‹ 1814Chapitre 172 sur 178 · Tbielen, Feidsug der verbûndeten Heere gegen Pari · texte numérisé non relu

Tbielen, Feidsug der verbûndeten Heere gegen Pari

n'eussent livré le corps d'armée à l'ennemi. Soudain ordre fut donné aux troupes de se préparer pour une revue. Les soldats, qui savaient que Versailles était occupé par la cavalerie russe, crurent qu'on allait les désarmer. Ils s'assemblèrent tumultueusement sur la place d'Armes, criant à la trahison et proférant des menaces contre les généraux. Des officiers se croyant déshonorés par cette trahison, dont leurs chefs les avaient faits les complices inconscients, arrachaient leurs épaulettes; des soldats brisaient leurs fusils. Souham, BordesouUe et plusieurs généraux s'approchèrent pour calmer les troupes ; leur présence les exaspéra. D'abord ce furent des huées et des vociférations; puis comme les généraux ne se retiraient pas assez vite, on les salua d'une centaine de coups de fusils et de pistolets. Ils s'enfuirent jusqu'à la porte de VersailiesTAlors les soldats rompirent les rangs et coururent par bandes furieuses dans les rues désertes de laville. Les habitants terrorisés sebarricadaient dans leurs demeures, et les cuirassiers russes se gardaient de sortir du quartier de cavalerie. Les officiers parvinrent à rallier les soldats sur la place d'Armes. Une proposition de rejoindre l'armée impériale fut acclamée, on déféra le commandement au colonel Ordener, du 30* régiment de dragons, et la colonne se mit en marche sur la route de Rambouillet aux cris de : Vive l'empereur ! A bas les traîtres * !

Souham avait envoyé plusieurs messages à Marmont pour l'informer de la sédition. Le maréchal les reçut sur la route. « A chaque quart de lieue, dit-il, les nouvelles se succédaient de plus en plus alarmantes. » Les généraux, dans un grand désarroi,

1. Lattre précitée de BordesouUe à Mortier. Thielen, 465. Cf. Mémoires de Mar^nont, VI, 266-267. Rovigo, VU, 138 ; Bourrienne, X, 106-107 ; Koch, II. 605, etc. — D'aprèa BordesouUe, la sédiiioa aurait eu lieu seulemant la 6 Avril, le lendemaia do l'arrivée à Versailles.

étaient réunis à la porte de Versailles. Marmont leur dit qu'il fallait rejoindre les troupes. « — Gardczvous-en bien, monsieur le maréchal, s'écria un général, les soldats vous tireront des coups de fusil. » Le duc de Rag^use ne craignait pas les coups de fusil, et dans sa conscience oblitérée, il ne craignait même pas de se montrer aux soldats qu'il avait livrés à lennemi. « — Libre à vous, répondit-il, de rester ici ; quant à moi, mon parti est pris : dans une heure ou je n'existerai plus ou j'aurai fait reconnaître mon autorité.» Et il piqua des deux pour rejoindre la colonne. Toutefois, pendant quelque temps, il se contenta de la suivre à distance, non par crainte pour sa vie, mais jugeant que dans l'exaspération où se trouvaient les troupes, ses paroles ne seraient pas écoutées. « Il y avait, dit-il, beaucoup de soldats ivres, il fallait leur donner le temps de recouvrer la raison. » — Ivres ! De quelle ivresse étaient ivres ces braves qui en marchant sur Fontainebleau dictaient son devoir au maréchal Marmont? — Après avoir cheminé au pas pendant une demi-lieue, le duc de Raguse envoya en avant un aide de camp qui rapporta que les troupes paraissaient plus calmes. Marmont laissa encore s'écouler quelques instants; puis ayant dépêché deux nouveaux aides de camp, le premier pour annoncer sa prochaine arrivée, le second pour donner l'ordre aux officiers de faire faire halte et de se réunir par brigade à la gauche de leurs troupes il rejoignit la queue de la colonne et mit pied à terre devant le premier groupe d'officiers. Vraisemblablement le maréchal fut d'abord mal accueilli, mais il savait comme il faut parler aux soldats. Il montra son bras en écharpe, il rappela les combats qu'ils avaient livrés ensemble, les périls partagés, les efforts communs. — Depuis quand, osa-t-il dire, êtes-vous autorisés

à vous défier de moi? » Les officiers déjà ébranlés ne pensèrent pas à lui répondre que c'élait depuis le jour où il avait trahi le devoir militaire. Marmont continua en assurant que les troupes n'avaient jamais dû être désarmées, qu'elles étaient l'honneur et la sauvegarde du pays, et que Napoléon ayant abdiqué, elles devaient obéir au gouvernement de la France. « Votre honneur, s'écrià-t-il, m'est aussi cher que le mien propre. » Hélas ! quelle idée de l'honneur se faisait le duc de Raguse ! Sans se laisser intimider par les murmures menaçants qui partaient des rangs, le maréchal recommença la même parade de beaux sentiments devant les différents cercles d'officiers. Les chefs se laissèrent convaincre, ils calmèrent leurs soldats Les troupes résignées se mirent silencieusement en marche pour aller prendre de nouveaux cantonnements*.

Tout fier d'avoir consommé sa trahison, — « Je peux difficilement exprimer ma satisfaction, dit-il, de ce succès aussi complet, prix d'un ascendant, mérité d'avance, sur mes troupes, » — le maréchal Marmont revint au galop annoncer la bonne nouvelle à l'hôtel Talleyrand. Les inquiétudes y étaient extrêmes. La révolte des troupes menaçait de tout remettre en question. Quel effet eût produit chez les souverains et chez les diplomates alliés, à l'armée de Fontainebleau, dans Paris, dans la France entière, un pareil exemple de fidélité à Napoléon* ! Marmont fut reçu en triomphateur. « Il me semble encore, dit Bourrienne, voir arriver le maréchal chez M. de Talleyrand, au moment ovi tout le monde avait fini de dîner. Je le vois seul, à table, devant un petit guéridon sur lo

1. Mémoires de Marmont, VI; 266-268. Cf. Lettre précitée de Bordesoalle a Mortier; Bourrienne, X, 106-108; Thielen, 465.

2. Mémoires de Marmont, VI, 269. Bourrienne, X, 108-109. Cf. Viel-CastW (I, 208), dont 1m conclusions n« sauraient, lar ce point, être suspecté»».

quel on l'avait servi au milieu du salon ; chacun de nous allait le complimenter. Il fut le héros de la journée. » Le triomphe fut d'un jour. L'expiation dura plus de trente années. Comme Marmont lui-même le dit à une heure de douloureux eoQportement, il garda « du 1814 sur son uniforme ». Dans le peuple, dans l'armée, à la cour, aucune injure, aucun outrage ne fut épargné au duc de Raguse. Sous la première Restauration, on disait ragusade pour trahison, et l'on appelait la compagnie de gardes du corps que commandait Marmont : la compagnie de Judas. En 1815, Napoléon flétrit comme traître son ancien compagnon d'armes et le radia de la liste des maréchaux. En 1830, le duc d'Angoulême dit du commandant mal- .heureux de l'armée de Paris : « Il nous a trahi comme il a trahi l'autre! » La clameur de la conscience publique poursuivit Marmont jusque dans l'exil. A Venise, quand le vieux maréchal, songeant à la France où il aurait voulu aller mourir, passait tristement sur la riva dei Schiavoni, les enfants du peuple le montraient au doigt et criaient : « Ecco colù ga tradi Napoléon ! Voici celui qui a trahi Napoléon l i»

C'était contraint par ses maréchaux que Napoléon avait abdiqué en faveur du roi de Rome; mais le sacrifice accompli, il s'était sincèrement résigné. Aussitôt après le départ des plénipotentiaires, il écrivit une lettre à l'impératrice, l'autorisant à prier son père, l'empereur d'Autriche, d'intervenir dans les négociations entamées avec le czar*. Tout en s'efforçant par cette démarche de faciliter la mission de ses envoyés, l'empereur doutait du succès. Il ne comptait pas pour cela en être réduit à la discrétion de l'ennemi. Peut-être même en signant l'abdication, l'empereur avait-il eu cette arrière-pensée que si ses conditions n'étaient pas admises par les Alliés, les chefs de l'armée reviendraient à lui. Les maréchaux lui avaient imposé son abdication. En les chargeant de la porter, Napoléon les forçait à

1. Lettre du duc de Cadore à Marie-Louise, Joigny, i avriL Arch. nat., A F. IV, 1670. Fain, 236. Cf. Meneval, H, 66. — Le duc de Cadore avait été désigné pour cette mission par Napoléon à Marie-Louise comme ancien ambassadeur à Vienne où il avait été fort bien traité par l'empereur François. Il partit le 6 avril. Le 7, Marie-Louise envoya encore le comte Regnault de Saint-Jean-d'Angély et le 8 Saint-Aulaire et Bausset.

Ces démarches auprès de l'empereur d'.\u triche, conseillées par Xapolécn aussitôt après le départ des plénipotentiaires, répondent nettement, il nous semble, à l'assertion de Thiers (7U-715) que Napoléon n avait conçu cette prétendue abdication que pour se débarrasser de Ney et de Macdonald et pour tombei sur les Alliés pendant qu'ils seraient occupés des négociations. Si Napoléon avait pensé ainsi, il n'eût point écrit à l'impératrice. Là il na ■'agissait pas « d'amuser » François I" qui était fort tranquille à Dijon ; U ■ agissait de l'anifliier à peser sur l'opinion de ses alliés.

faire leur cause de la sienne. Il les savait désireux de la régence autant qu'hostiles à la royauté. L'abdication refusée, ils ne pourraient plus que combattre.

Dans l'hypothèse du rejet de ses propositions, l'empereur, vers la fin de le journée du 4 a\Til, dépêcha aux commandants de corps d'armée et de divisions indépendantes l'ordre de se rendre au palais à dix heures du soir', ordre fatal qui, comme on l'a vu, allait précipiter le mouvement du 6' corps. Sûr du dévouement des troupes qui, à Fontainebleau, n'avaient pas cessé de l'acclamer, Napoléon l'était moins de celui des généraux. Il voulait provoquer dans l'armée une adresse, une sorte de plébiscite qui affermît tous les esprits et engageât toutes les consciences. A l'heure indiquée, les officiers généraux, à l'exception de Marmont, furent reçus par l'empereur. Il leur apprit l'état des choses et leur demanda s'ils voulaient abandonner la cocarde tricolore et servir les Bourbons. Sans doute, tous l'assurèrent de leur fidélité. On arrêta qu'une adresse serait signée dans les différents corps d'armée*.

1. Corrnpondance de Napoléon, 21553. Re^istr* de Bertbier (ordres à MarmoDt, Mortier, OudiDot,MoDcej,Belliard, Gérard, Sébaatiani, etc., etc., Fontainebleau, < avril). Arch. de la ^erre.

2. Rien n'a transpiré jusqu'ici de cette rénnion de généraux cbes rempereur dan« la soirée du 4 avril. Aucun auteur de Mémoires, pas même Fain ai Courtaud, aucun historien n'en a parlé. Tout ce que Ton sait, et par la Corrttpondance et par le Registre de Bertbier, c'est qu'il j eut convocation. Un document que noua ne prétendons pas avoir découvert (il est c:té par Rapetti, 370), mais dont nous révélons du moins l'importance (Rapetti ne voit dans cette lettre à laquelle il n'attache pas d'iuiérét « qu'une intempérance de zélé privé*) permet de connaître le but et le résultat de cette réunion. C'est cette lettre de Gérard, commandant le f corps d'armée, à rua de ses divisionnaires, le général Dubesme :

« Fontainebleau, 5 avril. — Des malveillants ont profité de la présence de l'ennemi ii Paris pour manifester le désir de voir retenir sur le trône la dynastie des Bourbons... L'empereur voulant connaître le voeu de l'armée à cet égard, je vous prie de réunir lea officiers de tout grade de votre division et de leur demander leur sentiment. Si, comme je le pense, ils ne veulent pas sacrifier \ Jngt années de gloire et de travaux, il sera fait une adresse dans le corps d'armée qui sera signée de tous et qui exprimera écergiquemeat qu'ils n'admettront jamais on Bourbon... •• tous prie de me faire connaiin

Une lettre du général Lucotte, portant que, selon les instructions de Marmont l'abdication venait d'être mise à l'ordre et que la plus grande agitation r,:!.gnait chez les troupes, puis le rapport verbal de Gourgaud sur le départ du duc de Raguse pour Paris et sur l'absence du général Souham de son quartier général, avaient commencé à inquiéter l'empereur. Mais il ne s'alarma pas cependant de ces étranges nouvelles ^ II attribua ce qui se passait au camp d'Essonnes à des malentendus. Comment Napoléon eût-il pu penser qu'un maréchal d'empire et onze mille soldats français allaient déserter leur poste et passer à l'ennemi!

Entre une et deux heures du matin arrivèrent successivement à Fontainebleau le lieutenant Combes, le capitaine Magnien et plusieurs officiers polonais, qui A avaient quitté la colonne de Souham. Reçus par l'aide de camp Je service, ils furent vite introduits chez l'empereur. Napoléon, les mains derrière le dos, tantôt marchant, tantôt s'arrêlant, les interrogeait avec un calme incroyable. Il ne pouvait croire à la défection du duc de Raguse. Enfin, lorsque devant tant de témoignages il ne lui fut plus possible de douter, il

1« résultat de cette convocation qui flevra avoir lieu au point du jour.

Ainsi la lettre de Gérard à Duhesme s'accorde avec la lettre de la Correspondance (21553), et l'explique. Gérard est mandé le 4 avril à 10 heures du •oir au palais avec les autres commandants de corps d'armée. L'empereur exprime aux généraux son désir de connaître le vœu de l'armée. Aussitôt après l'entretien, entre minuit et une heure (c'est pourquoi Gérard date sa lettre du 5 avril), le commandant du 2* corps écrit à ses divisionnaires, et il ordonne que la convocation ait lieu au point du jour (c'est-à-dire le 5). Cette lettre n'est donc point, comme le croit Rapetti, « une manifestation individuelle. » C'est au contraire la conséquence d'une décision prise en commun d'après le désir de l'empereur, décision qui dément absolument l'hypothèse de plusieurs historiens d'une attaque pour le lendemain 5 avril.

Cette adresse lut-elle signée? C'est plus que douteux. D'une part tout les généraux ne furent sans doute 'pas aussi empressés que Gérard à communiquer le désir de l'empereur à leurs sous-ordres. D'autre part, la défection de Marmont. connue dès le lendemain matin, paralysa les dernières bonnet ▼olontés.

1. Lucotte à Napoléon, Corbeil, 4 avril. Arch. nat., AF. iv, 1670. Relation 4» Uoorgaud, dans Bourrienne et tes erreurt, II, 334. h

LABDICATION. 6»

s'assit, muet et le regard fixe. Puis, après un long silence il dit, comme achevant une phrase commencée tout bas : « L'ingrat! D sera plus malheureux que moi*. »

La ligne de l'Essonne était découverte, on risquait d'être attaqua. Le plus pressé n'était pas de récriminer. L'empereur envoya Belliard aux avant-postes avec ce qu'il put ramasser de cavalerie. Ordre fut dépêché au duc de Trévise de porter son quartier général à Essonnes'. Bientôt une lettre du général Krazinski vint témoigner à l'empereur qu'il n'était cependant pas abandonné par toute l'armée. « Sire, écrivait ce général, des maréchaux vous trahissent. Les Polonais ne vous trahiront jamais. Tout peut changer, mais non leur attachement. Notre vie est nécessaire à votre sûreté. Je quitte mon cantonnement sans ordre pour me rallier près de vous et vous former des bataillons impénétrables'. »

Le lendemain, 5 avril, ou peut-être dans cette nuit même, Napoléon écrivit le bel ordre du jour à l'armée où perce tant d'amertume et de découragement, et qui semble moins une proclamation faite pour enflammer des troupes qu'un appel à la postérité*. A midi, il passa en revue dans la cour du Cheval-Blanc les débris du 7* corps. Les vieux soldats d'Espagne l'acclamèrent, comme la veille et l'avant-veille l'avaient

1. Gourgaad, 325; Fain, 237; Récit da Combes (cit« par Rap«tti, 349), Récit de Magnien dans les Mémoire* de Belliard, I, 182-186.

2. Afémoires de Belliard, I, 186. Registre de Berthier (à Mortier, 5 aTril, 3 heures da matin). Arcb. de la guerre.

3. Kraainski à Napoléon, Chevannes, 5 avril. Arcfa. nat., aP. iv, \670. — Le brave général arriva en effet k Fontainebleau vers midi.

4. Faio, 236. Correspondance de Napoléon, 21 557. — En comparant cette proclamation avec l'allocution du 3 avril, il est facile de voir que bien des événements se sont accomplis et que bien des espérances sont tombées. Koch(II, 601-602) assure que cet ordre dn jour ne fat lu aux troupes que le 6 avril, c'est-à-4ire aprèi l'abdicatioa 4étiniUT«. La chose parait vraiseai»

acclamé les bataillons de la garde. Mais la défection du duc do Rag-uso lui enlevait onze mille hommes. Avec sa petite armée ainsi réduite, il ne pouvait plus combattre sous Paris si ses propositions étaient rejetées. Il se prépara à se retirer derrière la Loire. A trois heures, la vieille garde bivouaquée autour de Tilly, et sous les armes depuis midi, reçut l'ordre de 'rentrer à Fontainebleau et d'aller s'établir sur la route d'Orléans ^ Ce n'était que le commencement d'un mouvement général. Napoléon avait conçu son plan de retraite; il attendait pour l'exécuter des nouvelles do Paris. Vers la fm de la journée, soit qu'il eût reçu un courrier de ses plénipotentiaires, soit qu'il ne pût plus lutter contre le pressentiment que la trahison de Marmont entraînerait la rupture des négociations, il donna ses ordres. La garde, formant la tête do colonne avec le corps de Gérard, se mettrait en route pour Malesherbcs, le 6 avril, au point du jour. Los autres troupes suivraient le mouvement dans la matinée. Le corps do Mortier, faisant l'arrièregarde, marcherait de Mcnecy sur Fontainebleau où il cantonnerait pendant la nuit. Le 7 avril, la tête de l'armée serait à Pithiviers et l'arrière-garde entre Fontainebleau et Maleshcrbes*.

Dans la soirée, entre neuf et dix heures, les trois commissaires de l'empereur revinrent à Fontaine-

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