Correspondance du roi Joseph, X
4. L'empereur avait donné , de la fin de novembre à la fin de février, trente millions à la guerre, 14 millions à la garde, 2 millions au grand dépôt de cavalerie (Correspondance de Napoléon, 20902, 21067, 21147. Correspondance ■iu roi Joseph, X, 66, 128, 132, 133 et passim. Fain, 2 274. Meneval, II, 25. D'Hauterive à Caulaincourt, 25 février. Arch. des affaiies étrangères) sans compter les sommes avancées à l'armée d'opération, pour des acomptes sur la solde des officiers et de la troupe. (Napoléon à Berthier, Jouarre, 3 mars. Arch. nat., AF. iv,906, non citée à la Correspondance.) Il restait au 8 mars 24 millions. Sur ce reliquat, l'empereur donna encore au moins 4 raillions à la .^arde et 1500 000 trancs au dépôt de cavalerie. (Correspondance de Napoléon, 21537. Correspondance de Joseph, 193, 195.) Quand La fJouillorie quitta Paris avec l'impératrice, le 29 mars, le trésor ne compta»* plus qur 18 millions, sur lesquels 10 furent, comme on sait, arbitrairement confisqués. pour ne pas dire volés, à Blois, par les agents du gouvernement provisf»' re. — États du Trésor. Arch. nat., AP. iv, 1933.
Ornano, commandant les dépôts de la garde, et le général Préval, commandant le dépôt do cavalerie de Versailles, durent arrêter, faute de fonds, la mise sur le pied de guerre des bataillons et des escadrons. Il y a pour témoigner les lettres du roi Joseph' et celles du général Préval, qui en moins d'un mois avait monté, équipé, habillé, armé douze régiments de marche : « Malgré la cessation de paiement, écrivait-il à Clarke, je suis parvenu à obtenir un certain nombre de livraisons. J'ai encore arraché aujourd'hui 127 chevaux; en sorte que je dois en ce moment plus de 800 chevaux, et à la pluralité des fournisseurs plus de 500000 francs. Je suis fondé à croire que sans la cessation des paiements, je serais parvenu à fournir non 6000 chevaux comme je m'y étais engagé, mais 9000 ou 10000 environ. Et j'en donne une forte preuve puisque, malgré tous les obstacles, j'aurai fourni dans le courant de mars de 7 à 8 000 chevaux. .. » Quelques jours plus tard, il écrivait encore : « Je n'ai plus d'hommes à envoyer, car je n'ai pas d'argent... Encore faut-il aux hommes des bottes et surtout des chevaux Selon le vieux mot du maréchal de Trivulce, je vous répète : De l'argent, de l'argent, de l'argent ! '» Si Napoléon ménageait ses derniers millions même quand il s'agissait de l'armée qui était tout son espoir, à plus forte raison était-il peu disposé à épuiser le trésor des Tuileries au profit de la garde nationale et de ces fortifications de Paris dont il ne voyait malheureusement l'utilité qu'avec intermittence. LaGuerre, bien qu'elle fût aidée par les fonds des autres ministères '
1. Correspondance duroi Joseph, X, 133, 175, 186, 203, 204, 207.
t. Préval à Clarke, 6 mars, 18 mars, 23 mars, 28 mars. Arch. de la guerre.
3. D'après une lettre de Napoléon k MoUien (Troyes, 26 février. Arch. Bat. AK. IV, 906, non citée dans la Corretpondance), le ministre de la polie* Mttl'ordre de tenir un million à la disposition de l'Administration delà guerpe. n ea fut niât vraisemblablement pour les autres ministères.
et les versements du domaine extraordinaire, ne pouvait déjà pas subvenir aux énormes dépenses de l'armement, de l'habillement, des munitions, des vivres et de la.^olde. Encore moins pouvait-elle payer les fusils de la garde nationale et les ateliers de charité. Paris devait donc suffire seul à sa défense. Or, au mois de mars, Paris n'avait plus rien.
Quelques jours avant son départ pour l'armée, l'empereur avait dit tout haut, à une séance du conseil des ministres, en regardant fixement le prince de Bénévent:« — Jesaisbienquejelaisse à Paris d'autres ennemis que ceux que je vais combattre. » EtTalleyrand, cet homme dont Murât disait « qu'il recevrait soudain un coup de pied au derrière sans que son visage en laissât rien paraître », Talleyrand était resté impassible ^ La régence, qui ne fit pas tout ce qu'elle put dans les préparatifs de défense contre l'étranger, fit-elle du moins tout ce qu'elle dut pour paralyser ces ennemis de Tintérieur que dénonçait Napoléon ? Assurément non. Quand l'initiative et l'énergie manquent pour une chose, elles manquent pour toutes. Le préfet de police Pasquier, le préfet de la Seine Chabrol, le ministre de l'intérieur Montalivet, l'archichancelier Cambacérès, conseiller de la régente, le roi Joseph, lieutenant général de l'empereur, eurent leur part de responsabilité dans l'anarchie morale qui régna à Paris sous la régence. Mais le grand coupable fut le duc de Rovigo. Ministre de la police, Savary devait tout connaître ; il ne le sut ou ne le voulut point. Il entretint l'empereur de méchants commérages de femmes et de misérables différends avec ses collègues du ministère, au lieu de le renseigner sur les mille complots qui s'ourdissaient^ Sceptique,