Prôval à Clarke, 25 mars. Arch. de la guerre
i. Dépôts de Paris an I*' janvier : 4 797 hommes habillés sur 9193; an ISjanvier, 4523 habillés sur 6241 ; le 15ô* de ligne. 74 hommes habillés sar 330 hommes; le 8* dragons, 75 hommes habillés sur 150, etc. Situations des divisions militaires du I" janvier au 1*' février. Arch. nat. AF., rv', 1050.
3. Situations des divisions militaires en janvier. Arch. uat., AF., iv*, 1<£0.
4. Situation du dépôt de cavalerie de Versailles, au 8 février. Arch. nat. AF. IV, 1670. — Au 10 mars, 3615 chevaux pour 7 119 cavaliers. AF.rv, 1667.
& Correspondance des préfets, Arch. nat., F. 7, 3408*, 3408*. Conrt^omd»\et d« Napoléon, 21 343, 21 409.
et les shakos des prisonniers. On dut y renoncer à cause de la vermine qui infectait ces effets*. Dans la garde nationale, moitié de l'armement se composait de mauvais fusils de chasse, obtenus à grand peine par les réquisitions. Certains bataillons arrivaient absolument sans armes dans les camps de concentration. Le 16 février, mille gardes nationaux s'armèrent sur le champ de bataille avec les fusils de l'ennemi '.
En vain l'empereur multipliait les levées, doublait les impôts, abandonnait son trésor privé aux différents services de la guerre % hâtait la fabrication des armes, les travaux des forteresses, la confection des munitions, temps et argent manquaient pour tout. Le grand malheur fut la soudaineté de l'invasion. L'entrée précipitée des Alliés sur l'ancien territoire, dans les premiers jours de janvier, surprit la France en pleine organisation de défense. Ce coup d'audace arrêta le recrutement et la perception dans le tiers des départements, jeta par tout le pays le trouble et l'épouvante, et contraignit Napoléon à jouer sa couronne sur une seule bataille, lui qui avait gagné cent batailles I
L'invasion terrifia la population, mais la France
1. Correspondance de jyapoUon, 21 296 ; Ciarke à Napoléon, 17 mars. Arch. de la Guerre. — Sur la saleté des troupes alliées, voir Journal d'un prisonnier anglais. Revue britannique, V, 268.
2. Correspondance des préfets. Arch. nat., F. 7, 3408*, 3408», 3416*. Lettres de Flahaut à Malouet et de Malouet à Flahaut, 19 au 23 janvier. Arch. de Laon. Correspondance de Napoléon, 21113, 21284; Correspondance du roi Joseph, X, 135.
3. Le trésor privé de Tempereur, produit de ses économies sur la liste civile pendant dix ans, se montait en 1813, défalcation faite des sommes avancées aux différents services et établissements de crédit (sommes dont l'empereur fit abandon par l'article XI du traité de Fontainebleau), à 75 millions en or et en argent déposés dans les caves des Tuil«ries. Or, au mois d'avril 1814 il restait d» ces 75 millions, 10 millions qui, au mépris de tout droit, furem saisis à Orléans par les ordres du gouvernement provisoire. Cf. Correspondance de Napoléon, 20902, 21067, 21 14T, ^1537 ; Correspondance du roi Joseoli X,j9a.wim;Fain, 2,274; Meneval, II, 25,96, 101. — Hauterive écrivait à Caulaincourt, le 25 février : « Le trésor de l'empereur fournit aujourd'hui à toutes les dépenses; il s'épuisera. » Arch. des atlairea étrangères, fond* France. 670. Cf. Arch. nat., AF., iv. 1933.
LA FRANCE AU COMMENCEMENT DE 18H. tS
abattue n'eut pas un frémissement de révolte. L'idée Tpétaphysique de la Patrie violée qui en 92 avait eu, quoi qu'on en puisse dire, tant d'action sur un peuple jeune ou rajeuni ^jar la liberté, cette idée ne souleva pas un peuple vieilli dans la guerre, las de sacrifices et avide de repos. Pour réveiller les colères et les haines, il fallut le fait brutal et matériel de l'occupation étrangère avec son cortège de maux : les réquisitions, le pillage, le viol, le meurtre et l'incendie. Loin que l'invasion, dans les premiers temps, élevât les cœurs et donnât à l'empereur une force morale sur laquelle il était en droit de compter et dont il avait tant besoin, l'esprit public s'affaissa plus encore. Dans quelques villes à Dôle, à Chalon-sur-Saône, à Bourgen-Bresse, les gardes nationales urbaines reçurent les^utrichiens à coups de fusil*. Mais presque partout, il suffit aux Alliés d'apparaître. Épinal se rendit à .cinquante Cosaques, Mâcon à cinquante hussards, Beims à un peloton, Nancy aux coureurs de Blûcher, Chaumontàun seul cavalier wurtembergeois ! Langres et Dijon, après avoir fièrement fermé leurs portes, capitulèrent, Langres au deuxième coup de canon et Dijon au deuxième parlementaire*. Dans les campagnes, au cri : « Les Cosaques ! » nombre d'habitants se sauvaient vers les bois, emportant leurs meubles les meilleurs et poussant devant eux les porcs et les vaches. D'autres, confiant dans les procla,mations des Alliés, qui promettaient le respect des propriétés et le maiu-
1. Correspondance de Napoléon, 21205; Moniteur et Journal de l'Empire, 16, 19, 21 janvier; Proclamation de Babna aux habitants de l'Ain, Bourg, 14 janvier.
2. Mortiev à Berthier, 16 janvier; Rapport de Gerband, 19 janvier. Arch. de la guerre. Caulaincourt à Napoléon, Lnnéville, 8 janvier. Arch. de» affaires étrangères. Lettres historique* de Dardenne (professeur à Chaur.i nt en 1814), citées par Steenackers, Tlnoasion dans la Haute-Marne, p. 49 : -V-initeur, 20 février; Journal de Fabmer, 19. Plotho, Der Krieg i» Deutscklcrui ma Frankreieh m de» Jahren 1813 und 1814, III, 38-40, etc
tien sévère de la discipline, ne quittaient pas les villages. Ils s'efforçaient d'éviter les violences par leui empressement à satisfaire aux demandes des soldats et aux réquisitions des officiers*.
Partout, à la vérité, les petits corps français se repliaient devant les grandes armées alliées ; les généraux commandant les levées en masse dans les départements frontières n'étaient pas arrivés à destination quand déjà s'avançait l'ennemi*; les préfets et souspréfets quittaient le pays, d'après les ordres exprès de l'empereur, avec les dernières troupes françaises. Sans chefs, sans organisation et la plupart sans armes, les paysans pouvaient-ils s'opposer à la marche de 250 000 soldats? Toutefois, ils étaient peu disposés à combattre. La misère où ils se trouvaient, les sacrifices qu'ils avaient déjà faits, leurs terres en friche et leurs enfants tués à Leipzig ou morts à Mayence, les avaient brisés à toutes lesTésignations. « La soumission des habitants encourage les Alliés», écrit de Châtillon, le 31 janvier, le duc de Yicence. « Il n'y a plus d'énergie en France », écrit-il encore le 3 février. « L'inertie est partout la même », écrit de Chaumont le maréchal Mortier. « Dans la foule, dit le sous-préfet de Vervins, il n'y a que mollesse et lâcheté. Je voif tous les habitants sans émulation et sans énergie, insensibles à la honte d'une invasion'. »
La nouvelle du passage du Rhin se répandit à Parif
1. Caulaincourt à Napoléon, Lunéville, 8 janvier; Saint-Dizier, 18 janvier; Châtillon, 31 janvier, Arch. des affaires étrangères, fonds France, 668. L'empereur Alexandre à Bar-sur-Aube, br. in-8, 1816, 7; Fleury, le Département de l'Aisne en 1814; Steenackers, l'Invasion dans la Haute-Marne; Pougiat, l'Invasion dans PAube, passrm.
2. Le décret sur les levée» en masse et la nomination des généraux désignés pour les commander sont du 4 janvier. Correspondance de Nipoléon, 21 061.
3. Caulaincourt à Napoléon, Châtillon, 31 janvier et 3 février. Arch. des affaires étrangères, fonds France, 668. Rapports de Mortier àBerthier, 10 et
17 janvier. Arch. de la guerre. Soiu-préfet de Vervina à préfet de l'Aisne, 10 janvier. Arch. de Làon.
et dans les départements limitrophes, les 6 et 7 janvier. Déjà quelques exemplaires de la procïumalion de Schwarzenberg- y étaient parvenus*. Ce très habile manifeste, pour lequel le prince avait pris sa plume do diplomate, n'eut pas seulement comme effet de désarmer, en les rassurant, les populations rurales. Perfidement commenté, il excita dans la plupart dos villes un sentiment nouveau et redoutable. « Les proclamations des Alliés, écrivait le duc de Vicence le 8 janvier, nous font encore plus de mal que leurs armes '.» La proclamation de Loërach, conçue d'ailleurs dans le même esprit que la déclaration de Francfort, se résumait en ces deux termes : paix à la France, guerre à Napoléon. Les mécontents ne tardèrent pas à exploiter la distinction établie par les Alliés entre le pays et le souverain. Ils rapprochaient celte déclaration du fait de l'ajournement du corps législatif. A les entendre, l'empereur en congédiant les représentants de la nation avait lui-même prononcé son divorce avec la France?
Dans cette ligue tacite entre les libéraux et les royalistes, ceux-là, encore sans dessein arrêté, ne mettaient que leurs rancunes; ceux-ci, parfaitement fixés sur le but à atteindre, apportaient leurs espérances. Pour eux, les Alliés n'étaient pas des ennemis,
étaient des libérateurs. « Les partisans des Bourbons, ilit M°" de La Rochejacquelein, ne voyaient jamais Bonaparte entreprendre une guerre sans espérer la défaite. » Le malheur, c'est que les Français étaient toujours vainqueurs. Cette fois ils étaient battus : les royalistes relevèrent la tête. Peut-on, d'ailleurs, donner le nom de conspiration aux conciliabules et aux
1. Elapport de Pasqnier, 7 janTier. Arch. nat., AF., iv, 1534. S. Caaiainconrt à Napoléon, LunAville, 8 janvier. ArciL. des affaires étra» gères, fond» France. 668.
manifestations bourbonniennes qui, dans les derniers mois de 1813 et en janvier 1814, s'étendirent à peu près partout en France, sans prendre d'importance nulle part. L'organisation faisait défaut, fes moyens de communiquer étaient difficiles, et, les chefs n'étant pas désignés, Ton ne savait à qui s'adresser avec assurance*. A Bordeaux seulement, il y avait quelques centaines d'hommes obéissant au même mot d'ordre. Les royalistes, en réalité, étaient fort peu nombreux, mais à son insu chacun servait leur cause, celui-ci en déplorant l'état de la France, celui-là en répétant des nouvelles alarmantes, d'autres en écrivant du théâtre de la guerre des récits trop vrais des événements. Cette conspiration, qui n'était que la conspiration de l'opinion, des fonctionnaires eux-mêmes s'en faisaient les complices par leur découragement et leur manque d'énergie. Ils sentaient la terre trembler, et ils pensaient au lendemain : leur zèle se ralentissait. Fallait-il se compromettre davantage pour une cause perdue? Dans la moitié de la France, les préfets ne montraient que faiblesse; ici, quittant leurs départements, tandis que les troupes s'y maintenaient encore ; là, éludant les ordres d'arrêter les conspirateurs, hésitant à appliquer les décrets sur la conscription, en retardant le plus possible l'exécution et y procédant sans vigueur*. « Il est difficile d'être plus
1, Deux faits bien caractéristiques, entre autres .-Lynch ayant demandé aux Polignac de 'lui désigner quelques royalistes zélés de Bordeaux, les deux frères Tadressèrent ec effet h des royalistes mais non pas aux chefs de la conspiration. Ils ne les connaissaient pas, et Lynch fut rais, par hasard, en rapport avec eux. — Gain de Montagnac partit le 21 mars pour informer les Alliés de l'état de Paris sans savoir que VitroUes était parti quinze jours auparavant avec la même mission. Correspondance relative aux événements de Bordeaux (par Lynch), 1." l7. Journal de Gain de Montagnac, 3, 4; Mémoires de VitroUes. l, 70.
2. « Les préfets ont été très faibles en 1814, lit-on dans un rapport sur l'organisation de la garde nationale, en date du 5 avril 1815, il faut les remplacer par des généraux disponibles. ■ Arch. nat., F. 7, 3165. Cf. Rapports de police, 6, 10, 17, 20 et 26 janvier, 10 et 28 février 1814, Arch. nat.. F. 7, 3043, 4283,
mécontent que je le suis de vos préfets, » écrivait Napoléon à Montalivet*. Des maires dressaiônt à dessein des listes d'appel incomplètes; d'autres abandonnaient leurs administrés à l'approche de l'ennemi; d'autres cachaient les fusils et refusaient de les délivrer à ceux qui voulaient se défendre ; d'autres, serviles jusqu'à la trahison, envoyaient au nom des Alliés des ordres de réquisition dans les villages voisins non encore occupés ^ A Lyon, on chansonnait sur tous lea tons le préfet — M. de Bondy, — le maire et les conseillers municipaux pour leur inertie et leur pusillanimité. Du sénateur Chaptal, qui ne savait rien organiser et qui avait le tort de manifester trop haut ses inquiétudes, on disait : « Voilà un commissaire extraordinaire, fort extraordinaire '. »
C'était par découragement, par désir de ne se point compromettre, ou encore, comme le bon Panurge, par « paour naturelle des coups », que nombre de fonctionnaires montraient si peu d'énergie. Plusieurs ce-
'1. Correspondance de Napoléon, 21340, 21341, 21358; Jfémovet dé XotHg»,
Vt, p. 335; Clarke à Montalivet, 12 mars et 28 mars. Arch. de la guerre, ilaiucourt à Napoléon, Nancy, 6 et 7 janvier, et passim. Arch. des affaire» ...angères, fonds France, 668 : « Les préfets et sous-préfeU ont désorganisé la défense en Alsace et en Lorraine. »
1. Correspondance de Napoléon, 21340 Le préfet de l'Aubft s'est coo-
vert de boue. »
i. Rapports de Pasquier, 17 et 21 février; rapport! do police. 25 janvier et I" mars. Napoléon à Cambacérès, Reims, 16 mars (non publiée), Arch. nat., A.P., IV, 1 534, F. 7, 3 737 ; AK.. iv, 906. Manuscrit de Périn. Arch. de Soissons, Notes de Defrance, contrôleur des contributions en 1814. Arch, de Laon. Allix à Clarke, 2 mars et 9 mars et lettre de réquisition du maire de Tonnerre, 3 mars. A.rch. de la guerre.
Voici comme étaient rédigées les réquisitions : « Le maire de Tonnerre an maire de. . . Au reçu de la présente et sans autre délai, vous ferei conduire les quantités de... dans les magasins établis à Tonnerrtv Fauta par vous d'obtempérer à la présente, je serai forcé de noter votre coiomune aux commandanU comme ayant refasé les subsistances, ce gui emporterait {sic) à l'exécution militairt. n
-. coinn..^,aire central de poiic« d« Lyon à Rovigo. M féTriar. Arch. nav. F-', 429^. V -o ■•,»
se 1814.
pendant désiraient la chute de l'empire * , comme Lynch, maire de Bordeaux, qui conspirait avec La Rochejacquelein, et comme Angles, bras droit du duc de Rovigo, qui participait aux intrigues de Dalberg'. La Tour du Pin, préfet de la Somme, arrêtait le départ des conscrits, choisissait les officiers de la garde nationale parmi les anciens émigrés et nommait chef de cohorte un royaliste notoirement compromis, astreint à la surveillance de la haute police '. Un employé supérieur de la préfecture de la Seine déblatérait dans un café contre l'empire, en ajoutant: «Mon opinion est indépendante de ma place. » Un procureur impérial osait dire en plein salon : « Si les Alliés voulaient payer la tête de Napoléon un ou deux millions, on la leur livrerait bientôt*. »
Pour peu nombreux qu'ils fussent, les royalistes n'en étaient pas moins fort actifs. Ils s'employèrent d'abord à rappeler aux Français le nom oublié des Bourbons, — ces « revenants », comme disait avec humeur la marquise de Coigny^ Chaque jour, dans quelque ville, à Bordeaux le 28 décembre, à Troyes le 29, à Rennes le 4 janvier, à Abbeville le 6, à Cambrai le 8, à Agen le 9, à Dax et à Dieppe le 10, à Évreux et à Toulon le 11, à Marseille le 12, à Amiens le 14, à Paris, à Quimper, à Douai, à Angers, le 15, à
1. « Dans co département, comme dans tous les autres, écrivait le préfet de la Seine-Inférieure, il y a, même parmi les fonctionnaires, beaucoup d'individus attachés à l'ancien ordre des choses , et qui nuisent, par leur influence et leurs discours, à toutes les mesures que l'on voudrait prendre. Ils ont organisé une force d'inertie qui tue l'administration et paralyse les ordres de l'autorité. Pour être passive, la résistance n'en est pas moina réelle. » Lettre à Clarine, 29 mars. Arch. de la guerre.
2. Correspondance relative aux énéneme its de Bofdeaux (par Lynch), 9-18; Mémoires de Rovigo, VI, 321-324.
3. Lettre du sous-préfet d'Abbeville, citée dans un rapport de police du 17 février. Arch. nat., F. 7, 4289, et Clirke à Montalivet, 28 mars. Arch. de U guerre.
4. Note do police, 21 mars. Lettre au grand juge, «. d. An*.h. nat., P. 7, 6605.