d'un hurrah de Cosaques. On forma une garde nationale, dont les hommes s'armèrent et s'équipèrent à leurs frais, fondant des balles et confectionnant des cartouches avec la poudre oubliée dans les magasins de la caserne. Des officiers de la milice et des architectes, constitués en comité de défense, décidèrent les travaux à exécuter. On ferma la ville par des portes et des tambours, et on l'entoura de tranchées, de palissades et de chevaux de frise. Les vieux ormes de l'avenue Saint-Remi fournirent le bois; les souscriptions, le fer; les habitants donnèrent volontairement et gratuitement leurs bras*.
Etait-ce demander trop au conseil de régence de l'empire d'avoir autant d'initiative qu'une municipalité de banlieue? Joseph ne devait-il pas penser dès le mois de février à l'insuffisance des fortifications?Ne devait-il pas convoquer dès cette époque le comité du génie et le presser d'étudier un nouveau plan? Le plan arrêté, ne devait-il pas en ordonner l'exécution dans ses parties essentielles, passant outre, vu la gravité des circonstances, aux funestes hésitations de l'empereur et à ses ordres malheureusement contradictoires^? Le roi devait-il attendre l'approche des colonnes ennemies pour faire commencer les redoutes de Montmartre et de Romainville, les barricades, les palanques, les tambours de Pré-Saint-Gervais, de Pantin, de Charonne, d'Aubervilliers, les lignes de tranchées du nord de Paris, où déjà le canal projeté de Saint-Denis formait une tranchée natu-
1. La Défense de Saint-Denis en 1814, par Dezobry, ancien commandant dt la garde nationale, pp. 10 à 14. Cf. Correspondance du roi Joseph, X, 188. i. Cf. Correspondance de Napoléon, 21 461 et 21 477.
LA RÉGENCE ET LA DÉFENSE DE PARIS. *iii
relie qu'on ne songea pas à rendre tout à fait infranchissable*? Joseph avait écrit à l'empereur « qu'il était arrêté par le manque de fonds». L'argent cependant n'était pas indispensable pour bien des travaux! Lgs arbres ne manquaient ni au bois de Boulogne ni au bois de Vincennes. Quant aux travailleurs, on les eût trouvés facilement au moyen de corvées commandées dans la garde nationale ^. Pendant six semaines, les gardes auraient été plus utiles à la défense en remuant la terre qu'en faisant faction aux barrières sans armes où avec des fusils qui au point de vue balistique équivalaient à des manches à balai'. Les miliciens qui auraient jugé trop pénibles les travaux de terrassement auraient d'ailleurs été autorisés, exceptionnellement pour ce service, à fournir des remplaçants. Il s'en fût trouvé dix pour un dans la population des faubourgs. Par cette mesure, ou eût atteint le double but de fortifier Paris et d'occuper un certain nombre d'ouvriers sans travail. Il semble enfin que si l'on avait proposé Saint-Denis comme exemple aux communes suburbaines, on aurait obtenu de leurs habitants, qui ne furent appelés à faire partie de la garde nationale qu'au milieu de mars*, des corvées volontaires qu'eussent commandées des officiers et des sous-officiers du génie.
1. Mémoires de Langeron. Arch. des affaires étrangères, Russie, 25. — Langeron rapporte que le jour de la bataille de Paris, son artillerie n'aurait pu franchir le canal s'il n'avait trouvé un passage laissé pour les voitures. Ainsi on n'avait pas même pensé à détruire ce passage et à le remplacer par un pont volant que les dernières troupes en se retirant auraient coupé ou enlevé!
2. Les « corvées du génie > sont d'un usage constant dans les troupes de ligne. En 1870, la garde nationale fut employée aussi à ces travaux.
3. Rapport à Clarkc sur l'état des barrières de Paris, 4 mars. Arch. de la guerre : «Barrière de la Râpée, 80 gardes nationaux avec 40 fusils dont tes cartouches ne sont pas de calibre. — Barrière du Trône, 20 gardes nationaux avec fusils hors de service, plusieurs sans chien, ■ etc., etc. Cf. Dupoof â DesïoUes, 20 mai 1814. Arch. nat., F. 9, 763.
4 Cf. Correspondance du roi Joieph, X, 188. Chabrol k Montalivet, 7 mars. Décret impérial, IS mars. Arch. nat., P. 9, 751.
Avec un peu d'initiative, il aurait donc été facile à la. régence de pourvoir aux fortifications de Paris. Lui eût-il de même été«possible, en multipliant les taxes de guerre, de pourvoir à l'armement complet des gardes nationales parisiennes et à celui des douze mille hommes de la levée en masse que demandait l'empereur? La question est plus douteuse. Comment trouver tout l'argent qu'il fallait dans cette population si terriblement appauvrie, et qui déjà avait tant de peine à payer les contributions ordinaires et les énormes contributions additionnelles. A Paris, c'était alors la misère pour le grand nombre, la gène pour les plus favorisés. Les commandes manquaient aux fabricants , le travail aux ouvriers ; dans les boutiques, on vendait à perte quand par hasard se présentait quelque acheteur. Les propriétaires ne louchaient ni loyers ni fermages. Depuis le 17 novembre 1813, les pensions et les traitements civils subissaient une retenue de 25 p. 100; encore étaientils payés en retard et par acomptes* Pour lever dans Paris de gros impôts de guerre, il eût fallu, en tous cas, s'y prendre dès le commencement de janvier. Dans ce mois et dans celui de février, les contributions directes donnèrent à Paris 70000 francs par jour. Au mois de mars, la gêne et la misère croissant, le rendement journalier tomba à moins de 1000 francs ^ Quand à bout de ressources, la ré-
1. Délibération du conseil des ministres, du 19 novembre 1813. Rapports journaliers de Pasquier, 14 janvier, 11 février,9 mars et pa«si"m; Arch. nat.,AF. IV*, 99 et AF. iv, 1534. Journal d'un prisonnier anglais, 286. Hauterive à Caulaincourt, 7 février. Arch. des affaires étrangères, fonds France, 670. — Il était naturel que les traitements civils fussent irrégulièrement payés, puisqu'on no suffisait pas à pourvoir à la solde de la troupe et des officiers. Voir Rapport de Pasquier, »0 février, Arch. nat., AF. iv, 1534; Napoléon à Berthier 2 mars, Arch. nat., AF. iv, 906 (lettre non citée dans la Corretpondance). Ney à Berthier, 16 mars. Arch. de la guerre.
■ Cf. Journal d'un prisonnier anglais, 285. Corretpondance du roi Joseph, X. ioo. 300 et pasiim; voir enfin dans le Dictionnaire des finance» (554-5^} i««
gence se résolut à lever des taxes spéciales pour la défense de Paris, il était trop tard. La contribution de un million discutée le 22 février, en vue de fournir 2000 chevaux d'artillerie à l'armée, fut perçue daus le délai de cinq jours'. Mais l'impôt extraordinaire de 730000 francs voté le 8 mars par le conseil municipal pour les dépenses de la garde nationale (sommes sur laquelle d'ailleurs les deux tiers avaient été avancés par la caisse de la Ville) ne donna rien ou presque rien," et la taxe de défense de 120000 francs, discutée au conseil d'Etat le 16 mars, ne fut point perçue*. On dut ainsi renoncer à l'acquisition de 3000 fusils de chasse en magasin chez les armuriers, à l'établissement d'une manufacture qui devait fournir de 500 à 1000 fusils par jour, enfin a la création d'ateliers de charité destinés à travailler aux fortifications'. Ce dernier projet avait été délibéré eu consei des ministres dès le 22 décembre 1813; il avait été ajourné à cause de l'épuisement du trésor, et l'empereur en avait de nouveau prescrit l'exécution le 11 mars*. Mais loin que l'on pût former des ateliers de charité, on laissait, faute de commandes ou plutôt faute d'argent pour solder les commandes, des ïournisseurs militaires renvoyer des
recettes des contributioDS directes du premier trimestre de 1814 qui, bien qu'elles dussent donner, en raison des énormes augmentations décrétées en novembre 1813 et en janvier 1814, un excédent de plus de 50 p. 100 sur le premier trimestre de 1810, accusent an contraire un déficit de plus d* moitié.
1. Décret impérial (signé Marie-Louise) du 22 février 1814. Arch. nat., F. 9, 754; Corresp. de Napoléon, 21194; Corresp. du roi Joseph, X, 150.
2. Délibération du conseil municipal du 8 mars. Chabrol à Cambacérës, 12 mars, à Montalivet. 26 mars. Arch. nat., F. 9, 753 «% 754. Corresp. du rm Joseph, X, 187, 188. 200. Rapports et projets de décrets tm le* dépenses de la garde nationale de Paris, in-8 (1814).
3. Correspondance du roi Joseph, X, 187, 195, 200. Corrttpondanee de Nmpoléon. 2146". Chabrol à Rovigo (s. d.). Arch. nat., F. 9, 753.
4. Délibération du conseil des ministres du 22 décembre 1813; Arch. naV AF. rr*, 99. Correspondance de Napoléon, 21 461.
ouvr/ers par trois cents à la fois*. L'argent manquait totalement. Si le Trésor avait plus de quatre cents millions en obligations, bons, traites, mscriptions% c'était du papier; il fallait de l'or. « Rien, écrivait le roi Joseph, ne peut plus se faire par le crédit'. »
Seul l'empereur, grâce aux économies de sa liste civile, avait encore de l'argent comptant. Mais ce famer.x trésor des caves des Tuileries, « cette poire pour la soif » comme l'appelait Napoléon, n'était pas inépuisable. Ces millions avaient bien diminué depuis trois mois que le domaine extraordinaire subvenait à toutes les dépenses de la garde et du grand dépôt de remonte et à une petite partie de celles de l'Administration de la Guerre. Sur les soixante-quinze millions renfermés dans les caves des Tuileries, à peine s'il en restait vingt-quatre au commencement de mars* Cette dernière ressource, Napoléon qui s attendait à la longue durée des hostilités, la ménageait jalousement. Le baron de La Bouillerie, trésorier de la couronne , n'avançait aucune somme que sur l'ordre exprès de l'empereur, et souvent l'ordre se faisait attendre. C'est ainsi que maintes fois le général