POSITIONS DES ARMÉES LE 26 FÉVRIER
La marche des Alliés en France ne fut d'abord qu'une promenade militaire. Après avoir franchi le Rhin en douze ou quinze colonnes, depuis Bâle jusqu'à Cobientz, du 21 décembre au 1" janvier, les armées coalisées refoulèrent sans peine les petits corps français espacés sur la frontière. Marmont, Macdonald, \ictor, le prince de la Moskowa, comptaient tout au plus 46 000 combattants*. Schwarzenberg et Bliicher amenaient en première ligne près de 250 000 soldats*. De-
1. Marmont: 12726 hommes. Macdonald : 10 200. Victor : 6 300. Ney : 7240. Cavalerie (!•', *• et 5« corps) : 9 750. Total : 46 216 hommes. — Situation de lagraade armée au 1" janvier 1814. Arch. nat., AF., iv*, 1347, et situations ie 1814. Arch. de la guerre. — Nous ne comptons naturellement ici que les corps opposés, en rase campagne, à Schwarzenberg et à Blùcher, dans les |uinze premiers jours de leur entrée en France.
2. Grande armée de Bohême, commandée par Schwarzenberg : 1" corps (Colfcrédo) : 15 708 hommes. 2« corps (prince Aloys Lichtenstein) : 12 708. 3" corps (Gjrulai) : 14732. 4* corps (prince royal de Wurtemberg) : UOOO. 5' corps (do Wrede) : 34200. 6* corps (Wiggenstein ) : 21 066. Divisions légères (Bubna et Mont* Lichtenstein) : 11240. 6* corps d'Allemagne: 13 250. Réserves autrichienoes (prince héritier de Ilesse-Hombourg) : 18500. Grandes réserves russes et prus- Hennes Barclay de Tolly) : 3i}696. Cosaques de Platow : 6000. Total : 20"^ 100
Armée de Silésie commandée par Blùcher : Corps prussien (York) : 19560. Corps russe (Sacken) : 19400. Corps russe dOlsuljew : 5697 (détaché d« eorps de longeron) et 2000 cavaliers de Korff (détachés du même corps). Total : 46657. Total général pour les Alliés entrés en France daos 1« première quinzaine de janvier 246 757 homme».
11 faut ajouter à ce chiffre :
!• Pour la grande armée de Bohème : la division Prohaska : 9000; U division wurtembergeoise de Doring : 10600; le 8* corps d'Allemagne (Hochbergt : 10 330. — Ces troupes n'entrèrent en Fraoce qu'au mois de fé\Tier.
P Pour l'armée de Silésie : le corps Rleist : 20000. l/^ cwvt Langero» •
vant de telles masses, qui menaçaient à chaque étape de les déborder, les maréchaux ne purent que se replier, combattant et escarmouchant le plus possible, mais évitant tout engagement sérieux où ils se fussent inutilement compromis. SaafDôle, Chalon, Tournus, Bourg, les villes ouvertes se rendirent à la première sommation. Les places fortes, les généraux alliés, instruits à l'école de Napoléon — plus d'un même
19500 hommes (déduction faite des troupes de ce corps déjà entrées en France et de celles laissées devant Mayence). — Les corps Kleisi et I.angeron passèrent la frontière, le premier, à la fin de janvier, le second, en plusieurs détachements, en février et en mars. — 4* corps allemand : 12U00. 5* corps allemand : 9320, — Ces deux corps n'entrèrent pas en France.
3" L'armée du nord, commandée par Bernadette : Corps de Biilow : 30000. Corps de Winzingerode : 36000. Corps du prince de Weyraar: 23000. Corps de Walm«den : 15000. Corps suédois : 23000. Corps du duc de Brunswick : 32000. — Seuls les corps Biilow et Winzingerode, réduits ensemble à 42 800 hommes, entrèrent en France au mois de février.
4* Les armées de seconde ligne. Russes de Beningsen et de Rostowsky, Prussiens de Taueuzien, landwehr, réserves autrichiennes, etc. Ces diverses troupes, évaluées à plus de 300 000 hommes, f.rent le siège des places d'Allemagne ou restèrent dans les garnisons. Elles ne prirent pas part à l'invasion.
5* L'armée d'Italie (Bellcyarde) : 74000, opérant contre le prince Eugène.
6* Anglais, Espagnols, Portugais, Napolitains : 160000.
Rapport de Barclay de Tolly, 25 décembre 1813; tableau de la composition des armées alliées en 1814. Arch. topogr. de Saint-Péteraboorg, b** 46692, 22854 et 22860. Cf. Plotho, III, annexes, pp. 1-15, 29-40.
En résumé.lesAustro-Prusso-Russes envahirent la France au commencement de janvier avec 245000 hommes, et — s'il n'y avait eu les pertes à défalquer — les nouvelles troupes qui passèrent la frontière de la fin de janvier aux premiers jours de mars auraient élevé ce chitJ're à 420 000 hommes, y compris les 72000 Anglo-Kspagnols de Wellington. Si l'on ajoute à ce total les troupes de seconde ligne et de réserve, et les armées des Pays-Bas, d'Espagne et d'Italie, l'on doit compter plus d'un million d'hoinmes.
Les forces françaises, d'après les états de situation, s'élevaient au milieu de février a 650000 hommes, y compris, naturellement, les armées de Catalogne, des Pyrénées, d'Italie, des Pays-Bas, lea garnisons des places fortes au delà et en deçà du Rhin et tous les déi-ôts, mais non compris les gardes nationales. (Situation générale au 15 février. Arch. nat., AF., iv*, 883; situations journalières du 15 au 22 février, et état sommaire des troupes françaises en avril. Arch. de la guerre.)
Il est inutile, sans doute, de faire remarqusr que, tant du côté des Alliés que du côté des Français, il y a de la fantasmagorie dans ces chiffres. Les «ffectifs y sont établis d'après des situations journalières parfois astérieures de deux mois aux tableaux récapitulatifs; il n'y est tenu compte ui des pertes, ni des désertions, ui des indisponibles. On peut sans crainte réduire cet chiffres d'an quart et peut-être même d'un tiers. En portant à 400000 hommes Dour les Français et à 750 000 hommes pour les Alliés le nombre des soldats présents sous les armes et disponibles par toute l'Europe, oa sera dans la vérité.
avait servi sous ses ordres, — ne s'avisèrent pas de s'arrèler à en faire le siège. Ils les tournèrent, laissantuevant elles quelques troupes d'investissement, et ils poussèrent droit au cœur de la France. A lexlrême gauche, Bubna s'empara de Genève et s'avança sur Lyon par le Jura et la vallée de la Saône. Au centre, les diiïérentes colonnes de Sch vvarzenberg. passant par Dôle et Auxonne, par Monlbéliard et Vesoul, par Remiremont et Epinal, par Colmar et Sainl-Dié, gagnèrent Dijon, Langres, Bar-sur-Aubo. A la droite, les deux corps de Bliicher, descendant les routes de Lorraine, débouchèrentsur Vassy, Saint-DizieretBiienne. Le 26 janvier, presque toutes les troupes alliées se trouvaient entre la Marne et les sources de la Seine : leur concentration était pour ainsi dire faite *.
L'empereur partit ce jour-là de Châlons, espérant prévenir celte concentration et attaquer les Prussiens avant qu'ils ne se fussent réunis aux Auslro-llusses. Il réussit à joindre Bliicher isolé dans Brienne et à lui infliger une sanglante défaite. Mais Brienne n'est pas loin de Bar-sur-Aube. Le feld-maréchal se replie sur l'armée de Schwarzenberg. Celle-ci ébranle ses masses, se porte en avant, et, le 1" février, s'engage la bataille de la Rothicre, où les Français luttent huit heures, un contre trois, sans se laisser acculer à l'Aube, et imposent assez à l'ennemi pour opérer le lendemain leur retraite surTroyes par le seul pont do Lesmont\
La joie fut immense chez les Coalisés. Cinquante
1. Cf. Plotho, Der Krieg in DeuUcAland und Frankreich. III, 14 à 90, Bernfcardi, Itenkw&rdigkeiten des Grafen von Toll, IV, 134 à 258 ; Schulz, Geachiehte der Knege in Europa, XIH, 4, 23, 67; Beitzke, Geschichte der Deutichen FreiheiUUriege, II, 193-203; Bogdanowitsch, Geschichte des Krieges 1314 (U». duit du rasse, par Baumgarten). I, 49-83.
2. Correspondance de Napoléon. 21135, 21136, 21140, 21141,21150,21160, Moniteur, 3 et 6 février; Fain, Manuscrit de 1814, 47, 67-87; Mémoire» dt Marmont. VII, 29-39; Ploiho, III, 116-130; Daiuleviky.', Darftellun§ dm Feidsuges m FrmnkrmcK I, 4»-#^
cauons et deux mille prisonniers étaient restés en leurs mains; quatre mille morts ou blessés jonchaient la plaine. Mais ce n'étaient pas ces trophées et ces hécatombes qui exaltaient les Alliés. Au reste, six mille des leups n'avaient-ils pas été fauchés par la mitraille*? C'était une bataille gagnée sur Napoléon en plein territoire français. Le charme rompu à Leipzig- ne s'était pas reformé. L'empereur n'était plus invincible : donc, à considérer les forces énormes dont on disposait contre lui, il était vaincu. Alexandre félicitait Bliicher en ces termes : « Cette victoire couronne toutes les autres, » et Sacken terminait son rapport par ces mots : «A dater de ce jour, Napoléon cesse d'être un ennemi dangereux, et le czar peut dire : Je donne la paix au monde*. » La tête montée par ce facile triomphe, les Alliés s'imaginèrent que nul obstacle désormais ne pouvait les arrêter et qu'ils n'avaient plus qu'à aller dicter la paix dans Paris. La dernière armée française n'étail-elle pas, non seulement en retraite, mais dispersée, évanouie ? Les officiers alliés se donnaient rendezvous à huitaine dans le jardin du Palais-RoyaP, et le czar disait au général Reynier qui rentrait do captivité en vertu d'un échange : « Nous serons à Paris avant vous*. »
Dans un conseil de guerre, tenu le 2 février au château de Brienne, on résolut de marcher incontinent sur Paris, et afin de donner à Bliicher, le héros de la Rothière, la satisfaction d'opérer seul, comme aussi pour faire plus facilement vivre ces nombreuses troupes, on décida que l'on marcherait en deux colonnes. L'armée de Silésie, après s'être complétée du côté de