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LES ESPRITS ▲ PARIS. ÎH

Jusqu'au 2 mars, l'espérance d'une victoire (décisive remporlcc en Champagne ou d'une paix honoiable sip^née à Cliâlillon soutint l'opinion, Paris gardait le calme et ^a confiance qu'il avait recouvrés par les défaites de Bliicher. Il semblait que le théâtre de la guerre fût déjà reculé jusqu'aux frontières. La vie reprenait son train ordinaire. La rente se maintenait entre 5o et 56 francs, le change des billets de banque était tombé de 100 à 20 pour 1 000 sur l'or et de 80 à 2 sur l'argent*. Le 3 mars et les jours suivants, la défaite de Bar-sur-Aube, la retraite de Macdonald et de Soult, la rupture des conférences de Lusigny, enfin et surtout le manque absolu de nouvelles des mouvements de l'empereur, dont on avait attendu de si grands résultats, firent renaître les inquiétudes*. La rente descendit au cours de 53, puis de 51 francs; les alarmistes reprirent courage; on parla de nouveau des chances de l'ennemi. Ce n'était pas la panique qui avait saisi Paris au lendemain de la Rothière, mais on était lo'm de l'enthousiasme qui l'avait transporté après Cbampaubert et Vauchamps. C'était une attente douloureuse où, selon l'expression du préfet de police Pasquier, on était partagé entre la crainte et l'espérance. « A toutes les heures, écrivait de son côté Talleyrand dans une lettre confidentielle, il y a un motif de crainte ou un motif de tranquillité'. »

L'inquiétude qui régnait dans la population était tout autrement vive parmi les membres du gouvernement, mieux renseignés sur les progrès de l'en-

1. Rapports journaliers de Pasqnier, da 11 féTrier au i mars, et Rapports 4e police, aux mêmes dates. Arch. nat., AF. it, 1331 et F. 7, 3737.

ï. Hapports journaliers de Pa.^quier du 3 au 9 mars, et Rapporw de police aux mêmes dates. Arch. nat., AF. iv, 1531, et F. 7,3737; Corretfiondanee d» roi Joseph. X. 173. 183, 18t. 188. 189.

3. Lettres inédites de 1 alleyraud à la duchesse da CourUnde (> bults). pahliées dana U £evue <ehUloir« iLplommtiqytt. I. tU,

ncmi et les faibles ressources de l'empereur. Dans Paris on croyailencoroquc !e vainqueur d'Auslerlitz et d'Iéna pouvait imposer la paix par une bataille gagnée * ; au Luxembourg on pensait que le vaincu de Leipzig devait acheter la paix au prix de toutes les humiliations Le roi Joseph n'en était plus à écrire à l'empereur, comme le 2i février : « Tout le monde désire la paix avec les limites naturelles. Personne aujourd'hui ne voudrait des anciennes limites ^ » D multipliait les prières, les conseils, les adjurations, pressant Napoléon d'abandonner les frontières naturelles. « Bonne ou mauvaise, disait-il, il faut la paix; dans l'état actuel ce sera toujours un bienfait. » « La paix, disait-il encore, n'aura rien de déshonorant^ pour la France puisqu'elle n'aura rien perdu de son ancien territoire. Quant à vous, Sire, vous deviendrez le père du peuple si, reuonçant à un caractère factice, vous consentez enfin à faire succéder le grand roi à l'homme extraordinaire. » Et il écrivait un autre jour : « ... Il n'y a plus d'autre remède que la paix, et la paix la plus prochaine... Si la paix est mauvaise, ce ne sera pas d(! votre faute puisqu'elle sera dictée par toutes les classes de la société *. »

Le 2 mars, l'empereur envoya l'ordre à son frère de réunir le conseil de régence pour lui communiquer les principales pièces relatives aux négociations*. Le conseil conclut à l'imanimilé qu'il fallait accepter les propositions des Alliés. « Cette unanimité, remarque Âlollien, sij^nifiait que cette acceptation était la seule

l.ILjpportsde Pasquier, 4 et 5. mars, Arch. nat., Af. iv, 1 534. —Quoique Tardent désir de la paix dominât tous les esprits, que ce cri sortît de toutes les bouches, l'opinion, toujours conriante dans le génie de Napoléon, ne désespérait pas du succès par les armes. » La confiance dans le génie de l'empereur est sans bornes, •> dirait Pasquier.

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