‹ 1814Chapitre 72 sur 178 · Correspondance de Napoléon · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon

C'était assez dire qu'il ne tiendrait aucun compte de Tavis exprimé, si ses ministres ne pensaient pas comme lui sur la question.

Quelques-uns d'entre eux n'en furent pas moins très irrités que leurs conseils fussent de si peu de poids auprès de Napoléon dans une pareille circonstance, quand était en cause le salut de l'État et conséquemment leur propre salut. Ils ne dissimulèrent pas leur mécontentement et en divulguèrent les motifs, accusant l'obstination, l'aveuglement de Napoléon. Joseph, sans doute, ne fut pas le dernier à parler, dans son entourage franco-espagnol, de la nécessité de la paix et de la détermination de l'empereur à ne la point faire. L'opinion se forma au sénat, au Conseil d'État, chez les familiers du Luxembourg, que cette paix indispensable était impossible avec l'empereur. Affolés par la peur, plusieurs membres du sénat complotèrent d'interdire Napoléon comme convaincu de démence. Ils n'auraient rien risqué à s'ouvrir de ce dessein à Talleyrand ; ils eurent l'audace de s'en ouvrir à Joseph, lui disant que seul, avec l'impératrice, il pouvait obtenir la paix et l'assurant de la lieutenance générale de l'empire pendant la longue minorité de Napoléon II. Faible et avantageux comme il était, l'ex-roi d'Espagne écouta vraisemblablement sans déplaisir ces insinuations flatteuses et ses protestations de dévouement ; mais la loyauté et le bon sens reprirent vite leurs droits dans son esprit. S'il avait laissé parler les conspirateurs, il leur témoigna qu'il ne les laisserait pas agir*. Troublé cependant par la fermentation qui régnait dans les grands corps de l'Etat, Joseph conçut l'idée de la mettre à profit pour le bien de l'empereur et de la France. De concert — peut-être

1. Menevai, Souvenirs historiqwfs sur Napoléon et Marie-Louise, II, 38-39; Mémoire» de Rovigo, VI, 336-337. Cf. 1m lettres de Nupoléoa citées plus loiA.

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