‹ 1814Chapitre 69 sur 178 · Lynch, 18. Cf. Journal de Bordeaux,, 14 mars · texte numérisé non relu

Lynch, 18. Cf. Journal de Bordeaux,, 14 mars

2. Rollac, 116-117; Napier, XIII, 7; La Rochejacquelein, 468-469. — La proclacnatioa royaliste de Wellington, datée de Tolosa, est apocryphe.

3. Bordeaux avait été évacué le 4 et le 5 par les ordres du sénateur Cornudet, commissaire extraordinaire. (Cornudet à Clarke, Libourne, 5 mars. Arch. de la guerre.) Le général Lhuillier, ôit Lvnch, voulait résister, mais il fut effrayé du petit nombre de ses troupes. — On remarquera que si cependant ce général était resté dans Bordeaux, très vraisemblablement la révolution du 1? mars n'aurait pas eu lieu et que peut-être la ville n'aurait pas étb prise. Wellington ne se décida à envoyer une colonne que sur l'avis formel du départ de la garnison, et Heresford, qui avait près de 15000 hommes, ne s'avauça le 12 mars contre Bordeaux qu'avec son avant-garde. En reconnï.'£sant que Bordeaux était occupé, peut-être eiit-il abandonné son expédition. Dans tous les cas, le complot royaliste risquait d'avorter.

qu'il suffirait de douze cents Anglais pour occuper la Ville. Wellington balança encore. 11 conservait les mêmes scrupules diplomatiques et il craignait d'aiïaiblir son armée en la divisant. De plus, bien qu'il s'exagérât, dit l'historien anglais de la guerre d'Espngne, le nombre des royalistes dans le Midi, il doutait du succès. Enfin, après bien des hésitations, pressé par Bontemps, pressé par La Rochejacquelein, le duc accéda à leur demande. Seulement, au lieu d'affecter douze cents hommes à cette expédition qu'il jugeait aventureuse et qu'il entreprenait presque malgré lui, il donna l'ordre au maréchal Beresford do marcher sur Bordeaux avec trois divisions, du canon et une brigade de cavalerie ^ Les premiers refus de Wellington, ses nouvelles hésitations, ses doutes sur la réussite do l'opération confirment les paroles d'un des chefs du complot, Taffard de Saint-Germain : « Sans nos démarches et nos efforts, les Anglais no fussent pas venus à Bordeaux de plus d'un mois *. »

Cependant Bontemps, puis La Rochejacquelcin, retournent au triple galop à Bordeaux, porteurs de la bonne nouvelle : les Anglais arrivent! Le départ du ptéïai et du général a laissé Lynch maître de la cité. 11 prépare tout, assigne à chacun son rôle. Afin d'intimider la population, les royalistes annoncent l'approche de toute une armée anglaise; mais ils se gardent bien de dire que le duc d'AngouIême la suit à deux heures de marche. Les gardes nationaux reçoivent l'ordre de se rendre à leurs postes ordinaires sans cartouches dans les gibernes; les gardes royaux ont au coutruire pour instruction de sortir

1. EoUac, m; Lt lïoyalitme vrouvé par Ut /ai/*, 43-44; L* Rochejacqae- >in, 470-471 ; Kapier, XIII, 120.

2. Lettre â« Ta^ard de Saint-Geriaaia à Bell&c, citée par Rollac 16A

tous avec des armes cachées et de se mnnir de cocardes blanches qu'ils conserveront dans leur poche jusqu'à un signal convenu. A ce même signal, douze volontaires royaux cachés dans la tour Saint-Michel doivent arborer au sommet le drapeau fleurdelisé'.

Le malin du 12 mars se présente un parlementaire anglais. Lynch l'informe qu'il va se rendre en personne au-devant du maréchal Beresford. Déjà les carrosses sont attelés, et les gardes royaux s'échelonnent par petits groupes sur la route de Bayonne. Rien encore n'a transpiré du complot dans la population, les royalistes sont en armes, les Anglais tiennent Bordeaux sous le canon, et cependant Lynch n'est pas sans crainte. Un homme suffit à tout faire échouer : le premier adjoint, bonapartiste déterminé, très aimé du populaire. A la vue du drapeau blanc, il peut assembler la garde nationale, requérir la police, les douaniers, soulever le peuple. Sans doute Bordeaux n'en restera pas moins aux Anglais. Mais devant l'opposition d'un magistrat fidèle ayant l'appui de la population, le maréchal Beresford voudra-t-il consommer par la force une révolution monarchique? et d'ailleurs, que deviendra ce « vœu unanime de Bordeaux », que l'on se propose de donner en exemple à la France ?

Lynch a une inrpiration : il emmène l'adjoint avec lui, prétextant les intérêts de la cité. Sans aucun soupçon, celui-ci monte à côté du maire ; le cortège part au grand trot, escorté de loin par les gardes royaux à cheval. C'est seulement quand on a passé les vedettes anglaises que Lynch se décide à prévenir son prisonnier sans le savoir : « — Vous pensez bien, lui dit-il brusquement, que jp vais

]. \jTncb, 12; Rapport d« Roger, cité par Rollac, 178; Lt RoyaltttM frouvc par les faits, 46.

proclamer le roi .» L'adjoint reste d'abord « comme frappé d'un coup de foudre », puis, re[irenanl ses esprits, il s'indigne, crie à la trahison et somme Lynch de faire arrêter la voilure, qui roule de yilus belle. Les chevaux s'arrêtent enfin, à quelque dislance de la jonction des routes de Bayonno et de Toulouse. L'adjoint saute à terre, mais il se trouve à cinquante mètres de l'élat-major anglais, au milieu des gardes royaux qui se sont rapprochés; il voit flotter le drapeau Ijlanc sur la tour Saint-Michel. Lynch abandonne le malheureux, qui est désormais réduit à l'impuissance, et il s'avance vers le maréchal Beresford. «f — Mylord, dit-il, c'est dans une ville amie oh vous entrez, c'est dans une cité de notre roi légitime, allié du vôtre, que nous recevons Votre Excellence. Vive le roi ! » Et en même temps, il arrache son écharpe tricolore qui, en tombant dans la boue, découvre l'écharpe blanche. Les gardes royaux mettent leurs cocardes aux cris variés de : Vive le roi ! Vivent les Bourbons ! Vivent les Anglais ' !

Anglais et royalistes entrent dans Bordeaux, devançant de deux heures à peine le duc d'Angoulcme. Les femmes et les quelques milliers d'ennemis déclarés de l'empire que renferme la ville poussent des acclamations. On pique des cocardes de papier aux bonnets et aux chapeaux; draps et servielles pendent des balcons. Surprise par la soudaineté de cette révolution, iulimidée par la présence des Anglais, la masse de la population reste d'abord muette et hésitante. Puis, bientôt, subissant l'entraînement de l'exemple, l'action du fait accompli, obéissant à ce besoin de crier qui est d'instinct dans les foules, les indiiférents commencent à mêler leurs acclamations à celles des

i. l^aca, S3-2S. CL Rapport d* Roger ; Roluc ; La Rocbajacqaelein, •!«

royalistes. Le duc d'Angoulêmo est quasi porté en triomphe à la cathôJralo, où retentit le Te Deum, à riiôlei de ville, où Lynch proclame solennellement Louis XVIII, au Palais royal où le Prince se repose enfin do cette longue o? ration *.

Dès le lendemain, cet enthousiasme de surprise était tombé. La plupart des employés de la municipahté, des douanes, des contributions, de la police, quittèrent leurs fonctions. Dans les rues, on annonçait en s'en félicitant l'arrivée prochaine d'un corps français qui chasserait Anglais et royalistes; on criait : A bas la cocarde blanche! Dans des réunions secrètes, on se concertait pour une contre-révolution. A l'hôtel de ville, Lynch, sans police, sans employés, sans argent, avec la garnison anglaise réduite des deux tiers par suite du départ de lord Beresford, tremblait à l'idée d'un mouvement révolutionnaire ou d'un assassinat du duc d' Angoulême '. Mais la royauté n'en avait pas moins été proclamée à Bordeaux, et cette journée du 12 mars devait produire un grand eflet en France et au quartier général des souverains alliés. De loin, on jugeait sur les apparences. On voyait une restauration appelée et accomplie par toute une population dans un simple coup de main conçu et exécuté par un petit nombre de conspirateurs.

Les graves événements de Bordeaux ne furent connus à Paris que le 16 mars', mais on y avait depuis une quinzaine de jours d'autres sujets d'alarme.

1. Journal de Bordeaux du 14 mars; Lynch, 26-27 ; Rapport de Roger; Rollac; La Rochejacquelein ; Mailhoa.

2. Rapport de police, 14 mars. Arch. nat., F. 7,4289; Lynch, 30, 31,36,39; Napier, XIII, 123-121.

3. Correspondance du roi Joseph, X, 200. Cf. Fain, 183. — Dès le 11 mars, la retraite de Soult et l'agitation des royalistes à Bordeaux avaient fait pressentir cet événement d&na Paris. Rapport de Pasquier, 11 mars. Arch. Bat., AF. IT, 1534.

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