LES ESPRITS A PARIS
devrait-on dire de complicité — avec Cambaiérès, il s'avisa d'un projet d'adresse à Napoléon en faveur de la paix, adresse que signeraient les membres du conseil de régence, les ministres, le sénat, le Conseil d'État. Joseph espérait ainsi forcer la volonté de l'empereur, en sauvegardant son légitime orgueil et en dégageant sa responsabilité : le grand capitaine ne céderait pas au sort des armes; le souverain déférerait au vœu de la nation. Mais Napoléon n'avait-il pas trop de rectitude dans l'esprit pour se payer d'un pareil sophisme, n'avait-il pas trop le sentiment de l'autorité pour admettre cette substitution de volonté? Joseph connaissait son frère. D comprit que celte adresse risquait d'être tout à fait mal reçue. Il hésita à la provoquer avant d'en avoir informé l'empereur, et il recula même à l'idée de le pressentir lui-même. Sur sa demande, appuyée par Cambacérès, le baron Meneval, secrétaire intime de l'empereur, laissé auprès de la régente « comme l'homme, dit Rovigo, dans lequel Napoléon avait le plus de confiance », se chargea de celte mission délicate. Il écrivit à l'empereur, ne lui cachant rien des circonstances, en fidèle serviteur qulil était, mais les lui exposant avec d'infinis ménagements'.
Comme le craignait Joseph, ei comme n'en doutait point Meneval, l'empereur fut plus que surpris. Cette adresse projetée était, en fait, de même nature que le trop fameux rapport de Laîné ; elle était pire peutêtre. Napoléon qui n'avait pas souifert de remontrances de la part d'un corps électif, quand l'ennemi était sur le Rhin, Napoléon pouvait encore moins admettre des sommations déguisées de la part de corps nommés par lui, alors que l'armée alliéo était sur la Seine.