‹ 1814Chapitre 68 sur 178 · Augereau à Clarke, Lyon, 16 février. Arch. de la guerre · texte numérisé non relu

Augereau à Clarke, Lyon, 16 février. Arch. de la guerre

3. Clarke à Augereau, 18 février. Arcb . de la guerre. i. Correspondance de Napoléon, 21 343.

Le 28 février seulement, Augercau se décida à quitter Lyon pour se porter sur Genève, où les généraux DessaixetMarchandavaient replié les Autrichiens de Bubna. Le 3 mars, i'ariiiée se trouvait échelonnée entre Lons-le-Saulnier et Morey, à une journée de marche de Genève, lorsque le duc de Castiglione, agissant comme s'il fût déjà maître de cette ville, arrêta son mouvement et se mit en marche pour Vesoul '. Mais Augereau avait perdu quinze jours à Lyon. La nouvelle armée du prince de Ilessc-llombourg arrivait à grandes journées pour lui barrer la route ". Le 4 mars, les Français furent attaqués à Poligny par le général Wimfenn. Où Augercau, une semaine plus tôt, n'eût trouvé devant lui que trois divisions séparées les unes dos autres, il se heurtait contre une armée entière. Si le duc de l'Empire avait repris « ces bottes de 93 » dont parlait Napoléon, il eût pu refouler au delà du Doubs les Autrichiens dont les colonnes n'étaient pas encore toutes à hauteur; mais la chaussure des géants n'allait plus à son pied. Le maréchal fut effrayé pour Lyon que semblait menacer

1. Comte de Saint- Vallier k Clarke, 8 mars ; Rapport d'Angerean à Clarke 9 mars. Arch. de la guerre.

2. Cette armée avait été formée le 35 février, en rerto d'une déciiiion da conseil de guerre de Trojes, pour arrêter la marche da duc de Casti}rlione. Elle se composait du l*' corps autrichien (Biaocbi), 15 700 hommes: do 6* corps d'Alleroagoe, 13250 hommes, et d'uue division des réserves autrichiennes, 6000 hommes, total : SiUôO hommes. Le prince de llesse-llombourg devait «D outre réunir sous son commandement la division légère de Bubna : 6300 hommes, et le 2* corps autrichien (prince Alojs Lichtenstein) : 12 700 hommes; ce qui donnait à l'armée du sud un effectii' de 53950 hommes : soit 46000 hommes, défalcation faite des pertes. Cf. le protocole de la séance du conseil de guerre du 25 février; Ploiho, UI, 231; Bernhardi, IV. 529, et le tableau de la composition de la grande armée alliée en 1814, Arch. topograpbiques de Saint-Pétersbourg. 22854. — Schels, qui majore toujours les effectifs, porta farmée du sud à 76000 hommes (I, IW). Nous donnerons, entre autres, un exempla de la façon dont procède cet historien dans ses dénombremenu. Il chiffre la division Bubna, qui en effet fut renforcée de 9 bataillons du 2* corps autrichien, à 1270U hommes au lieu de 6300 hommes, mais il omet de défalquer ces 9 bataill03s de l'effectif total du V corps. Ainsi, il eoicpto deux foi^ les mêmes troupes.

la droite de l'armée du sud et qu'il avait négligé de mettre en état de défense, n'y élevant aucun ouvrage et oubliant môme d'y faire amener les quatre-vingts canons, destinés à l'armement de celte place, qui étaient parques à Avignon. A l'exception des divisions Marchand et Dessaix qui restèrent devant Genève, assez fortes pour y contenir l'ennemi mais trop faibles pour l'en déloger, Augcreau ramena toutes ses troupes sous Lyon où il arriva le 9 mars, de sa personne *. Ainsi par les temporisations, la négligence, le manque d'énergie du duc de Castiglione, tout échouait. La diversion conçue et ordonnée par Napoléon, magnifique manœuvre qui eût donné tant de jalousies à l'ennemi et apporté un si grand secours aux armées impériales, était manquée irrémédiablement *. Supposé que le duc de Castiglione réussît à défendre Lyon, il y resterait désormais immobilisé.

Des frontières du nord et des frontières des Pyrénées, les nouvelles n'étaient pas meilleures. Toujours combattant, le général Maison s'était replié de Tournay sur Courtray, puis do Courtray sur Lille *. Le maréchal Suchet continuait à attendre en Catalogne la ratification du traité de Valençay, prisonnier de fait au pied dos monts et ne pouvant prendre part aux grandes opérations de la campagne. Le maréchal Soult perdait du terrain. Jusqu'à la mi-février, son armée concentrée derrière l'Adour, la Bidouse et les gaves, et appuyée sur le camp retranché do Bayonue, avait imposé aux Anglo-Espagnols de lord Wellington. Malheureusement, le 22 février,

1. Rapport d'Augereaii à Clarke, Lyon, 9 mars; Saint- Vallier à Napoléoi^ harabéry, 8 mars et 10 mars; Rapport de Dessaix. Cariouge, 9 marr,

Arch. de la guerre. Cf. Correspondance de Napolron, 21111, et la curieuaa dénouciation contre Augereau, Lyon, 16 mars. Arch. de la guerre.

2. Il Augereau, dit Kain (p. 179), a manqué l'occasion de sauver la France.» C'est beaucoup dire, mais Augereau fut du moins très coupable de n'y pa* •ssayer.

Soult crut devoir abandonner celte belle position, clef des hautes Pyrénées. Il se laissait prendre aux habiles manœuvres de Wellington qui avait pour objectif d'amener l'armée française à combattre séparée de son point d'appui. Le 27 février une bataille s'engagea à Orlhez. Après une défense opiniâtre, les Français ayant perdu deux mille cinq cents hommes et en ayant tué un même nombre à l'ennemi, se mirent en retraite dans la direction de Mont-de-Marsan. Deux joursplus tard, Soult arrêta la marche de ses colonnes et les porta sur Tarbes *. C'était découvrir Bordeaux, mais le duc de Dalmatie estimait que l'armée anglaise n'oserait pas s'engager dans les Landes, sachant les Français sur ses derrières. Ses calculs étaient justes, puisque, en effet, Wellington le suivit vers Tarbes et Toulouse avec lo gros de ses troupes. Mais le maréchal Soult comptait sans la trahison.

Les Bourbons avaient toujours eu à Bordeaux des partisans nombreux et actifs. Dès 1796, les royalistes fonJèront une société secrète sous le nom d'Institut philanthropique. En 1799, ils prirent les armes et furent dispersés par la troupe; en 1806, ils tentèrent de délivrer Ferdinand \TI; en 1807, la police impériale arrêta l'exécution d'un autre complot'. De Londres et de Darlhwell, on correspondait avec Bordeaux sous la raison sociale : « Henri et C". » Dans ces lettres, indigo signifiait : Bourbon, et cargaison de coton: troupes do débarquement*. Les désastres

1. Maison k Clarke, 6 mars, 10 mars et 1-1 mars. Arch. de 1* guerre. Cf. Plolho. 111,468 471.

2. Ordres, lettres et rapports de Soik, Erlon, Reille, Claasel, «te. février et Bars. Arcb. de la guerre vAnnées » "Espagne).

3. RoUac, Erpot* litiU det fait» qui ont précédé et amené la fournée du 18 mart. 24-26, 4S-55 ; le RoyaliMmt^ prouvé par le$ faits. 21-27; Mailhoi. Mémoire» tur plusieurs faitt qui ont pr'cédé et tuim la journée du 12 mon, 9-ltf Ucmotret de M" de La Hoehejaequeletn, U3-4M

^ aoUac, 70-77.

des campagnes de Russie et do Saxe affermirent les espérances et exaltèrent le zèle des royalistes bordelais. Dans l'automne de 1813, on acheva l'organisation de huit compagnies de garde royale à pied et à cheval, ayant colonel, lieutenant-colonel, majors, capitaines, lieutenants, cornettes, porte-ctendards, et, chose extraordinaire, ayant même autant de soldats que d'officiers*. Aux premiers jours de 1814, les royalistes firent une nouvelle recrue qui valait à elle seule ces huit compagnies de garde royale. C'était Lynch, — un grand coquin.

Nommé maire de Bordeaux, puis comte de l'empire, puis chevalier, puis officier de la Légion d'honneur (le 8 janvier 181 't!), Lynch, comme il le reconnaissait lui-môme, « avait toujours été bien traité par Buonaparte' ». D'ailleurs, il ne s'était jamais lassé de manifester son dévouement à l'empereur dans ses discours et ses adresses. Si comme maire de Bordeaux, il n'allait pas jusqu'à dire à ses administrés, dans les termes mêmes du Catéchisme de 1807, que l'on « devait à l'empereur l'amour, les impôts et le service militaire sous peine de damnation éternelle, » du moins il no manquait aucune occasion pour leur rappeler « la gloire et les bienfaits de Napoléon le Grand ». Vers la fin de 1813, il se ravisa. L'empire était menacé : c'était le moment d'abandonner l'empereur. Toutefois Lynch n'eut garde d'affecter moins de zèle. « J'avais besoin, avoue-t-il, de conserver la considération du gouvernement. » — On verra pourquoi. — A Paris, où il était venu en novem-

1. Dossier Giboulon. Arch. nat., F. 7, 6598. Cf. Rapport de Roger, colonel de cette garde, cité par Rollac, 173, sqq.

2. (Lynch), Correspondance relative aux événements de Bordeaux, Bordeaux, 1S14. in-S», p. 14. — I)ans cette brochure fort rare, comme sont fort rares d'aiileurs les brochures précitées, Lynch a fait ta confession croyant faire SM apologie.

bre 1813 afin de donner do nouveaux gag^cs de fidéliie, il terminait en ces termes sa harangue à l'emporeur * « Napoléon a tout fait pour les Français; les Français feront tout pour lui. » Peu de temps après, il demandait aux Polignac do l'aboucher avec les chefs du parti royaliste dans le Médoc. A Bordeaux, où il était do retour le 20 janvier, il disait à la garde nationale assemblée, en lui remettant le drapeau : « Si l'ennemi approche de Bordeaux, je serai le premier à donner l'exemple du dévouement. » Quelques jours avant, il avait dit à La Rochejacquelein : « C'est moi, maire de Bordeaux, qui aspire à l'honneur de proclamer le premier Louis XVIII *. »

La révolution monarchique était plus facile à désirer qu'à accomplir. Il y avait à Bordeaux un commissaire extraordinaire, un préfet, un général de division. Aucun d'eux ne paraissait disposé à se prêter aux desseins de Lynch et do ses complices. La petite garnison* eût balayé sans peine les compagnies de la garde royale, si celte « troupe sacrée », comme l'appelle Lynch, se fût avisée do sortir en armes. Quant à la population et à la garde nationale, les royalistes loin de pouvoir compter sur elles devaient compter avec elles. Bien que ruinés par le blocus continental, les Bordelais étaient en grande majorité restés attachés au régime de l'empire*. Pour proclamer Louis XVIII, il fallait l'aide des habits rouges de Wellington. Lynch le comprit. « Je désirais, raconte-t-il, quo trois mille Anglais vinssent à

1. Lynch, 13, 15, 17; Mailhoz, 37; Mémoires de M" de La RoehejaequeUin, 4fô. Cf. Moniteur, 28 novembre 1813 et 6 mars 1814.

2. 350 rantassios, 100 chasseura à cheval, 152 gendarmes, 180 douaniers, 200 gardes naitonauz mobilises, 1 lis gariàs Dationauz sédeuuûrcs. Cor> nudet à Clarke, IJboume, h mars. Arch. de la guerre.

3. Rapport anonyme (peul-éira de L^nch), cité par Rollac, 20J, sqq. Cf. t. XUI de la traduction de la Guerre de la Péninsuie, du général anglau Nir pier, pp. 7 et 123-I2i.

Bordeaux. Ce nombre était nécessaire soit pour mettre en arrestation les agents du gouvernement, soit pour comprimer ceux qui auraient voulu s'opposer à nos projets'. »

La nouvelle do l'arrivée du duc d'Angoulême au quartier général de Wellington s'étant répandue chez les complices de Lynch, le marquis de La Rochojacquelein s'embarqua secrètement pour Saiut-Jean-de- Luz. Il vit le prince, puis Wellington, et leur exposa les projets des royalistes de Bordeaux. Le maréchal refusa nettement d'y prêter la main. La route était libre, car déjà Soult avait marqué sa retraite derrière les gaves, et Wellington n'ignorait rien dos avantages qui pouvaient résulter pour les Alliés des intrigues bourboniennes. Mais lorsque les souverains consentaient ou « semblaient consentir » encore à traiter avec Napoléon, il ne pouvait, disait-il, secondci' ouvertement ceux qui conspiraient sa cbute. II je compromettrait et, au cas où l'on ferait la paix, il les compromettrait avec ]ui^

Le 6 mars, un nouvel émissaire, Bontemps du Barry, fut dépêché à Saint-Se ver où le grand quartier général s'était porté après labataillo d'Orlhez. Introduitauprès de Wellington, Bontemps l'informa que la garnison avait évacué Bordeaux avec toutes les autorités^ et

Page 1