‹ 1814Chapitre 79 sur 178 · Bogdanowitsch, Geschichte des Feldzugs 1814, I · texte numérisé non relu

Bogdanowitsch, Geschichte des Feldzugs 1814, I

2. Mém. de Marmont, Vl, 217; Mcm. de Si'gur, VII, IG; Moniteur, 16 mars.

3. D'après Bogdanowitsch(l, 317), le général Pantschulidsew.le plus ancien en grade, s'était blessé le matin, et le géuéral Emmanuel était ailé lui-même au fort du combat le chercher dans Reims, — singulière façon d'agir, assurément! Ainsi Jago-w restait seul à la gauche, ne recevant plus d'ordres et hésitant à en donner. — Selon les rpppons russes, Saint-Priest mourut k LaoQ ou il av-'ùt été transporté.

pied en désordre et se replient sur le faubourg de Vesles. Le 3® régiment de gardes d'honneur, le général Philippe de Ségur à sa tète, les y pousse et les y devance. Les gardes enlèvent une batterie, passent sur le ventre à un carré, et refoulent huit cents cavaliers, précipitant les uns dans les fossés de Reims, écrasant les autres contre la porte de ville. Euxmêmes sont arrêtés par l'obstacle. Ils ne peuvent ni avancer ni reculer, pris entre le feu des tirailleurs postés sur les remparts et celui des masses russes qui battent en retraite, et qu'ils ont coupées et dépassées dans cette charge magnifique et folle. Le général de Ségur se voit avec soixante hommes, — car il a été suivi par un seul escadron', que le plomb a réduit de moitié, — au milieu de trois mille ennemis. Les gardes d'honneur se défendent désespérément. Atteint d'une balle à bout portant et de deux coups de baïonnette, ^L'gur parvient à se réfugier dans une masure en ruines; il évite ainsi de rendre aux Russes son épée ensanglantée'.

La nuit était venue. L'infanterie de Marmont enleva le faubourg, mais ni la sape ni le canon ne purent avoir raison de la maudite porte, une grille appuyée à un épaulement et couverte par un tambour de terre. On se battit là jusque passé onze heures. Pendant ces assauts, que soutenaient cinq régimontj russes, le reste des troupes ennemies évacua la ville

1. Les antres escadrons da 3* régiment n'avaient pa percer à la suite du

premier les masses russes qui s'eiaiaat aussitôt reformées. Ségur accuse Burdesoalle d être r«>sie immobile au lien d'appuyer avec ses IdUO s bres la charge des gardes d'houiienr.

2. Mémoires de Séqur.SVL, 18-27. Cf. Mémoires de Marmont, VI, 215;.tfoniteurda 16 mars. — O'après Marmont, le gênerai de Ségur aurait été fait prisonnier et échangé le lendemain. Bien que Ségur, toujours éloquent, ne soit pas toujours exact, son témoignage doit primer dans cette circonstance celui du dac de Raguse, d'autant que le brave général donne des dt^tails sur le bivouac de l'empereur dans la nuit, détails couùrmés par Coignet, et qu« naturellement Ségur n'aurait pu voir s'il eût été prisonnier.

par les routes de Neufchâtel et de Berry-au-Bac, où elles eurent à repousser les charges de la cavalerie française*. Enfiévré par l'impatience, l'empereur se promenait autour d'un feu de bivouac, à quelques pas du faubourg. Il avait voulu prendre au filet dans Reims toutes les troupes de Saint-Priest, et il comprenait que la plupart s'échappaient*. Vers minuit, on pénétra enfin dans la ville où le combat continua jusqu'à deux heures du matin. L'empereur entra après les premières troupes d'infanterie, au milieu des cuirassiers de BordesouUe, qui passaient au grand trot pour sabrer les Russes en retraite dans les rues. Soudain, dominant les détonations de la fusillade et le bruit des chevaux sur les pavés, éclatent mille cris de : Vive l'empereur! Toutes les fenêtres s'éclairent. Ce sont les habitants do Reims qui illuminent pour la victoire de Napoléon pendant qu'elle s'achève. « Ce n'étaient que lumières, dit le capitaine Coignet; on aurait pu ramasser une aiguille. » La foule s'amasse autour do l'empereur et le conduit en triomphe à l'hôtel de ville, où parmi les notables il reconnaît le général Corbineau, resté déguisé dans la ville après l'entrée des Russes '.

Le lendemain matin, l'empereur fit appeler Marmont qu'il n'avait point revu depuis le désastre d'Alhies. Dans son rapport, le maréchal avait tenté de se disculper; mais les faits étaient là qui le condamnaient. Dès que Napoléon l'aperçut, il s'emporta en reproches qui, dit Fain, « n'entrèrent peut-être que trop avant dans le cœur du maréchal ». Bientôt les sentiments que l'empereur avait toujours portés à son ancien aide de camp reprirent le dessus, et il lui

1. Mémoire» de Marmont, VI, 218; Rapports du général Pantschalidsew à Wolkousky. 15 mars, cités par Bogdanowitsch, I, 366, 368; Plotho, IIl, 335,

2. Mémoires de Ségur, VII, 28-29 ; Cahiers du capitaine Coignet, 376-377.

3. Coignet, 378 ; K.och, I, Ul ; Fain, 17&-176 ; Bogdanowitsch. 1, 36&

^arla « comme un maître dans l'art de la guerre qui relève les fautes d'un de ses élèves de prédilection ». li finit pai le retenir à sa table'. Au reste, la conduite de Marmont dans le combat de Reims, où ses troupes seules et la cavalerie de Colbert et de Defrance avaient été engagées, méritait qu'on oubliât, pour ce jour-là du moins, sa coupable négligence à Athies. C'était une victoire complète; quatre mille fantassins et quatre mille cavaliers avaient culbuté quinze mille ennemis et leur avaient pris une ville, enlevé douze canons, fait plus de trois mille prisonniers, tué ou blessé plus de trois mille hommes. Les Français n'avaient perdu que sept cents combattants'.

La prise de Reims, qui était d'ailleurs d'une haute importance stratégique puisqu'en occupant cette ville l'empereurs'établissaitsur la ligne de communication des deux armées ennemies, eut un très grand effet moral. Non seulement la victoire du 13 mars raffermit les courages et fit renaître les espérances paiini les troupes françaises, mais les Coalisés en furent déconcertés et terrifiés. Cette armée de Napoléon, que Rliicher disait avoir anéantie, venait avec la rapidité de la foudre écraser le corps de Saint-Priest et mena--

1. Fain, 176. Cf. Mémoires de Marmont, VI, 218. — Marmont ne parle natarelleitient pas des reproches de Napoléon. Il dit seulement qn'il vit l'empereur le U dans la matinée et qu'ils causèrent de dispositions générales pour la suite de la campagne. D'après une tradition, Marmont se serait jeté aux genoux de l'empereur. Le récit de Fain est le plus vraisemblable.

2. Cf. Rapport de Lallemend à Berthier, Keims, Il mars. Arch. de la guerre. Registre de Larrey; Bogdanowilsch, I, 369; Schels, XII, 2* partie, I49; Plotho, 111,356; Correspondance de XapoUon, 21478; Moniteur da 16 mars. — D'après le Moniteur, on aurait pris 22 canons et fait 5 000 prisonniers en ne perdant pas 100 hommes. Les auteurs russes et allemands avouent plus d« 23C0 tute ou blessés, et quatre bataillons entièrement prisonniers dès le début de l'action, sans cotiiptr^r les prisonniers faits pendant la bataille et la retraite.

L'empereur atfecia d'être particulièrement frappé de la mort du tranatuge Saiot-Hriest, tombé, comme Moreau à Dresde, sous un boulet français. • Le gênera' Saint-Priest, écrivit-il le 14 mars au roi Joseph, a été blessé mortellement: on l'a amputé d'une ctiisse. Ce qu'il y a de remarquable, c'est ^ue Salut- l'riest a été ble&sé par le même pointear qui a tué le général Moreau. Cest le cas de dire : O Providence ! A Providence ! > Le Moniteur

ce-r de ses coups le flanc des Austro-Russes. La Franco enfantait-elle donc sans cesse de nouveaux bataillons, ou ces grenadiers et ces dragons s'élaient-ils par miracle relevés du champ de carnage?

Bliicher fut le premier à s'elfrayer. Après avoir perdu les deux jours qui avaient suivi la bataille de Laon, il s'était enfin décidé à profiter de sa peu glorieuse victoire. Le 13 mars, toutes les troupes reprirent l'offensive. Sacken s'avança sur Soissons, York sur Berry-au-Bac,KleistsurPontavaire,BulowsurNoyoa et Compiègne. Un engagement assez vif eut lieu à Crouy entre les Russes et une division de Mortier, qui couvrait Soissons'. Mais le lendemain, 14 mars, Bliicher à la nouvelle de la reprise de Reims rappela ces différents corps, qui se concentrèrent entre Laon et Corbény^ L'ordre de retraite ne parvint pas à temps à l'avant-garde de Biilow^ qui arriva sous les murs de Compiègne. Au reste, elle ne tarda pas non plus à regagner Laon. Sommé de se rendre, le major Otenin, commandant de Compiègne, avait fait au parlementaire cette courte réponse oii l'ironie française s'allie à la fermeté Spartiate : « Je rendrai la place quand Sa Majesté l'empereur Napoléon m'en aura donné l'ordre^ »

A demiavauglé par l'ophtalmie, brûlé et affaibli pcir une fièvre ardente, le feld-maréchal Bliicher craignait

du 16 mars mentionna ce fait prétendu providentiel. Seulement, le comité ingtitué pour la surveillance et la rédaction des journaux, jugeant sans doute que « le même pointeur » était trop dire, fit mettre : « la même batterie ».

1. Ordre de Bliicher, Laon, 12 mars, cité par Plotho, III, 351 ; Muftling, Aui meinem Leben. 146; C. de W., II, 120; Rejïistre de Belliard (U mars); Mortier à Berthier, Soissons, 14 mars. Arch. de la gut-rre.

2. Ordre de Bliicher, Laon, 14 mars, cité parPloiho, 111,355: Bogdanowitsch, n, 101 ; Schels, I, 220. Registre de Belliard (16 mars) ; Mortier à Berthier, Soissons, 16 mars. Arch. de la guerre. — « L'ennemi, écrit Mortier, mo paraît en pleine retraite et se retire sur Laon. »

?.. Rapports d'Otenin, Compiègne, 13 et 16 mars. Arch. de la guerre, et Arch. liât., Al<\ IV, 1670. ■ - Ce brave officier fut tué sous Compiègne, le l" »vriU dans une sortie.

tout. Il crai£:nait — et Gneiscnau, Biilow, Langeron. craignaient comme lui — , so't une reprise d'attaque de Napoléon par Berry-au-Bac, soit un mouvement sur ses derrières par Kelhel et Mo>itcornet, car le bruit courait chez les Alliés que les garnisons des places fortes étaient en route pour rejoindre l'armée impériale *. « Ce terrible Napoléon, dit Langeron, on croyait le voir partout. Il nous avait tous battus, les uns après les autres; nous craignions toujours l'audace de ses entreprises, la rapidité de ses marches et ses combinaisons savantes. A peine avait-on conçu un plan qu'il était déjoué par lui *. »

Bliicher redoutait aussi une levée en masse des paysans, appelés aux armes par les décrets de Fismes*. En vain, il avait répondu à ces décrets par des pillages en règle, par l'incendie du village d'Athies,

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