Fain
3. bassan* k Caulaincourt, 8 mars. Arch. des Affaires étrangères, 668.
LA CINQUIÈME SÉANCE DU CONGRÈS. 9f%
Les Alliés n'y étaient certes point disposés à leur entrée eu France, mais les défaites successives de Bliicher et de Schvvar/enberg au milieu de février les avaient fortement ébranlés. On a nié l'importance de ces batailles au point de vue d'un succès final. Or le revirement soudain qui s'opéra chez les ministres de la coalition et la reprise des pourparlers le 17 février témoignent que les Alliés ne se croyaient point si assurés de la victoire. Au commencement de mars, leurs inquiétudes sinon leurs craintes persistaient. Peutêtre eussent-ils alors consenti à accorder la paix? Lord Liverpool l'a déclaré en plein ParlemenlJKît Metternich et le prince Esterhazzi l'ont mainte fois écrit et dit au duc de Vicence*. Tout cola ne prouve rien : Liverpool plaidait une cause politique, Metternich dupait Caulaincourt, Esterhazzi était dupe de soi souverain. Mais ce qui prouve cependant quelquv> chose, c'est l'attente patiente des ])lénipolentiaires à Châtillon. S'ils eussent renoncé à toute idée conciliatrice, ils eussent rompu le congrès dès le 10 mars. Les temporisations de Caulaincourt suffisaient comme prétexte.- Mais les Alliés étaient aussi injustes qu'ils étaient patients. Eux dont les prétentions avaient grandi à mesure de leurs victoires, ils déniaient le môme droit à Napoléon. Tout co que le grand soldat avait gagné aux glorieuses journées de février, c'était la possibilité d'une paix humiliante. L'empereur n'était pointpressé de profiter de cet avantage. Le 8 mars, il venait de gagner la bataille do Craonne et il s'abusait, comme on l'a vu, sur la retraite de Bliichor. Contrairement à l'opinion du roi Joseph, il ne jugeait pas « la partie perdue ».
1. Discours de lord Liverpool k U Chambre des Lords, séance d« n mai lâl5.
?. Caulaincourt à Napoléon, 3 mars, 18 mars, et Metternich .. Caulalncoirt, W iuars, iH mars. Arch. des Aifaires étrangères, fonds France, 66S.
Ihmiig-ny repartit sans le contre -projet, et le 10 mars, le duc de Viccnco dut se présenter au congrès ^l'ayant à faire aucune proposition nouvelle. Pour remplir la séance, il donna lecture d'un long Mémoire sur la question. Il y établissait que le projet des Alliés était contraire à la lettre et à l'esprit des bases do Francfort: à la lettre, puisqu'on prétendait enlever à la France des territoires qu'on était convenu de lui laisser ; à l'esprit, puisque, après avoir invoqué l'équilibre européen, on voulait le détruire en plaçant la France dans un état d'infériorité vis-à-vis des autres puissances. « L'Europe, disait Caulaincourt, ne ressemble plus à ce qu elle était il y * vingt ans. » Et il rappelait que le dernier partage ûe la Pologne, la chute de la république de Venise, les traités de Tilsitt, de Vienne et d'Abo avaient donné à la Russie, à la Prusse et à l'Autriche l'équivalent des territoires que les conquêtes avaient donnés à la France et qu'on prétendait, néanmoins, lui arracher. Pour l'Angleterre, l'empire de l'Inde avait doublé sa richesse, partant sa puissance*. Caulaincourt alléguait les meilleures raisons du monde, mais il ne s'agissait pas de convaincre les Alliés, dont « le siège était fait». La déclaration du duc de Vicence était un mémorandum pour la postérité ; ce n'était pas « la réponse distincte et explicite » qu'avaient demandée les plénipotentiaires. Ils le firent très aigrement entendre, disant qu'on se moquait d'eux, que l'empereur n'avait aucune raison, après un délai de dix jours, pour ne point faire réponse à leurspropositions^ Ils se disposaient à lever la séance lorsque Caulaincourt, craignant do voir
1. Protocole de la séance du 10 mars. — Cette déclaration ayait été rédigée d'après les idées dofiuées par l'empereur daas une Note de Jouarre, 2 mars. lyorr^spondance, 21 117.
2. Caulaincourt à Napoléon, Cbâtillon, 11 mars. Arch. des AiTaireb étrfto* (ères, fonds France, 668.
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rompre les négociations, déclara que l'empereuiî des Français était prêt à renoncer à tout protectorat sur les pays situés hors de France et à reconnaître l'inJépendance de rEspao:ne, d? Tltalic, de h Suisso, de l'Allemagne, de la Hollande. A vrai dire, ce n'étaient point là des concessions, car bien que le duc de Vicence ne les eût point encore formulées, personne ne doutait parmi les plénipotentiaires qu'il ne fût tout disposé à les faire. Cependant, on était assez inquiet chez les Alliés. L'état -major était sans nouvelles de Bliicher et, après avoir rejeté Macdonald au delà delà Seine, Schwarzenberg n'osait plus avancer *. Les plénipotentiaires, jugeant que ce n'était pas l'heure de brusquer les choses, reprireilt leur calme et décidèrent qu'une autre séance aurait lieu le 13 mars. Mais il semblait que ce dût être la dernière*.
Lettre de Schv.irsenberg, 12 nutn, citée par Thielen, Fetdzvg der ^er' i.'etea He^re Europas 18M, 243.
2. Caulaiocourt k Napoléoa, Chàtillon, II mars. Cf. Protocole de laséanc* i3 10 mars. Arch. des Aifauea Atrai^rtr— . foadt Fraaca, âôS.