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Agenda du général Pelet. Arch. de la guerre

2. Correspondance de Napoléon, 21 556. Registre de Berthier (ordres à Drouot, Gérard, Lefol, Oudicot, Molitor, Mortier, Pire, etc., Fontainebleau, 5 avril, 11 heures du soir).

Il y a généralement concordance horaire, à une derai-heure près, entre lea ordres de la Correspondance et les mêmes ordres transcrits dans le rea-istre de Berthier. Jamais il n'y a plus de deux heures de différence. Ainsi l"ordr& de l'empereur dut être donné au plus tôt à 9 heures du soir. Il fut écrit, en tous cas, avant l'arrivée des maréchaux.

On lit avec étonnement dans une note de la Correspondance : • Ce mouvement ne fat pas exécuté par suite de la défection du 6* corps. » Or ce fut au contraire par suite de la défection du 6* corps que ce mouvement fut ordonné, et ce fut par suite de Tabdication qu'il ne tut pas exécuté.

L ABDICATIOIf. 631

bleau. Us dirent le résultat do leur mission. La défection du 6" corps avait paralysé la bonne volonté d'Alexandre. 11 n'acceptait pas l'abdication en faveur du roi de Rome, et le sénat allait proclamer le comte de Provence sous le nom de Louis XVIIL Le czar garantissait à Napoléon la souveraineté de l'île d'Elbe*. — On offrait à César l'empire de Sancho Pança!

Surtout depuis l'événement d'Essonnes, l'empereur est préparé au refus du czar. Il déclare qu'il en appellera aux armes. « La guerre, dit-il, n'offre rien désormais de pire que la paix. » Puis, avec un grand calme, il expose son plan de retraite derrière la Loire, montr^int ses cartes et faisant le dénombrement des forces qui restent pour la résistance. 11 y a encore les quarante-cinq mille hommes de l'armée impériale; il y a l'armée d'Augercau, il y a celles do Soult, de Suchet, de Maison, du prince Eugène ; il y a les dépôts, les forteresses, les populations prêtes à s'insurger. « On peut peut-être encore tout sauver*. » L'empereur espérait que les maréchaux, désabusés sur les intentions des Alliés et hostiles aux Bourbons par sentiment et par intérêt, reprendraient ardemment l'épée. Illusions! Après avoir tenté de faire substituer la régence à l'empire, les maréchaux avaient pris leur parti de la royauté. Il ne leur avait fallu pour cela qu'une journée passée à Paris et deux entretiens avec le czar. Les plénipotentiaires de Napoléon étaient si convaincus que son pouvoir n'existait plus, qu'à

1. L'offre de l'ile d'Elbe avait il6 faite par le czar dans la secoade conférence, le 5 avril vers midi. D'aprèi la lettre de Ney [Moniteur du 7 avril), il serait revenu seul auprès de l'einperear le soir du 5 avril. — D'après le récit de MacdoDald, ce serait lui qui serait revenu seul, et d'après les A/^moiret d* due de Yicence (connrmes sur ce point par Pain, 243), ce serait au contraire Caulaincourt qui aurait rapporté la réponse du czar. Nous pensons que partis ensemble, les plénipotentiaires revinrent ensemble, ainsi que rétablit le récit, très succinct d'ailleurs, du Journal det Débat*, du 9 avril.

3. Fain, 242-244. Cf. Rovigo VU, 156; BourrieiUM, X, 15», et Jourrud det Qékstz. du 9 «rrU.

leur retour, en passant à dhevilly, ils avaient de leur propre autorité conclu un armistice avec Schwarzenberg*. Ney, peu accoutumé à ménager ses paroles, déclara à l'empereur, avec une netteté brutale, qu'il ne lui restait qu'à abdiquer sans conditions. Macdonald, plus modéré dans les termes, ne paraissait pas moins résolu à exiger l'abdication. Caulaincourt approuvait par un douloureux silence la sommation des maréchaux. Las de donner des raisons à des gens qui étaient déterminés à n'en point écouter. Napoléon se résigna ou parut se résigner. Il congédia les plénipotentiaires en ajournant au lendemain la remise de son acte d'abdication*.

Cet engagement était-il sincère? Napoléon qui depuis le matin prévoyait le rejet de ses propositions et qui avait pris des mesures en conséquence, se rendit-il si facilement aux volontés de ses maréchaux? Renonça-t-il si \ite au mouvement sur Pithiviers, dont à cette heure même le major-général transmettait les ordres? Perdant soudain tout espoir et toute énergie, révoqua-t-il incontinent ces ordres de marche? Ou, toujours résolu, les maintint-il et ne furent-ils pas obéis? Ce qui paraît certain, c'est que les ordres furent transmis, qu'il n'y fut pas donné contre-ordre par écrit et que le mouvement, qui devait s'opérer à la pointe du jour, ne fut point commencé*.

1. Cet armistice fut mis à l'ordre de l'armée le 6 avril à 10 heures du matin. Agenda de Pelet. Ârch. de la guerre.

2. Ney àTalleyrand, Fontainebleau, 5 avril, 11 heures eti^emie du soir (^07i(teur du 7 avril) : « L'empereur convaincu de la position critique où il a mis la France et do l'impossibilité où il se trouve de la sauver lui-même a paru se résigner et consentir à l'abdication entière et sans aucune restrictiot. Cest demain matin que j'espère qu'il m'en remettra lui-mômo 1 acn> formel et authentique. » Cf. le récit du Journal des Débats du 9 avril.

3. D'après l'agenda de Pelet (Arch. de la guerre). Tordre parvint à la 1" division de la vieille garde (général Friant) . Il est présumable qu'il parvint aussi à d'autres divisioM et corps d'armée. Dans le registre de Bertbier,

Le trouble était dans tous les esprits. La défection duo' corps avait indigné l'armée. On parlait de « l'infâme Marmont », on l'appelait « traître » et « déserteur ». Mais tout en condamnant son action, les généraux discutaient les mobiles qui l'avaient guidé. La résistance ne paraissait plus possible. Le duc de Raguse ne voulait-il pas sauver l'armée de la destruction et la France de la guerre civile? L'enthousiasme qu'avait provoqué chez les troupes' l'allocution de l'empereur le 3 avril, n'avait point pénétré les étatsmajors, et, depuis cette revue, les nouvelles de Paris étaient venues augmentei l'abattement. On n'ignorait pas que les maréchaux avaient arraché son abdication à l'empereur. Cet acte de violence n'était point fait pour raffermir la discipline, d'autant que ceux qui l'avaient commis étaient la gloire de l'armée : Ney, le brave des braves, le sévère Macdonald, Oudinot, l'ancien commandant du corps des grenadiers, qui comptait plus de blessures que d'années de ser\ice. Puis l'abdication, toute conditionnelle qu'elle était, reliraki à l'empereur de son autorité. Il n'était plus empereur que conditionnellement. Jusqu'à quel point pouvait-il encore commander? Lucotte lui-même, dans l'énergique ordre du jour où il flétrissait la conduite de Marmont, semblait, tout en affirmant sa volonté de rester à son poste, se dégager du serment d'obéissance à l'empereur : « Les premiers corps de l'État représentent aujourd'hui la France, écrivait-il... Nous servirons la patrie sous tout gouvernement que la majorité de la nation adoptera*. »

ou il n'y a pas d« transcription de contre-ordre au mouTement, les ordres susdits sont biffés à l'encre ronge, comme réroqués. Mais le major général a pu, pour couvrir la non-exécution de ces ordres, les marquer comme révoqués «quoiqu'ils ne l'aient pas été.

1. Ordre du jour de Lucotte, Corbeil, 5 avril {Moniteur du 7 avril). Cf. sur l'eut des esprits : Agenda de Pelet, Arch. de la guerre. Kocb, II, 594-595; Fftin, UA, 247 et pcutim. Corèlj, 40&-407.

Dans la soirée du 5 avril, les généraux tinrent une assemblée secrète. Plusieurs d'entre eux, nommément le général Pelet considérant la convocation comme illégale, refusèrent de s'yrendre. Quelles résolutions furent arrêtées dans la réunion? On le p^ut soupçonner : A deux heures du matin le général Priant — le général Priant commandant la 1" division de la vieille garde I — avertitPelet que les commandants de corps d'armée étaient résolus à ne faire aucun mouvement et qu'on n'avait plus à attendre d'ordres de l'empereur. « Il semblait, dit Pelet, que Sa Majesté fût déjà enterrée^»

Le 6 avril, l'empereur réunit une dernière fois ses maréchaux. Il fit un suprême appel à leur cœur, parlant encore de continuer la lutte derrière la Loire. Les maréchaux n'écoutaient plus que leur raison. La scène de la veille, qui elle-même avait été la répétition de celle de l'avant-veille, se renouvela. Ney, Oudinot, Macdonald, Lefebvre mettaient moins de feu dans la discussion — il n'en était plus besoin ! — mais ils n'y apportaient pas moins de résolution. Ils exposèrent froidement à Napoléon qu'il n'avait plus que des débris d'armées, qu'il était cerné et que réussît-il à atteindre la rive droite de la Loire, ses derniers efforts n'aboutiraient qu'à la guerre civile. Les maréchaux étaient bien déterminés à obtenir l'abdicatiou. Les grands officiers de l'empire avaient condamné'l'empire.

Depuis cinq jours, Napoléon n'a vu autour de lui que découragement et menaces, abandon et trahison. Ses appels ne sont pas écoutés, ses ordres ne sont pas obéis. Non seulement il a perdu ses conquêtes, non seulement il va perdre son *^mpire, mais ceux qui lui arrachent

1. Agenda du général Pelet, commandant la brigade de chasseurs à pied ds la vieille garde. Arch. de la guerre. — Ce fait, inconnu jusqu'ici et rapporté par le général Pelet, ne saurait être rais en doute. N'est-il pas d'ailleurs en quelque sorte conâ.mé par ces paroles de Fain (244) : « On s'unit pour rejeter tpute détermination qui aurait poi;r résultat de prolonger la guerre. >

l'épée ce sont ses compagnons do guerre, ses frères d'armes, jaloux de ne point attendre un jour pour saluer uu nouveau maître. Aux plus terribles retours de la fortune se joignent les plus cruelles blessures de l'amitié violée. L'empereur a souffert toutes les humiliations, toutes les amertumes, toutes les douleurs. Qu'est désormais le dernier sacrifice î « — Vous voulez du repos? dit Napoléon à ces capitaines. Eh bien! ayez-en donc! » Et il écrivit l'acte d'abdication : « Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu'il renonce pour lui et ses héritiers aux trônes de France et d'Italie, parce qu'il n'est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de la France*.»

La grande nouvelle connue dans les quartiers généraux, la désertion commença. Chacun trouvait un prétexte pour aller à Paris : celui-ci dans l'intérêt de ses troupes, celui-là pour chercher de l'argent, cet autre pour voir safemme malade. Lepalaisde Fontainebleau, hier encore plein d'officiers, se vide peu à peu. Le duc de Bassano, quelques aides de camp, quelques généraux semblent seuls savoir que Napoléon est encore vivant*. Le 6 avril, au moment même où le maréchal Ney rapportait tout triomphant à Paris l'abdication de l'empereur, le sénat proclamait Louis XVIII. Ce fut le signal de la course à l'adhésion. Entre les généraux s'établit une joute de vitesse où chacun s'efforçait de devancer les autres pour donner son approbation

1. Faia, 247-SO. Cf. Récit da Jatanct des DfbaU.9 avril. HoTigo, Vil, 156; Bonrrienne, 159. — Dans le texte original de l'abdicatio-j, il 7 a deux ratures. L'empereur avait voulu écrire d'abord : « ... qu'il ne soit prêt à faire an bien de la nation. «

9. Amenda du ^énér»! Pelet. Arch. de la guerre. Fain, 345, 2S9. 261-389.

publique aux actes du gouvernement provisoire et pour protester de son dévouement au roi. Le Moniteur ne suffit point à insérer les proclamations de Jourdan, d'Augereau, de Maison, les lettres de Lagrange. de Nansouty, d'Oudinot, de Kellermann, de Lefebvre, de Hullin, dv Milhaud, de Latour-Maubourg, de Ségur, de Berthier, de combien d'autres encore ' ! Le ministre de la guerre Dupont avait adressé le 7 avril une circulaire à tous les officiers généraux, les invitant « à faire connaître le plus promptement possible leur adhésion personnelle'». Belliard, n'ayant point reçu cet avis par suite de quelque erreur, s'inquiéta et s'émut. Pourquoi l'avait-t-on oublié quand on avait pensé à tous ses camarades? Il ne perdit pas une heure pour écrire au ministre : « Votre Excellence a adressé aujourd'hui une lettre à tous les généraux de division de l'armée pour leur demander leur adhésion au nouvel ordre de choses. Je n'ai pas reçu de lettre. Te pense que c'est une erreur. Je m'empresse donc, monsieur le comte, de vous envoyer mon adhésion au nouveau gouvernement'. » C'est par cette lettre que se termine le registre de correspondance de l'aide-major général Belliard.

Les soldats se montrèrent moins pressés d'oublier leur empereur, moins ardents à abandonner le drapeau de Valmy et d'Austerlitz. La mise à l'ordre de î'abd'cation provoqua dans l'armée l'étonnement et la colère. Le 7 avril, les troupes sortirent la nuit des quartiers de Fontainebleau, en armes et portant des torches; ils parcoururent les rues de la ville et les abords du château, aux cris de : « Vive l'empereur ! A

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