Clausewitz, Ber Feldsug von 1814, 441. il
on réserve au nord de la montagne, devant le faubourf^ de Vaux. Cinquante canons en batterie sur les 1 omparts et à mi-côte commandaient les débouchés d'Ardon et de Semilly'.
A l'ouest de Laon, centre de la lig-ne de bataille, le corps de Winzingerode formait l'aile droite : l'inlanterie ployée en colonnes de régiment, le front à Clacy; l'artillerie devant l'infanterie; la cavalerie en ;.roisième ligne, sa gauche appuyée à la ferme d'Avin, Ba droite vers Molinchart. A l'est, les corps de Kleist jt d'York formaient l'aile gauche ; leurs troupes, placées un peu obliquement par rapport au front de bataille, regardaient le chemin d'Alhies et la route de Reims. L'infanterie d'York, sa gauche abritée derrière le monticule de la ferme des Manoises, se déployait face à Athies oii il y avait un poste avancé de deux bataillons. L'infanterie do Kleist tenait la droite, à cheval sur la roule de Reims. L'artillerie était établie en avant de la ferme des Manoises, sur la butte du Chauffour, avec une batterie détachée à droite de ia route. La cavalerie de ces deux corps d'armée était massée à gauche et un peu en arrière do l'infanterie. Deux régiments de hussards barraient la route de Reims, à quatre kilomètres du front des troupes, entre la forêt de Lavergny et le village d'Èppes, et à quatre kilomètres de cet endroit, cinq escadrons du colonel Bliicher, le fils du vieux maréchal, occupaient Festicux en grand'garde. Les Russes de Sacken et de Langeron, qu'allaient seulement rejoindre à dixhéures du matin, par Coucy et La Fère, les troupes de la garnison de Soissons, étaient en réserve au nord de la ville, entre les faubourgs de Vaux et de La Neuville".
1. Ordres de Blflcher, Laon, 8 mars, cit. par Plotho, III, 292. Ct. Wagner, III, 79-83.
i. Ordres de Blùcher et d'York, Laon.S mars, cités par Plotho, III. 292-
Non seulement cette réserve se trouvait complëtement dérobée par la montagne aux vues des assaillants, mais la montagne cachait de même l'aile gauche de l'ennemi au corps français qui allait déboucher de la route de Soissons et son aile droitt au corps français qui allait déboucher de la route de Reims. L'ensemble des forces de Bliicher s'élevait à quatrevingt-quatre mille hommes '.
D'après les traditions locales, on croyait à Laon à la continuation de la retraite de l'ennemi. Quoi qu'ils fussent sans nouvelles bien précises de la bataille livrée le 7 mars, les habitants en voyant les masses russes et prussiennes refluer dans la plaine jugeaient que les Alliés n'avaient pas été victorieux. L'armée de Blûcher, à la vérité, paraissait innombrable, mais
293 ; MQffling, Aiu meinem Leben. 135 ; Journal de Langeron. Arch. de Saint- Pétersbourg. Cf. Wagner, III, 79-83, et Bogdanowitsch, I, 338-339.
1. Les historieDS allemands et russes disent 97 000, 110 000 et même 120000 hommes, (il est vrai qu'ils donnent 60000 hommes à Napoléon qui en avait à peine 35000, y compris les corps de M.irmont et de Mortier I) Mais les effectifs qu'indiquent ces historiens aux jours de bataille sont généralement inexacts, car pour les établir ils se reportent à des rapports antérieurs d'une semaine, d'un mois, parfois de deux mois, et ils ne tiennent aucun compte ni des troupes laissées en arrière devant les places, ni des déchets causés par les maladies, le feu, les marches, etc. Dans leur dénombrement des troupes massées sous Laon le 9 mars, ils ne défalquent pas du corps de Win»ingerode les pertes de Craonne ; des corps Sacken, York, Kleist, les pertes des combats sur l'Ourcq. Ils portent le corps de Langeron à 24000 hommes alors que dans le Journal de ce général (Arch. topographiques de Saint- Pétersbourg), il est dit qu'il n'avait avec lui que la cavalerie de Korff et de Pahlen, 1800 hommes du 9» corps d'infanterie, le 10* corps (moins 2 régiments) et 2 régiments du 8* corps, soit en tout 13500 hommes, d'après le tableau de l'armée de Silésie. Arctt. de Saint-Pétersbourg, u* 22860.
Le calcul des troupes alliées lous Laon est cependant des plus simples. Blttcher avait, le 24 février, au commencement de sa deuxième marche sur Paria, 48000 hommes. II reçut comme renforts les 26900 hommes de Winslngerode, les 16900 hommes de Billov, 1000 hommes qu'amena Langeron en rejoignant son corps d'armée, et un détachement de20C0 hommes commandés par Lowenthal. 'Total : 93800 hommes, dont il faut défalquer : 1* 3000 hommes environ tués, blessés et disparus dans les combats de Yindé, Meaux, Lizy, Gué-à-Tresmes, Neuilly, etc. ; 2* 1 000 hommes pris ou tués à Reims, Braisne, Berry-au-Bac, Craonnelle, les 5 et 6 mars ; 3° 1 000 hommes tués ou blessés à Soissons, le S mars; 4* 5000 tués ou blessés à Craonne. En tout : lOOUO. 11 restait denc à BlûcV.ir environ 84000 combatunts.
PREMIÈRE JOURÎtÉE DE LA BATAILLE DE f.AOS. Ml
on entendait les soldats prononcer le nom redouté de Xapouléounn et des officiers dire que Laon serait leur Leipzig. £nfin, comme la majeure partie des troupes et tous les bagages étaient échelonnés au bas de la montagne, aux abords de la routo d'Avesnes, jn inférait de celte disposition que Biiicher se préparait à une retraite. La terreur régnait, car on venait de proclamer l'état de siège et l'on s'attendait à un bombardement. Cependant on gardait l'espoir, tant le génie de Napoléon inspirait encore de confiance*. Sans doute, les Français s'abusaient sur les desseins du feld-maréchal. Biiicher toutefois, si résolu qu'il fût de tenir à outrance dans Laon, ne laissait pas de prévoir l'éventualité d'une retraite. Des Cosaques avaient capturé près de Craonne un Hanovrien nommé Palm, attaché comme secrétaire à l'état-major de l'empereur. Amené au quartier général de Biiicher, cet homme dit que Napoléon s'avançait sur Laon à la tête de soixante ou soixante-dix mille hommes, et qu'il était suivi par deux de ses maréchaux avec plus de vingt mille soldats. Miiffling croyait peu à ce rapport, mais le chef d'état-major Gneisenau, toujours enclin à s'exagérer les forces de Napoléon, en prit une certaine inquiétude qui gagna le vieux maréchal *. On conçoit de reste que la perspective de voir Napoléon se présenter devant Laon avec quatre-vingt-dix mille baïon- Dettes dût troubler Biiicher.
La neige n'avait pas cessé de tomber pendant la
^ I. Fleary, Le département de rAisne en 18U, 333.335. — Tttot petit enfaiit. /»i et* b^rcé par ces souvenirs. Magrand'mère qui Técut et moarut à Brojère* m'a soavent conté, avec les forfaits des Cosaques et des Prussiens et les alarmes et les r^Tolies des paysans, l'enthousiasme et les espérances de victoire qae provoqua la nouvelle de l'approche de Napoléon. J'ai vu reinf)ereur le matin de la bataille, disait-elle avec fierté. On trouvera des réminiscences de ces récits dans de belles pages des Confessions d'Arsène Houssaye, 1. 71, 134-139. 2. HûfBiog, Aus meinem Leken, 13i. Cf. Mémoires de LangeroB. Arch. 4a« Affaires étrangères, fonds Russie. 2S.
nuit, comme pour préparer un linceul aux soldats. A six heures elle s'arrêta; mais avec le jour s'éleva un de ces épais brouillards qui ne sont point rares dans cette vallée de Laon, boisée, coupée de petits cours d'eau et par endroits marécageuse. Tandis que Belliard faisait occuper Leuilly à la droite et jetait à gauche, vers Clacy, un poste de cavalerie, le corps de Ney déboucha de la route de Soissons, bientôt suivi par celui de Mortier. Les troupes se déployèrent aussitôt face à la ville, des deux côtés de la route, l'infanterie de Mortier appuyant sa droite au village de Leuilly, l'infanterie de Ney appuyant sa gauche à un mamelon qui s'élève en avant do Clacy. Pendant le déploiement, les deux maréchaux, voulant profiter du brouillard pour surprendre l'ennemi lancèrent sur Ardon la division Porret du Morvan et sur Semilly la brigade Pierre Boyer. Boyer aborda le faubourg à la baïonnette, subissant une première décharge presque à bout portant. Les Prussiens furent refoulés sur les rampes inférieures do la montagne. Clausewitz demanda du renfort et fit une contre-attaque qui réussit. Débusqués de Semilly, les Français se reformèrent sous le feu, marchèrent de nouveau à l'assaut et enlevèrent encore la position, sans pouvoir cependant s'y maintenir plus longtemps que la première fois. Jusqu'à onze heures, Semilly fut tour à tour pris et repris. A Ardon, Porret de Morvan obtint un succès plus marqué. Sa division repoussa les Prussiens au pied de la montagne, distante du faubourg de plus de mille mètres. Grâce au brouillard, une compagnie de jeune garde gravit en file indienne le sentier escarpé du Bousson et atteignit fa crête du plateau, près de l'ancienne abbaye de Saint-Vincent. A cette altitude, le brouillard était presque nul. Signalés par les coups de feu des sentinelles et fusillés
bientôt par tout un bataillon prussien, ces aventureux soldats redescendirent le sentier plus vite assurément qu'ils ne l'avaient monté. La division Porret de Morvan se replia dans Ardon où elle se maintint*.
L'empereur cependant, abusé par ses présomptions, croyait la ville au pouvoir de l'avant-garde française '. Le jour do Craonne, Napoléon devançant ses troupes sur le terrain inspectait les positions ennemies dès huit heures. Le jour de Laon, il était encore à midi à Chavignon, éloigné de neuf kilomètres du champ de bataille. Ce fut seulement à cette heure-là, qu'instruit de la résistance que rencontraient ses deux maréchaux, l'empereur se porta en avant avec le reste de ses troupes'.
1. Bogdanovitsch, I, 341; Wagner, III, 86, 88; Fleury, 355-356.
2. Berihier à MarmoDt, Chavig-non, 9 mars, 7 heures du matin : « L'emperear a fait cette nuit culbuter l'ennemi à Chivy. Nous croyons que dans ce moment notre avant-garde est à Laon. Si d'après la situation des choses sur la route que tous tenea et d'après les renseignements que vous vous seres procurés, vous ne juge* pas vos forces utiles sur Laon, l'empereur désire que TOUS vous arrêtiei à l'endroit où vous recevres cette lettre, l'intention de Sa Majesté étant de vous envoyer l'ordre de vous porter rapide-nent sur Reims, du moment qu'elle sera assurée que nous sommes entrés à Laon. »
Berthier à Marraont, Chavignon, 9 mars (de 11 heures à midi) : ■ Je vous ai écrit ce matin pour vous faire connaître qu'il était à présumer que notre avant-garde était en possession de Laon, qu'en conséquence vous pourriez arrêter votre mouvement... Mais on s'y bat encore. Vous deve» donc coutinoer & marcher sur cette ville. • Registre de Berthier. Arch. de la guerre.
Vraisemblablement ces deux dépêches furent interceptées par les Cosaques. car si Marmont les avait reçues, il n'eût pas manqué de les alléguer comme excuses du retard de sa marche.
*. Registre de Berihier (ordres du 9 mars, Chavignon, midi). Arch. de la guerre. — Napoléon dut recevoir, dès neuf ou dix heures, des nouvelles des maréchaux, mais à cause du brouillard qui leur cachait le déploiement des troupes ennemies, ceux-ci na pouvaient savoir si la résistance de Blûcher était sérieuse ou si elle était destinée seulement à couvrir sa retraits.
La plupart des ►•«toriens, se méprenant absolament sur la bataille de Laon qu'ils représente! •• comme une grande action décidée d'avance et tomprenant l'enlavement avec 35000 hommes d'une position formidable occupée par 90000 hommes, et qu'ils sont en droit ainsi de qualifier d'« opération insensée », font arriver Napoléon sur le terrain dés huit heures du matin. Le registre de Berthier iuiirme leur assertion et répond par avance à leur critique en démontrant que Napoléon n'arriva devant Laon qu'entre midi et une heure et qu'il y avait porté ses troupes non pour livrer bataille à BIQehar mais pour le poursuivre dans la marche an retraite qu'il lui attribuait.
Bliicher comptait prendre une vigoureuse offensive dès que Napoléon aurait dessiné son attaque. Jusqu'à ce moment, les commandants de corps d'armée devaient rester dans leurs positions en se contentant de bien garder leur front*. L'état-major prussien posté sur le rempart, au pied d'une vieille tour nommée Madame Eve, d'oii il dominait la plaine, attendait impatiemment que se dissipât le brouillard qui lui cachait l'armée française. Vers onze heures, Blùcher put distinguer les faibles bataillons de Ney et de Mortier déployés devant la montagne. La vue do cette poignée d'hommes l'inquiéta en raison même de leur petit nombre^. Était-il présumable qu'avec si peu de monde, Napoléon se risquât à combattre une armée appuyée à la formlJanJe position de Laon? Ce ne pouvait être là qu'une partie des troupes françaises, et ce mouvement était une simple démonstration destinée à tromper les Alliés qui allaient être attaqués sur un autre point. Et de quel côté viendrait l'attaque? quelles seraient les forces des assaillants? De la part d'un Napoléon, il fallait s'attendre aux manœuvres les plus hardies et les plus imprévues. Quant à des hommes, l'empereur en faisait sortir de terre. Si le prisonnier Palm avait dit vrai, si Napoléon allait cerner, escalader, forcer Laon avec quatrevingt-dix mille soldats? Dominé par cette appréhension, Bliicher hésitait à donner le signal de l'attaque. Vers midi, un message de son fils, le colonel Bliicher, vint ajouter à son trouble et augmenter son indécision : une forte colonne ennemie se dirigeant sur Laon était signalée à Festieux^.