Rovi,a:o, VII, 4-5. Cf
t~ Récit de Po^re, citô par Pobs de l'Hérault Appendice, 496.
LES ALLIÉS DEVANT PARIS. ♦û3
toutes les violences, à tous les désastres : Paris était voué au sort de Moscou ' !
Le canon que l'on entendait gronder vers Bondy, les habitants de Romainville, de Pantin. d'Aubervilliers, qui passaient éperdus les barrières, l'appel aux armes distribué dans les rues et commençant par ces mots : « Nous laisserons-nous piller, nous laisserons-nous brûler? » n'étaient point faits pour calmer les frayeurs. Nombre de g:ens quittèrent Paris. Les routes de Rouen, de Chartres, de Dreux, étaient encom})rées de voilures de toute espèce : berlines, cabriolets, chars à bancs, remplis de femmes et d'enfants, fourgons remplis de meubles. A la Bourse, sur les boulevards, dans les faubourgs, la foule s'amassait, exprimant son indignation du départ de la régente. « Ce fut la première fois, rapporte un témoin, que j'entendis le peuple accuser l'empereur. » Vers quatre heures on afficha cette proclamation du roi Joseph : « Citoyens de Paris, une colonne ennemie s'avance sur la route d'Allemagne; l'empereur la suit de près à la tète d'une armée victorieuse. Le conseil de régence a pourvu à la sûreté de l'impératrice et du roi de Rome. Je reste avec vous. Armons-nous pour défendre cette ville... L'empereur marche à notre secours. Secondez-le par une courte et vive résistance, et conservons l'honneur français. » La proclamation n'était pas mal conçue, car c'était rassurer la population de dire qu'on n'aurait aiïaire qii'à une colonne et que l'empereur arrivait à marches forcées. Malheureusemeut le départ de l'impératrice démentait ce» affirmations. De plus, Joseph n'était point populaire. On accueillit mal sa
I. /oHmal <fiin prisonnier anglais, 292-293. Pon», 151. Rodrignes, 56-41. RévMations de Morin, 21. Cf. Mannont à Napoléon, Paris, 31 mars, 4 h«are« iu matio. Arcti. uvt., AF. ir, 1970.
proclamation, et ceux qui avaient encore le cœur de plaisanter colportèrent aussitôt ce méchant quatrain' :
Le roi Joseph pâle et blême Pour nous sauver reste avec nous.
Croyez, s'il ne nous sauve tous, Qu'il se sauvera bien lui-même.
Les sentiments de la foule sont multiples. Dans ces groupes irrités ou abattus, quelques patriotes, — d'autres disent des émissaires de la police, et il y avait certainement des uns et des autres — cherchaient à relever les courages et parvenaient à se faire écouter. Ils montraient des régiments et des batteries qui défilaient dans la direction des barrières du Nord. Ainsi, disaient-ils, on a l'intention da combattre, et le départ de l'impératrice n'implique pas le dessein de livrer Paris. Quand les Russes ont abandonné Moscou, ils n'avaient préalablement pris aufiiine mesure de défense. Si donc on s'occupe de défendre Paris, c'était qu'on ne veut pas l'abandonner, et si l'on se prépare à la résistance, c'est que la résistance paraît possible. Les forces de l'ennemi sont peu nombreuses, des renforts sont en marche pour secourir Paris, l'empereur lui-même, qui ne voudra pas laisser prendre sa capitale, va arriver avec la garde. La conclusion de toutes ces paroles, conclusion qui trouvait nombre d'approbateurs parmi les ouvriers, c'était que la population courût aux armes et secondât énergiquement l'armée et la garde nationale. Mais les alarmistes ripostaient : Napoléon est en déroute, Joseph est un lâche, Clarke un traître. La défense ne servira qu'à exaspérer les Alliés, qui sont plutôt des
1. Giraud, 81. Journal (fun pritotmier anglais, 1293. Rovigo, VII. 5, 6. — Il y eut dana les premiers jours d'avril des caricatures sur Joseph. On le montrait détalaot au grand galop en criant : « Courage! Je vais cherche» des renforts. ■ Bibliotb. nat., Cabinet des Estampes, £. B. 138.
libérateurs que des ennemis. On a tout à gagner à la chute du tyran. Ce sera une délivrance. Il n'y aura plus ni guerre, ni conscription, ni impôts. Et l'on rappelait les proclamations royalistes affichées et jetées sous les portes durant les dernières nuits. Toutes les opinions se manifestaient. Chez les uns, il y avait de l'éuergie et encore de l'espoir, chez d'autres régnait l'épouvante; mais le sentiment qui dominait était la stupeur. Au reste, bien que l'on sût l'ennemi presque sous Paris, on ne croyait pas à une bataille pour le lendemain. Les théâtres ouvrirent. A Feydeau, il n'y avait que vingt personnes dans la salle, mais aux Français, où l'on jouait Gabrielle de Vergy, on fit encore une recette de 380 francs*.
luformés cependant de l'approche des Alliés, et par les lettres de Compans et par les dépêches qu'envoie dheure en heure l'officier du génie en observation sur la tour de Montmartre*, le roi Joseçh et le ministre de la guerre arrêtent les dernières mesures. Joseph qui a reconnu le terrain dans la matinée donne la disposition pour le lendemain '. Clarko veille à tous les détails. Il écrit soixante lettres. Il exhorte Compans à disputer le terrain pied à pied, « ... le salut de l'Etat dépendant peut-être de pouvoir contenir l'ennemi deux ou trois jours ». 11 presse le retour des maréchaux Marmont et Mortier, puis il leur transmet les instructions du roi Joseph. Il rappelle la colonne d'infanterie en marche vers Beauvais. Il ordonne à HuUin de former sur-le-champ six bataillons de guerre dans les dépôts de la ligne, d'armer un bataillon d'of-
1. Rapports de police, 28 mars et t9 mare. Arcb. nat., F. 7. 3737. Béranger,
ila Bioyraptuf. Journal d'un prisonnier anglais, ?98, 301, Rodriguei. 45. note L Arch. de la Comedie-Française. La moyenne des recettea en 1812 était de 3000 fr., et 1814 (pendant linvamon) de 1 200 fr.
2. Compans et Fauquet à Clarke. 29 mars. Ar-Ji. de la guerre.
3. Juseph à Clarke, et Clarke à Uarmaatr^ Uftrv'er» à Compans, 29mara. Arci> de la giterre.
ficiers sans emploi, d'interroger les prisonniers amenés de Ville-Parisis, d'envoyer une garnison à Saint- Denis, de l'infanterie au fort de Vincennes, les élèves d'Alfort au pont de Charenton.il mande àOrnano d'endivisiomier tous les hommes des dépôts de la garde et de les poster en avant des faubourgs, à Fririon de faire occuper par les élèves de Saint-Cyr les ponts de Sèvres, de Saint-Cloud et de Neuilly, à Préval de diriger sur Paris ce qu'il a de disponible : « ... il importe peu que les cavaliers soient équipés pourvu qu'ils soient montés et armés. » Il nomme auxcommandements vacants. Il invite Chabrol à hâter la levée des mobilisés de la Seine. Il avise Daru que des troupes vont se concentre sous Paris, auxquelles il faut assurer des vivres, et iï l'informe qu'il manque des capotes aux élèves dd l'école polytechnique, qui bivouaquent depuis I veille. Il ordonne au général d'Aboville d'établir quatre-vingt-quatre pièces de position sur les hauteurs de Montmartre et de Belleville et à la tête des faubourgs, et d'organiser huit batteries de réserve *^ Le duc de Feltre,par malheur, portait trop tard son activité sur la défense de Paris. On aurait pu y tenir deux ou trois jours, même avec le petit nombre de soldats dont on disposait ; mais, pour cela, ce n'était pas le 29 mars, presque sous le canon de l'ennemi, qu'il eût fallu préparer la résistance. C'était au mois de février qu'on aurait dû tout commencer, c'était ] dans la dernière semaine de mars, alors que le manque de nouvelles de l'empereur provoquait tant d'inquié tudes, qu'on aurait dû tout finir. Le 29 mars seulement on s'occupait sérieusement de défendre Paris! Pouvait-on en douze heures, non seulement établir des ouvrages, mais pouvait-on même, vu le manque d
\. Correspondant d« Qarke. 39 mars. Àrcb. de la guerre.
chevaux, transporter quatre-vingt-quatre bouches à feu sur les hauteurs de Belleville et Montmartre? Pouvait-on, vu le manque de cadres et de canonniers, orj^aniser huit batteries légères? Pouvait-on lever et incorporer deux mille mobilisés, monter trois mille cavaliers, armer douze mille fantassins et gardes nationaux, faire rejoindre tous les disponibles des dépôts du Havre, de Rouen, de Tours, d'Orléans?
Tandis que Clarke donnait ces ordres tardifs, dont un grand nombre, soit manque de temps, soit confusion, soit négligence, ne furent pas exécutés', les colonnes ennemies s'approchaient de Paris. Certains retards s'étaient'cependant produits dans la concentration desdiiïérents corps alliés. ApVès le double combat de Fère-Champenoise, le \ieux Blùcher ayant retrouvé l'ardeur, bien que n'ayant pas recouvré la santé, avait pressé la marche de ses troupes. L'armée de Bohême, au contraire, avait cheminé avec une extrême lenteur le 26 mars et surtout le 27, Schwarzenberg voulant que l'on défilât sur la route de Paris comme à une revue du Prater^ Le 28 mars seulement, les Austro-Russes atteignirent les bords de la Marne, et le grand quartier général s'établit à Quincy,où le prince de Schwarzenberg donna les ordres pour la journée du lendemain. Les Coalisés avaient résolu d'attaquer Paris par le Nord. On conçoit leurs raisons. De ce côté, ils étaient protégés par la Marne contre un mouvement de Napoléon dans leur dos, et, en cas
1 . Entre antres, Tordre d'assurer des vtvres aax troupes de Marmont et da Mortier. Kabvier (Journal det opération* du 6* corp* «Tamtée) rapporte • qa'ea arrivaDtà Cbarenton, tes troupes ne trouvèrent pas aoe s^ule ration •.Data une note de Brucjr, citée par Pons (p. 4681, il est dit que la direction générais des Tivres n*était pas instniite de l'arrivée de ces deux corps d'armée. Data ce cas, la faute incomba à Daru, car il avait été avisé par Clarke.
?. Relation de Diebitsch. Arch. de la guerre, à la date du 24 mars. — La grand quartier général s'établit le 25 mars à Fère-Cbampenoise. le 26 à Tretfaux, le 27 à Coulommiers. Ordre» 4« Schwarzenberg, cit. par Schela, II, &i. 85, 118,
d'échec, ils avaient une ligne de retraite assurée sur les Pays-Bas. Aux yeux des généraux alliés, il n'y avait point une heure à perdre si l'on voulait s'emparer de Paris avant le retour de l'empereur. Aussi, négligeant toute reconnaissance préalable, ils arrêtèrent que les troupes marcheraient au plus vite, en trois fortes colonnes, de façon à tout balayer "sur leur passage. La colonne de droite composée du gros de l'armée de Silésie (corps York, Kleist, Langeron et infanterie de Woronzoff), qui ayant déjà traversé la Marne avait repoussé les divisions Compans et Ledru Desessarts au delà de Claye, prendrait par Mory et Le Mesnil et viendrait s'établir, à la hauteur de Saint-Denis, à cheval sur la route de Lille. La colonne du centre, formée des corps Rajewsky et des gardes et réserves de Barclay de Tolly, passerait la Marne à Meaux et se dirigerait sur Bondy par Claye. La colonne de gauche, enfin, comprenant les corps de Gyulai et du prince de Wurtemberg, passerait également la Marne à Meaux et longerait la rivière jusqu'à Neuilly. Afin de parer à une attaque éventuelle de Napoléon, les corps de Sacken et du comte de Wrède resteraient à Meaux et à Trilport, jetant des avant-postes vers la Ferté-sous-Jouarre, Rebais et Coulommiers'.
Suivant ces ordres, le 29 mars à la pointe du jour les Russes de Rajewsky et de Barclay, ayant avec eux le czar et le roi de Prusse, passèrent la Marne et rejoignirent à Claye les Prussiens de Kleist et d'York. Ceux-ci, dont les avant-postes occupaient Ville-Parisis, tiraillant avec les grand'gardes de Compans qui tenait toujours à Vert-Galant, cédèrent la route de
1. Ordres de Scbwarzenberg et de Blûcher pour la journée du 29 mars, Quincy et Meaux, 28 mars, cités par Plotho, III, 396-397. Cf. Relation do Diebitsch. Arch. de la guerre, et journal de Laugeroa. Arch. top. d* Saint» Pétersbojirg, 29103.
Bondy aux nouveaux arrivants et marchèrent par leur droite surMory. (Déjà Langeronet WoronzofT étaient engagés sur le chemin du Tremblay.) Pendant que Ton procédait à ces mouvements, un parlem^u taire qui n'était autre que le colonel Bliicher en personne, se présenta aux avant-postes français. Reçu par le général Vincent, Bliicher fit connaître l'objet de sa mission. Il était, dit-il, chargé par le czar de porter à Paris des propositions de paix et de traiter de l'occupation de la capitale. Le général en ayant référé à Compans, celui-ci ordonna de renvoyer le parlementaire. Bliicher alors remit deux pièces à Vincent : une lettre cachetée paur le ministre de la guerre, et une proclamation de Schwarzenberg au peuple de Paris'. Cette proclamation n'était rien moins qu'un appel à la révolte contre le gouvernement de l'empereur. Malgré leur nombre, malgré leurs succès, malgré leurs conquêtes, malgré leur approche de Paris, dépourvu de défenseurs, et malgré l'éloignement de Napoléon, les Alliés ne se sentaient pas encore assez forts pour triompher 1 II leur fallait l'aide des Français euxmêmes, la trahison, la rébellion, la guerre civile : « C'est à la ville de Paris, disait Schwarzenberg, qu'il appartient, dans les circonstances actuelles, d'accélérer la paix du monde. Son vœu est attendu avec l'intérêt que doit inspirer un si immense résultat; qu'elle se prononce et dès ce moment l'armée qui est devant ses murs devient le soutien de ses décisions... Parisiens, vous connaissez la conduite de Bordeaux. Vous trouverez dans cet exemple le terme de la guerre
l. Compans à Clarke, Vert-Galant, 29 mars, it heures do matin. Journal de Vincent, Areh. de la guerre.
3. Àrcb. oau, F. 7, 4292. — Cette trop fameuse proclamation est datée da château de Bondy, 29 mars. Elle fut conséqueuimeni posi-datée par Schwarzenberg puisque la lettre de Compans témoigne qu'une copie lui en fvt remis* à Vert-Galant le 29 à 8 heures du matin.
Compans indigrié rendit avec mépris la proclamation au colonel Bliicher. Pour la lellre adressée à Clarke, il ne crut pas devoir la refuser et i! la transmit] incontinent*. On nfc sait d'ailleurs quels en étaient les' termes uï qui l'avait signée ; et si l'on a pris prétexte | de ce commencement de correspondance pour accuser i Clarke d'intelligence avec l'ennemi, le soupçon paraît ' peu fondé. Vraisemblablement celte lettre n'était qu'une simple sommation de rendre Paris. Il est sans doute difficile de s'expliquer pourquoi la leltre fut écrite au ministre de la guerre au lieu d'être adressée au lieutenant général de l'empereur. Mais quand bien même cette mystérieuse missive eût contenu une invitation à trahir, le fait seul de l'avoir reçue ne constitue pas une trahison. Or il n'y a aucun témoignage que Clarke y ait répondu.
Durant les pourparlers entre le colonel Bliicher et les généraux français, un second parlementaire se présenta, demandant un armistice de quatre heures. Compans, qui ne cherchait qu'à gagner du temps ^, y consentit très volontiers mais sous la condition ordinaire que pendant la suspension d'armes les troupes conserveraient de part et d'autre leurs positions sans faire aucun mouvement*.
Tout était perfidie dans les démarches des Alliés. S'ils proposaient d'envoyer à Paris un parlementaire, ce n'était pas, comme ils le prétendaient, pour y porter des paroles de paix auxquelles ils savaient trop bien que faute de pouvoirs la régence ne saurait répondre; c'était pour intimider les défenseurs par le dénombrement des troupes prêtes à donner l'assaut.
1 . Compans à Clarke, 39 mars. Ârch. de la guerre. Cf. Schels, H, 136.
2. « Gagner du temps, c'est ce dont nous avons le plus besoin pour donner celui à l'empereur d'arriver au secours de la capitale. » Clarke à Compansi 29 mars, Arch. de la guerre.
3. Compaos k Clftrk», 99 mar«. Joontal 4» Vincent. Arcb. de 1« gaerr*.
S'ils demandaient un armistice, ce n'était pas pour faciliter les négociations; c'était pour gagner du terrain sans avoir à le conquérir. A peine le feu avait-il cessé aux ivant-poslcs, en vertu de la suspension d'armes, que les vedettes de Vincent lui signalèrent sur sa droite la marche d'un corps d'infanterie venant de Lagny, et sur sa gauche la présence d'un gros de cavalerie se dirigeant vers Gonesse. A ces nouvelles, les Français craignant d'être enveloppés se mirent en retraite. Les troupes alliées qu'ils avaient devant eux s'ébranlèrent pour les attaquer dès qu'elles s'aperçurent du mouvement. L'infanterie de Compans se replia sur Paris, par la forêt de Bondy et la route de Metz, combattant sans relâche et disputant le lorrain pied à pied. La cavalerie de Vincent se porta au grand trot en avant de la Villette où elle arrêta et refoula les trois mille chevaux du général Emmanuel qui préparaient un hurrah sur ce faubourg *.
Vers cinq heures du soir, le czar et Frédéric-Guillaume atteignirent avec le gros des troupes russes les hauteurs de Clichy en l'Aulnoy. Le vent soufflait du Nord, le temps était clair, il n'y avait pas un nuage au ciel. Paris apparut au loin dans un embrasement de soleil couchant A ce spectacle une grande acclamation : Paris! Paris! jaillit de toutes les poitrines. Les rangs furent rompus, les soldats s'avancèrent en foule pour apercevoir cette ville si fameuse, but glorieux et terme présumé de la campagne, cette capitale de la France qui depuis quatre siècles n'avait pas été approchée par les armées ennemies. « Toutes nos misères, rapporte un officier de l'élat-major du czar, fatigues, blessures, privations, nuits glacées aux bivouacs, marches du Dnieper à la Seine, parents et
i. Journal da Vincent. Arch. de la guerre. CL Journal de Lanfbron. Arco. top. de Saiat-F éteraboarg, n* 29 103.
compagnons d'armes tombés sous la mitraille, humiliations de tant de défaites, tout était oublié. Nous étions dans un enthousiasme qui ne devait jamais s'évanouir et dont le souvenir est impérissable... Si officiers et soldats avaient ces transports d'orgueil et de joie, que devaient ressentir les deux souverains : Frédéric-Guillaume qui avait subi six ans le joug de fer de l'insatiable conquérant, et notre grand Alexandre qui porte encore saignante au cœur la blessure reçue dans les allées de Kamennoy-Ostrow, en apprenant la prise de Moscou * 1 »
Dans la soirée, Langeron s'établit au Bourget,Kleist et York prirent position à Aulnay, avec des grand'gardes àDrancy; l'infanterie de WorouzofF occupa Villepinte, que Bliicher choisit pour son quartier général. Le corps de Rajewsky s'avança jusqu'à Noisyle-Sec, et les gardes et réserves s'échelonnèrent entre Ville-Parisis et Bondy. Seules les troupes du prince de Wurtemberg et de Gyulai, ayant dû attendre, pour déboucher parle pont deMeaux, le passage des autres corps d'armée, restèrent en arrière. Au lieu ie venir occuper Neuilly-sur-Marne, elles bivouaquèrent à Aunet et à Nanteuil ^. Les deux souverains et le prince de Schwarzenberg logèrent au château de Bondy, d'oii furent expédiés pendant la première partie de la nuit les ordres pour le lendemain. Dès cinq heures du matin, toutes les troupes devaient commencer leur mouvement. La colonne de droite aurait à attaquer la butte Montmartre, la colonne du centre à s'emparer du plateau de Romainville et des sommités de Belle-
1. Danilewsky, II, 139-140. — Sous quelque drapeau qu'ils marchent, les soldats ont la même àrae et les mêmes seatiments. C'est dans des termes presque identiques que Segur (II, 33, 35) rapporte l'impression de la Grande Armée en découvrant Moscou : « Dangers, souffrance, tout fut oublié... »
2. Journal des opérations de Barclay de Tolly, et Journal de Langeron, Arch. top. de Saint-Pétersbourg, n" 29 188 et 29 103. Schel», 11, Ul; Piotho, m, 399.
ville, et la colonne de gauche, qu'on supposait arrivée à hauteur, s'avancerait entre Charenton et Vincennes, prenant les ponts, cernant le château et venant menacer la barrière du Trône '.
Au grand quartier général, on ne se dissimulait pas que la journée serait meurtrière, mais on espérait qu'elle serait courte. Autant par humanité que par crainte de la guerre des rues, Alexandre voulait éviter à tout prix, s'il était possible, une entrée de vive force dans Paris. Il comptait pour cela sur un assaut impétueux donné à Montmartre et à Belleville. L'occupation de ces positions dominantes, où l'on tiendrait la ville sous le canon, amènerait sans doute les défenseurs à capituler*.
La Coalition avait Bordeaux, Lyon, Reims, la moitié de la France. Napoléon trompé par une audacieuse manœuvre errait en Champagne avec des débris d'armées. Le czar était à Bondy. Des fenêtres du château, il voyait s'éteindre les dernières lumières de Paris et s'allumer, innonibrables, les feux des bivouacs russes. Il était à la veille de terminer cette terrible guerre, à la veille d'effacer la honte de l'occupation de Moscou. Mais ce jour tant désiré et si longtemps attendu, maintenant qu'il était tout proche, l'empereur de Russie ne l'envisageait pas sans un trouble profond et une poignante inquiétude. Qui, mieux qu'Alexandre P', savait qu'une grande capitale peut devenir le tombeau d'une grande armée? Si bien retranchées, si bien armées, si tenacement défendues qu'il supposât les hauteurs de Montmartre et de Bel-
1. Ordres de Schvarzenberg, cités par Scbels, II. 175; lettres de Wolkenskj à Raje'v&ky t à Blài^her. cités par BogdaDovritsch. II, 337-338; Journal d« L^angeron, Arch. de Saint-Pétersbourg. Schûla. XIII, vol. I, 177.
z. i«ttre de Wolkonsky à BHcber, Bondy, 29 mars. 11 heures du aotr. .«urnai aes pièces envojeea, Arch. top. de Saint-Pétersbourg, n* 29 190. C£ Danilevskj, n, 422.
levi/le, il ne doutait pas que ces positions ne fussent emportées dans la journée. Dûl-on y laisser vingt mille cadavres, on resterait maître du terrain. Mais le peuple de Paris allait-il se défendre? Là était Tinconnu et là était le péril. Qnel imprévu redoutable dans une guerre de rues! L'avantage du nombre est en partie supprimé par l'impossibilité des déploiements, un seul canon commande un débouché, l'assaillant ignore les points où la défense a concentré ses forces, les colonnes éparses marchent comme à l'aventure, hors de la main et de la vue des commandants en chef, les courages qui s'exaltent devant les premières barricades, s'énervent, se lassent, faiblissent devant les secondes et les troisièmes, quand les pavés et les meubles pleuvent des fenêtres et que les balles jaillissent des soupiraux. Le czar savait qu'il ne fallait espérer, en tout cas, emporter les approches de Paris et Paris lui-même dans une seule journée. Pour se rendre maître de la ville, si l'on était contraint d'y entrer de vive force, deux jours au moins, trois jours peut-être seraient nécessaires. Or, trois jours, deux jours même, perdus devant les barrières pouvaient entraîner un désastre. Sans vivres et sans munitions, que ferait cette immense armée, coupée de sa ligne manœuvre? De la Seineà l'Aisne, tout le pays était ruiné, ravagé, affamé. En admettant qu'on trouvât à se ravitailler du côté de l'Oise *, où trouver cartouches et gargousses pour remplir les gibernes et les caissons vidés par soixante heures de combat? Si, enfin, Paris tenait deux jours seulement, sa résistance permettrait aux troupes disséminées dans les dépôts voisins de se joindre à la garnison, et, chose tout autrement re-
1. Danilewsky (lli 422) rapporte que jusqu'au 6 avril, bien que l'arir»** alliée eût toutes les resaoorces de Paris, elle eut beaucoup de difûcuites > rapprovisionaer
doîitable, cette résistance donnerait le temps à Napoléon de venir en personne défendre sa capitale. Où était-il le géant des batailles? Depuis l'avant-veille, on était sans nouvelles de lui à l'état-major des Coalisés, ou du moins les nouvelles que l'on recevait étaient si contradictoires qu'on n'y pouvait rien discerner. Mais on ne doutait pas qu'il ne marchât à grandes journées vers Paris '.
En proie à tant d'inquiétudes, le czar veilla fort tard. Tandis que tout dormait au château de Bondy et dans les bivouacs, il s'entretenait avec Ncsselrode et le prince Woliconsky, et prenait toutes les mesures pour parer aux dangers qu'il appréhendait. Nesselrode reçut l'ordre de profiter du moindre arrêt dans le combat pour entrer en pourparlers sur la capitulation. « — Il faut, dit Alexandre, que Paris se rende demain*. » D'après les instructions du czar, et presque sous sa dictée, Wolkonsky écrivit dix lettres. Sa dépêche adressée à Blucher portait : « Il est de la plus haute importance d'assurer nos lignes de communications avec les Pays-Bas ; ce qui ne peut se faire qu'en occupant Compiègne et la Fère. Vous voyez donc la nécessité de s'emparer au plus tôt de Compiègne. ■ Les mêmes recommandations étaient faites au prince de Saxe-Weimar : « Nous sommes devant Paris et nous espérons nous en emparer demain. Mais il est malgré tout de la plus haute importance, pour assurer nos communications, de tenir libre la route de Compiègne. Le général Biilow en est chargé, mais il est trop faible en hommes. Sa Majesté désire que vous
1. Sur les craintes âa czar et sur la situation critique où se fussent trouvées les années alliées, si Paris eût tenu quelques jours, voir les lettres do Wolkonsky, Bondy, 29 mars (citées plus loin) Relation de Diebitsch, Arch. de la guerre (à la date du 21 mars). Danilewsky, II, 142-1*3. Plotho, lll 402. Mémoires de Langeron. Arch. des aifa res étrangères, Russie, 85; et le discours du maréchal Soult. Moniteur du U janvier 1841.
%. Daailewsky, Feldtug in Frankreick. II. 142.
lui envoyiez immédiatement des renforts. ))Wolkonsky mandait à Sacken de ne laisser qu'un seul pont sur la Marne « et de bien garder la rive gauche en^ envoyant des détachements au loin ». A Gzernischew, à Jlowaisky, à Seslavine, à Kaizarow, à tous les chefs de corps volants entre la Marne et la Seine, il adressa des instructions analogues. Ils devaient redoubler d'activité et de vigilance, faire des exemples sévères pour arrêter le soulèvement des paysans, multiphcr les patrouilles et les reconnaissances afin de ne poiut se laisser surprendre par une marche de Napoléon sur Paris. « Voilà, écrivait le chef d'état-major du czar, voilà ce qu'il faut empêcher avant tout'. »
Ainsi, dans cette nuit du 29 mars, Alexandre pensait moins aux triomphes qu'aux périls du lendemain. Ce n'était point sur Paris qu'il tenait les yeux fixés, c'était sur la route de Troyes où s'avançait Napoléon et sur la route de la Fère qui pouvait devenir l'unique ligne de retraite des armées alliées.
1. Lettres de "Wolkonsky à Blûcher et & Saxe-Veiraar, Bondy, ?9 mars, 11 heures du soir et 30 mars, 1 heure du mutin (Journal des p'èces envoyées. Arch. top. de Saiat-Pétersbourg),et lettres du même à Uowaiskj otc.. citées par D*nilewsky, II, U3-141.
Le 30 mars, à quatre heures du matin, Paris fut réveillé par les roulements du tambour; sur tous les points, on battait la générale. En peu d'instants, une partie de la population se trouva sur pied, dans la rue, en quête de nouvelles. On annonçait l'attaque de l'ennemi. Le jour qui allait se lever verrait-il la destruction de Paris? Des* groupes nombreux d'ouvriers, auxquels se mêlaient des miliciens qui n'avaient pu encore obtenir des fusils, se portèrent devant l'hôtel du général lluUin, aux cris : « Des armes! des armes 1 » Pendant que la foule grossissait place Vendôme, les gardes nationaux, des pains et de grosses brioches fichés au bout des baïonnettes, se rendaient dans les lieux de rassemblement qui leur avaient été assignés pour les alertes. Us allaient ensuite; par fractions constituées, doubler les postes des différentes barrières. La garde du mur d'octroi était le seul service que l'on eût cru devoir ou pouvoir exiger des miliciens. Ceux qui sortirent hors des barrières pour seconder l'armée étaient des volontaires. Il y en eut plusieurs milliers, et parmi eux un certain nombre de jeunes élégants qui, le matin, avaient tenu conseil chez Tortoni pour décider « s'il ne serait pas ridicule de se battre ». On vit aussi des gens du peuple s'a'vancer sans armes sur le champ de ba-
taille, ramasser les fusils des morts et faire le coup de feu*.
Toutes les troupes étaient en avant de Parij, ; les unes déjà établies sur les positions, les autres en marche pour les venir occuper. A la gauche, la cavalerie du général Ornano el celle du général Vincent, déployées entre Saint-Ouenet la Chapelle, couvraient j la butte Montmartre, où des chevaux de fiacre réquisi-i| tionnés hissaient des canons et qui avait seulement pour défenseurs un détachement de sapeurs pompiers et quelques compagnies de garde nationale. Au centre, les deux divisions Michel et Boyer de Rebeval, formées la veille avec les dépôts de la garde, tenaient le terrain depuis la Villette jusqu'aux pentes nord deBelleville, ayant de forts avant-postes devant Aubervilliers et devant Pantin, dont les batteries de position du Rouvroy et de la butte Chaumont commandaient le débouché. La division Compans et la division Ledru Desessarts étaient massées sur la butte Beauregard. A la droite, la cavalerie de Bordesoulle et de Merlin protégeait les abords de Charonne et des buttes du cimetière Mont- Louis et de Fontarabie, dont vingt-quatre pièces de canon garnissaient les crêtes . Le château de Vincennes avaitune garnison peu nombreuse mais suffisante. Des détachements mixtes de gardes nationaux, de vétérans, d'élèves d'Alfort et de cadres de la ligne occupaient Saint-Maur et Gharenton. Six campagnies de grenadiers de la garde nationale et les élèves de l'école polytechnique, avec vingt-huit canons, défendaient la barrière du Trône. Le corps de Marmont marchait rapidement de Saint-Mandé sur Romain ville, afin derem-
1. Journal d'un officier anglais prisonnier sur parole {Revue Britanniqy<.e, V,: 85,87). Relation anonyme dans la Suite aw Mémorial, 11,285-286. Rodriguea, 48-i 54; Giraud, 83, 83; Bêraoger, Ma Biographie, 141; La Valette, II, 89; Rovigo, VII, 10-11; dispositif en cas d'alerte. Cf. Ordonnance de Louis XVIII reJi live a la garde nationale, 5 août 1814. Ârch. nat., F. 9, 754. F. 9, 761.
plir au plus vite, en s'établissant sur le plateau, le vide qui existait dans la ligne de bataille, et le corps de Mortier levait ses cantonnements de Picpus pour veni'- prendre position, en seconde ligne, de Montmartre au caaal de TOurcq*. — En comprenant dans ce total les gardes nationaux, les vétérans, les canonniers invalides, les élèves des écoles polytechnique et d"Alfort. Paris avait quarante -deux mille hommes* en-
1. Ordres de Clarka, 29 mars; Journal de la division Royer de Rebeval; Joamal de Vincent: Arch. de la guerre. JUémoires de Marmont, VI, 2-40-24Î Journal d'un officier anglais, 93-94, 99.
2. 1* Garnison de Paris proprement dite : Omano (disponibles des dépôts de la garde), division Michel : 3600 hommea (dont 3000 envoyés le 28 mars à Claye rentrèrent le 29 dans la soirée sous le commandement d'Ornano) ; division Boyer de Rebeval : 1 8U0 hommes. Cavalerie de Dautencourt : 800 hommes (y compris les escadrons polonais envoyés le 27 à Claye). — HuUin : disponibles des dépôts de la ligne (qui d'après les ordres de Clarke durent renforcer les troupes de Compans et de Ledru Desessarts) : 3000 ; garde nationale parisienne : 12 000 (presque tous entin complètement armés, car on avait distribué le matin même deux ou trois mille fusils); artillerie de la garde parisienne (volontaires, polytechniciens et invalides) : 800. Canonniers de la marine, de la garde, de la ligne, canonniers hollandais : 1000. Gendarmerie d'élite : 800. Vétérans : 500. Total : 23200 hommes.
2* Garnisons de Saint-Denis, Vincennes, postes des ponts de Charenton, Saint-Maur, Neuilly, etc. (vétérans, cadres de la ligne, détachements de jeune garde, élevés d'Alfort et de Saint-Cyr, gardes nationales de la banlieue] :2500 hommes environ dont moitié sont déjà comptes ci-dessus dims la (garnison de Paris : soit 1 200 hommes.
3* Corps de Compans arrivé de Meaux : division Compans, IMO; division Ledru Desessarts. 3400. Cavalerie de Vincent, Cosaques polonais et 12* de marche de grosse cavalerie : 1400. Total :6000 hommes, dont il y a à réduire an moins 16 pour 100 pour les pertes des 27, 28 et 29 mars. Reste : 5 100 hommes. 4* Corps de Marmont: divisions Lagrange, Ricard et Arrighi : 3300. Cavalerie de Merlin et de Bordesoulle : 1400 hommes. Total :4700.
5* Corps de Mortier : divisions Cbristiani, Curial et CharpenUer : 4600. Cavalerie de Belliard (division Roussel et 7* et 9* de marche) : 1 900. Total : 6500 hommes. — Total général : 41800 hommes.
Situations dn 29 mars. Correspondance de Clarke, 27, 28 et 29 mars. Ledru Desessarts à Clarke, 26 mars. Ornano à Clarke, 24 mars. Journal de Vincent. Journal de Boyer de Rebeval, etc. .\rch. de la guerre. Cf. le utbleau annexé au tom6 VII des Mémoires de Marmont, lequel tableau est du reste •ur nne infinité de points contredit par les documents des archives. — Si l'on ■e rapporte à la page 456 de t814, on verra que le total des forces françaises le 28 mars s'élevait à 43200 hommes. Cette diâ'érence en moins s'explique par le départ des troupes formant l'escorte de l'impératrice et par les perte*- subies par Compans à Meaux, Ville-Parisis et Vert -Galant. Les dépôts de la garde donnèrent d'ailleurs plus de disponibles qu 'Ornano n'en promettait. On comptait ,ur 5500 pour le 28 mars, et il ; en eut 62UO le 30 mars.
viron pour sa défense extérieure et intérieure. Les Alliés étaient cent dix mille*.
Bien que le roi Joseph eût lui-même reconnu le terrain et qu'il eût cru devoir conserver, comme lieutenant de l'empereur, un commandement en chef qui sans doute l'embarrassait fort, il avait laissé toute initiative aux ducs de Raguse et de Trévise quant au choix des positions. Ses ordres, transmis par Clarke, indiquaient d'une façon générale le front à défendre, de la Marne à la Seine. Mais des principaux points à occuper, il n'était pas question. Le roi et le ministre s'en remettaient à l'expérience des deux maréchaux'. Marmont connaissant l'importance stratégique de Romainville y envoya pendant la nuit une reconnaissance, et sur le rapport de l'officier que les Russes ne s'y étaient pas établis, il mit incontinent ses troupes en marche dans la direction du plateau. On prit par Chai'onne et Bagnolet. Au petit jour, comme la tête de colonne arrivait à la hauteur du château de Romainville, une vive fusillade partit soudain des bois environnants. Barclay de Tolly, — le czar, dit-on, —
1. Grande année : gardes et réserves : 26000 hommes; Rajewsky, 12 800; Wurtemberg: 15000; Gynlai : 10500. Total : 64 300 hommes. (Le corps de AVrède (20 000) était resté à Meaux et environ 6 OuO Cosaques battaient l'estrade entre la Marne et la Seine,
Armée de Silésie: York: 10 000; Kleist: 8000; Langeron : 17000; Woronzoff: 12000. Total: 47000 hommes. La cavalerie de Winzingerode (iO 000 hommes) avait été détachée à la suite de Napoléon, le corps de Sacken réduit à 8 000 hommes était à Meaux avec les Bavarois ; le corps de Biilow — porté à une vingtaine de mille hommes — occupait Laou, La Fère et était employé aux sièges de Soissons et de Compiègne.
Les forces des Alliés devant Paris s'élevaient donc à 111 300 fusils et sabres. Cf. Bogdano-witsch, II, 159-160; Schels, II, 169-171; Plotho, III. (Annexes). Schiilz, XIII, 180-183; Danilewsky, II, 150, etc. — Ce chiffre de 111 000 combattants est un chiiFre maximum. Plusieurs des historiens précités ne portent qu'à 100 OC ■ hommes les deux armées alliées en ligne devant Pans. On voit par là quelles pertes avaient subies les Alliés pendant ces deux mois de campagne. Sauf les gardes et réserves, tous les corps d'armée étaient réduits de près de moitié.
2. Clarke à Marmont et à Mortier, 29 mars, 4 heures du Boir et II heurea du soir. Arch. de la guerre.
avait eu la même idée que Marmont : devancer TennemiàRomainville. Acinqheures du matin, la l" brigade de la division llclfreicli s'était postée dans ce village, tandis que la 2' brigade s'établissait à Pantin*. Marmont n'abandonna pas son dessein d'occupef Romainville, qui était une des clés du plateau. Sans hésiter, il ordonna l'attaque, passant de la défensive qu'il avait cru d'abord devoir garder à une vigoureuse offensive. Au centre, la division Lagrange, déployée des deux côtés de la route et ayant pour réserve, dans le parc de Brière, la division Ricard, s'avança contre Romainville. A la droite, Arriglii établit ses troupes au Moulin de Malassise et jeta deux bataillons dans Monlreuil. A la gauche, Compans et Ledru Desessarts gagnèrent par les crêtes nord du plateau le bois de Romainville, tandis que la division Boyer de Rebeval marchait sur Pantin*. Il «itait entre six heures et demie et sept heures du matin, quand le combat s'engagea à la fois sur le plateau et dans le vallon. Les Russes surpris, et encore en petit nombre, cédèrent partout le terrain, abandonnant les premières maisons de Pantin, le bois de Romainville et les abords du village. On se croit maître des positions. Mais les premiers renforts arrivent à l'ennemi. La division Menzenzow, qui débouche de Romainville, contientLagrange. Le prince Eugène de Wurtemberg avec deux divisions pénètre dans Pantin, et en débusque les tirailleurs de Boyer de Rebeval qui se replient
1. Fabvier, Journal du s* corpt; Mémoires de Marmont, Yl, 24l-i^2; Schels, II. 1S6, 188; Danilewsky, M, 143. — Marmont, qui accuse tout le nioade, dit dans ses MHnoirei qu'il fut trompé par l'officier chargé de la reconnaissance, • lequel ne se reudit pas à Romainville et fit son rapport comme y a^aut éi«' •. • C'est un véritable crime, » ajoute Marmont. Voici qui e«t bien dit, mais la Térité c'est que l'ofiicieraila parfaitement à RomainviUe et fil un rapport exact. Il ne pouvait cependant préroir que celte position non occupée à minuit le serait à 5 heures 'lu matin.
2. Journal de Boyer de Rebeval, Arch. de la guerre. Mànoire* de Marmont^ VI, 142. Jwi^-nal de Faboier, 6&-S7.
les uns vers Pré-Saint-Gervais, où s'est massé le gros de la division, les autres vers Maisonnettes qu'occupe une des brigades du général Michel. Les succès des Russes s'arrêtent là. Sur les hauteurs, les tantassins de Compans et de Ledru, fortement établis dans le bois, menacent la gauche de Romainville,que les soldats de Marmont s'apprêtent de nouveau à attaquer de front. Dans le vallon, le prince Eugène n'ose avancer ses colonnes hors de Pantin, sous le feu croisé des batteries du Rouvroy, de Pré-Saint-Gervais et de la butte Beauregard. Dans la pensée que toute tentative de ce côté restera inutile tant que le premier mamelon n'appartiendra pas aux Russes, il laisse pour tenir Pantin la seule brigade Helfreich et la division de cuirassiers de Kretow et porte ses deux divisions à l'appui des défenseurs de Romainville. L'une entre dans le village parle chemin de Noisy-le-Sec; l'autre, ayant le prince à sa tête, escalade le versant nord du plateau afm de prendre de flanc les Français qui occupent le bois. Ceux-ci résistent vigoureusement et par trois fois rejettent les assaillants sur les pentes et jusque sous les murs du parc de Romainville *.
Pendant cette première phase du combat, le maréchal Mortier, qui avait dû laisser défiler les colonnes de Marmont pour se mettre lui-même en marche, prenait ses positions. D'après les ordres du roi Joseph, le duc de Trévise devait occuper le secteur compris entre la Yillette et Montmartre, mais jugeant à l'intensité du feu que l'ennemi portait tout son effort sur Romainville, il résolut de soutenir la gauche de Marmont. La division Curial vint renforcer aux Maisonnettes la brigade Sécrétant, et la division Charpen-
1. Journal de Barclay de Tolly, Arch. topogr.de Saint-Pétersbourg, 29188. Jonrual de Boyer de Reljeval, Arch. de la guerre. Mémoires du prince Eurjéne de Wurtemberg. 111, 281. Cf. Mémoires de Marmont, VI, 242-243, <»* >'oumui d$ Fabvier, 67.
tier se massa en réserve au pied de la butte Chaumont. Aitisi, il ne restait à Mortier pour défendre le nord de Paris que la seule division Christian], qui s'établit à la Villette et à la Chapelle, appuyant la brigade Robert postée à Aubervilliers, et la cavalerie de Belliard qni se déploya dans la plaine de Saint-Denis, prolongeant la droite des escadrons d'Ornano*.
Il était déjà dix heures*, et loin que la situation fut désespérée ou même compromise, le succès, selon l'expression d'un combattant, « paraissait incertain'.» Marmont et Compans se maintenaient avec un avantage marqué aux abords de Romainville. Dans la vallée de i'Ourcq, les jeunes soldats de Boyer, soutenus par la brigade Sécrétant, occupaient de nouveau Pantin. En vain quatre régiments de cuirassiers russes avaient débouché du village, croyant faire miracle. Embarrassés par les fossés et les clôtures et mitraillés par les batteries du Rouvroy, les côtesde-fer de Kretow n'avaient pu fournir la charge et étaient rentrés au galop dans Pantin, les Alaries- Louises à leurs trousses*. Au nord de Paris, l'alTaire ne se dessinait pas mieux pour les Coalisés. Soucieux et impatient d'en finir avec la capitale, dernier boulevard de la France et de l'Empire, l'état-major allié avait donné des ordres pour une attaque générale,
1. Journal d« Boyep de Rebevtf. ArcB. de n ^erre. Mémoires de Marmont, VI, 248. Schels, II, 189.
S. Pour le récit de cette bataille, les indications horaires ont irne grande impnrtaace. Celles que nous donnons et que nous n'avons adoptées qu'aprè. une très attentive confrontation des relations et des rapports authentiques, tant étrangers que français, et en tenant compte du temps nécessaire aux mouvements des troupes, sont, croyons-nous, exactes, à an quart d'heure près. Dans la plupart des ouvrages français, les opérations préparatoires et, par suite, le? diverses phases de l'action sont avancées d'une heure, quelquefois de deux. Les ouvrages allemands et russes sont sur ce point, comme sur d'autres, beaucoup plus véridiques.