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Fain

S. Marmont à Napoléon. Paris, 31 mars, 4 henres et demie du matin. Arch. nat., AF. IV, 1670

Ces mots de la lettre : « Flahaat m'annonce la présence de Votre Majesté i Villejuif » semblent témoigner que l'aide de camp de l'empereur croyait et avait dit k Marmont que Napoléon n'avait pas arrêté ta march* vers Paris. Villejuif n'est qa'à une lieue des barrières.

eût transformé en soldats ces gardes nationaux auxquels, mieux que Marmont, Belliard avait su rendre justice. La présence de l'empereur eût rendu la confiance à tous, animé les braves, entraîné les hésitants. Mais le 31 mars, à quatre heures du mutin, alors que la capitulation était connue dans la plupart des légions et que la garde nationale avait pris son parti de cette nécessité, c'eût été trop demander aux miliciens de reprendre ces armes qu'ils venaient de déposer, un grand nombre avec douleur, un plus grand nombre encore avec soulagement.

Aux troupes, inlassable chair à canon, sublime limon de France, pétri et animé par Napoléon, on pouvait encore tout demander. Les hommes auraient voulu revenir au feu. Après leur tenace défense de dix heures aux abords de Paris, contre des forces quadruples, ils espéraient une revanche dans un combat de rues où disparaîtrait l'avantage du nombre. On leur avait donné Tordre d'évacuer Paris. Ils défilaient, sombres et farouches, avec des murmures dans les rangs. Les soldats accusaient les chefs, l'armée accusait la garde nationale'. L'exaltation était telle chez quelques-uns, qu'un colonel se présenta vers neuf heures du soir au magasin à poudre de Grenelle et, prétextant un ordre supérieur, enjoignit impérativement au major d'artillerie, Maillart de Lescourt, de faire sauter le bâtiment *. Le magasin contenait 243 000 kilogrammes de poudre, 28 000 gargousses et cinq millions de cartouches. Le tiers de Paris eût

1. Cf. Journal d'un pritonnier anglais, 102', Rodrignex, 73; Giraud, 9H;Potu de rUérault, 262-263.

2. Lettre de Maillart de Lescourt an directeur du Journal det Débats, 7 avril. — Le Journal des Débats du 5 avril avait mis en circulation cette calomnie que c'était le général de Girardin qui, d'aprè» les instructions de l'empereur lui-même, avait donné l'ordre de faire sauter la poudrière de Grenelle. Girardin nia éoergiquement c« fait, et d'ailleurs, dans sa lettre du 7 avril, Maillart de Lescourt n'accuse ai ce général ai l'empereur.

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pu être réduit en poussière. Maillart de Lesconrt feignit de voul'^ir bien exécuter cet ordre. Le colonel se relira. Panni *es soldais et les officiers de troupe, plus d'un eût élé prêt, comme ce colonel, à faire sauter Paris pour ensevelir l'ennemi sous ses ruines. Mais, dans sa lettre à l'empereur, Marmont se gardait de parler de l'armée, qui d'ailleurs était tenue d'évacuer la ville en vertu de la capitulation; il ne parlait que de la garde nationale.

Napoléon, accablé, rebroussa chemin vers Fontainebleau, où il arriva à six heures du matin. Il s'établit dans les petits appartements du premier étage du château, le long de la galerie de François P".

La colère qui avait saisi l'empereur au récit du général Belliard n'était pas feinte, comme le jour où il disait à Bourrienne, en se touchant le menton : « Je n'avais de colJ^re que jusque-là. » Mais son emportement le rendait trop injuste envers Joseph et envers Clarke. Si le roi et le ministre avaient eu peu d'énergie et moins encore d'initiative, ils n'étaient pas, pour cela, seuls responsables de la prise de Paris. Napoléon devait aussi s'accuser de ce suprême désastre.

Pendant tout le mois de janvier, l'empereur était resté hésitant entre le désir de fortifler la ville et la crainte d'alarmer la population. Circonvenu par les ministres qui appréhendaient d'armer les ouvriers, il avait donné à la garde nationale parisienne le plus vicieux recrutement. En parlant pour l'armée, le 2o janvier, il avait laissé Paris sans aucune défense. Depuis deux mois, qu'il tenait la campagne, il avait appris par des lettres, des dépèches, des rapports journaliers, que les choses étaient à peu près dans le même état, que la garde nationale nalteigi^ait pas la

1. Pain, 213217; R«Ution d« Goorgaad, U, 33>i Jowmai da» D4bmU 4« « avril 1814.

moilfé de l'efTcctif demandé, que les fusils manquaient pour les hommes, les arlilleurs pour les canons, les plans, les ordres et l'argent pour rétablissement des ouvrages. Le 13 mars encore, l'empereur dvaiT écrit au roi Joseph : « Avant de commencer les fortifications de Paris il faut connaître le plan » ; et à la lettre de Joseph du 15 mars, oii celui-ci lui demandait de donner son approbation au plan, il n'avait pas répondu *. Il savait, car tout le monde, depuis Joseph jusqu'au dernier des agents de police, l'avait mainte fois répété, que l'occupation de Paris serait la fin de l'empire. Lui-même avait dit : « Si l'ennemi arrive aux portes de Paris, il n'y a plus d'empire. » Luimême avait écrit : « Il ne faut pas abandonner Paris, il faut plutôt s'ensevelir sous ses ruines*. » Or, malgré tout. Napoléon avait 3.bandonné sa capitale à la routme de Clarke et à la faillesse de Joseph. U avait successivement retiré de Paris, pour les besoins de ses opérations, tout ce que la place renfermait de disponible en troupes, en chevaux, en batteries organisées. Comme résigné même à l'idée de la prise de Paris, il avait envoyé les ordres les plus précis pour le départ de l'impératrice et du roi de Rome, — désertion qui porta le dernier coup à l'opinion et enleva toute ardeur à la garde nationale en lui enlevant toute confiance. Le 20 mars, enfin. Napoléon avait rappelé à lui les corps de Marmont et de Mortier, jusque-là chargés de couvrir Paris, pour les entraîner avec toute son armée dans une manœuvre d'une sublime audace qui pouvait réussir — on a vu qu'il s'en fallut de peu — mais qui si elle échouait le perdait sans retour.

1. Correspondance de Napoléon, Î1477; Correspondance du roi Joseph, X,

2. JUémoiret de Mollien, Vf, 118. Corresp. de Napoléon, 21210; cf. 21089.

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