Plotho, m, 126; Bogdanovritsch, I, 126. Koch, I
2. Journal de Nikitin. Journal de Sacken cité par Bogdanowitsch, I, 126.
3. Mémoires de Langeron. Arch. des affaires étrangères, fonds Russie, 25. <i. Hau\erive à Caulaincoort, 17 février. Arcb. des affairea étrangères,
fonds France, 670.
Cbâlons, avec les corps d'York, de Kleist et de Kapzéwitsch, qui arrivaient du Rhin, descendrait le long- de la Marne ; l'armée de Bohême se porterait sur Troyes d'où elle s'avancerait vers Paris par les deux rives de la Seine' . Telle était la confiance, tel était l'aveuglement des souverains alliés et de leurs conseillers que, indifférents à toute considération stratégique, ils ne s'inquiétaient plus que de l'amour-propre de leurs généraux et de la commodité de leurs gîtes d'étape!
Le vieux Blùcher, qui avait toujours dans les veines du sang de colonel de hussards, se mit aussitôt en mouvement. Le 3 février il était à Braux, le 4 à Sommepuis, le 6 à Goudron, poussant les corps d'York et de Sacken sur Château-Thierry, et suivi à deux journées de marche par les corps de Kleist et de Kapzéwitsch. Pendant ce temps, Schwarzenberg, l'éternel temporisateur, marchait processionnellement sur Troyes. Au lieu de poursuivre avec vigueur l'armée française et de la forcer t^zas cette ville, il hésite, multiplie les contreordres et les contre-marches, se laisse intimider par les reconnaissances offensives de quelques partis de cavalerie, et fait si bien qu'il permet à l'empereur de donner du repos à ses soldats, de concentrer de nouvelles troupes, de réorganiser son armée, enfin de se reconnaître dans ce grand désarroi*. L'empereur évacua Troyes seulement le 6 février, et en toute tranquillité. Il se retira sur Nogent. Avec un peu d'audace, en attaquant Troyes à l'est par Laubressel et au sud par la route de Bar-sur- Aube , Schwarzenberg pouvait terminer la guerre d'un seul coup.
L'empereur était dans la situation la plus critique.
1. Plotho, ni, liO-141 ; Vamhagen von Ense, Biographiiche DenkmaU, lU, Blùcher), 300.
2. Ordres de marche de Blùcher et de Schwarzenberg des 3, 5 et 0 février. ciUs par Plotho, III, 133. 138, 163. Corrupondanca de NapoUmt. «imà«ll92.
Son entrée à Troyes avait été lamentable. Pas une acclamation, pas un vivat; le plus morne silence, personne dans les rues, chacun renfermé dans sa demeure. L'armée se trouvait sans vivres, avec des magasins vides et au milieu d'une population qui ne donnait aucun secoui'», gardant tout afin de satisfaire aux prochaines réquisitions de l'ennemi. Les habitants ne se mettaient en peine que pour provoquer à la désertion ces conscrits abattus par la fatigue, la faim et la défaite. Un grand nombre — six mille, dit-on — quittèrent les régiments. L'entourage de l'empereur, les états-majors, les troupes étaient dans la stupeur. Les vieux soldats disaient : « Où nous arrêterons-nous'? » Seul de tous, dans l'armée et dans le pays, l'empereur ne désespérait paf^. Sans doute, pendantces quelques jours, ses lettres trahissent d'extrêmes inquiétudes et un décroissement d'assurance. 11 donne à son frère Joseph des instructions pour l'abandon éventuel de Paris ; il fait écrire au prince Eugène d'évacuer la haute Italie, au général Miollis d'évacuer Rome, au maréchal Suchet d'évacuer Barcelone, au prince Borghèse d'évacuer le Piémont; il autorise le duc de Yicence, son plénipotentiaire au congrès de Châtillon, à accepter les conditions des Alliés. Mais comme il met des restrictions et des réticences à ces ordres, qui dictés par les circonstances présentes doivent rester subordonnés aux circonstances à venir! combien il y mêle de brèves exhortations au courage, de rappels à la confiance M En
1. Correspondance de Napoléon, 21208: u Ramassez beaucoup de pain, nous monronsdft faim. I) (N'Zl 214, Daure, commissaire ordonnateur :)- L'armée meurt de faim. Tous les rapports que vous faites qu'elle est nourrie sont cont70Uvés. Douze hommes sont morts de faim, quoiqu'on ait mis tout à feu et à sang sur la route pour en tirer des subsistances. Bellune n'a rien, Gérard n'a rien, la cavalerie de la garde meurt de faim. » <Jf. Fain, 91, 93; Mémoires de Ségur, VI, 295-296; Pougiat, 188-189.
2. Correspondance de Napoléon, 21176, SI 178, 21189, 21190, 21 212, S121S 21218. 21190. 21195, 21204.
même temps, l'empereur réorganise ses divisions, détermine leurs emplacements, médite de nouvelles manœuvres, donne des ordres pour les armées de Lyon, des Pyrénées, des Pays-Bas, s'occupe de la situation militaire et politique de Paris, veille à tous les détails d'armement,d'habillement, d'approvisionnement, d'administration, pourvoit aux commandements vacants, signe des décrets sur la presse, réprimande ses ministres, et au milieu de tant de graves soucis, il pense à écrire au roi Joseph : « Tenez gaie l'impératrice, elle se meurt de consomption *. » On jurerait, au calme extraordinaire de l'empereur, que la France n'est pas envahie et qu'il est à la veille d'entreprendre quelque lointaine expédition avec deux cent mille soldats!
Les Alliés regardaient déjà la campagne de France comme terminée ; pour Napoléon, elle allait seulement commencer. Tandis que les temporisations de Schwarzenberg laissent à l'empereur la liberté de ses mouvements, Bliicher s'engage témérairement dan» une marche latérale où il échelonne ses quatre corps d'armée à plus d'une étape les uns des autres'. Il prête le flanc à Napoléon. Dans la nuit du 7 au 8 février, lorsque le duc de Bassano entre chez l'empereur afin de lui faire signer des dépêches pour Châtillon, il le trouve couché à terre sur ses cartes piquées d'épingles. « — Ah! vous voilà, lui dit Napoléon, en détournant à peine la tête. Il s'agit maintenant de bien d'autres choses. Je suis en ce moment à battre Blûcher de l'œil'. » Le lendemain, l'empereur donne ses ordres. Le maréchal Victor, ayant le maréchal Oudinot en seconde ligne, restera à Nogent pour dis-
1. Corretpondanee de Napoléon. tWll k 21218. Registre de Bertfaier, da ï vi 8 février. Arch. de la guerre.
J. Ordre de marche de Blùcher, 6 février, cité par Plotho, III, 163. S. Faut, 97.
puter aux Austro-Russes le passage de la Seine. Le corps de Marmont, qui a déjà commencé son mouvement, la garde et la cavalerie de Grouchy remonteront par Sôzanne pour attaquer l'armée de Silésia en marche sur la route de Châlons à Paris *. Au reste, l'empereur ne précipite rien. Il a à cœur de ne pas faire de faux mouvement. Depuis deux ou trois jours déjà il médite sa belle manœuvre, mais avant de commencer d'agir, il veut que Bliicher soit irrémédiablement compromis. C'est le 9 février seulement que Napoléon quitte Nogent de sa personne; il couche à Sézanne, cl le 10, ayant rejoint à 9 heures du malin le corps de Marmont devant les défilés de Saint-Gond, il lance ses colonnes àTaltaqucLe corps d'Olsufjew, repoussé de position en position au delà de Champaubert, est presque entièrement anéanti . Douze ou quinze cents Russes tombent sur le champ de bataille; plus de deux mille prisonniers dont Olsufjew et deux autres généraux, quinze bouches à feu, des équipages, des drapeaux restent aux mains des Français. Qi^inze cents hommes à peine échappent au désastre. — Les soldats enthousiastes appellent le bois de Champaubert: le Bois enchanté*.
Le beau mouvement stratégique de Napoléon a réussi. La colonne allongée de l'armée de Silésie est coupée en deux tronçons. L'empereur s'interpose entre Bliicher, qui arrive de Châlons, et Sacken et York, qui refoulent Macdonald jusque vers Meaux. Ces deux généraux viennent d'être instruits de la marche de l'armée française: ils rebroussent chemin et se replient en toute hâte sur Monlmirail, L'empe-
1. Correspondance de Napoléon, 21208, 21 221, 21232, Registre de Berthier (ordres des 8 et 9 février). Arch. de la grnerre.
2. Currespundance de Napol'nn, 2lVi'i\ Ka^n, 97-99; Journal de Fabvier, 33-35, Plotbo, 177-178; Bernhardi, IV, 382-383; Schu ^ Xil, 112;Bogdat. iio\kritscb, n, 180-184.
reur les y devance. Comme la veille, à Champaiibert, la victoire est complète. Perdant quatre mille hommes, Russes et Prussiens se retirent ou plutôt s'enfuient parla route de Château-Thierry, Les Français les poursuivent et, le lendemain, 12 février, ils leur infligent une nouvelle défaite, leur tuant ou leur prenant trois mille hommes, les forcent dans Château- Thierry et les rejettent en désordre derrière l'Ourcq *. Bliicher cependant, s'imaginant que ses deux lieutenants avaient imposé à l'armée impériale, continuait tranquillement sa marche. Le 42 février, il était à Bergères; le 13, il poussa jusqu'à Champaubert, repliant sans peine vers Fiomentière le corps de Marmont, que l'empereur avait chargé d'observer les mouvements des Prussiens*. Averti par un officier du duc de Raguse, l'empereur quitte Château-Thierry dans la nuit du 13 au 14. A huit heures du matin, il arrive à Montmirail et ordonne à Marmont, qui a repris son mouvement rétrograde, de faire demi-tour et d'attaquer l'ennemi quand celui-ci débouchcrarde Vauchamps. Vigoureusement chargée et d'ailleurs surprise, lavant-garde prussienne rentre en confusion à Vauchamps, d'où elle sort bientôt dans le même état. Derrière les troupes de Marmont, Bliicher voit s'avancer toute la garde. Le cri redouté de : « Vive l'empereur! » poussé par dix mille voix, arrive jusqu'à lui comme un roulement de tonnerre. 11 se décide à la retraite. Pendant deux heures ses troupes formées en carrés, par échiquier, se retirent en bon ordre, soutenant calmement le feu de l'artillerie de Drouot et les assauts furieux de la cavalerie de la
1. Corrttpondance de Nitpr,lfrnt, JI531. tlt3»: Uomiteur, 13, U «t 16 f*. mer; Plolho. III, 179-18^; Bernbarai, IV, 391-3a7; Schali. XU. IJ7, 1«; Boglanowiuch, II, 187-197.
2, Memniret dt Marmont, VI, 55, 56; Muming. KrieûtgetekickU dtr Jmkrea 1, U, U. 56.
garde. Mais par un magnifique mouvement tourr^nt, Grouchy, avec la cavalerie de la ligne, a devance r ennemi en Arrière de Fromentière. Il commande la charge. Ses trois mille cinq cents cavaliers enfoncent et pénètrent cette masse de vingt mille Prussiens, y jettent le désordre et la panique. Ils sabrent presque sans résistance, traçant dans les carrés de sanglants sillons. Culbutés par les fuyards, confondus avec eux, Bliicher, le prince Auguste de Prusse, les généraux Kleist et Kapzéwitsch faillirent dix fois être pris, tués, foulés aux pieds des chevaux. La poursuite dura très avant dans la nuit. Bliicher perdit six mille hommes et, comme il arrive dans les déroutes, l'action ne fut meurtrière que pour les vaincus. L'armée française eut à peine six cents hommes hors de combat*.
1. Correspondance de Napoléon, 21248, 21252, 21255. Registre de Berthiei, 13 février. Arch. de la guerre. Mémoires de Marmont, VI, 56-60; Moniteur, 16 février; Mùffling, 57-61; Plotho, III, 186-187; Schulï, XII, 132-133; Beitzke, II, 265-268.
Les historiens allemands ont cherché à diminuer l'honneur de ces belles victoires «n disant que les Français s'y battaient deux contre un. Pour prouver la chose, ils diminuent arbitrairement les effectifs des Alliés, et ils grossissent ceux de l'empereur. Or, d'après les situations des archives de la guerre et d'après les chiffres portés pour les corps alliés au passage du Rhin par les rapports étrangers, voici le tableau des troupes combattantes dans ces différentes rencontres. Il est bien entendu que nous défalquons 20 pour 100 de pertes pour les troupes d'Olsufjew et de Sacken ayant livré . bataille à Brienne et à la Rothière, et 10 pour 100 pour celles d'York, de Kleist et de Kapzéwitsch.
A Champaubert : corps d'Olsufjevr : 4700 hommes. — Divisions Ricard et Lagrange : 3200;.1«' corps de cavalerie : 1500; 2 escadrons de garde impériale : 150. Total : 4700 Russes contre 4850 Français.
A Montmirail : corps Sacken : 15 700 ; brigades Pirch et Horn (du corps York), 16 bataillons : 7 000. — Division Ricard : 1200. Vieille garde (10 bataillons) :4000. Cavalerie de la garde : 4200; gardes d'honneur: 900. Divisions de Ney : 2500. Total : 22 700 Russes et Prussiens contre 12 800 Français.
A Vauchamps : corps Kleist (moins la division Klux) : 13500; débris du corps Olsufje'w : 1500; Kapzéwitsch : 6500. — Divisions Ricard et Lagrange: 3000; 1" et 2» corps de cavalerie : 3 600; cavalerie de la garde (moins ia division Colbert) : 3300; 1 bauillon de vieille garde : 400. Total : 21500 Prussiens et Russes contre 10300 Français.
Il «st bon de rappeler, d'ailleurs, aux apologistes de Blùcher que c'était seulement avec 24000 hommes. — l'élite de son armée, à la vérité — 411e Napoléon avait entrepris un mouvement contre les 57 000 hommes •{tsTancea de Silésie.
L'intention de l'empereur était de poursuivre Blûcher jusqu'à Châlons, d'en finir avec les débns de son armée et de se rabattre alors par Yitry sur les derrières de l'armée de Bohême*. Mais des dépêches lui apprennent que les Austro-Russes ont prononcé leur mouvement offensif , replié Victor et Oudinot; avancé leurs têtes de colonnes sur Provins, Nangis, Montereau et Fontainebleau ^ Paris est menacé, — plutôt Paris semble menacé, car la nouvelle des défaites de Blucher a déconcerté singulièrement le grand étatmajor des Coalisés. Ils deviennent fort hésitants. Jomini consulté dit qu'il faut marcher droit sur Paris. Le conseiller ordinaire du roi de Prusse, le général Knesebeck, dont la parole fait toujours autorité, se récrie : « — Paris ! Paris ! c'est pour avoir voulu y marcher que Blucher s'est fait battre. Qu'avons-nous besoin de voir l'Opéra de Paris' ? » La marche en avant fut suspendue. Pour les journées des 15, 16 et 17 février, les différents corps alliés reçurent l'ordre de rester dans leurs positions, « afin d'attendre le développement des manœuvres de l'empereur Napoléon* ».
Ces manœuvres ne se firent pas attendre. Le 14 février, sur le champ de bataille même de Yauchamps, l'empereur a arrêté son plan. Pour couvrir Paris, il doit abandonner la poursuite de Blucher, son premier objectif; mais, d'autre part, l'ordre décousu où se trouve l'armée de Bohême, échelonnée sur une ligne de près de vingt lieues, expose cette armée au sort de l'armée de Silésie. Le 15 février, l'empereur atteint