Mémoires de Marmont, VI, 244-245. Journal de Fabvier
Seloa MarmoDt, d'accord avec Fabvier, le billet daté de 10 heures fut reçu entre 11 heures et demie et midi. Mais, d'une part, tout semble indiquer que ce billet fut écrit à midi (voir « 1814 », p. 495, note 3). et, d'autre pnrt, d'après le tableau des positions des troupes, tracé par Marmont et Fabvier, à rinstant où, disent-ils, arriva l'aide de camp du roi, il est manifeste qu'on en était à la fin du troisième moment de l'action, c'est-à-dire entre une heure et une heure et demie.
Le Journal de Barclay de Tolly et les historiens allemands, particuliéremeut Wagner, permettent de bien préciser les divers moments de la bataille de Romainville-Btilleville-Pantin.
1** moment (de 6 heures et demie à 8 heures). Arrivée des Français sur le plateau, manœuvres préparatoires. Les Français avancent vers Romainville et se logent dans Pantin.
2* moment (de 8 heures à 11 heures et demie). Entrée en ligne de tout le corps Rajewsky. Pantin repris par les Rusises, puis repris par les Français. Sur le plateau et dans le bois de Romainville, combat acharné et indécis oii les Français se maintiennent dans leurs positions avancées. — C'est pendant cette période de l'action que Joseph se décide, sans aucun motif sérieux, car l'ennemi n'a pas encore Favantage, k autoriser la capitulation.
3* moment (de midi à 1 heure on quart). Arrivée des gardes et réserves. Les Prusfiens réoccupent Pantin. Débandade sur le plateau. Marmont prend une nouvelle position aux parcs de Briére et Saint-Fargeau et à Pré-Saint- Gervais. -- C'est alors qu'il reçoit le billet de Joseph.
4* moment fde 2 heures à 4 heures). Après nne sorte de trive tacits de trois quarts d'heure, l'ennemi fait une attaque générale et s'empare de toutes les positions sur les flancs de Marmont. Le maréchal, débordé, se replie dans Belle ville, sa première ligne à la hauteur de la rue ^ui mto« à Ménilmontant. — U s« décide à envaser des pwlementsir«9.
commandant en chef, jug-eant que la nouvelle position de Marmont, à la fois dominante et resserrée, ne pourrait être enlevée de front qu'avec de grandes pertes, décida d'en remettre l'attaque au moment oîi d'autres troupes seraient disponibles pour l'aborder sur les deux flancs. 11 s'ensuivit une sorte de trêve. De une heure jusque près de deux heures, le combat se borna de ce côté à un duel d'artillerie*, auquel prirent part inopinément, mais sans efi'et, les batteries de l'école polytechnique.
Ces vingt-huit pièces, qui étaient au parc sur la place du Trône, formaient une réserve destinée à se porter au premier ordre sur les points les plus menacés \ Depuis le matin, le commandant Evain entendait la canonnade à sa gauche, et le bruit qui se rapprochait graduellement témoignait que l'ennemi gagnait du terrain. La journée s'avançait, Evain ne recevait pas d'ordres. Dans la confusion régnante, personne ne pensait à lui en donner, ni Marmont, par la bonne raison qu'il ignorait l'existence de cette réserve d'artillerie, ni Joseph qui se préparait à quitter Montmartre, ni Ilullin ni Moncey qui se trouvaient à l'autre extrémité de Paris. Evain, estimant à juste titre que ces vingt-huit pièces laissées sans emploi pourraient servir efficacement à la défense, les porta en avant. Comme la tête de colonne arrivait à la croisée de la route de Vincennes et du chemin de Charonne, l'artillerie parisienne fut aperçue par ie comte Pahlen qui, après son infructueuse tentative sur la droite de Bordesoulle, avait replié ses escadrons entre le village de Vincennes et les rampes de Montreuil. Cette énorme batterie avait pour tout soutien un peloton de gen-
1. Jonrnal de Barclay de Tolly. Cf. Bogdanowitsch, 11, 173, 175; ScheU, II. 199-201.
3. Clarke k HuUia, 27 mars ; à Daru, 29 mars. Arrh. de la guerr«.
darmes achevai ; Pahlen la jugea de prise facile. Evain crut de soucôlé imposer à l'ennemi par le teu. Il commença à canonner avec une dizaine de pièces. Une batterie légère de Pahlen, aussitôt démasquée, renvova boulet pour boulet, tandis qu'un régiment de uhlans prit le grand trot afin de venir aborder de flanc les polytechniciens, par un quart de conversion. Le major Evain avait déjà plusieurs pièces démontées; il vit le mouvement menaçant des uhlans, il ordonna la retraite. Mais si les canonniers étaient valeureux, les conducteurs, tous charretiers ou cochers de voitures publiques, étaient absolument malhabiles aux manœuvres. Des attelages versèrent, le désordre entraîna des retards; les uhlans tombèrent lance en arrêt sur le convoi. Ils allaient emmener canons et prisonniers lorsque les chevau-légers de Vincent et les dragons d; colonel Ordener débouchèrent au galop de charge du pied de Mont-Louis, sautant les fossés et franchissant les clôtures des jardins. Les Russes sabrés duBent lâcher prise. Ils gardèrent cependant neuf canons, six caissons et quelques prisonniers. L'un des polytechniciens, conduit à l'état-major du czar, demanda à Lowenstern des lettres de recommandation pour la Sibérie afin d'y donner des leçons de mathématiques. Après cette échauffourée, les batteries du major Evain regagnèrent la place du Trône'.
A peu près au même moment, la colonne de gauche des Alliés (II" et IV* corps de la grande armée) arriva enfin sous Paris, avec plus de six heures de retard. Les exploits du prince de Wurtemberg se bornèrent, dans cette journée, à débusquer de Nogent, de Sain»-Maur et de Charenton, quelques faibles dé-
Jonrnal q<j Barclay de ToUy. Joumiil de Vincent. Arch. de la guerre . >iresde Lowensiero.cilés parBogdaoowitsch.II, l^; Journal d'un prisonnier anglais. 99-luo. — Une treataine d« poljrtedinicient forent atteints de coups de lance, pas on ne saccomb^.
tachements qui occupaient ces villages, et à cerner — à distance respectueuse — la citadelle de Yrv cennes. Les Austro-Wurtembergeois se déployèrent entre Bercy et Montreuil, couvrant la gauche des Russes*.
Si le prince de Wurtemberg avait mis fort peu de célérité dans sa marche, les manœuvres de Bliicher, dont Barclay de Tolly attendait le développement avec tant d'impatience pour donner l'assaut décisif, n'avaient guère été plus rapides. Aux retards causés par le manque total d'instructions dans la matinée, aux lenteurs inhérentes à un déploiement de trente mille hommes débouchant par une seule route, s'était jointe la confusion des contre-ordres et des contremarches. Selon un officier russe, « on piétinait sur place, on marchait à pas de tortue^». Yers onze heures du matin, comme Langeron était aux prises devant Aubervilliers avec la brigade Robert, il reçut directement l'ordre du czar de marcher sans délai sur Saint-Denis et Montmartre. Langeron répondit qu'il était engagé et qu'il attendait, pour quitter la position qu'un autre corps de l'armée de Silésie vînt l'y ^'élever. York n'arriva guère que passé midi et demie, au moment où. Langeron s'emparait d'Aubervilliers, après trois heures de combat. Langeron, cédant aussitôt aux Prussiens le terrain conquis, se dirigea sur Montmartre. York, qui voyait les forces alliées croître autour de lui, car Kleist se déployait à sa droite et Woronzoff se formait en seconde ligne, prit ses dispositions pour attaquer la Yillette et la Chapelle. Mais ce mouvement subit encore un retard, par t'uite d'un nouvel ordre de Bliicher qui enjoignit à York de faire passer ses troupes sur l'autre rive du