‹ 1814Chapitre 170 sur 178 · L«ttr« précitée de BordesoaUe à Mortrér · texte numérisé non relu

L«ttr« précitée de BordesoaUe à Mortrér

9. Lucotte à Napoléon, Corbeil, 4 avril (au soir). Arch. nat., AF. iv, 1670. — Lucotte ajoute dans sa lettre : « Sire, je ne sais plus à qui m'adresser. La division que je commande me suivra. Daignez m'indiquer mon cbemia. Je «uivrai toujours celai d« l'honneur et de U fidélit*. •

duit. C'était le retrait de ses engagements écrits. Il vit Schwarzenberg en particulier. Marmont prétend « qu'il se dégagea sans peine des négociations commencées et que le prince, appréciant les motifs qui le faisaient changer de conduite, donna l'assentiment le plus complet à la résolution*». Les choses allèrentelles aussi facilement? Sans doute, ScKwarzenberg ne pouvait faire reconduire Marmont àEssonnes par quatre uhlans pour le forcer à amener son corps d'armée à Yersailles. Mais vraisemblablement le généralissime autrichien ne manqua pas de rappeler au duc de Raguso qu'il avait sa parole et sa signature et qu'il l'en ferait souvenir si les négociations échouaient. Non seulement Schwarzenberg laissa Marmont sous le coup de cette menace, mais en une certaine mesure il la mit aussitôt à exécution. Par le même exprès qu'il dépêcha au czar pour lui annoncer l'arrivée des plénipotentiaires, il envoya une note, destinée aux journaux du lendemain matin, qui présentait comme un fait accompli la défection du duc de Raguse *.

1. Mémoires de Marinant, VI, 262. Questionnaire de Gourgaud à Fabvier, cité par Rapetti (349-350). Récit de Macdonald dans les Mémoires de Belliard, I, 188. — Selon Macdonald, Marmont affecta d'abord de n'avoir pas & parler à Scbwarsenberg, prétendant toujours qu'il n'était pas engagé. Il resta dans la voiture tandis que les commissaires montaient auprès du prince. Macdonald ayant ensuite été rendre visite au prince héritier de Wurtemberg, qui lui assura sur sa parole que tout était arrêté avec Marmont, il revint à sa voilure et fut fort étonné de trouver le duc de Raguse et Schwarzenberg causant ensemble. En route, Macdonald en fit la remarque à Marmont. Celui-ci répondit : « — Le prince a appris que j'étais dans la voiture et il est venu me prendre lai-mème pour me faire descendre. »

2. C'est ainsi qu'on put lire le 5 avril en tête du Journal des Débats cette grosse nouvelle : « M. le maréchal Marmont, duc de Raguse, a abandonné le drapeau de Bonaparte pour embrasser la cause de la France et de l'humanité. Il est arrivé à Paris, il y sera immédiatement suivi da corps d'armée qu'il commande, et que l'on porte à douze mille hommes. »

Fut-ce Schwarzenberg qui eût cette idée, ou Talleyrand, ou Roux-Laborie ou Morin? Ce qui est hors de doute, c'est que l'avis vint de Schwarzenberg et arriva à Paris avant les plénipotentiaires. Non seulement la note des Débats compron><)ttait Marmont, mais elle montrait un maréchal de France et un des principaux lieutenants de l'empire passant du côté du gouvernement provisoire. C'était une adhésion qui n'était pas sans valeur, dans 1« cas même où /ds troupes me suivraient pas leur chef.

Talleyrand apprit vers neuf heures du soir la prochaine arrivée des commissaires de l'empereur. Il causait avec Vitrolles et tenait à la main jne lettre pour le comte d'Artois. Il la remit dans sa poche en disant : « — Ceci est un incident. Mai? il faut voir comment cela se dénouera... Vous ne sauriez partir en ce moment. L'empereur Alexandre a de l'inattendu*. » Le prince de Bénévent manda aussitôt à l'hôtel Saint-Florentin les membres du gouvernement provisoire, les ministres et le général Dessolles, commandant de la garde nationale. Ils arrivèrent les uns après les autres, déjà un peu effarés de cet appel nocturne. Quand ils furent instruits du motif de la convocation, quand ils surent que les maréchaux étaient sur la route de Paris, munis de pleins pouvoirs pour conclure la paix et porteurs d'une abdication en faveur du roi de Rome, ils passèrent du trouble à l'effroi et ùe l'effroi à la consternation. « Leurs visages, dit un témoin, étaient réellement décomposés *. » Admis en présence du czar, ils lui représentèrent que la France voulait les Bourbons, que la paix avec Napoléon ne serait qu'une trêve et que la régence ne serait que l'empire déguisé : « — La régence n'est qu'un mot, dit Dessolles, le tigre est derrière. » Ils ajoutèrent que le czar ne pouvait revenir sur sa déclaration du 31 mars, car ils s'étaient fiés à ses paroles, et ils se trouveraient en grand péril si la régence était proclamée. Plusieurs d'entre eux commençaient à regretter de s'être compromis, et ils plaidaient alors beaucoup moins pour les Bourbons que pour eux-

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