RETOUR OFFENSIF DE NAPOLEON SUR L'AUBE
Quand Napoléon s'était mis en marche, le 27 février, à la suite de Blùcher, le plan de toute la campagne était arrêté dans son esprit. Il écrasait l'armée de Silésie et en dispersait les débris au delà des sources de rOise, puis se portant vers les places fortes du Nord- Est, dont il ralliait les garnisons, il se rabattait avec dix mille sabres et quarante mille baïonnettes sur les derrières de la grande armée, engagée de front contre Macdonald et inquiétée sur son flanc gauche par Augereau '. Ce plan d'une si belle conception stratégique n'était pas impossible à exécuter pourvu qu'on eût un peu de bonheur. Mais tout avait tourné contre Napoléon. La capitulation de Soissons avait sauvé Blucher, et la tenace résistance de l'armée de Silésie à Craonno et à Laon, comme la retraite de Macdonald sur Provins et la retraite d'Augereau sur Lyon, rendaient désormais ce hardi mouvement plus que hasar-
1. Correxpondanee de Napoléon, 21420, 11426, 21427, 21448. 21449, 21450, 21457, 21458; Registre de Bertbier (à Macdonald et k Oudinot, 6 mars); Clarke à Augereau, 13. 18, 22 février Arch. de la guerre.
L'empereur avait comliiné ce plan dès le 15 février, après la victoire d» Vauchauips. mais la mar-jhe niRtiaçante de Schwarzenberg ▼••ra Paris lai en avMt lait ajourner l'exécution. {Corrtipondance d* Nm>oUon, SI 281 J
deux. Avant que l'empereur ne fût arrivé près de ses places fortes et qu'il n'eût rallié des renforts, la grande armée refoulant le corps de Macdonald et l'armée rie Silésie refoulant le corps de Mortier n'auraient-elles pas marché de concert sur Paris, et quand il eût commencé son mouvement offensif dans le dos des Austro-Russes, déjà Paris ne serait-il pas au pouvoir des Coalisés? Napoléon connaissait la prudence de Schwarzenberg ; il était certain que ce timide guerrier n'oserait point, Bliicher battu, s'aventurer seul sur la route de Paris*. Mais Blûcher sinon vainqueur du moins invaincu, les choses en iraient différemment. Schwarzenberg, sachant Napoléon au delà de laMeuse, pouvait combiner un mouvementavec Bliicher et marcher rapidement sur Paris, au risque même de livrer sa ligne de communication. L'empereur se vit donc dans la nécessité d'abandonner temporairement son plan. Il importait qu'il restât derrière l'Aisne, position où il contenait Bliicher, oii il imposait à Schwarzenberg et où il n'était éloigné de Paris que de deux fortes étapes. Le 40 mars, il écrivait au roi Joseph : « ... Jusqu'à ce que j'aie pu engager l'armée de Silésie dans une affaire qui la compromette, il est difficile que je me porte ailleurs'.»
La reprise de Reims qui dans la pensée de l'empereur — et l'on sait combien ses prévisions furent justifiées — devait intimider et Bliicher et Schwarzenberg^, modifia ses idées et le fit penser de nouveau à son projet primitif. Ce plan redevenait praticable à condition de le modifier un peu. La grande
1. « Schwarzenberg paraît craindre de se compromettre en passant la Seine. » Correspondance de Napoléon, 21460.