‹ 1814Chapitre 54 sur 178 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Depuis la campagne de Russie, Napoléon était habitué aux trahisons de la fortune. Il les subissait sans abattement, gardanA toute sa fermeté et trouvant toujours, en son inépuisable génie stratégique, de nouvelles combinaisons pour remplacer celles que le sort faisait échouer. La reddition de Soissons était un grand malheur. L'empereur no jugea pas que ce malheur fût irréparable. Il n'avait pu combattre Bliicher en deçà de l'Aisne : il l'atteindrait au delà de cette rivière. Napoléon savait que le corps do Winzingerode était venu augmenter les forces du feld-maréchal, mais il évaluait ce corps à l'elTectif qu'il avait lors de la première prise do Soissons, c'est-à-dire à une quinzaine de mille hommes*. Quant au corps do Biilow, l'empereur le croyait encore aux environs d'Avosnes*. Avant qu'il

1. Rapport de \yirizin^erode au czar, 14 f«yri«r, cit. par Bogdanovitsch, Gttehiehtf. d*t Kriegt» 1SI4, I, 217. Winzingerode avait IdOOU hommes, maia toii3 n'éiaieoc pas à Sois>:oas le 14 février.

2. Registre de B<!rihier (à Marinunt. 4 raars). Arcb. de la guerre.

Dans sa lettre à Joseph du 5 mars (Correnpondance, 21 438) Napoli^on écrit : > L'armée ennemie de Sackea, Biûchor, York, Winsingerode et Bûlow était en retraite... > On devrait inférer d« là que Napoléon savait l'arrivée de BQlow, si d'une part il n'y avait le témoignage contraire de Berihier et ai d'autre part la phrase de l'empereur n'était destinée à la publicité, (i/oniieiir du 7 mars.) Dans les lettrus écrites pour être pabLéea, l'empereur pjir principe

eût rallié l'armée de Silésie, on aurait donné la bataille. La crainte de l'empereur, c'était que Bliicher, maître de la rive droite, ne défendît opiniâtrement le passage de l'Aisne. Il donna l'ordre de jeter plusieurs ponts de chevalets afin de n'avoir point à déboucher sous le feu de l'ennemi par le seul pont de Berry-au- Bac'.

Bliicher avait bien l'intention de disputer le passage de TAisne *, mais croyant à une attaque de Napoléon vers Vénisel ou Micy, il n'avait pas cru nécessaire de faire occuper Berry-au-Bac en forces et il avait établi ses troupes face à la rivière, sa droite à Fontcnay et sa gauche à Vailly, avec des postes de cavalerie jusqu'à Berry, oii quelques régiments de Cosaques et un peu d'infanterie avec deux canons gardaient le pont '. Napoléon fut averti à onze heures du matin par un oflicier de dragons, envoyé en reconnaissance, que l'on pourrait s'en emparer sans difficultés. 11 modifia aussitôt son plan. Les commandants de corps reçurent l'ordre d'arrêter la construction des ponts et de se porter immédiatement à Berry-au-Bac oii toute l'armée passerait l'Aisne*. Nansouty, avec les lanciers polonais et la 2' division de cavalerie de la garde (chevau-légers et dragons), fut désigné pour enlever la position. Les vedettes cosaques postées sur la rive gauche se retirèrent au grand galop par le

exagérait toujours ses avantages. « Les journaux, écrivait-il, ne sont pas de l'histoire, pas plus que les bulletins ne sont de l'histoire. » Napoléon qui dans cemoment devait penser à BiXlow, dont la marche d'Âvesnes sur Laon était de nature à l'inquiéter, écrivait : Bùlow, afin de faire croire que tous les corps prussiens étaient en retraite.

1. Registre de Berthier (ordres de Fismes, 5 mars, 8 et 9 heures du mrtin) Archives de la guerre. Correspondance de Napoléon, 21432.

Page 1