Pasqoier à Rovigo, 16 mars. Arch. nat., F
2. Les nouvelles se répandaient grâce aux indiscrétions perfides desDalberg, 4es Jaucourt, des Pradt, des Bourrienne, des Angles, car les journaux gardaient le silence sur la dissolution du congres de Châtiilon comme sur l'interruption des communications avec l'empereur. Le 22 mars, le itfmiteur parlait des affaires du 19 à Plancy et à Châtres et de la retraite des Alliés sur Bar-sup-Aube; les jours suivants, il ne donnait aucune nouvelle. Le 28, Q disait : « L'armée occupe Doulevent, Chaumont, Brienne. Elle «st en commonication avec Troyes, et les patrouilles vont jusqu'à Langres. » Maia il ne disait pas que les Alliés m trouvaient entre l'armée et Paria.
miracle*. L'émigration reprit, les affaires s'arrêtèrent, les théâtres furent désertés, on ferma les boutiques, on enfouit son or, le change des billets de banque remonta à 60 et 70 pour 1 000, la rente descendit à 48, à 47, à 46, à 45. Des attroupements se formaient sur les boulevards, sur les quais, sur les places, attendant anxieusement les nouvelles du jour, discutant avec passion les nouvelles de la veille. Les proclamations des Bourbons se multipliaient. On en jetait la nuit sous les portes. D'autres placards, d'un caractère différent mais non moins grave, engageaient les citoyens à s'assembler dans leurs sections pour inviter collectivement les députés à traiter de la paix au nom du pays. Des réunions dans ce sens eurent lieu chez des sénateurs ^.
Les 27 et 28 mars, l'arrivée en masse aux barrières de paysan j des environs, fuyant avec leurs bestiaux et leurs meubles chargés sur des charrettes, révéla l'approche de ^ennemi^ Était-ce un parti, une colonne isolée? était-ce un corps d'armée? La population était dans le doute. Le gouvernement ne pouvait plus ignorer que ce fût toute l'armée coalisée. Depuis le 22 mars, le roi Joseph était instruit du mouvement des maréchaux Mortier et Marmont sur Châlons, qui découvrait la route de Soissons, et du mouvement de l'armée impériale sur Vitry, qui découvrait la route de Coulommiers*. Du 23 au 28 mars on ne reçut
1. Rapport de Pasquier, 11 mars. Arch. nat., AF. iv, 1534. « On remarque que l'œil se porte partout là où se trouve l'empereur et que l'on n'a confiance que dans le succès de ses a.-mes. » Cf. Lettre à Rovigo, F. 7, 4290 ; « ... On ne peut espérer qu'à l'armée où commande l'empereur et l'on est fondé d'attendre des revers là où il ne commande pas. »
2. Rapports de police, 17, 21, 23, 25, 26, 27, 28 mars. Arch. nat., F. 7, 6605et F. 7, 3737. Journal d'un prisonnier anglais. (Bévue britannique, 1826, IV, 284- 287). Rodriguez, 34, 35, 40. Cf. Gain de Montagnac, 116.
3. Rapports de police, 27 et 28 mars. Arch. nat., F. 7, 3737.
4. Berthier à Joseph, Arcis-sur-Aube, 21 mars et Joseph à Napoléon, 22 mars {Correspondance du roi Joseph, Xt 207, 208). Cf. Joseph à Hullin, 23 mars. Arcb. de la guerre.
directement ni à la Guerre ni aux Tuileries ni au Luxembourg aucune nouvelle de l'empereur'. Mais le 24 mars, Bliicher, dans le dessein évident d'intimider la régence, fil remettre aux avant-postes, près de la Fcrté-Milon, la fameuse lettre de JNapoléon à l'impératrice saisie par les Cosaques dans la nuit du 22 au 23 *. Cette lettre exposait sommairement les projets de l'empereur et sa marche sur Saint-Dizier. De la position des armées et du fait même que le courrier qui portait la dépêche du quartier impérial avait été arrêté, il était difficile de ne pas inférer que l'ennemi se trouvât placé désormais entre Napoléon et Paris. Le 26 mars, la nouvelle de la défaite de Marmont à Fère-Champenoise « par des forces extrêmement considérables » et de la retraite du général Compans vers la Ferlé-Gaucher', vint confirme/ celte supposition.
Il n'y a plus à compter sur des ordres de Napoléon; il faut agir par soi-même. Joseph s'inquiète, s'agite, multiplie les ordres, mais il ajourne encore la construction des redoutes, « jusqu'à ce que l'empereur approuve le plan qui lui a été soumis* ». En attendant, on fera seulement des clôtures aux faubourgs extérieurs et des coupures aux chemins. Pour ces
L Joseph à Napoléon, 26 et 28 mars [Correspondance du roi Joseph. X, 211 et 214). — La lettre à Clarke datée de Soiuraepuis, 22 mars (Correspondance de Napoléon, 21 529) éta t parvenue aa ministère dans la nuit du 22 au 23 Clarke à Michal, 23 mars. Arch. de la guerre.) Le 26ou le 27, une lettre do Fain du 25 était arrivée à La Valette (Correspondance du roi Joseph, X, 214), mais c'était tout. Le courrier porteur de la longue et si intéressante lettre de Napoléon k Clarke, datée de Saint-Dizier, 23 mars (Arch. nat., AF. iv, 906), trouvant les routes directes coupées, chercha un autre chemin et n'arriva à Paris que le 28 ou le 29 mars, quand les communications eurent «^té rétablies par Troyes.
2. Clarke à Napoléon, 25 mars, 1 heure du matin. Arch. delà guerre. Cf. Mémoires de Rovigo, VI, 356-359; Souvenirs d' Meneval, II, 37-38. Oa a vn (« 1814 », 348) comment cette lettre était tombée aux mains de l'ennemi.
3. Compans k Clarke, Séianne, 25 mars, 10 heures du soir. Arch. de la pierre.
i. Joseph à Hollin, 23 mars. Arch. de la gaerre.
travaux, le ministre de l'intérieur ouvrira d'urgence un premier ;rédit de 15 000 francs sur la taxe de défense volée le 15 mars mais non perçue. Le roi ordonne au directeur de l'arlillerie de s'entendre avec le général Hullin pour établir un certain nombre de batteries en position sur les hauteurs. Il décide que la garde nationale sera entièrement chargée de la garde des barrières, de façon à laisser les troupes disponibles pour combattre aux avancées. Il s'occupe aussi de faire dresser l'état exact des hommes sans armes et celui des fusils restant dans les arsenaux. Enfm il enjoint à Clarke et à La Valette de multiplier les courriers « pour porter à l'empereur les nouvelles de ce qui se passe et le rappeler dans la capitale *. » De l'avis de tous, et surtout de l'avis du roi Joseph, n'est-cb pas ce qui importe surtout?
Clarke, lui, agit comme s'il doutait encore de la réalité. Il semble se refuser à comprendre que tout désormais doit être sacrilié à la défense de Paris. Il hésite à laisser établir l'artillerie en position, car, ditil, « il n'aura plus de batteries organisées à envoyer à l'empereur^ ». En même temps qu'il presse le retour des corps de Marmont et de Mortier dans Paris, il affaiblit la garnison de la ville en dirigeant sur l'Oise une colonne d'infanterie et le 11® de marche de cavalerie ^ Clarke, d'ailleurs, plus disposé à charger les autres des rôles héroïques que jaloux de les prendre lui-même, envoie de nombreux renforts à Meaux et adresse au général Ledru Desessarts, qui y commande, cette adjuration désespérée : « Au nom du ciel, général, qu'on n'évacue pas Meaux qui défend les
1. Josph & Hullin, 23 mars. Le sons-directeur des parcs à Hullin, 24 niars. Rapport du premier inspecteur du génie, 25 mars, Arch. de la guerre. Cof* respondance du roi Jospph, X, 210 213. Belation d'Allent, 110-134.