Mùffling, 125; Droyseo, III
t. Lettre de SiXlov citée p^ Datpitx, II, ^0^,
ni
Soissons qui commandait la grande route de Paris à Mons était considéré comme un point stratégique important. La place bien fortifiée et o.ccupée par une bonne garnison eût fourni une longue défense, car au commencement de ce siècle, les bouches à feu ayant peu de portée efficace, on ne pouvait battre les remparts des hauteurs qui les dominent presque de tous côtés' et qui en 1870 ont fait de cette ville un nid à obus. Malheureusement, les vieilles fortifications de Soissons étaient dans un état d'absolue dég-radation. Tous les ouvrages extérieurs avaient été détruits, et la ville, qui avait à sa charge l'entretien des remparts, ne s'en inquiétait qu'au point de vue des intérêts de l'octroi. On se contentait de fermer les petites brèches par lesquelles les fraudeurs pouvaient se glisser nuitamment. Les courtines manquaient de banquettes ; la contrescarpe, dépourvue de revêtement, s'était, en maint endroit, éboulée dans le fossé, qui se trouvait en partie comblé et où l'on cultivait des plantes potagères. Enfin, des auberges construites dans la zone militaire, près des portes de ville, s'élevaient à quel* ques mètres des remparts; des combles de ces maisons on dominait le terre-plein de renccinte*.
1. La distance des remparts aux crêtes varie entre 1600 et 2 500 mètres.
2, Rapport du général Danloup- Verdun, Soissons, 22 janvier, Archives d« la guerre. Manuscrit de firayer. Archive* de Soihsons.
Ce fut seulement au milieu de janvier 1814 qu'on s'occupa, au ministère de la guerre, de la place de Soissons. Les généraux Rusca, Danloup-Verdun et Berruyer, et le colonel du génie Prost, envoyés de Paris, firent commencer les travaux les plus urgents. On ferma les brèches, on établit des banquettes, on pratiqua des embrasures, le talus de contrescarpe fut relevé, on brûla quelques-unes des maisons bâties dans la zone militaire et deux cavaliers furent élevés devant la porte de Reims. Quatre mille conscrits et gardes nationaux mobilisés, avec huit pièces de campagne, vinrent occuper Soissons *. Ces travaux et cette garnison, suffisante comme nombre mais non comme solidité, n'empêchèrent pas les Russes de Winzingerode de s'emparer une première fois de Soissons, le 14 février. Le général Rusca fut tué raide d'un biscaïen dans la tête. 11 y eut une panique parmi les troupes qui s'échappèrent par la route de Compiègne. Winzingerode prit possession de la ville. Il ne devait pas y rester longtemps. Le 16 février, à la nouvelle des défaites de l'armée de Blucher, il évacua la place et se retira sur Reims. Soissons fut réoccupé le 19 février par le maréchal Mortier *.
Napoléon, que le coup de main des Russes sur Soissons avait à la fois surpris et irrité, donna des ordres pour que la ville fût solidement défendue ^ Le ministre de la guerre dépêcha à Soissons un de ses aides de camp, le colonel Millier, avec mission d'examiner la place. Son rapport conclut que Sois-
1. Rapports et lettres de Rnsca, Danloap-Verdun et Berruyer, du 22 jan- Tier au 18 février. Arch. de la guerre.
2. Rapport de Danloup- Verd un, 18 février ; manuscrit de Bray er et de Ficquet Archives de Soissons. Cf. Bogdanowitsch, 1, 216-217. — Les Russes pénétrèrent d'abord dans Soissons par une ancienne brèche du rempart du front Est qu'on avait oublie de fermer et qui n'était pas défendue. Delà, 1* panique. En fait, Soissons fut pris par un coup de main.
3. Corretpond. de Napoléon, 21 290, 21 309. Correspond, du roi Joseph, X, 15».
sons était tombé au pouvoir de l'ennemi faute de mesures de défense qu'il eût été aisé de prendre, que la place pouvait être mise en quelques heures en état de résister, et que, tout d'abord, il fallait envoyer à Soissons « un commandant instruit et ferme *». Le choix du ministre se porta sur un officier qui — rien du moins ne le fit supposer — n'était pas particulièrement instruit et qui, en tous cas, manquait de toute fermeté. C'était un général de brigade, nommé Moreau. Le 11 février, il avait défendu, ou plutôt il s'était préparé à défendre Auxerre contre les Autrichiens, et Clarke, abusé par cette prétendue résistance, croyait Moreau un foudre de gue^^e^ Ce général partit pour Soissons, oti déjà était rassemblée une nouvelle garnison, peu nombreuse, à la vérité, mais composée de soldats éprouvés : un bataillon du régiment de laVistule, comptfint 700 hommes; 140 artilleurs de la vieille garde et canonniers gardes-côtes; 80 cavaliers des éclaireurs de la garde. La place était armée de vingt canons (dix-huit pièces de 4 et de 8 et deux obusiers)'. Trois cents hommes de garde urbaine étaient prêts à concourir à la défense*. Enfin
1. Rapport du colonel Mailer, 23 février. Archives de la guerre.
2. « J'ai lieu d'être persuadé que vous saurez défendre cette ville (Soissons) avec la vigueur et l'énergie que vous avez montrées pour la défense de la ville d'Auxerre. » Clarke à Moreau, 27 février. Arch. de la guerre.
La vigueur et l'énergie de Moreau s'étaient réduites à ceci : le 10 février, Moreau, sommé de capituler par trente dragons autrichiens, avait répond», qu'il « défendrait la ville jusqu'à la mort », et le II, 2 000 Autrichiens étant en vue, il avait quitté Auxerre sans raôme attendre l'arrivée du parlementaire, qui fut reçu par les autorités municipales. Pas un coup de feu ne fut >iré. (Manuscrit de Leblanc, Archives départementales de l'Yonne, cité par Ed. Fleurj, le Département de l'Aisne en 1814.) — Il est juste de dire que Moreau avait à Auxerre fort peu de troupes avec lui et que, d'ailleurs, IcS habitants ne voulaient pas se défendre. Si la conduite de Moreau, dans cette circonstance, ne méritait peut-être pas de blâme, encore moins méritait-elle des éloges.
3. Rapport de Moreau sur la capitulation de Soissons, 4 mars. Cf. Moreau a Clarke, 24 mars, et Clarke à Napoléon, 24 février. Arch. de la guerre.
4. Manuscrit de Piquet, Archives de Soissons. La garde urbaine sa conduisit bien, an point que les soldats dirent aux gardes : « Nous avons été mutuellement contenta les uns des autres. »
une brigade de garde nationale, forte de 2 5o0 hommes ayant déjà vu le feu, devait, sous peu de jours, venir compléter la garnison. Mais, par suite do retards et de confusion dans les ordres, ces troupes, qui étaient à Orléans, ne furent mises en route que le 28 février et n'arrivèrent pas à Soissons *.
Pour le seconder dans le commandement, Moreau avait le colonel d'artillerie Strols, le chef de bataillon du génie de Saint-Ilillier, l'adjudant-commandant Bouchard ', qui remplissait les fonctions de commandant de place, enfin le colonel Kozynski du régiment de la Vistule, Une commission municipale, siégeant en permanence, remplaçait le maire qui avait fui, le premier adjoint qui avait également fui et le deuxième adjoint qui avait fui do même ^ Toute la population aisée avait d'ailleurs quitté la ville. Moreau et Saint- Hillier se hâtèrent de compléter la mise en état de défense. On jeta bas les maisons qui dominaient le terre-plein du côté de la porte de Laon, et les matériaux servirent à garnir le rempart d'un parapet; on ferma les nouvelles brèches, on excava le pied de l'escarpe, on plaça des chevaux de frise et des palanques en avant de la contrescarpe du front Est, qui formait un grand saillant; une forte palissade fut élevée sur le pont de l'Aisne. Il semble cependant que, soit manque de temps ou de bras, soit faute d'initiative, soit négligence, Moreau ne se conforma pas autant qu'il l'eût pu aux instructions si précises de la lettre de Clarke. Un certain nombre de maisons des faubourgs qui pouvaient servir à abriter les tirailleurs
1. Arch. do la guerre, 23, 24, 26, 27, 28 février, 2 mars, qainze pièces relatives k l'envoi de la brigade Chabert k Soissons, qaiânit par rester i Paria, le i mars, à la disposition de l'empereur.
t. Bouchard n'arriva à Soissons que le t mars dans la matinée. Rapport de Moreau, 4 mars. Arch. de la guerre.