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POSITIONS DES ARMÉES LE 26 FÉVRIER

Les places fortes d'au delà et d'en deçà du Rhin, Glogau, Custrin, Magdebourg, Wursbourg, Petersberg, Hambourg, Wezel, Mayence, Luxembourg, Strasbourg, JSeuf-Brisach, Phalsbourg, Landau, Huningue, Belfort, Metz, Saadouis, Thionville, Longwy, bien approvisionnées et pourvues de bonnes garnisons, défiaient le blocus et les assauts.

De rOder à l'Aube, du Mincio aux Pyrénées, partout les armées ennemies étaient ou contenues ou eo retraite.

tfi CONGRÈS DE C'.fATILLON

Ce changement de fortune, plutôt cette revanche du génie sur le nombre, paraissait faciliter la paix. Napoléon avait remporté dix victoires, mais il restait dans une situation très critique. Les souverains alliés étaient encore au cœur de la France, mais leurs armées vaincues et démoralisées battaient en retraite. Des deux côtés, il semblait que l'on dût se montrer accommodant. Or, moins que jamais, un accord était possible. La gloire de Montmirail et de Yauchamps, l'espérance dépareilles journées, détournaient l'empereur de souscrire aux humiliantes conditions dictées par les Coalisés. Malgré leurs revers, malgré leur retraite, les Coalisés étaient décidés à repousser les propositions de Napoléon.

Il est douteux que les Alliés désirassent la paix à Prague*. Il est plus douteux encore qu'ils s'y fussent résignés à Francfort Ml est certain qu'ilsne la voulaient

1. Cf. Mémoire* de Afetiemieh, I, 139 à 160, 11, 467 j Dépêche» de Gentz.l, 19 à 45. — Depuis que ces lignes ont été écrites, le prince NHpuléon paraît avoir dit le dernier mot sur la question : Napoléon et te» détracteur», pp. 71 à 90.

2. ■ ... A Francfort, les Alliés déterminèrent les conditions de paix à offrir à la France. Il eui agréable au czar de se souvenir jusqu'à quel point il était opposé à une marche rapide des négociations. Il rejeta à plusieurs reprises Jes propositions de hâter l'entrée en conférence, non qu'il ne désirât pas la paix, mais parce qu'il croyait qu'avec le temps on la ferait plus avantageusement. ■ Opinion de la cour de Russie sur les réponses de lord Castlereagh et du baron de Ilardeoberg aux questions posées par le cabinet de Vienne Troyes, 13 février, citée par Bogdauuwitsch , Gesckickte de» Krieges 1814, II, 308-313. d'après les Archives du ministère des affaires étrangères de Saint- Péterstoorg. Cf. Mémoire» de Mettemich, l, 144, 153, 174 et passim.

pas quand ils envoyèrent leurs ministres à Châlillon. Si même il n'avait dépendu que de la volonté des souverains étrangers, la comédie qui porte dans l'histoire le nom de Congrès de Châtillon n'aurait pas été jouée. Dès l'entrée des armées en France, la perte de Napoléon était tacitement résolue '. Il n'y avait divergences d'opinions que sur la forme de gouvernement à donner à la France. L'Angleterre voulait les Bourbons. La régence de Marie-Louise pouvait convenir à l'empereur François comme père ; il la repoussait comme souverain, subissant l'influence de Mettcrnich et de Schwarzenberg. Celui-ci avait dit à Bassano dès le commencement de 1813 : « Napoléon a bien fait un divorce dans un intérêt politique; pourquoi Marie- Louise ne pourrait-elle pas en faire autant*? » Comme l'empereur d'Autriche et le gouvernement anglais, le roi de Prusse était disposé à prêter la main à une restauration, pourvu toutefois qu'auparavant son armée ivre de vengeance eût mis la France à feu et à sang, puisqu'on ne devait pas lui prendre de territoire. Le czar, sans être en principe absolument hostile aux Bourbons, jugeait encore leur retour impossible. La France les réprouvait, pensait-il . Guidé tantôt par un libéralisme vague, tantôt par des amitiés per-

1. • n s'a^gaait de porter à l'existence de Napoléon (par l'invasioD) aa coup qai serait décinif. ««Lachute de Napoléon était decidéiueot iuévitable... Toute paix qai aarait rejeté Napoiéoa daps lei ancifooes limite» d« Ut France n'aareiit été qu'un armistice ridicule... Klle n'aurait pu conduire an bat que s'était proposée la graude alliance, nn état de paix durable foodé* aar 1 équilibre outre les puissances. ■ « La puissance de Napoléon est brisé^ elle no se relèvera plus. • • La chute prochaine de l'eiupire était indubitable poor tout homme politique qui ne se payait pits d'illusions. » Mémoiret de àfellemick. l. 172, 18.', IHÔ et 188. Cf. II, p. 467 (Rapport de U«ir temich à François II. It juillet 1813); C'irrespondanee J* lord Caatlereat/h, V, 107, 187, 267, PI passim ; Juiniui, 11, 230-231 ; Hihnoire* du eotnle de Langeron. ArcL des affaires étrangères, fonds Kussie, 25; Dauiits, Gesehichte de» FetdxugeM 1814, I, 4^i9-4ll.

2. Conversation de Bassano, rapportée dana U joanuU da général Pel^fi Arcb. de la guerre.

sonnelles, l'empereur n'avait point de projet arrêté. Son esprit flottait entre l'empire donné à Bernadolte et la convocation d'une grande assemblée de députés qui eussent eux-mêmes décidé des destinées de la France. La République dût-elle être proclamée, il ne s'en effrayait pas. Le czar était d'ailleurs dominé par une idée fixe : Napoléon était entré à Moscou, Alexandre voulait entrer à Paris*. Et il y voulait entrer à cheval, à la tête de sa garde, tambours battants et drapeaux déployés, non point avec les pensées de massacre et d'incendie qui hantaient le cerveau de Blûcher et des affiliés du Tugendbund, mais pour s'y montrer aux Parisiens, aux Français, au monde entier, dans sa gloire et sa magnanimité.

Ces idées régnant au quartier général de Langres, on y était peu disposé à entamer des négociations qui, si elles réussissaient, feraient avorter les projets des diplomates et évanouir les espérances des souverains, Mais depuis trois mois les ministres de la coalition mettaient en avant leurs sentiments pacifiques. Après avoir à Francfort, le 9 novembre, proposé officieusement de traiter de la paix sur les bases des frontières naturelles de la France^; après avoir déclaré officiellement, le 2b novembre, que l'on « était prêt à entrer en négociation' » ; après avoir proclamé le 1" décembre, dans la Déclaration de Francfort, que « le premier usage que les souverains avaient fait de la victoire avsdt été d'offrir la paix à l'empereur des

1. Cf. Mémoires de Mettemich. I, 172, 182-186, 188 ; Correspondance de loro Castlereagh, V, 213-214 et passim. Note autographe de l'empereur Alexandre, Troyes, 13 février, citée par Bogdanowitsch, II, 70-72. Dépêches de Gentz, I, 61-62. Caulaincourt à Napoléon, Châtillon, 30 janvier. « ... Le czar veut faire voir ses gardes aux Parisiens pour venger Moscou. » Cf. Hauterive à Caulaincourt, 17 février. Arch. des aflf. étrangères, fonds France, 668 et 670.

2. Note de Saint- Aignan , Francfort, 9 novembre. Arch. des afai'îe» étrangères, fonds France, 668.

%. Mettemich à Bassano, 25 novembre. Arch. de« affaires étraugèrea, i6&.

Français * » ; pouvait-on refuser la réunion d'un congrès sans exaspérer toute la nation française et sans choquer même l'opinion de l'Europe, non moins désireuse de la paix que la France elle-même ? Cédant aux représentations de Castlereagh et de Metternich, le czar consentit enfin, le 29 janvier, à laisser ouvrir des conférences, mais sur des bases toutes différentes de celles de Francfort : la France rentrerait dans ses limites de 1789. Il était entendu d'ailleurs que les pourparlers n'arrêteraient pas les opérations militaires, et Razumowsky, le plénipotentiaire russe, reçut du czar des instructions secrètes afin de faire traîner en longueur les négociations. Le duc de Vicence qui attendait depuis trois semaines, aux avant-postes en-

1. DécUration des Coalisés, Francfort, 1** décembre 1813. — Dana cette

pièce, les Alliés disent implicitement que leur offre a été repoussée. Or, le 16 novembre, Bassano avait écrit à Metternich que le duc de Vicence était prêt à se rendre pour négocier près des plénipotentiaires alliés « anssiiôt que Metternich lui aurait fait connaître le jour fixé pour le congrès ». Bien que cette lettre contint au lieu des mots : < S. M. adhère aux bases générales et sommaires > ces mots un peu ambigus : « Une paix par l'indépendance de toutes les nations a été Tobjet constant de la politique de l'empereur, ■ ce n'était cependant pas une fin de non-recevoir. Les Alliés n'étaient donc nullement fondés à prétendre ^ue leur offre avait été refusée. On a dit que si l'empereur « avait pris la balle au bond », il eiit obtenu la paix à Manheim sur la base des frontières naturelles. Cela paraît plus que douteux. Si les Alliés avaient eu sincèrement l'intention de faire la paix, ils auraient attendu, avant de lancer la déclaration de Francfort, que le duc de Bassano eût le temps d'envoyer sa réponse à Metternich qui lui demandait le 25 novembre, de s'expliquer catégoriquement sur • les bases générales et sommaires « ; et au reçu do la lettre du 2 décembre, de Vicence • Ihomme de la paix », où le nouveau ministre disait expressément : « J'annonce k V. E., avec une vire satisfaction, que S. M. adhère aux bases générales et sommaires », ils atiraient envoyé leurs plénipotentiaires à Manheim. D'après les Mémoires de Metternich et la Correspondance de lord Castlereagh. les propositions de Francfort n'étaient qu'une duperie imaginée pour abuser et l'Europe et la France. C'est avec raison que Caulaincourt conseillait à Napoléon de publier toutes les pièces des négociations afin de montrer « le fond du sac de Francfort » et de prouver « sa bonne foi et sa modération ». • n faut, écrivait-Il encore, « proclamer l'engagement public et réciproque p»ur les Alliés de ne pas exiger plus et pour V. M. de ne pas exiger ■oins ». 23 décembre. Arch. des affaires étrangères, 668. Cf. Dépêche* de Gtntx, I, 50, 58. Gents parle des « dispositions pacifiques de Napoléon », et reconnaît que « les bases furent pleinement acceptées par la lettre mé- ■orable du duc de Vicence, du 2 décembre *.

nemis le bon plaisir des Alliés, reçut enfin l'avis que les plénipotentiaires allaient se réunir à Châtillon».

Les Coalisés no risquaient guère en consentant à entamer des négociations. Ils savaient trop bien que Napoléon, qui deux mois auparavant avait hésité devant la proposition de réduire son empire aux frontières naturelles de la France, ne voudrait jamais céder la rive gauche du Rhin, « le pré carré français ». Conséquemment, ils seraient bientôt dégagés dans l'esprit de3 partisans de la paix*. « Les négociations devaient êJre illusoires, dit très bien le comte de Langeron. Les souverains savaient qu'il fallait détruire le mal dans la racine et anéantir le jacobinisme impérial'. »

Au moins, Napoléon n'était pas dupe. Comme les Alliés, il négociait à Châtillon afin de marquer des dispositions pacifiques; mais, comme les Alliés aussi, il ne croyait pas qu'un accord fût possible. Le 4 janvier, il écrivait au duc de Yicence : « Je pense qu'il est douteux que les Alliés soient de bonne foi et que FAnglelerre veuille la paix. J'ai accepté les bases de Francfort, mais il est probable que les Alliés ont d'autres idées; leurs propositions n'ont été qu'un masque. » Un mois plus tard, le 4 février, jour de la

1. Protocole de hi conférence de Langres d« 29 janvier, cité par Rog^dano'witsch, II, 305; Mémoire» de Aletlernich, I, 189; Correspondance de lord Castlereayh, V, 215; Lettre do Nesselro'Je à Razumowsky, Bar-sur-Seino, 6 février, citée par Bogdanowitacii, II, 61; Dépêche» de Gentz, I, 64: Damits, I, 410, 411. Moniteur supprimé du 20 janvier. — Le duc de Yicence avait reçu ses passeports pcar ChàtiUon des la nuit du 19 janvier. Mais, comme on le voit, il s'en fallait encore, k celte date, que le czar fût décidé à laisser entamer les négociations.

2. ... « Je lisais trop bien dans la pensée de Napoléon pour ne pas voir de grands avanias^ea dans tonte lentalivo d'arrangement, tan» risquer pour cela d'ajourner te retour d'un meilleur ordre de cUose» par un accommodement intempestif. » Mémoire» de Metternich, I, 189,

3. xMëmoires du comte de Langeron, lieutenant général an ••rvic« da la Russie. Axch. des alTaires étrangères, fonds Russie, 25.

première séance du congrès, il écrivait do nouveau : « "Vous me demandez toujours des instructions lorsqu'il est encore douteux si les Alliés veulent traiter'. » « Je ne tiens pas au trône, avait-il dit encore, alors que Caulaincourt attendait à Lunéville ses passeports pour Châtillon. Je n'avilirai ni la nation ni moi en souscrivant à des conditions honteuses*. » Ces conditions honteuses, c'était les limites de l'ancienne France, celait ce que Napoléon, dans sa connaissance des hommes et sa prescience dos événements, se doutait queles diplomalesclrangers allaient exiger. En réalité, la situation à Chûlillon était celleci : Napoléon avait offert de négocier sur des bases qu'il savait ne devoir pas être acceptées par les plénipotentiaires des Alliés, et les Coalisés avaient consenti à traiter sur des bases qu'ils savaient devoir être repoussées par le plénipotentiaire français. Comédie des deux côtés, uniquement conçue et jouée pour abuser l'opinion.

Le congrès s'ouvrit le 4 février. L'animosité des souverains, la clairvoyance de Metlernich et de Castlereagh avaient bien choisi les plénipotentiaires : sir Charles Stewart', frère et âme damnée du ministre anglais; le baron de Humboldt, aussi gallophobe que Blùchcr lui-même; le comte de Stadion, l'instigateur de la guerre de 1809; le comte Razumowsky, un des plus ardents ennemis de Napoléon. Tous les retards importaient aux Alliés et surtout au czar qui, moins sagace que Metternich, craignait de se voir priver de l'entrée triomphale à Paris par l'empressement de Cau-

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