Plotho, m, 352; Bogdauowiuch
bataillons de landwehr prenaient trancjuillement leur repas. Nombre de Prussiens furent sabrés avant de pouvoir saisir leurs armes ; les autres formés en carrés gagnèrent Orme, où ils se retranchèrent derrière les murailles du cimetière. Dans cette position, ils défiaient les charges des cavaliers, mais ayant bientôt vu déboucher l'infanterie de Ricard, ils se rendirent à discrétion. La résistance ne fut pas plus sérieuse, dans les autres villages, à Gueux où le général Jagow s'échappa sur un cheval non sellé, à Tillois où des fantassins, surpris au lit, combattirent nu-pieds et en chemise, raconte Bogdanowitsch. Les têtes de colonnes françaises purent ainsi s'avancer presque sans coup férir jusqu'à trois kilomètres de Reims. Là, Marmont fit faire halte, conformément aux instructions de l'empereur*.
Les fuyards annoncent à Saint-Priest l'approche de l'armée française. 11 reste incrédule. C'est une fausse alerte, un hurrah de partisans. Sa sécurité est complète, et il ne donne aucun ordre pour une concentration. Entre une heure et deux heures de raprès-midi, le général daigne sortir de Reims, et distinguant des canons sur le front des Français, il se décide à faire prendre position à ses troupes en avant de la ville. Immobilisé par l'attente de l'empereur, Marmont laissa les Russes et les Prussiens couronner les hauteurs de Sai nte-Gene viève et s'y former sur deux lignes, la droite appuyée à la Vesle et à Tinqueux, la gauche s'étendant vers la Basse-Muire, la cavalerie couvrant les deux ailes. Si le comte de Saint-Priest eût cru à une attaque de Napoléon, il se fût dérobé, car il avait tout le temps pour se replier sur Berry-au-Bac ou
1. Sébftstiani à Barthier, Oaacheri», 13 mars, I h*ar« et quart. Arch. d« la gTieiT«. J/vmotrw de Marmont, VI, tl6; Mémoiret de Ségur, VII, 13, 14; Bogdanowitsch, I, 364. Registre de Berthier (à Maroiont, SoisaoBi, It B4rs, • heure* da aoir). Arch. de la gtterre.
sur Châlons; mais abusé par l'inaction de Marmont, ils'imag-inaque les Français ne comptaient que quelques ûiilliers d'hommes. Lui en avait quicze mille : ou l'ordre qu'il adoptait imposerait à cette poignée de soldats, ou ils se commettraient à une action et ils y seraient écrasés, Un deslieutenanls de Saint-Priest, moins aveuglé que son général en chef, lui ayant demandé par oh l'on se replierait au cas où l'on aurait affaire à Napoléon, il répondit avec un à-propos tout français : « — Eh! Monsieur, pourquoi songer à nous retirer puisque nous pourrons nous faire tuer* ! »
L'empereur arriva sur le terrain vers quatre heures. Il comptait tourner la position; mais voyant que la droite de l'ennemi s'appuyait à la Vesle, dont les ponts étaient coupés, et que sa gauche s'étendait fort au loin, il se décida à une attaque de front. Les masses russes et prussiennes ébranlées par une violente canonnade, l'infanterie de Marmont s'avança en deux colonnes des deux côtés de la chaussée. Les lanciers et les cuirassiers de Merlin et de Bordesouile, les chevau-légers et les gardes d'honneur de Colbert et de Defrance marchaient sur les ailes. Ney, Priant et Exelmans demeurèrent en réserve ^ Au nombre des assaillants, et plus encore à la vigueur de l'attaque, le comte de Saint-Priest jugea que Napoléon était présent. Il commençait à donner des ordres pour la retraite, lorsqu'il fut atteint mortellement par un éclat de grenade qui lui brisa l'épaule. Russes et Prussiens, restés sans chef et serrés de près, lâchent