LA COUR-DE-FRANCE
La bataille d'Arcis-sur-Aube avait montré à l'empereur que Schwarzenberg ne redoutait plus de l'attaquer, qu'il n'était plus disposé, comme à la mifévrier, a reculer au moindre mouvement de l'armée impériale. Dans ces conditions, les chances de succès de la marche en Lorraine diminuaient. Si le soir de la seconde journée d'Arcis Napoléon se fût mis en retraite sur Paris avec toutes ses troupes, qui avaient pour défiler les deux grandes routes de Coulommiers et de Provins, il y fût arrivé quatre jours avant les Alliés ', et il y eût concentré cent mille hommes *. Quatre jours, c'était un siècle pour Napoléon. L'ennemi n'eût pas trouvé les fauhourgs sans barricades, les roules sans abatis et sans coupures, les hauteurs sans épaulements et sans canons. Cent mille hommes, c'était ce que le 28 juin 1815 l'em-
1. Peut-être les arrière-gardes françaises qui fussent restées -vraisemblablement en position derrière l'Aube jusq'ie dans la soirée du 2? mars eussentelles été inquiétées par la cavalerie légère dès la journée du i3, mais Sch-vrarzeubt^rg n'eût pas prononcé son mouvement sur Paris avant de connaître la position de Bliicher. Or il ne reçut des nouvelles de l'armée de Silésie que le 23 vers midi. On se serait mis en route le 24. et comme les Alliés eussent été sans cesse dominés pendant leur marche par l'Idée d'une rencontre fortuite avec Napoléon, ils se fus!>ent avancés avec une grande circonspection, c'est-à-dire beaucoup plus lentement qu'ils ne le firent du 25 au 29 mars, alors qu'ils savaient l'armée impériale sur leurs derrières.
2. Le soir du 21 man, «es trouiies, sons les or<lres directs de Napoléon, y compris la division Levai (ac «-orps iia4i»*t), arrivée à 2 heures, comptaient encorr 24500 hommes, défalcation tait^des pertes de la journée etde la veiUe. En se repliant sur Paris, l'empereur eut rallié dans sa route : 1* les corps Oudinot, Macdonald et Gérard, soit 21000 hommes (défalcation faite de la division Levai citée plus haut); 2* les 1300 fantassins de Cumpans, qui occupaient Sésanne; 3* les 7*. 8» et 9* et 10* de marche de cavalerie qui venait^nt de Paris; 4* les3500 hommes de Ledru Desessarta, à Meaux; V les corps de liarmont et de Mortier dont l'effectit était encore de 16500 hommes avant la fatale journée de Fère-Champenoise. Dans le cas d'une retraite de Temperenr sur Paris, ce double combat, qui coiita plus de 5000 hommes aux deux maréchaux et deux divisions entières à Macdonald. n'aurait pas eu lieu.
L'empereur eiit donc ramené dans Paris 715(X) hommes. Si l'-^n ajouta à ces TlhOO homme» les troupes, les dépôts et la garde nationale lormnnt la garnison de Paris, soit 26300 hommes, on atteint au total de 98 'Hj hommes. En rappelant de Moniereau la division Souham (3780 fusils) et a>, 6ea% la division Allix (2418), l'empereur eût eu 104 000 hommes. Voir, pour les détail* des affectifs et les références. « 1814 >. 281-283 «s 45*.
pereur domandait pour écraser sous Paris les armées de Bliieher et de Wellington. Clausewitz prétend qu'en 1814 Napoléon ne voulut pas s'exposer à subir devant les Parisiens une seconde défaite de Leipzig*. Si l'on songe que le 30 mars, trente-cint^ mille hommes, la plupart arrivés la veille après huit jours de marche et d'actions meurtrières, combattant sous des chefs découragés, sans plan arrêté, sans direction générale, chaque corps pour son compte, résistèrent dix heures à cent dix mille Russes et Prussiens, il est permis de croire que cette même bataille de Paris, livrée contre cent cinquante mille ennemis, par cent mille Français bien reposés, établis dans de bonnes positions, ayant une artillerie formidable, se secondant mutuellement, manœuvrant sous le commc.t.demrnt de Napoléon et pénétrés do son feu, n'eût pas été un Leipzig.
l. Clausewita Der Feldzug von 1814, TT, 411. Cf. Mémoires de Langeron, Ârcb des atf lires étra>jgë/'^s. Uii<^s e, 25 ; at rapports da prisonaiers rusaea, Corbai;;, 7 bulm. Arch. aat., AF. vi, 16C^