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LES ESPRITS A PARIS — LA CLNQUIÈME SÉANCE

Depuis le 27 février oh confiant dans la fortune, de nouveau maîtrisée par son génie, Napoléon avait quitté Troyes pour exterminer l'armée de Bliicher, pas un jour no s'était achevé sans un malheur ou un mécompte. Cette pointe entre la Marne et l'Aisne qui promettait de si beaux résultats avait abouti à la retraite de la petite année française, diminuée de plus d'un tiers par les maladies, les marches forcées, les sanglantes batailles de Craonne et de Laon. L'empereur disait : « La jeune garde fond comme la neige*. »

En Champagne, Macdonald repoussé do la ligne de l'Aube avait dû abandonner aussi la première boucle de la Seine. Après les combats des 27 et 28 février, à Bar-sur-Aube et à la Feité-sur-Aube, le duc de Tarento comptait tenir à Troyes, d'après les ordres de

L Corrttpondanee de NapoUon, tl 461.

l'empereur. Mais Oudinot avait déjà compromis la défense par des dispositions vicieuses. Il avait posté, en première ligne, le corps de Gérard au pont de la Guillolièro et la division Rothembourf sur le plateau de Laubressel; en seconde ligne, la cavalerie de Saint-Germain à Saint-Parre-aux-Tertres et la forte division Levai et la cavalerie de Kellermann à Pont-Saint-IIubert. Les divisions Amey et Pactiiod étaient en réserve à Troyes'. Or, le front de l'armée ne présentant pas assez d'étendue permettait à l'ennemi d'occuper Bouranton et de tourner par là les positions de Rotliembourg- et de Gérard. C'est ce qui advint. De même qu'au combat de Bar-sur-Aube, Oudinot laissa ses réserves immobiles. Sa cavalerie qui n'avait que sept kilomètres à franchir pour se porter entre Bouranton et Laubressel ne bougea pas. Vigoureusement attaqués de front et menacés d'être pris à revers, Gérard et Rolhembourg rétrogradèrent sur Troyes*.

Quand Macdonald, souffrant d'un rhumatisme goutteux et pouvant avec peine monter à cheval et même écrire, prit le commandement, dans la nuit du 3 au 4 mars, toutes les troupes battaient en retraite. Troyes que l'ennemi menaçait d'attaquer sur trois points à la fois, par la rive droite de la Barse et par les deux rives de la Seine, n'était plus guère louable. Gérard néanmoins reçut l'ordre do s'y défendre toute la journée du 4, moins pour tenter de conserver cette position que pour protéger la retraite de l'armée. A huit heures, les Alliés se présentèrent devant Troyes. Gérard résista jusque dans l'après-midi. Pour éviter rinccndio des faubourgs, il demanda un armistice,

1. Ordres d'Oudinot, Troyes, 2 mars; Rapport de Macdonald, Châtres, 4 mars. Arch. de la guerre.

2. îjébasiiani à Benhier, Troyes, 3 mars, 6 heures du soir; Oudinot à Bertiiier, Troyes, 4 mars (au matin). Arch. de la guerre. Cf. PioUiO, lU 219^251.

à Ja faveur duquel il évacua la ville qu'occupèrent aussitôt les Bavarois et les Wurlembergeois. Le lendemain 5 mars, presque toutes les troupes alliées se conceniraient sous Troyes, et les trois corps de Macdouald se ralliaient autour de Nogeut'. Le 6 mars, le duc de Tarente jugeant sa position, à cheval sur les deux rives de la Seine, inutile à conserver et dangereuse à défendre, évacua Nogent, en fil sauter le pont et établit ses troupes sur la rive droite. Le 7, le quartier général fut porté à Provins*. Ainsi, en une semaine, Oudinot et Macdonald avaient perdu six mille hommes et cédé à l'ennemi vingt-cinq lieues de terrain

Sur les frontières de la Suisse, Augcreau n'avait pas été plus heureux; il avait été plus coupable. Si Macdonald, ou plutôt Oudinot, s'était mal gardé et s'il avait pris de mauvaises dispositions tactiques, du moins la lâche qui incombait aux ducs de Tarento et de Reggio, la défense de l'Aube et de la Seine contre des forces trois fois supérieures, était-elle singulièrement difficile. Augereau, au contraire, n'avait qu'à marcher droit devant lui et à culbuter avec 28000 hommes les 19000 Autrichiens qui lui étaient opposés en trois détachements ', Sa lenteur, sa mollesse, on peut dire sa désobéissance, firent seules échouer ta grande opération stratégique à laquelle l'empereur l'avait destiné.

Les ordres de Napoléon et de Clarko étaient précis et formels. Le duc do Castiglione devait se porter devant Genève, reprendre cette ville, y laisser une

1. Oniodler à Bertbier, Châtres, 3 mars, et M&ctloaalJ à Napoléon, Châtres,

4 mars. Ar.b. de la (ruerre.

8. Rapfiort et ordroâ de Macdonald et d'Oudinot. Chitres, 4 mars, N'ogeat,

5 mars, ei M-^rioi, 6 et 7 mars, Arch. de la guerre. Cf. Pioiho, IJi, 133, J^; et Beruhardi, IV, 5ôÇ-5s7.

3 Uubiia: 63fjO humnnes k Bonrg-eD-Bresse; prince .\loj:s Llchteioateia, 12 700 boaunes occupas aux sièges de Besançoa e« 4'Aaxoaa^

bonne garnison, puis marcher rapidement sur Vesoul (route de Bâle à Langres), de façon à couper la ligne de communications delà grande armée'. Augereau se reti-anchant derrière mille prétextes, valables en temps ordinaires mais inadmissibles dans les circonstancee pîiisonles, s'obstinait à rester à Lyon ^. En vain les ordres lui étaient réitérés, expédiés par duplicata et triplicata. En vain le ministre lui écrivait : « L'empereur vous somme d'oublier vos cinquante-six ans et de ne vous souvenir que des beaux jours de Castiglione '! » En vain Napoléon lui adressait cette lettre dont la brûlante éloquence eût réveillé les plus apathiques, enflammé les plus froids : « Mon cousin, quoi! six heures après avoir reçu les premières troupes venant d'Espagne, vous n'étiez pas déjà en campagne ! six heures de repos leur suffisaient. J'ai remporté le combat'de Nangis avec une brigade de dragons qui de Bayonne n'avait pas encore débridé... Je vous ordonne de partir douze heures après la réception de la présente lettre et do vous mettre en campagne. Si vous êtes toujours l'Augereau de Castiglione, gardez le commandement ; si vos soixante ans pèsent sur vous, quittez-le et remettez-le au plus ancien de vos officiers généraux. La patrie est menacée et en danger; elle ne peut être sauvée que par l'audace et la bonne volonté et non par do vaines temporisations. Soyez le premier aux balles. Il n'est plus question d'agir comme dans les derniers temps. Il faut reprendre ses bottes et sa résolution de 93 * ! »

1. Correspondance de Napoléon, 21086, îl 272, 21343, 21356, etc.. Napoléon à Augereau, Troyes, 26 février (lettre oon citée à la Correspondance). Arch, nat., AF. IV, 9()6. Clarke à Augereau, 13 janvier, 13, 18, 22 février, etc. Arch. de la guerre.

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