Journal d'un prisonnier anglais, IV, 261 ; Koch, H
LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE A PARIS. ^iS
m. Vive l'empereur ! * » Au sénat, dans le gouvernemcpt, raccord faisait défaut. On s'était entendu sans peine pour renverser, on s'entendait plus difticilement pour édilier. Les libémux se montraient disposés à accepter les Bourbons mais avec des garanties constitutionnelles. Les royalistes n'admettaient pas « ces capitulations imposées à la royauté ». Ils trouvaient qu'on lardait bien à rappeler Louis XVIII dans sa bonne ville de Paris. Talleyrand avait grand'peine à concilier tout le monde, calmant les déliances des uns et modérant les impatiences des autres. Dans la crainte que le langage exalté de la presse en faveur des Bourbons ne provoquât une réaction, ordre fut donné aux journaux de modérer leur zèle royaliste*. Siloccupalionde Paris par les Alliés enrichissait les restauralears, les directeurs de théâtres et les boutiquiers du Palais-Royal, pour cela les travaux n'avaient point repris, et les ouvriers demeuraient mécontents et menaçants '. On continuait à faire de la politique sur h;s trottoirs, selon l'habitude qu'avait prise pendant les trois derniers mois la population désœuvrée. Ici 1 on vantait les Bourbons et Ion décriait Bonaparte. Là, on se déchaînait contre le gouvernement provisoire, contre Talleyrand, contre le sénat, contre Marmont qui avait livré J'aris, contre la garde nationale qui n'avait point secondé l'armée, contre Clarke qui avait laissé le peuple sans armes, l'artillerie sans
1. Rapport sar l'état de Paris, transmis par la préfet de Seioe-et-Mame, le 3 avril. Arch. de la guerre.
2. Lettre de rab>>e de Moatesqaioa trouvée aax Tuileries dans le cabinet du duc de Blaca^i (Journal de CEmpirt du 16-avril iS.'â). Révélationt de Morin, 47; Uém.. de VitroUet. I, 312, 314. 319 et ptusim.
3. Rapport gênerai de pulice sur les evéDements de Paris antérieurs an 14 avril. Arch. nai-, V. 7, 3773. Cl. Beraoger, Ala Biographie, 146-146. Le l** avril, un convoi de prisonniers passaui sous l'escorie de sot iata alle- Bauds provoqua des clameurs et des menaces dans la foule. Le chef du dÀtacbement craignant pour sa sûreté fit presser le pas à la colonne. Dans 1m fauboui-gs, lea soldats étrangers ne venaient qu'en nombre.
munitions, les soldats avec des cartouches remplies de son., La France avait été vendue aux étrangers. L'empereur avait été trahi*. « Si tout le monde avait fait comm/* le général Daumesnil, disait-on, nous n'en serions pas là. » Et l'on citait la belle réponse de Daumesnil — qui tenait toujours à Vincennes — au parlementaire de Barclay de ToUy : « Je ne rendrai la place que sur l'ordre de Sa Majesté l'Empereur. Les Russes m'ont enlevé une jambe. Il faut qu'ils me la rapportent ou qu'ils viennent me prendre l'autre ^ » D'autres orateurs en plein vent disaient que tout n'était pas fini, que Paris serait le tombeau des Alliés, qu'il y avait plusieurs centaines de soldats de la vieille garde cachés dans les faubourgs pour soulever le peuple dès que tonnerait le canon de Napoléon. On n'écoutait pas ces prophéties sans terreur, car les gens paisibles en étaient arrivés à redouter l'approche de l'armée impériale autant qu'ils avaient redouté, le mois précédent, l'approche des Cosaques. Déjà le bruit courait que les Alliés avaient subi une défaite à quelques lieues de Paris. Le patriotisme et la politique faisaient des exaltés dans les deux partis, mais la masse de la population ne pensait qu'à la paix et, elle était prête à se donner ou à se rendre à celui qui signerait le traité. Tous ceux qui jugeaient sans passion regrettaient que les Alliés ne voulussent pas traiter avec Napoléon, puisque leur refus semblait retarder la conclusion de la paix et exposer Paris à de nouveaux périls^.
1. Rodriguez, 92-93, 95. — On vendit dans les premiers jours d'avril une caricature oîi Marraont, représenté sous la figure d'un général -'anus, disait à la fois : » J'ai proinisde défendre Paris, > et : « J'ai promis de livrer Paris.» Biblvoth. nat. Cabinet des Estampes. Q. B. 138.
2. Rapport sur l'état de Paris, 3 avril. Arch. de la guerre. — La réponse de Daumesnil, qui paraît ainsi parfaitement authentique, est deTenae comme on sait : « Rendez-moi ma jambe, je vous rendrai la place. »
3. Rapport général de police sur les événements antérieurs an 14 avril.