‹ 1814Chapitre 4 sur 178 · Correspondance de Napoléon · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon

portait à peu près exclusivement sur les hommes mariés ayant échappé aux levées précédentes et sur les hommes au-dessus de trente-trois ans, presque tous mariés aussi, du moins dans les campagnes. On avait la faculté de se racheter, mais les remplaçants coûtaient cher et devenaient rares. La plupart des ouvriers sans travail des grands centres industriels étaient déjà partis en cette qualité'. Dans la classe bourgeoise, nombre de gens quittèrent le département oii ils étaient inscrits comme électeurs. Ce mouvement se généralisa au point de forcer l'administration à refuser des passeports jusqu'à la formation définitive des contingents. Les paysans n'étaient pas plus empressés. Ils se disaient prêts à défendre leurs foyers, mais ils ne voulaient point rejoindre l'armée. Sous l'influence des révoltes et des larmes de leurs femmes, ils déclaraient qu'ils ne partiraient pas. Il y eut des attroupements, des rébellions. C'est à peine si l'on put réunir, le 2o janvier, environ 20 000 miliciens dans les différents camps d'instruction*.

Ces divers contingents des nouvelles levées qui, au milieu de janvier, ne formaient pas un effectif total

1. On acceptait les remplaçants ju!>qu'à 38 ans quand ils n'avaient pa-s servi, jusqu'à 42 quand ils étaient anciens militaires. Circulaire aux préfets. Arch. nat., F. 7, 3416*. — Le haut prix des remplacements explique pourquoi il jr eut en 1814 si peu d'engagements volontaires : 291 dans tout Paris pendant le mois de janvier. Les hommes dont la famille était dans la misère aimaient mieux remplacer que s'engager.

2. Correspondance des préfets relative à la conscription de 1813-1814. Arch. nat., F. 7, 3048», 3018* et 3416». Rapports journaliers de Pasquier, du 1" au 20 janvier. AF., nr, 1534, et Rapports de police, mêmes dates, F. 7, 3 043 et 3 737. Correspondance de Napoléon, 21056, 21057, 21113; Clarke à Malouet. 2 janvier. Arch. de la guerre.

Les gardes nationales, dites actives, furent naturellement portées à un plus grand nombre dans le courant de la campagne; mais en y comprenant les gardes nationales réunies à Lyon, on ne peut guère admettre que cea milices aient jamais dépassé l'effectif total de 40000 hommes tenant la campagne on organisés et prêts à marcher. No»»" ne comptons pas dans ce chiffre, cela s'entend, les gardes nationales dites urbaines ou sédentaires de Mets, Strasbourg, Paris, Reims, Rouen, etc.

déplus de 475000 hommes ayant rejoint les armées du Rhin, du Nord et des Pyrénées, ou arrivés dans les dépôts de France, depuis Vannes jusqu'à Rome, n'étaient point, par malheur, immédiatement utilisables. Avant de mener ces recrues à l'ennemi, il fallait les instruire, les vêtir, les armer. Le temps manquait pour l'instruction. En janvier 1814, les huit dixièmes des hommes incorporés en étaient encore à l'école du soldat'. Quanta l'habillement et à l'armement, lesmagasins et les arsenaux de l'ancienne France n'y suffisaient pas. Depuis 1811, on y avait puisé sans mesure pour remplir ceux des places-frontières d'outre-Rhin, où l'on concentrait tout le matériel, et la campagne de Saxe avait achevé de les vider. Il y avait encore des armes à Hambourg, à Stettin, à Mayence, à Wezel, à Magdebourg ; il n'y en avait plus à Metz ni à Paris.

Dans les dernières années, on avait fait rentrer les fusils des gardes nationales de province. Ces fusils, la plupart en mauvais état, constituaient à peu près les seules ressources de la dernière armée impériale. L'empereur, dit-on, répétait sans cesse ; « Pourquoi m'a-t-on caché l'état des arsenaux? » Les situations des divisions militaires témoignent. Au mois de janvier 1814, il y avait nombre de bataillons au complet d'effets et d'armes. Mais dans les dépôts, quelle misère! Combien de soldats étaient dans l'état décrit par le général Préval, commandant le grand dépôt de cavalerie de Versailles : « Il vient de m'arriver une compagnie de chasseurs à cheval à laquelle il manque

1. Quelques exemples entre tant d'autres. Le 1" janvier, les dépôts de la !'• division militaire comptent 1910 hommes aux écoles de peloton et de bataillon, 7285 à l'école du soldat; le 15 janvier, 495 hommes à l'école de pelo« ton, 4 523 à l'école du soldat; le 1" février, 150 hommes à l'école de peloton, 4563 hommes à l'école du soldat. Situation des divisions militaires du !•' janrier au 1" février. Arch. nat., AF., iv*, 1050.

tout, moins les gilets et les pantalons d'écurie*. » Deux hommes sur trois, en moyenne, étaient habillés', et, chose tout autrement grave, un homme sur deux était armé. Les dépôts de la V" division militaire (Paris), le 1" janvier, comptaient 9 19o hommes présents et 6 530 fusils; les dépôts de la 16* division, 15 789 hommes et 9470 fusils. A Rennes, à Tours, à Perpignan, dans toutes les garnisons de l'ouest, du centre et du midi, c'était pire encore. Voici le 5« léger avec 545 hommes et 150 fusils, le 1153° de ligne avec 1 088 hommes et 142 fusils, le 142" avec 324 hommes et 41 fusils, le 115" avec 2 344 hommes et 289 fusils. Les armes blanches mêmes font défaut. Le i" régiment de chevau-légers a 202 sabres pour 234 hommes, le 17"de dragons 187 sabres pour 349 hommes, le 8" de cuirassiers 92 sabres pour 134 hommes. — Cent dix, il est vrai, possèdent des pistolets'! — Les chevaux manquent à proportion. Au grand dépôt de Versailles, il y a 6 284 chevaux pour 9786 cavaliers*.

Les cohortes actives de la garde nationale, dont l'habillement, l'équipement et, en raison de l'état des arsenaux, l'armement même incombaient à l'administration civile, n'étaient pas mieux pourvues. Ces hommes portaient la blouse, beaucoup le chapeau rond; presque tous marchaient en sabots. Les plus militaires d'aspect avaient un shako, une giberne et unhavresac^. Au cours de la campagne, i'empereur donna l'ordre d'habiller les milices avec les capotes

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