‹ 1814Chapitre 74 sur 178 · MeaaTal, n · texte numérisé non relu

MeaaTal, n

Joseph croyait, par celle adresse, sauver Napoléon; il reùt complètement désarmé pour traiter comme pour combattre. Quelle force eût donnée à la coalition ce manifeste accusant l'empereur de vouloir seul continuer la guerre, dénonçant Napoléon comme ennemi public! L'empereur répondit à Meneval : «... La première adresse qui me serait présentée pour me demander la paix, je la regarderais comme une rébellion '. » Il ne s'en tint pas là. 11 écrivit coup sur coup une lettre au ministre de la guerre et une lettre au minisire de la police. « Je n'approuve pas, disait-il à Clarkc, qu'il y ait autour du roi Joseph aucun individu militaire ou civil. Ces gens- là ont un esprit particulier. Cela sent la faction. Mon intention est que la plupart des aides do camp qui ont été en Espagne soient employés à l'armée et qu'il on prenne d'autres*. » La lettre do l'empereur à Rovigo était sur un ton diiFérent et en disait davantage : « Vous ne m'apprenez rien de ce qui se fait à Paris. Il y est question d'adresse, de régence, et de mille intrigues aussi plates qu'absurdes, et qui peuvent tout au plus être conçues par un imbécile comme Miot. Tous ces gens-là ne savent point que je tranche le nœud gordien à la manière d'Alexandre. Qu'ils sachent bien que je suis aujourd'hui le même homme que j'étais à Wagram et à Austerlitz; que je ne veux dans l'Etat aucune intrigue; qu'il n'y a point d'autre autorité que la mienne, et qu'en cas d'événements pressés c'est la régente qui a Cixclusivement ma confiance. Le roi Joseph est faible, il se laisse aller à des intrigues qui pourraient être funestes à l'Etat, et surtout à lui et à ses conseils, s'il ne rentre pas promplemeut dans le

1. Lettre de Napoléon à Meneval, Soissons, 12 mars, citée par Meneval, U, 39.

2. Napoléon au duc de Feltre, Reims, 14 mara. Arch. nat., AF. ir, MflL |[,eure non citée daua la Correspondance,)

LA crMQUIÈME SÉANCE DU CONGRÈS. »3

droit chemin. Je sais méconlcnt d'apprendre tout cela oar un autre canal que par le vôtre. On vous êles bien maladroit ou vous ne me servez plus. Sachez que si l'on avait fait faire une adresse contraire à l'autorité, j'aurais fait arrêter le roi, mes ministres et ceux qui l'auraient signée... Je ne veux point de tribun du peuple; qu'on n'oublie pas que c'est moi qui suis le grand tribun*. »

Si la situation avait empiré au point do vue militaire et politique, elle ne s'était pas moins aggravée au point de vue diplomatique. Le congrès de Châtillon en était à sa cinquième séance, et, un nouveau traité d'alliance signé à Chaumont, les négociations pour un armistice rompues à Lusigny, la grande armée austrorusse ayant repris l'oiïensive, moins que jamais le duc de Vicence pouvait espérer de faire céder de leurs prétentions les plénipotentiaires alliés. Il continuait cependant à croire la paix possible, à la cond ition que la France fît tous les sacrifices, et il multipliait les lettres à l'empereur pour le presser respectueusement et désespérément de lui envoyer un contre-projet et de le lui envoyer portant des stipulations acceptables. « La peur, écrivait-il, a uni tous les souverains... Il faut dos sacrifices. Il faut les faire à temps. Il faut céder à l'Europe réunie. » « IMus je considère ce qui se passe, plus je suis convaincu que si nous ne remettons pas le contre-projet demandé et qu'il ne contienne pas des modifications aux bases de Francfort, tout est fini. On ne veut qu'un prétexte pour rompre*. » A entendre Fain, cette dernière dépêche qui, datée du 6 mars, arriva à l'empereur à Braye, le soir de la bataille de Craonne, fit plus d'impression sur son esprit

1. Napoléon aa dac de Rovi^ro. Reims, 14 man. Arch. nat., AF. tv, 906. (Lettre non citée dans la CormpomlanLe.)

2. Caul-aiacourt à Na|iolèoa, Cbàtilloa, 1» mars, S mars, 3 man, Smarsi M C mars. Arcb. des Affair«s étrangères, fonds France. SCf.

que l'avis du conseil de régence. Cela est possible, mais il n'y parut guère. L'empereur no donna pas le contre-projet ot se contenta de répondre au courrier du duc de Yicence, M. de Runiig^ny, « qii'il ne voulait pas ajouter à ses humiliations cellb de les provoquer par un acte émané de lui-même ». « — S'il faut recevoir les étrivières, ajouta-t-il, ce n'est pas à moi do m'y prcler, et c'est bien le moins qu'on me fasse violence*. » Ce n'était pas là une réponse. Après avoir promis un contre-projet à son plénipotentiaire, Napoléon ne voulait point le lui donner sous prétexte qu'il n'avait pas à provoquer sa propre humiliation. « Qu'on me fasse violence », disait-il. Mais Caulaincourt ne pouvait point faire violence à l'empereur, puisqu'il lui était formellement interdit do rien conclure sans en référer au quartier impérial. A cette étrange réponse verbale de Napoléon, Bassano ajouta une longue lettre qui l'expliquait sans la justifier. « Sa Majesté, écrivait-il, ne peut pas faire la paix à des conditions plus onéreuses que celles auxquelles les Alliés seraient véritablement disposés à consentir... Leur premier projet ne saurait èlre leur ultimatum... S'ils le déclaraient, la négociation serait nécessairement rompue, car l'empereur ne peut faire la paix à de telles conditions. Mais il n'est nullement probable que leur premier projet soit leur ultimatum... 11 faut arriver à avoir un ultimatum positif...* » L'ultimatum des Alliés, qui l'ignorait ? c'était la France dans ses frontières de 4789. L'empereur voyait trop clair et raisonnait trop juste pour se faire la moindre illusion sur ce point. Le seul doute qu'il pût avoir, c'était si les Coalisés consentiraient à faire la paix avec lui, même à ces conditions.

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