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Schels, n, 208-213; Bogdanowitsch, II

i. Journal de Cbrftpowitsky, cit6par Bogdanowitach II, X72.

canal de l'Ourcq, afin de prolonger la droite de la grande armée. Les deux divisions de Katzler et du prince Guillaume firent par le flanc et franchissant le canal près dePantin, marchèrent sur la fermo du Rou- \Toy, dont elles réussirent à déioger la grand'garde. Les Prussiens ne purent toutefois s'avancer au delà, contenus parla batterie en position près decelte ferme *.

Deux heures approchaient. Les différents corps d'armée, désormais à hauteur, avaient pris leur formation de combat. Barclay de ToUy ordonne l'assaut général. Sur tous les points l'attaque d'ensemble commence ardente et furieuse. Les deux divisions du prince Eugène, soutenues par huit bataillons de grenadiers russes, s'élancent du plateau de Romainville et abordent de front Pré-Saint-Gervais, le parc de Brière et 'e parc Saint-Fargeau. Le terrain assez découvert et en pente vers les assaillants — formant glacis — favorise le tir de la défense. Tous les coups portent. Les Russes tombent sous la mitraille comme les blés sous la faux. Il y en a toiyours. Ils avancent baïonnettes croisées. Six fois ils entrent dans les parcs, six fois ils en sont chassés. « Pour railiernos soldats, dit Fabvier, il nous suffit de leur montrer Paris d'une main et de l'autre l'ennemi *. »

Cette terrible attaque de front, qui menace d'échouer, est malheureusement trop bien secondée par les attaques de flanc. A gauche, la colonne des deux divisions russes Menzenzow et Paskéwilsch descend de Bagnolet, se glisse déms la gorge de Charonne, subit sans se rompre ni s'arrêter les charges de la cavalerie de Bord«soulle et les meurtriers feux d'en-

1. Mémoires de Lxngeron, Arch. daa afT&ires étrangèras, et Joamal d« Langeron, Arch. de Saint-Péiersboarg. Ordre de Blûcher, midi, cité parSchels II. »H: Plotho, m. 412-413.

2. Journal de Barclay d« ToUj. Arch. de Saiot-PétersWare, 29188. Jov mai 4* Fabner, 6&

filade de la batterie du Père-Lachaise, gradt les pentes de Ménilmontant, repousse les artilleurs et les tirailleurs de la garde nationale, prend les canons et s'établit solidement sur la bufte. A droite, tandis que s'avancent le long du canal les divisions de Katzler et du prince Guillaume, débouchent de Pantin sur les Maisonnettes la garde royale prussienne et les deux divisions de la garde impériale russe de Jermolow — neuf mille hommes qui sont l'élite et la suprême réserve de l'armée du czar : les régiments Empereur Paul, Semenow, Ismaïlow, Grenadier, Preobrajensky. Les deux batteries de position du Rouvroy et de Pré-Saint-Gervais, qui depuis le matin n'ont pas cessé de tirer, se trouvent sans munitions, ou à mieux dire les boulets dont on les a ravitaillées ne sont point de calibre. Le tir devient incertain. Les masses ennemies s'emparent de la batterie du Rouvroy et défilant Rous le feu, désormais peu efficace, de celle de Pré-Saint-Gervais, assaillent les Maisonnettes. Le général Michel, sorti la veille de son lit oiî le retenait une blessure reçue à Montmirail, est blessé de nouveau. D'une brigade, ses troupes sont réduites par le feu à un bataillon. Par surcroît, Mortier vivement pressé à la Villette vient d'y rappeler les divisions Gurial et Charpentier jusque-là restées en réserve au pied de la Rutte Chaumont. Après une courte mais valeureuse défense, les conscrits de la garde abandonnent les Maisonnettes et se replient sur la barrière de Pantin. Maîtres du terrain, les Prussiens descendent le canal pour aller prendre Mortier de flanc à la Villette, les Russes s'engtigent entre la butte Chaumont et la butte Reauregard, où ils se divisent en deux colonnes. L'uneescahitle laRutteChaumont, surgit à l'improviste sur la droite de la batterie du colonel Paixhanset s'empare des pièces. L'autre gravit le»

pentes de Beauregard et vient attaquer à revers dans Pré-Saiiit-Gervais les dissions Compans et Boyer de Rebeval. Ces troupes se trouvent entre deux feux. Elles se frayent passag^e à la baïonnette et regagnent Belleville, abandonnant dix-sept canons qu'elles ne peuvent emmener à travers les murs et les clôtures des jardins *.

Marmont se voit ainsi débordé sur sa droite par Ménilmontant, sur sa gauche par Beauregard et Chaumont. Déjà les canons russes, et les canons français, tombés au pouvoir de l'ennemi, sont braqués sur sa position, des colonnes s'avancent pour l'y forcer. La résistance, outre qu'elle ne pourrait être Cjue de courte durée, contreviendrait désormais aux '.astructions de Joseph en exposant Paris aux horreurs d'un sac. Il est quatre heures. Le duc de Raguse se dé cide à user de l'autorisation qu'il a reçue depui.i plus de deux heures, et dont il n'a parlé à personne pour ne point abattre les courages. Trois parlementaires sont envoyés sur la ligne des tirailleurs *. En même temps, le maréchal marque aux troupes la retraite dans Belleville. La position actuelle n'est plus tenable. En s'obstinant à la vouloir conserver, on risquerait d'y être cerné et forcé et l'on n'aurait plus qu'à se

1. Journal de Barclay de Tolly, Arch. do Saint-Pétersboarg. Journal de Boyer de Rebeval, Arch. de la guerre; Scbels, II, 213-221. — La division Boyer, qui comptait 1800 homme* le matin da 30 mars, n'avait pins que 1 12? futi's le 2 avril. La brigade Sécrétant (ploa tard Pinguern), qui défendait MaisoBSsttee, sons les ordres de Michel, était r^-duite, de plus de ; "^ hommes, % 331. Situations, Arch. de la guerre et .\rch. nat., AF. ir,

2. Marmont à Napoléon. Paris, 31 mars, 4 heures et demie da matin. Arch. nat., AP. iv. 1670. Ct. JJ-^m. de Marmont, VI, îib-UG. Journal de Fabcier, Tl-72. I.,es rapports russes disent : 4 heures. — Dans sa lettre à l'empereur, Marmont dit qu'il ne se décida k capituler qu'après s'être concerté avpc Mortier. Lp fait paraît peu probable, vu l'éloignement des d>-ux maréchaux et l'extrême d;fticulté d>*s communications. Marmont, vraisemblablemoDt, se contenta de dépécher un aide de camp au duc de Trévise pour le préven.r qu'il jugeait le moment venu d'user de l'autorisation de Joseph, et il etvoya les parlemeot^irec sitns attendre 1» réponse de son collègue.

rendre à discrétion. Marmont veille à la rentrée de ses bataillons décimés, quand on vient l'avertir que les Russes arrivant de la butte BeauregarJ débouchent dans la grande rue de Belleville qui mène a Ménilmoutant. La moindre hésitation, le moindre retard, et la retraite est coupée. Marmont rallie une soixantaine d'hommes — « la faiblesse de cette troupe, ditil, ne pouvait être aperçue de l'ennemi dans un pareil défilé » — et il charge à leur tête les grenadiers de Jermolow. Le maréchal a son cheval blessé, son uniforme déchiré par les balles. A ses côtés le général Ricard est gravement contusionné, le général Pelleport reçoit un coup de feu à bout portant, vingt hommes tombent sous les balles et les baïonnettes; mais les Russes font demi-tour, laissant les soldats ùe Marmont s'établir en arrière de Belleville, leur première ligne è la hauteur de l'église. Là, les Français peuvent encore soutenir la lutte jusqu'au retour des parlementaires *.

Sur les autres points du champ de bataille, les succès des alliés n'étaient pas moins décisifs. AlaVillelte et à la Chapelle, Mortier avait été attaqué vers deux heures par les corps deKleist, d'York et de WoronzolF. D'abord l'artillerie de la garde, en position à la tête des villages et sur les restes des anciennes redoutes de 92, arrêta l'ennemi. Mais à la suite d'une charge malheureuse des dragons français qui, ramenés sur les batteries par les hussards de Brandebourg, y jetèrent la confusion et la panique, les Prussiens prirent les pièces. A leur tour, ils firent jouer trois batteries de 42, dont le feu intense prépara l'assaut. Les boulets, enfilant les rues où se trouvaient massés

1. Marmont à Napoléon, 31 mars, 4 heures et demie du matin. Arch. nat., ■ AF. IV, 1670. Journal de Fabvier, 70-71. Mémoires de Marmont, VI, 246-217. ^ Mémoires de Pdlevort, II, 115-116. Cf. Journal d© Barclay de Tolly. Arcb. d* Saint-Pétersbourg.

les fantassins et ricochant contre les murailles, faisaient des trouées sanglantes dans les rangs. La canonnade cessa : les colonnes s'élancèrent. Kleist dirigeait l'attaque de la Chapelle ; York, ayant Worouzoff en deuxième ligne, celle de la Villette. Mortier qui commandait en personne dans ce faubourg s'y défendis avec acharnement. Il semblait qu'il y fût inforçable, lorsque, malgré leur héroïque résistance, les cent cinquante chasseurs vétérans, qui gardaient le premier point du canal de l'Ourcq, furent culbutés par la garde royale prussienne, débouchant des Maisonnettes. Mortier allait être pris douane et même à revers. 11 donna l'ordre de battre en retraite sur la barrière de la Villette. Le maréchal se retira comme un lion, lentement et toujours menaçant. Les Prussiens ayant voulu le serrer de trop près, un bataillon de Christiani les chargea à la baïonnette et leur prit quatre canons. Pendant cecombat, York eut un mot superbp '^igiiedeNey ou de Bonaparte. Un de ses soldats tomba frappé par une balle presque contre son cheval : « — Pourquoi, dit York, s'approchait-il si près de moi? » A la Chapelle, Charpentier et Robert résistèrent avec la même ténacité, jonchant de leurs morts et de ceux de l'ennemi toutes les rues du village. Ils n'évacuèrent leur position que sur l'ordre de Mortier, déjà en retraite lui-même. Charpentier fo^ma ses troupes en arnnt de la barrière de Saint-Denis '.

A la même heure, l'infanterie flu comte de Langeron attaquait Montmartre. Après avoir pris Aubervilliers, Langeron s'était dirigé sur Saint-Ouen et Clichy-la-Garenne, de façon à aborder Montmartre par le seul point où il jugeait cette position accessible ', c'est-à-dire

V. Plotho, m. 412-414; Droysen. Tork't Leàen, III, 386. *. Mémoires de Lnugeron. Arcb. des affaires étrangères, Russie, 25; «1 Journal de Langeron. Ardt. de Saiat-Pétersbourg, S9i03.

par les pentes ouest. Chemin faisant, il réfléchit qu'il devrait aussi s'emparer de Saint-Denis. Kapzewitsch fut chargé de cette opération, qui semblait facile mais qui allait donner des mécomptes au commandant du VHP corps. Seule entre toutes les communes suburbaines, la ville de Saint-Denis avait, de son propre mouvement, pourvu à sa défense dès la mifévrier. On avait élevé quelques retranchements ; la garde nationale formée de volontaires comptait cinq cents hommes; enfin, le matin même du 30 mars, sur les instances réitérées d'un député de la municipalité, le général Hullin s'était décidé à envoyer une demicompagnie d'artillerie avec quatre pièces de 4 et douze mille cartouches, et quatre cents voltigeurs de la jeune garde sous les ordres du commandant Savarin. Kapzewitsch avait six mille hommes 6t trente-six canons. Son parlementaire n'ayant pas été reçu, ses canons firent brèche à la muraille du parc de la Légion d'honneur, et il donna l'assaut. Deux fois les colonnes russes furentrepoussées. Le général envoya un second parlementaire, qui, pas plus que le premier, ne réussit à être introduit dans la place. Savarin, bien qu'ayant épuisé presque toutes ses munitions, n'étaitpointd'humeur à capituler. Comme un membre de la municipalité lui conseillait d'entrer en pourparlers puisqu'il n'avait plus de cartouches : « — Et nos baïonnettes ! dit Savarin. Je ne me rendrai qu'après qu'elles seront toutes émoussées.» Kapzewitsch voyant qu'il n'aurait pas raison de cet entêté laissa un régiment en observation devant Saint-Denis et se hâta de se porter sur Montmartre pour seconder l'attaque de Langeron *.

l. Défense de 5atnNZ)eni»enl8l4.parG.Dezobry, ex-coraraandant de la garde nationale, pp. 8-26 ; Mémoires et Journal de Langeron. — Le commandant Savarin ne se rendit que le lendemain, 31 mars, quand ij apprit officiellement la capitulation de Paris. « Je le reçus, dit Langeron, avec la considération qua méritaient sa bravoure et sa fermeté. »

Fn pareil déploiement de forces n'était point nécessalic. Celle position qui, bien armée et occupée en nombre, eût défié tant d'attaques, n'était qu'un épouvantail. Le départ du roi Joseph avait entraîné la retraite des quelques compagnies de garde nationale qui se tenaient sur les buttes. Il n'y restait pius qu'une soixantaine de canonniers, fort insuffisants pour le service de 30 bouches à feu, et environ 250 sapeurs-pompiers de la garde impériale. Langeron, ayant refoulé par ses masses la cavalerie des généraux Belliard et Dautencourt, en bataille devant les buttes, et éteint par le feu de ses 80 canons celui de leur batterie légère, lance ses colonnes à l'assaut entre Clignancourl et la Ilutte au garde. Les Russes reçoivent deux salves, dont les coups portent trop haut, atteignent les crêtes, presque sans pertes, et tuent les canonniers sur leurs pièces. « — Ils sont trop! » dit l'un d'eux en mourant. Pendant ce ^emps, la cavalerie d'Emmanuel et l'infanterie de Rudzewitsch rejettent sur les hairières de Batignolles. de Monceaux et de Neuilly, les tirailleurs de la garde nationale dispersés dans la plaine '.

Moncey voit l'ennemi menacer l'enceinte de Paris. Lui vivant, il n'y entrera pas sans combat. Le maréchal organise la défense, il fait rassembler les hommes, avancer les canons, il distribue les postes, harangue les officiers et les gardes dont le départ du roi Joseph, déjà connu, et les progrès trop visibles de l'armée alliée ont ébranlé les courages. « — Il faut nous défendre, dit le vieux soldat. Même si nous sommes réduits à céder, à la fin, aux forces énormes de l'ennemi, du moins devons-nous lui imposer par une énergique résistance pour obtenir une capitulation

l. Joaroal et Mémoires de Langeroa. Rcl&tioa aaonjm» dans la Suite M Mémorial, II, 285-287. Schela. II, 228-229.

honorable.» Les chaleureuses paroles de Moncey,V©tev accent de sincérité, raniment les miliciens. Les volontaires se présentent en foule pour aller prendre position à la tète de Batignolles. Telle est leur exaltation qu'ils refusent de s'embusquer dans les maisons, selon les ordres de Moncey. «Nous n'avons pas peur, disentils, nous ne voulons pas nous cacher.» Paroles d'hommes qui n'ont jamais fait la guerre, mais qui sont capables|de la bien faire. — «Croyez-vous, s'écrie Allent, que le doyen des maréchaux puisse vous conseiller une lâcheté! » Alors ils se mettent à l'abri des balles *. La barrière de Clichy semblait le point le plus menacé.Moncey s'y établit. Aux autres barrières, ses aides de camp coururent par son ordre exhorter les n>il:ciens à combattre. Partout les officiers du maréchal trouvèrent les hommes bien disposés. Aux Ternes, à BatignoUes.auRoulejàl'Etoile, des volontaires tiraillaient à cinq cents mètres au delà de l'enceinte avec les fourrageurs ennemis. Un détachement de la 4* légion qui occupait la barrière de Monceaux était moins déterminé. L'aide de camp de Moncey, voyant dans la plaine deux escadrons français serré de près par les Russes, invita les gardes nationaux à se porter au secours de cette cavalerie. La moindre démonstration eût suffi pour la dégager. Les gardes hésitèrent. Enfin, émus par les reproches indignéset les ardents appels de l'officier, ils se mettaienten marche, lorsque le duc deFit7-James sortit des rangs. « — Le service demandé, dit-ii, en se tournant vers le front de la compagnie, est contraire à l'institution de la garde nationale*. » L'argument du duc

1. Koch, II, 499; Beauchamp, II, 223-224; Journal d'un prisonnier anglaii, 90-91; Relation anonyme dans la Suite au Mémorial, II, 285.

2. Journal d'un prisonnier anglais, 100-102; Beauchamp, II, 221 : Relation anonyme précitée, 285; Koch, 11,502-503. — C'est Beauchamp qui cite les paroles du duc de Fitz-James, tout en l'en glorifiant. Celui-ci n'ayant point réclamé contre les louanges, bien comproraeUaiites à notre sens, de l'historien rcyv liste, oa «st eu droit de regarder la cboae comme Tâhdiqae.

LA BATAILLE DE PARt5. ^13

de Fitz-James leur paraissant sans réplique, les miliciens fonncreat les faisceaux. — Un autre Filz-James qui n'é/iil pas duc (il était ventriloque, de son état) se fit tuer ce jour-là, en enfant perdu, du côté de Saint-Ouen.

Cependant les premiers bataillons de Langeron délogent du faubourg de Balignolles les chasseurs et grenadiers de la garde nationale, qui se replient en deçà de la barrière de Clichy. Là, tout le monde prend son poste, sous l'œil vigilant du maréchal Moncey. Les invalides avancent les canons dans les embrasures du tambour; les meilleurs tireurs se placent aux créneaux, d'autres s'embusquent aux fenêtres et sur la plate- forme du grand bâtiment du rond-point; la masse des gardes se range des deux côtés de la rue de Clichy. Moncey craignant qu'avec quelques boulets les Russes n'aient facilement raison du tambour en charpente ordonne de construire un second retranchement en arrière du premier. Charrettes, madriers, p<:vés s'amoncellent; des hommes venus en curieux, des femmes mêmes et des enfants aident ardemment au travail sous les balles qui commenceul à siffler. — Un peu plus bas, des ouvriers et quelques sapeurspompiers de garde à la caserne du Mont-Blanc ébauchent sans ordres une autre barricade. — Un feu nourri et sûr accueille la tête de colonne ennemie. La défense s'annonce de façon à contenter le vieux soldat de Marengo et de Saragosse « qui n'attend pas tant des gardes nationaux ». Mais les généraux russes n'ont pas l'ordre de donner l'assaut; ils ont au contraire l'ordre formel du czar do ne point abcrdor les barrières. Rddzcwitsch et Langeron lui-même s'élancent sous la nappe de plomb au-devant de leurs hommes; ils les an*êtent. Les Russes se postent dons les maisons du faubourg et sur les premières

pentes d'où ils continuent à tirailler avec les miliciens*.

L'insulte de la barrière de Clichy termina cette bataille qui ne fut qu'une suite de combats engagés sans ensemble par les assaillants et soutenus sans direction par les défenseurs. La bataille de Paris, dont les conséquences politiques ont été si grandes, a donc marqué à peine dans l'histoire militaire. Il faut rappeler cependant que par le nombre dos troupes en ligne et les perles subies des deux côtés — neuf mille hommes tués ou blessés chez les Alliés, neuf mille chez les Français^ — la balaillo de Paris fui la plus imporlante et la plus meurlrière de toutes celles de la campagne de France. Malheureusement, Napoléon n'y commandait pas.

L'appréhension du danger cause plus de trouble et d'efFroi que le danger même. La population parisienne qui s'épouvantait dès les premiers jours de février au seul nom des Cosaques, et qui tremblait les 27, 28 et 29 mars à l'idée du pillage et de l'incendie,, recouvra son sang-froid quand elle entendit le canon.; Pendanl la bataille^ les grands boulevards avaient leur aspect accoutumé, à cette différence que la plupartdes bouKques étaient fermées et qu'il passait peu de voitures. Mais la foule était plus nombreuse, plus animée, plus remuante aue d'ordinaire. C'était \q

1. Mémoires de Langeron. Arch. des affaires étrangères. Journal d'un pri^ $onnier anglais, 90. 92, 101, 103. Ululation d'Allent (Suite an Mémorial, II, l(j2);.

2. Les documents étrangers portent les pertes des Russes à 7 000 hommeç et celles des Prussiens à 2000, dont 80 officiers. Journal de Barclay de ToUyi,'; Mémoires du prince Eughie de Wurtemberg, III, 291; Plotho, III, 411-416} Bogdanowitsch, II, 192 : Schels, II, 237-2.38.

Par la comparaison entre les .situations du 29 et 30 mars et celles du !•» et2 avril, on arrive au total de 8800 h mmes tués, blessés ou 'lispnrus, chel les Kiaiii;ais, sans compter les pertes de la garH« nuti.male qu'on évalue à. 300 ou 50î) biiinm-îs (Situations. Arch. de la guerre, et Arch. nat., AP. ivr 1667 «t 1670). Il e.st jiisle de remaripier que parmi ce.s manquants il y avait un assez grand uomlire de traînards qui n.'juignireut les corps los i «t 4 avril, ainsi que l'iudiq^ueut les situations du 5 avril.

boulevard aux jours de fête et de changement de gouvernement : un ûux et un reflux de promeneurs, de groupfj^ stationnant et discutant, toutes les chaises occupées, tous les cafés remplis. Le temps était couvert et doi'S. A Tortoni, les élégants dégustaient des glaces et buvaient du punch en regardant trottiner les grisettes et défiler, sur la chaussée, quelques prisonniers qu'escortaient des gendarmes, et d'innombrables blessés, transportés sur des civières et des prolonges et dans des fiacres mis en réquisition. La foule ne paraissait nullement consternée. Ch^ quelques-uns il y avait de l'inquiétude, chez d'autres de la curiosité ; chez la plupart la tranquillité et même lindiftérence dominaient. L'amour- propre national aidant, — à mieux dire peut-être la vanité parisienne, — ;)n regardait le combat livré à Romainville comme une affaire sans importance et dont l'issue d'ailleurs n'était point douteuse. Si l'on faisait remarquer que le bruit du canon se rapprochait, ce qui semblait indiquer les progrès de l'ennemi, il ne manquait pas de gens pour répliquer d'un air entendu : « C'est une manœuvre; les Russes jouissent de leur reste. » La quiétude générale fut cependant troublée entre deux et trois heures. Un lancier ivre descendit au grand galop le faubourg Saint-AIartin en criant : « Sauvequi-peut! » Une panique se produisit. Chacun s'enfuit en courant. Les ondulations de la foule s'étendirent Jusqu'au Pont-Neuf et aux Champs-Elysées. Mais cette fausse terreur fut passagère, les boulevards se remplirent de nouveau *.

Dan? les quartiers du Nord et de l'Est, on croyait aussi à la défaite de l'ennemi, mais l'agitation et le trouble étaient extrêmes. Les rues des faubourgs

1. Journal d'un prisonnier anglais iRnue britannique, V, 86, 89, 91, 105). Rodri«;aea, 49. 53> 54, 66. Relauon aaonjrme (Suite au Mémorial, Ui 285-2S6).

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