‹ 1814Chapitre 55 sur 178 · Cf. Clausewitz, 439 ; Damitz, III, 20 ; Plotho, III · texte numérisé non relu

Cf. Clausewitz, 439 ; Damitz, III, 20 ; Plotho, III

3. Ordre de Blùcher, Chavignon, 4 mars. cit. par Plotho, III, 285. Cf. Bogdanowitsch, I, 311.

4. Registre de Berthier (ordres de Fismes, 5 mars, 11 heures du matin), Arch. de la guerre.

pont, Jièlées avec les Polonais qui le franchirent en m6me temps qu'elles. L'attaque fut si soudaine et si vive que l'ennemi n'eut pas le temps de se mettre en défense. Cavaliers et fantassins s'enfuirent par les rues du village, jusqu'au delà de Corbény. Us laissaient aux mains des Français leurs deux canons et deux cents prisonniers. Parmi ceux-ci se trouvait lo prince Gagarino, qu'avait poursuivi un vieux brigadier de dragons, vétéran d'Egypte et d'Italie et comptant vingt-trois ans de service. Ce brave fut décoré le lendemain*. Le chemin était ouvert. La division Meunier et la brigade Boyer du coros de Ney et la vieille garde de Priant, qui marchaient en tête de colonne, passèrent l'Aisne et vinrent s'établir entre Berry-au-Bac et Corbény, éclairées par la cavalerie de Nansouly, Les autres troupes débouchèrent successivement. Le passage dura jusqu'au surlendemain '.

Bliicher apprit seulement dans la soirée du 5 mars que les Français, maîtres du pont de Berry-au-Bac, manœuvraient de façon à le devancer à Laon. Il conçut le plan de surprendre Napoléon en marche, par une vigoureuse attaque sur son flanc gauche. Divers chemins, entre autres la route des Dames, permettaient au feld-maréchal de porter par plusieurs voies le gros de ses troupes au sommet du plateau de Craonne, d'où elles redescendraient dans la plaine, entre Berry-au- Bac et Corbény. Toute l'armée ayant fait demi-tour pivotasursonexlrêmegauche.devenue extrême droite. Les corps de Winzingerode, de Sacken, de Kleist et de

N&asouty à Napoléon, Corbény, 7 heures et demie da 'soir, et Drouot à -Napoléon. Berry, 6 mars. Arch. nat., AF. nr, 1670. Corrapondanee de Napoquels oorps passeraient l'Aisne snr le pont, qnels autres suivraient les bagages • ;r Kisines. D après MûfBing, tontes les troupes auraient saivi les bagages

Fismes et auraient passé l'Aisoe à Berry-au-Bac.

Lettre de Winzicgerode à Blùcher, 3 mars, 5 heorea du matin, citée par

ifx, Geich. de» Feîdx. 1814, U, Annexe», 580.

York, et la cavalerie de Langeron, se dirigèrent vers Craonne. Biilow se porta en réserve à Laon Rudzewitsch, avec toute l'infanterie de Langeron, ûdmeura dans Soissons '. Le 6 mars, Bliicher qnilta Cliavignou do sa personne et se mit en route pour Craonne. Mais sans pousser jusque-là, il vit que l'opération projetée n'était plus possible. Winzingerode, n'ayant pas mis assez de diligencedansTexéculion des ordres, n'avaitpu occuper ni la forêt de Corbény, ni même, du moins en forces suffisantes, le villag-e de Craonne construit sur la crête orientale du plateau^ D'autre part, Napoléon, averti vers midi que des troupes ennemies étaient en mouvement sur ce plateau, avait envoyé en reconnaissance deux bataillons de la jeune garde qui avaient pu enlever ce village. A la droite, Ney avec la division Meunier avait délogé de l'abbaye de Vauclère, dans la vallée de l'Ailette, deux régiments d'infanterie russe et les refoulait sur le plateau '.

L'offensive prise par Napoléon déconcertait Bliicher, mais le mouvement de Bliicher sur Craonne déconcertait Napoléon. Le feld-maréchal devait renoncer à son plan qui était d'attaquer les Français en flagrant délit de marche, dans une plaine oui il aurait pu déployer toutes ses forces *. L'empereur devait également abandonner son projet qui était de se porter droit sur Laon, par la grande route de Reims, pour

1. Ordres de Blùcher des 5 ot 6 mars, cit. par Plotho, in,286, 288. Cf. Clausewitz, 439; Damitz, III, 20 ; Journal de Laogeron. Archives topographiques de Saint-Pétersbourg.

2. Lettre de Woronzoff à Winzingerode, cit. par DamiU, III, annexes 453. Cf. Plotho, III, 288; Bernhardi, III, [182; Clausewiiz, 439. — Lowcostern dans son manubcrit (cit. par Bernhardi) dit qu'à cette occasion Blùcher réprimanda vivement Winzingerode.

3. Ney à Berthier, château de la Bove, 6 mars, 7 heures t demie du soir. Arch. de la guerre. Cf. Fain, 164 ; Schulz, XII, 2* part., 115; Bogdanowiisch, I, 318, et Moniteur du 12 mars.

4. Multiing, Kriegsgeschichte de* Jahres 1814, II, 97-98; Bernhardi, III, 183; ClausewiU, 439; Plotho, III, 288-289; Damit^, III, 2i.

V devancer les Alliés'. Marcher vers Laon alors que l'eniienii occupait le plateau do Craonne eût été s'exposer à une attaque de flanc. Les deux advcrsafres prirent presque à la même heure un nouveau parti. Bliicher se décida à recevoir la bataille sur le plateau au lieu de la donner dans la plaine, Napoléon à refouler l'armée coalisée vers Laon au lieu d'aller l'allendre sous les murs de cette ville. Mais la forlune favorisait Biiicher en lui donnant une magnifique position défensive dont il ne connut toute la force qu'après s'être résolu à s'y établir.

Entre l'Aisne et l'Ailette s'élèvo parallèlement au cours de ces deux rivières un long plateau qui tantôt vaste comme une plaine, tantôt resserré comme un défilé, s'étend des environs de Corbény à l'est jusque passé Soissons à l'ouest. A son extrémité orientale. ce plateau projette au milieu de la campagne, ainsi qu'un fort avancé, un promontoire d'un^ altitude de centcinquante mètres au-dessus du niveau de l'Aisne. Ce promontoire qui s'appelle « le petit plateau de Craonne » se relie au grand plateau par une sorte d'isthme, qui dans sa partie la plus étroite, où s'élève la ferme d'Ilurtebise, a cent trente mètres de largeur. Soit qu'on suive la route de Corbény qui traverse le petit plateau, soit qu'on gravisse la route des Dames qui après avoir côtoyé la montagne vient se confondre avec la route de Corbény devant la porte de la ferme et se dirige alors vers Ghavignon', il faut pour atterrir

1. Corretpondanee de NapoUxm, SI 447, 21 448. Registre de Bartluer (ordrM M lettres des 5 et 6 mars). Arch. de \x guerre.

t. La route des Dames fiic C4»siruiie rera 1770 poor Mesdames de France, qai allaient eo villégiature au cbâteaa de la Bove chez M. de Narboone. Cette route, partaiit de la Bove, traversait l'Ailette, côtoyait le versant nord de la niontaj^De de Crauuoe et atteignait le baot du plateau devant la ferme d'Ilurtebise. I^ elle tournait brusquement à l'ouest et traver&ait le grand plateaa presque dans toute sa longueur, jusqu'à l'Ange-Gardien o« •lie re oignait la route rojale de Paris à Laon par So.ssoaa,

sur le grand plateau passer l'isthme d'IIurtebise, dont le terrain est légèrement en contre-bas des deux sommités. La position n'a pas d'autre accès. En arrière de l'étranglement d'IIurtebise, les flancs do la montagne tombent presque à pic, au nord dans la marécageuse vallée de l'Ailette, où se creuse un ravin qui porto le nom de Trou de la Demoiselle, au sud dans la vallée Foulon, oh le précipice plus roide et plus profond encore s'appelle le Trou d'Enfer.

Bliicher, voyant que l'occupation du plateau se réduisait à peu près à la défense d'un défilé, jugea qu'il n'était point nécessaire d'y immobiliser toute son armée. Une trentaine de mille hommes, appuyés par une forte artillerie, suffiraient pour arrêter les assaillants. Les autres troupes, opérant un grand mouvement tournant, viendraient prendre les Français à revers pendant leur assaut. Le comte Woronzofî, lieutenant de Winzingerode, fut chargé [de la défense du plateau avec 46 300 fantassins, 2 200 cavaliers et 96 canons. Ce premier corps de bataille avait comme réserve les trois divisions deSacken, comptant 13500 hommes. Winzingerode reçut l'ordre de réunir toute sa cavalerie, moins celle laissée à Woronzolï, toute celle de Langeron et toute celle d'York. Avec celte masse de plus de dix raille chevaux, que renforçaient soixante pièces d'artillerie légère et que suivait le corps de Kleist, infanterie et cavalerie, Winzingerode devait passer l'Ailette entre Chevregny et Filain, et se rabattre le lendemain, par Festieux et la route de Reims, sur les derrières de Napoléon'.

Pendant que Bliicher prenait ces nouvelles dispo-

1. Copie de la disposition de BlOcher, Arch. nat., AP. iv, 1668. Ordre do Bliicher, 6 mars, 6 heures du soir, cité par Plotho, 111, 289. Cf. Jouraal de Langeron et rapport de Woronzoff. Arch. topographiquos de Saiat-l'Oiursbourg. Clansewitz, Der Feldzug in Frankreich, 4-10.

sitions, lo combat se poursuivait au sommet du petit plateau, entre les premières troupes qui y étaient arrivées. Après que les deux bataillons de la garde avaieni délogé Tennemi du village de Craonne, l'un d'eux s'était avancé sur ce plateau; mais, chargé sur ce terrain découvert par les hussards Paulowgrad, il s'était retiré dans le village où cos cavaliers l'avaient laissé fort tranquille. La petite division Meunier, conduite à l'assaut par le maréchal Ney, s'était emparée de l'abbaye de Vauclerc, dans la vallée de l'Ailette, puis, gravissant la côte à la suite des deu.x régiments russes, elle les avait refoulés dans la ferme dHurtebise. Trois fois cette position fut prise et reprise. Enfin vers sept heures, à la nuit noire, Ney évacua la ferme. Il établit les bivouacs de la division à mi -côte, entre Ilurtcbise et Vauclerc; lui-même vint coucher au château de la Bove, de l'autre côté de TAilelte, non loin de la brigade Pierre Boyer qui occujjaitBouconville*. La cavalerie do la garde (divisions Colbert et Exelmans), les dragons de Roussel, la vieille garde de Priant, les divisions Boyer de Rebeval et Curial bivouaquaient entre Berry-au-Bac et Corbény, où se trouvait le quartier impérial. De forts avant-postes gardaient la route do Laon et les crêtes du petit plateau, à Craonne et à CraonneUe. Une partie de l'artillerie, la division Charpentier, la division Arrighi, la 3' division de la cavalerie de la garde n'avaient point encore passé le pont*. Quant aux ducs de Trévise et de Raguse, ils étaient fort en aiTière, le premier à Coi*micy, le second à Braisne, car l'ordre de rejoindre l'empereur ne leur était parvenu

1. Ney à Berthier, La Bove, 7 heures et demie du soir, 6 mars. Àrch. à« 1* pierre. Cf. Bogdanowitsch, I, 317-318.

2. Registre de Berthier (ordres du 6 mars, Corbény) ; Journal de la division Roussel; Journal de la diTisioa Boyer d« Rebeval. Arch. d« U gnerr*.

devant Soissons que le 5 mars dans l'après-midi, alors qu'ils vcuaieul do tenter sur les faubourgs de cette ville un coup do main aussi honorable qu'inutile, oii ils avaient perdu huit cents de leurs soldats et tué un millier d'hommes à l'ennemi '.

Dans la soirée, Napoléon prit ses dispositions d'attaque pour le lendemain. Il avait ses cartes, mais il ne négligeait point de s'informer auprès des gens du pays. Le maître de postes de Berry-au-Bac dit que M. de Bussy, maire de Boaurieux, qui avait servi jadis comme officier, renseignerait très bien l'empereur. Napoléon, chez qui la mémoire des noms n'était pas, comme on l'a dit, une simple prétention, se rappela avoir eu comme camarade au régiment d'artillerie de la Fèro, un officier du nom de Bussy. Une escorte de cavalerie fut envoyée au maire de Beaurieux; il arriva au milieu de la nuit. Après quelques paroles d'amitié, l'empereur le mit en peu de mots au courant de son plan d'attaque. Napoléon comptait canonner l'isthme d'ïïurtebiso afin de faire croire aux Russes qu'il préparait une attaque de front. Pendant le feu, les troupes de Ney escaladant la montagne en arrière d'IIurtebise viendraient déboucher sur le flanc gauche de l'ennemi par la route des Dames; en même temps, la cavalerie de Nansouty, avec quelques batteries d'artillerie légère, gravirait le plateau vers Vassoigne et ferait une vigoureuse démonstration sur le flanc droit. Les Russes, selon lui, seraient ainsi débordés sur leurs deux ailes. Bussy objecta que, en débouchant de la route des Dames, la colonne do Ney serait foudroyée par l'artillerie française établie sur le petit

1. Rapport de Marmont à Barthier, Villeneuve, 2 heures du matin, et lettre au même, Braisne, 5 heures du soir, 6 mars. Arch. de la guerre. Journal de Langeron. Arch. topographiques de Saint-Pétersbourg. Cf. Registre d« Berthier (Â Marmont et à Mortier, 4, 5 et 6 mars].

platoau. C'était plus avant dans la vallée de l'Ailette, vers le village d'Ailles, que Ton devait aborder la position ennemie. L'empereur se rendit à ces raisons, et envoya de nouveaux ordres à Ney. Buss,', réintégré incontinent dans les cadres de l'armée avec le grade de colonel d'artillerie, — avancement singulièrement rapide, — fut chargé de guider la cavalerie de la garde à travers le vallon d'Oulches*. Au reste, Napoléon abusé par des rapports de la nuit, assurant que le gros des troupes russes opéraient une marche rétrograde, pensait n'avoir à attaquer qu'une arrière-garde dont il aurait bon marché*.

Le lendemain, 7 mars, vers huit heures du matin, l'empereur, voulant inspecter les positions de l'ennemi, se rendit sur le petit plateau qui n'était encore occupé que par deux bataillons de la garde. Sur le gi'and plateau, les Russes avaient déjà pris leur formation de combat. Ils présentaient trois lignes successives de colonnes de bataillon. La première ligne, forte de quatorae bataillons, s'étendait à cheval sur la route des Dames, face au débouché d'IIurtebise, à douze cents mètres environ de la ferme, la gauche à la crête de la montagne, la droite débordant la sortie du défilé et regardant le ravin de la vallée Foulon. La seconde ligne, de sept bataillons, et la troisième, de neuf bataillons, toutes deux également à cheval sur la route des Dames, étaient, celle-là à cinq cents mètres et celle-ci à mille mètres en arrière du premier corps de bataille. Iluit cents chasseurs occupaient comme

1. Fain, Manutcrit de 18U, 161-165; Waldbourg-Truchsess, //ine'nur* de Napoléon à l'île d'Elbe appendice à la 3* édition, pp. 61-63. Cf. Meury, U Département de l'Aisne en 1814, 292-295

2. Correspondance de Napoléon, 21453. flegistre de Berthier (à Ney, Corbény, 7 mars, 4 heures du matia). Arch. de la guerre. — D'après l'opinion de ''empereur, l'ennemi en se portant sur Craonne n'avait eu d'autre but que ne gagner Laon par la route de Corbény. Ce débouché étant occupé par les Francau, U s était mis «n retraite par Clukrignoo.

poste avancé la ferme d'IIurteliise, ayant deux escadrons pour soutien. A la droite de la première ligne, le régiment Paulowgrad et quatre régiments do Cosaques se tenaient prêts à charger les assaillants qui tenteraient l'escalade du plateau par les sentiers de Vassoigne ; et, à deux kilomètres en arrière de la troisième ligne étaient massés les 4 200 chevaux du corps de Sacken dont Tinfanterio servait d'extr4me réserve. Trente-six pièces do canon, dont douze de gros calibre, établies devant le front du premier corps de bataille, commandaient le défilé. Douze pièces placées obliquement au-dessus du Trou d'Enfer croisaient leurs feux avec ceux des batteries du centre. A l'aile gauche, dix-huit canons de position, douze dominant le Trou de la Demoiselle et six braqués sur Ailles, battaient la vallée de l'Ailette. Enfin une réserve d'artillerie de trente bouches à feu se trouvait entre la deuxième et la troisième ligne de bataille*.

Dans la nuit il avait gelé très fort et il était tombé un peu de verglas. Les chevaux d'artillerie glissaient en montant. Les premières batteries françaises arrivèrent seulement entre neuf et dix heures sur le petit plateau. Impatient d'occuper l'ennemi sur son front, de façon à détourner son attention de son flanc gauche, où il allait être attaqué, l'empereur donna Tordre d'ouvrir le feu. Les batteries russes ripostèrent. On se fit peu de mal". On canonnait à près de 2 500 mettes, distance qui, à cette époque, excédait de moitié non point la portée mais la portée efficace des bouches à feu.

Venu de Braye, où il avait couché, Blùcher était alors sur le terrain, prêt à prendre l'offensive dès que

1. Rapport de Woronzofi sur la bataille de Craonne. Arch. topographiques de Saint-Péiersbourg, n* 47535.

2. Journal de Boyer de Rebeval. Arch. delà guerre. Cf. Bogdanowitsch, I, 321-322.

LA BATAILLE DS CRAONNE. t77

le canon de Winzingerode sur les derrières de l'année française l'aurait averti de l'exéculion du mouvement tournant. A dix heures, une estafette apprit hu feldmaréclial que la grande colonne de cavalerie, qui selon tous les calculs aurait dû se trouver déjà à la hauteur de Feslieux, était encore dans la vallée de l'Ailette, près de Chevregny. Aussitôt Bliicher, laissant le commandement en chef à Sacken, partit pour Chevregny afin d'activer la marche de Winzingerode *.

A l'heure même où Bliicher quittait le plateau, Ney, marchant au canon, prononçait son mouvement. La brigade Pierre Boyor se porta sur Ailles, la division Meunier, bientôt soutenue par la division Curiai, se glissa à travers bois jusqu'au pied du Trou de la Demoiselle et commença la difficile escalade des rampes '.Les Français ne tardèrent pas à être signalés par les tirailleurs qui garnissaient les crêtes du pla-

1. Mûffling, Kriegtgeteh, de* Jakre$ 1814, II, 101-102; Yamhagen, Biogrmphisch Denkmale. III, 345-349.

2. Ordre de Nej, La Bore, 7 mars, 10 heures da matin. Arch. de la guerre. Rapport de Vv'oroDzotf. Arch. topographiques de Saiot-Fétersbourg.

Il y a de la bacailld de Craonne quatre récits originaux : 1* aux archives ie Saint-Pétersbourg (n« 47 535), le rapport du général Woronxoff; 2* aux Archives de la guerre, one relation du général Beiliard, une assez longue Dote du général Colbert, et le Journal de marche de la division Boyer de Relevai. (Il ne faut citer que pour mémoire le Journal de marche de la iivision Roussel, où il j a seulement deux lignes sur la baiail'e.) Or, de ces quatre récits, trois : celui de Woronzoff, celui de Colbert et celui de Boyer de Rebeval, concordent parfaitement et présentent les faits sous le même joar. Celui de Beiliard est tont opposé et raconte les choses d'ane façon absolument diâerenie, du moins pour les deux premiers • moments • de la bataille. Non seulement la concordance parfaite entre les ra|>ports de trois témoins, dont aucun n'a nécessairement pu cuonaître les rapports des deux autres, milite eu faveur de leur véracité; non seulement lexanien du terrain appuie leur témoignage ; mais, de plus, la relation de Beiliard est formellement contredite sur plusieurs poinls par le< lettres et le* ordres de N<"y du 6 et du 7 mars. Or, entre une relation élaborée le lendemain de la bataille et des ordres écrits au moment de l'attaque, alurs que la moindre eireur aans l'indication des lieux peut amener les plus graves conséquence», I hésitation n'est pas permise. C'est ponr'juoi nous avons suivi, pour tous les points où il y a désaccord, les récit-t identiques de Woroniort, d Co'bert et de Boyer de K'.-beval, de préférence au réeii, souvent inexact.de Belliurd, qu'ont adopte les auteurs de Victoire* et Conquête* et l'hisiurien du ComuitU «< ete l'Empire,

teau. Les bataillons de Vaile gaucho ouvrirent un feu nourri contre la lèle de la colonne d'attaque, tandis que la batterie du Trou de la Demoiselle tirait à mitraille sur les troupes qui n'étaient pas encore dans l'angle mort du ravin. Les soldats de Ney parvinrent cependant à prendre pied sur le plateau, mais pour un instant. Criblés de balles et de biscaïens, partout refoulés, ils se reformèrent à mi-côte, se préparant à un nouvel assaut. Aux débouchés d'Aillés, la brigade Pierre Boyer rencontrait la même résistance. A l'extrême droite de la ligne ennemie, les l"et 2* divisions de la cavalerie de la garde (éclaireurs, lanciers et dragons) gravissaient au-dessus de Vassoigne des sentiers escarpés où il fallait passer homme par homme et où l'on resta longtemps sans avancer'.

L'empereur n'avait encore sous la main que la division Priant, et le moment n'était pas venu de faire donner les grognards. Napoléon les ménageait plus qu'il ne se ménageait lui-même. Le maréchal Victor arriva avec sa première division de jeune garde, commandée par Boyer de Rebeval. L'empereur lui ordonna de côtoyer le ravin de Vauclerc jusqu'à la route des Dames, par où il déboucherait en arrière de la ferme d'Uurtebise afin de prolonger la gauche de Ney, qui avait tenté un second assaut. Les Russes postés dans la ferme risquaient d'être coupés. Woronzoff leur envoya l'ordre de l'évacuer. Ils se replièrent et entrèrent dans le premier corps de bataille après avoir incendié les bâtiments. Grâce à l'épaisse fumée qui s'éleva des granges, la division Boyer do Rebeval, ployée en colonne serrée, put déboucher sous les feux croisés de quarante-huit canonsi sans être trop maltraitée. Pour reprendre haleine, i

I. Rapport de Woronxoff. Arcb. de Saini-Pétersbourg. Belation deColbcrt Ascb. de la guerre.

elle s'abrita derrière un grand tertre factice, d'origine gauloise, nommé la Mutte au VentK Le défilé étant devenu libre, l'empereur y fit passer quatre batteries qui vinrent s'établir à la gauche de la diT»sion Boyer de Rebeval, leur droile abritée par le remblai de la route des Dames. L'artillerie ouvrit le feu, mais les canonniers novices chargeaient lentement et pointaient mal. En vain Drouot se multipliant, courant d'une batterie à une autre, maniant l'écouvillon et la planchette de hausse, montrait leur métier à ces jeunes gens « avec autant de douceur que do sangfroid », ils recevaient six boulets pour un et plusieurs des pièces furent démontées avant d'avoir pu tirer*.

L'ennemi ébranlé cependant par les attaques réitérées du prince de la Moskowa, qui n'abandonnait les crêtes du plateau que pour y revenir aussitôt à la charge, infléchit son aile gauche, prenant une ligne légèrement oblique. Victor, profilant de ce mouvement, porta d'un bond sa division à près de mille mètres en avant, sur la lisière d'un petit taillis appelé le bois Marion. Dans la marche, le duc de Bellune reçut une balle qui lui traversa la cuisse de part en part. Il remit le commandement à lioyer de Rebeval \ Celui-ci, accueilli par un feu d'enfer et se voyant, en terrain découvert, seul avec sa division à soutenir l'ellort do l'armée russe, n'osait ni avancer ni reculer. Avancer, c'était se briser sans utilité contre une mu-

1. Le rédacteur da Journal de la division Boyer de Rebeval, qui n'était pas archéologue, appelle ce moaticule (très vraisemblablemeut poste télégraphique gaulois) ■ uue vieille redoute *. — Oo voit que daos ce déâlé tout rappelle la violence de l'Aquilon : llurtebise (Heurte-bise) et la Mutte (Butt^) au vent.

2. Journal de la division Boyer de Rebeval; Rapport de "Woronzoff.

3. Joiirual de la «livison Boyer de Rebeval ; Kapport de Woropxofi, Larrey eciivait le 9 mars a Uerihier : * La blessure du duc de Bellune ek, très grave. Dans tous les cas. il oe pourra élre guéri avant rrois mois. • Registre de correspondance de Larrey (communiqué par M. le baron Lamy).

raille de baïonnettes et de canons ; reculer pour s'abriter dans le bois, c'était s'exposer à un sauve-qui-peul. Les conscrits déjà fort émus se débanderaient dès qu'ils ne seraient plus coude à coude et sous l'œil des serre-files. Dans cette crainte, le général ne voulut même pas faire déployer sa division. Il la maintint en bataillons en masse sous la mitraille de l'artille- \ rie russe, qui tirait à petite portée. « Nos jeunes sol- * dats, écrit l'aide de camp de Boyer, firent plus qu'on n'aurait pu espérer. Pendant une heure nous nous massacrâmes d'une manière épouvantable. » Le 14* de voltigeurs perdit trente officiers sur trentetrois; le régiment fut fauché comme un champ de blé'.

Enfin un premier renfort franchit le défilé d'Hurtebise : la brigade Sparre des dragons d'Espagne. Grouchy n'ayant pu réunir que ce millier d'hommes était parti avec eux sans attendre la seconde brigade. Les dragons, débouchant au grand trot de l'angle du bois Marion, chargèrent la batterie établie à l'aile gauche : les artilleurs furent sabrés, les douze canons pris. Pendant que Grouchy enlevait cette batterie, Nansouty parvenu à se former sur les crêtes du plateau, à l'autre extrémité du champ de bataille, lança ses escadrons contre la droite de l'ennemi. Après avoir dispersé les Cosaques et rompu les hussards Paulow- | grad, les cavaliers de la garde chargèrent en ligne \ deux bataillons russes qu'ils refoulèrent jusque près ; de Paissy. Hommes et chevaux, confondus en un j affreux désordre, allaient être infailliblement préci- ^ pités dans ce ravin à pic, lorsqu'une des batteries de | réserve, soudain démasquée, arrêta l'élan de la ca- «

1. Journal de la division Boyer de Rebeval. — L'officier qui rédigea ce | journal dit : « peadant trois heures ». C'est une exagération, mais on coucoit S que le temps lui ait paru long.

Valérie française et permit aux Russes de se rallier*. Woronzoïr était encore intact à son centre, mais il avait abandonné le poste avancé dllurtcbise, sa droite était entamée et sa gauche fléchissait sous les charges des dragons de Grouchy qu'appuyait l'infanterie de Ney et de Boyer de Rebeval. Woronzoff avait l'ordre de se maintenir jusqu'à la dernière extrémité afin de donner le temps à Winzingerode d'opérer son grand mouvement tournant. Une contre-attaque devenait nécessaire. A la droite, les bataillons et les escadrons russes, dégagés par le feu de la batterie de réserve, se reportèrent en avant, ramenant Nansouty jusqu'aux crêtes de Vassoigne. A la gauche, deux régiments d'infanterie fondirent baïonnettes croisées sur les dragons de Grouchy. Acculés à la batterie dont ils venaient de s'emparer, ceux-ci voulant reprendre du champ pour fournir une nouvelle charge abandonnèrent les pièces. Comme ils se ralliaiem devant le front de la division Boyer, Grouchy et Sparre furent blessés presque au même instant. Grouchy reçut un biscaïen au genou droit, Sparre une balle dans la jambe. Sans chef et sans ordres, les dragons restèrent indécis, immobiles sous la mitraille. Woronzofi" voyant leur hésitation fit avancer du troisième corps de bataille une brigade fraîche qui marcha à la baïonnette contre ces escadrons. Ils tournèrent bride et vinrent jeter le désordre dans les régiments de Boyer de Rebeval qui lâchèrent pied. La panique gagna les jeunes soldats de Ney établis à leur droite; ils s'enfuirent à leur tour, malgré les exhortations, les cris et les coups de plat d'épée du maréchal. Fantassins et cavaliers se précipitèrent au fond des ravins de l'Ailette Le grand plateau était presque complètement nettoyé.

1. Rapport de 'Woronsoff. Cf. la relation de Colbert. la relation de Bailiard M le Journal de la division Roussel. Arcb. de la (^erre.

Pour la cinqiiiëme ou la sixième fois, les Français abaDclonnaient ces crêtes dont la courte possession leurt.vait coûté tant de sang'.

Depuis longtemps déjà, l'empereur recevait de Ney et de Boyer de Rebeval d'incessantes demandes de renforts. « Nous allons être culbutés, disait Boyer, les p/èces démontées affaiblissant le feu de notre artillerie et le feu de notre infanterie devenant presque nul par suite du grand nombre do blessés qui quittent les rangs*. » Le malheur était que Ney, prenant la préparation de l'attaque pour le début de l'attaque et marchant au canon, se fût engagé trop vite, avant que l'empereur n'eût concentré des troupes suffisantes. Napoléon ne pouvait envoyer des renforts qu'à mesure que ses divisions étaient prêtes à entrer en ligne. A une heure enfin, les chasseurs et les grenadiers à cheval de La Perrière (3* division de la garde), l'infanterie de Charpentier, la réserve d'artillerie atteignent le petit plateau. C'est le moment décisif.

Les cavaliers de La Perrière franchissent au galop l'isthme d'IIurtebise et viennent charger le centre de la ligne ennemie. Ils reculent bientôt, mais leur furieuse attaque a permis à la division Charpentier, qui a suivi le mouvement, de s'établir à cheval sur la route des Dames, prolongeant la gaucho de Boyer de Ilebeval dont les bataillons décimés se reforment devant le bois Marion. En même temps, les troupes de Ney revenues de leur panique couronnent de nouveau les crêtes de droite tandis qu'au sud du plateau, entre Vassoigne et la ferme des Roches, les quatre mille cinq cents cavaliers de la garde se déploient en ligne,

1. Rapport de Woronzoff. Cf. Journal de la divisioa Boyer de Rebeval; R«latioD de Belliard; Reljtion de Colbert; Lettre de Grouchj i Berthier, Craonne. 7 mars, Arch. de la guerre et Registre de Larrey.

S. Journal de la division Boyer de Rebeval.

sabre au clair. Enfin, saluées par les acclamations do toute rarmée, soixanle-douze pièces de la garde et de la réserve d'arlillerie débouchent du délilé d'Hurlcbiso 5t passent au grand trot dans les intorvallos des brigades, roulant sur la terre durcie avec le bruit du tonnerre. En un instant, les batteries sont établies devant le front des troupes, les avant- trains détachés, les canonniers à leurs pièces. Les soixanle-douze bouches à feu foudroyent les Russes. L'empereur arrive sur la hgno de bataille *.

Il était temps pour l'ennemi que s'opérât la diversion de Winzingerode. Encore la cavalerie russe eûtelle été signalée par les lanciers polonais du comte Pacz qui éclairaient la route de Laon, arrêtée quelques moments par la deuxième brigade de Roussel qui occupait Cori^ény, combattue enfin par la division Arrighi et les corps des maréchaux Mortier etMarmout, qui étaient échelonnés à cette heure-là entre Craonne et Berry-au-Rac '. Il est donc fort probable que « l'admirable manœuvre » conçue par Rliicher n'eût pas amené les résultats qu'il en espérait, c'est-à-dire « donné le coup de grâce à l'armée française' ». Au demeurant, la diversion ne devait pas avoir lieu. Le manque de temps et le mauvais état des chemins, rendaient presque impossible ce raid de cavalerie; de plus Winzingerode n'avait pas mis dans sa marche toute la diligence qu'il fallait*. Bliicher averti dans la

1. Relation de Colbert; Relation de BeUiard; /enraal de la dirision Bojer de Rebeval. Cf. Rapport de Woronzotf. — C'est Colbert qui dit que remperear vint lui-mSuie diriger le feu de l'artillerie.

2. Nejf à Pacz, La Rore, 7 mars; M.irnioot k Berthier, Berrr-au-Bac, 9 raara, midi; Guvot commaodaDt la (ilace de lierry-au-liac à Henhier, R mara. ■ Les ducs de Belluue et de TréTise août partis d'ici hier matin (7 mars). ■ Arch. 'le la guerre.

3. Uaniiag. Au* metnem Lében, 131-132; Richter, UI, 196. Cf. Damits.nL Vti, et Varuhagen, III, 586.

•4. WiDiiugerode avait reçu l'ordre de former sa colonne de cavalerie et 4'artilleria le 6 mara à 6 heures da soir. U «'était aussitôt mis en route, pois

matinée que Winzingcrode se trouvait encore à environ vingt kilomèlrcs du point oii le fclJ-maréchal le croyait arrivé, était, ou l'a vu, parti immédiatement pour Clievrcgny afin de presser la marche de la colonne. Mais où Winzingerodc — le premier sabreur deFEurope, comme l'appelait Bliicher ' — n'était point parvenu à défiler, le feld-maréchal n'y réussit pas mieux. Les chemins embourbés de la vallée de l'Ailette, où la gelée n'avait eu que peu d'effet, et les pentes glissantes des hauteurs qui l'entouraient étaient difficiles pour la cavalerie, impraticables à l'artillerie. En outre l'infanterie de Kleist qui, elle aussi, selon les ordres de la veille, avait commencé son mouvement d'Anizy sur Chevregny, venait encombrer le vallon. Toutes ces troupes piétinaient sur place en une affreuse confusion*. — Quelle belle canonnade on eût fait là dedans! — Après s'être épuisé eu efforts, Bliicher qui entendait depuis longtemps tonner le canon sur les hauteurs de Graonne vit que la diversion de Winzingcrode serait en tout cas trop tardive, [l se décida à concentrer son armée sous Laon, et expédia à Sackcn l'ordre de se mettre en retraite ^ Cet ordre parvint vers une heure et demie à Sacken

arrivé à la nnit tombante dam la vallée de TAilette, an milieu de marais et de bois, il n'avait pas voulu y engager ses troupes sans avoir coairae éclai-'eurs les Cosaques de CzerQischeff. Ceus-ci, qui avaient escarmouche toute la journée dans la plaine vers Corbéiiy, avaient leurs chevaux harassés: ils durent les faire manger et reposer. Wioziugerode passa la nuit à Filain, remettant son départ au lendemain, 6 heures du matin. C'était là une faute dont Rlilcher le biàma (Manufcrit de Lowenstem, cite par Bernhardi, III, 18t: \ arnhagen, III, 386). — Au reste, il y avait aussi de )a faute de bliicher qui a*ait indiqué un mauvais itinéraire. Si, au lieu de passer par Chevregny, Fresles, Feslieux et Aubiguy (ordre de Ulficher. du 6 mars). Wmzingerode eût i.".arcbé directement sur Aubigny, par Chauiouille et Arrancy, en suivant la vtiilée de la Uieres, il eût abrégé sa route d'un bon tiers. Les chemins étaient mauvais, mais ils ne l'étaient guère moins dans l'aufe direction.

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