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Clarke à Joseph, 27 mars. Arch. de la guerre

La Régence et là défense de paris. 455

approches de Paris. Qu'on y tienne de la manière la plus opiniâtre, qu'on y tienne comme les Espagnols ont tenu à Sarragosse. C'est ainsi qu'on sauvera Paris *. » C'était le 27 mars que Clarke écrivait cette lettre ; le 28 on apprit que Ledru Desessarts et Compans, forcés dans Meaux, se repliaient sur Ville-Parisis -. Les illusions n'étaient pi us possibles. Sous deux jours l'ennemi serait devant Paris.

Avantmêmede s'occuper des dernières dispositions de défense, Joseph, lieutenant général de l'empereur et frère de Napoléon, avait à prendre la plus grave des déterminations. Dans ces circonstances terribles, l'impératrice et le roi de Rome devaient-ils rester à Paris? Joseph avait des ordres précis de Napoléon, mais ces ordres étaient tels qu'il ne voulut pas assumer la responsabilité de les exécuter sans soumettre la question au conseil de régence. Les trois firands dignitaires, Cambacérès, Lebrun et Talleyrand, le président du Sénat Lacépède, le grand juge Mole, et tous les ministres' à l'exception des ducs de Bassano et de Vicence, absents de Paris, se réunirent aux Tuileries le 28 mars, à huit heures et demie du soir, sous la présidence de l'impératrice *. Joseph fit connaître au conseil le motif de la convocation, puis il donna la parole au ministre de la guerre.

1. clarke à Ledrn Desessaru, 27 mars. Arch. de la ^erre. i. Ledru Desessarta à Clarke, Meaux, 27 mars, 9 heures du soir. Cf. Clarke à Mortier, 28 mars, 10 heures du soir. Arch. nat., AF. rv, 1670. — En même temps que la lettre de Ledru Desessarts, Clarke recevait le rapport de Marmout, daté de Provins, 27 mars, 7 heures du soir, où se trouvaient ces mots : < Le mouvement de l'ennemi sur Paris n'est pas douteux. *

!. Ministres avec portefeuille : Montalivet (intérieur), Clarke (guerre), Daro .ministration de la guerre), Decrèa (marine), duc de Gaete (finances), Mol- 1 (trésor public), Ro«<^o (police), Bigot de Preameneu (cultes), Sussy (Comi-ce). Mioistres :: Etat : ducs de Ca'Iore et de Massa. Regnault de Saint» an-d'Angely <5oulay de la Meurthe, Merlin de Douai, Muraire, comte d« Cossac, Feriïiont.

4. RovifTO, VL '"13-364; MoUien, FV, 1J9; Meneval.H, 48; lettres inédi'es da Tallevrand, 28 et 29 mars (Beove d'histoire diplomatique). Regnault d« Siùa^ Jean-d'Angély à Moucey,28 mars. Arch. de la guerre.

Clarke exposa la situation telle qu'elle était, sans chercher à en voiler les périls. Il rappela que l'empereur était au delà de la Marne, coupé de Paris par l'armée ennemie qui avait sur lui plusieurs marches d'ava\tce. 11 montra les fortifications à peine ébauchées, la garde nationale composée ie 12000 hommes dont 6 000 armés de piques ou de mauvais fusils, la garnison se montant à 20 000 hommes, y compris les troupes de Compans et de Ledru Desessarts qui, la veille, s'étaient si mal conduites à Mcaux. Quant aux corps de Marmont et de Mortier, qui étaient réduits d'un tiers et qui, au moment oii le ministre parlait, étaient encore sur la route de Provins, arriveraientils à Paris avant l'ennemi? En mettant les choses au mieux, on aurait 43 000 soldats et miliciens à opposer aux armées alliées*. « Si Clarke, dit Rovigo, n'ajouta rien qui pût augmenter les inquiétudes, il ne dit ren non plus de propre à les calmer*, y

1. Mémoires de Rovigo, VI, 364-366; Meneval. II, 130.— Rovigo ne dit pas le chiffre des troupes que donna Clarke. Si le ministre était renseigné comme il le devait être et s'il fut exact dans sa déposition, il dut énumérer les effectifs suivants :

Paris : disponibles des dépôts de la ligne, 3000; disponibles des dépôts da la garde: 5 500; cavalerie et infanterie de la vieille ganle, affectée à la garde du roi de Rome : 1200; 12' de marche de cavalerie : 400; gendarmes d'élite : 800; vétérans : 500 ; canonniers de la marine, de la garde, de la ligne, canonniers hollan>iais à Vincennes : 1000; artillerie de la garde nationale (volontaires, invalides et élèves de l'École polytechnique) : 800 ; sapeurs pompiers et élèves de l'École d'Alt'ort, et de Saint-Cyr, gardes nationales de la banlieue : 1 200; gardes nationales : 12000. Total : 26 400 hommes.

Corps de Meaux : infanterie de Ledru Desessarts : 3 400 ; infanterie de Compans : 1200; cavalerie de Vincent (isolés et 8* et 10* de marche) : IVX>. Total : 5600 hommes.

Corps de Marmont et de Mortier : 11200 hommes. (Clarke n'avait point ce dernier chiffre. P devait évaluer ces deux corps d'armée entre 10 et 15001 hommes.) Total général : 43200 hommes.

Cf. Ornano à Jlarke, 24 mars. Clarke à HuUin, 29 mars. Ledru Desessarts à Clarke, 26 mars. Situation des 6' corps d'armée et des divisions de U garde sous Mortier, 29 mars. Situation de la subdivision de Seine-et-Marne, 26 mars. Journal de Vincent. Arch. de la guerre. Correspondance de Napoléon. 21 134, etc., etc.

2. Rovigo, très irrité contre Clarke depuis l'affaire du général Mallet, charge extrèmemeut le ministre de la guerre. Il dit que Clarke cacha qu'il

Clarke devait parler ainsi. Il no faisait pas une proclamation au peuple ou à l'armée, il faisait un rapport au conseil des ministres. Sans doute il aurait pu ajouter, tn sou nom personnel, qu'avec 'quarante mille hommes une résistance de deux ou trois jours dans Paris, même contre des forces triples, n'était pas impossible. Mais comme ministre de la guerre, il avait le devoir absolu de donner exactement le chiffre des effectifs, d'exposer sans rien en cacher l'état des fortifications et de l'armement.

Les paroles de Clarke n'ébranlèrent pas le conseil. Plusieurs des membres parlèrent tour à tour, assurant que le départ de l'impératrice désintéresserait les citoyens de la défense de Paris en leur prouvant que tout espoir était perdu. Ils insistèrent sur les dangers qu'il y aurait à laisser la capitale, si l'ennemi y entrait, en proie à toutes les intrigues. La population, le gouvernement, la police, tout le monde pensait, tout le monde disait, tout le monde répétait, que Paris pris, il n'y aurait plus d'empire. Plusieurs fois N apoléon lui-même l'avait dit. Rovigo, revenu un peu tard de ses préventions, assura qu'on pouvait compter d'une façon absolue sur le dévouement et le concours efficace des ouvriers, Talleyrand, qui conservait encore

avait 54000 fasils dans les arsenaux. Or od a tu qne dans les premiers joars de février il y avait à Paris lU'OO fusils ea état et à Vincennes 30000 fasils k réparer. Si l'on songe qu'en février et en mars on arma les divisions Charpentier, Boyer de Kebeval, Porret de Morvan, Arrigbi, Souham, Lefebvre-Desnoettes, Compans, Ledru Desessarts, etc., on reconnaît qu'en admettant que les 300UO fusils aient été tous réparés, il devait en rester à peine 2 ou 3 000 non employés. Ce furent ces 2 on 3 000 fusils qui furent distribués le 8oirdu29marset le 30 au matin à la garde nationale. Pour accuser Clarke sur ce point, il faudrait accuser avec lui Joseph et le général Daumesnil. Il faudrait accuser Rovigo lui-même, qui eiit été bien avisé de ne pa^ attendre la publication de ses Mémoires pour révéler Texistenca de ces 54 000 fusils 'gnorés. Rovigo reproche aussi à Clarke d'avoir enlevé d'autorité k la préfecture le la Seine les chevaux de trait qu'on était parvenu à j réunir. Mais ces chevaux, le ministre de la guerre ne les prenait pas pour ses carrosses apparemment. C'était pour le ser\-ic« des batteries de campagne que l'emp»* reor ne cessait pas de demander.

Tarrière-pensée de gouverner pendant la minorité de Napoléon II, fut de l'avis général; .1 déclara que seule la présence de l'impératrice à Paris pouvait arrêter une révolution*. L'énergique Boulay de la Meurthe proposa de conduire l'impératrice et le roi de Rome dans les faubourgs, à l'IIôtel de Ville et d'appeler Paris aux armes. A condition que l'on eût des fusils à donner, l'idée était bonne. Marie-Louise n'avait pas l'âme de son aïeule Marie-Thérèse, mais elle aurait su en simuler le rôle dans la partie décorative. On pouvait tout faire avec cette poupée, même une grande chose. Le spectacle de cette femme jeune et belle, bravant les boulets et l'incendie, portant dans ses bras le fils de Napoléon et appelant son peuple à la défense de Paris, eût exalté la population. On demanda à voter. L'archichancelier recueillit les voix. Fous les membres du conseil, à l'exception de Clarke, qui opina pour la retraite, et de Joseph qui s'abstint, — comme il s'était défendu de parler afin de n'influencer personne, — votèrent contre le départ de l'impératrice*. Clarke, qui était au courant de la lettre de l'empereur, que Joseph allait bientôt produire ', reprit la parole et dit qu'il ne fallait pas exposer l'impératrice et le roi de Rome à tomber entre les mains de l'ennemi, qu'on s'exagérait les dangers d'un départ de Paris, que le pouvoir de l'empereur le sui-

1. Rovigo, VI, 366-371 ; MoUien, IV, 130. Lettres inédites de Talleyrand, 29 mars {Bévue ^histoire diplomatique). Mais quel poids pouvait avoir aux yeux de Josepii l'opinion de Talleyrand, s'il se rappelait ces mots écrits par Napoléon le 8 février: « Si Talleyrand est pour quelque chose dans l'opinion de laisser l'impératrice à Paris, c'est une trahison qu'il doit comploter. Jo vous le répèle, méliez-vous de cet homme... » Correspondance, 81210.

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