Correspondance de Napoléon
3. Correspondance de Napoléon, 21507, 21508. On a vu (« 1814 », 268-276) que tes Heu<i cr'néea «'étaient subitemeni arrêtées à la nouvelle de la reprise de Reims
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armée menaçait Paris de trop près, les dépêches de MacdonalJ en avertissaient l'empereur, pour qu'il n'y eût point péril à laisser les ducs de Tarenle et de Rcffgio aux prises avec ces masses jusqu'au jour où l'on aurait rallié les garnisons des places fortes. Mais ne pouvait-on pas surprendre Schwarzenberg dans ses opérations, battre séparément un ou deux de ses corps d'armée, et, les Austro-Russes en retraite, se porter alors sur la Lorraine '? Dès la matinée du 14 mars, c'est-à-dire moins de huit heures après son entrée à Reims, l'empereur s'arrêta à l'idée d'un louvemenl contre Schwarzenberg; mais jusqu'au 17, il resta indécis sur le point où il l'attaquerait. Marcherait-il vers Provins ou vers Meaux, de façon à se réunir au corps de Macdonald et à combattre l'ennemi de front; ou se dirigerait-il par Fëre-Cliampenoise et Arcis-sur-Aube, sur Méry ou sur Troyes, afin de prendre les Austro-Russes de liane ou à revers? Dans
1. Corretpondanee de ffap^Uitn, tISAA; Fain, \%\-\n ; Mfmnir«$ de iîarml, VI, 319-3iO. — Afln d'ouvrir la route à Tarmée et de la couvrir sur son me gauche, Colbert fat envoyé à Epernaj et Ney à Chàlons. En ntëina ' nps l'empereur réitéra' aux gouverceiirs des places fortes l'ordre de -eadre la campagne et de manoeuvrer Je façon à le rejoindre. Dans la atiuée du 15, Napoléon exposa son plan au duc de Ravise. Registre de Tthier (ordres à Ney, à Colbert, à Durutte, à Morand, à Merle, etc., 14 et ' mars). Arch. de la guerre et M-'-moire» de Jlirmonl, VI, 319-320 : « L'em- ->rear me dit qu'il voulait après avoir combattu l'armée autrichienne se tar sur les places, prendre presque toutes les garnisons avec lui et maeuvrer «ur les derrières de l'ennemi. Pendant ce temps, il me laisserait 1 avant de Paris et me cbarj^eraic de défendre la capitale. Je lui repré- 'ntai que le rôle contraire me paraissait plus convenable. La défense de aris exigeait le concours de pouvoirs civils dont lui seul pouvait faira -âge. Sa présence à Paris et son action immédiate valaient ane armée, ' indis que moi Je n'y comptaia que par le nombre de mes soldats. Il devait donc prendre pour lui le rôle défensif et me laisser le rôle offeosif. > Excellents au point de vue politique, les arguments du duc de Ra^^use étaient ' Tt d-scntables au point de vue militaire. Un mouvement sur les derrières ■ l'enuemi ne pouvait avoir d'action décisive que s'il étaii exécuté par Napoléon en personne. Tout habile man>;Buvrier qu'était Marmont, il n'avaitni la hardiesse nécessaire à une pareille opération ni surtout l^^re-iti^e qu'il fallaii'^pour la faire réussir en terrillant l'ennemi. Saca doute la pré- ■^ence de Napoléon eût été fort utile à Paris; mais comme l'empereur ne pouvait se dédoubler, tlavaità ae porter sur le point oà il était indispensable.
Topinion de l'empereur, le premier projet était « le plus sûr». Napoléon choisit le second, comme étant « le plus hardi* ».
Le maréchal Ney qui, le 15 mars, était entré presque sans coup férir à Châlons, où il avait trouvé des magasins ennemis considérables ^ reçut l'ordre de
1 . Correspondance de Napoléon, 21 506. — Cette très curieuse note, dictée au colonel Atthalin le 17 mars à Reiras, témoigne de l'hésitation de l'empereur et indique que du 14 au matin, jour où il se décida à attaquer les Kui'ro-Russes, jusqu'au 17, jour où il se mit en marche, il balançait sur le parti à prendre. Certe note a échappé aux historiens. Ils ne paraissent pas se douter que Napoléon a eu l'idée d'une marche sur Meaux, mouvement qui dans l'hypothèse probable d'une victoire de Schwarzenberg eût rejeté l'empereur sur Paris le 24 ou le 25 mars et eût par conséquent complètement, et peut-être heureusement, modifié la dernière phase de la campagne de France. Napoléon dit expressément que le projet de se porter sur Meaux « est le plus sûr » parce qu'il « mène à tire-d'aile sur Paris ».
Fain (p. 177) dit, et les historiens répètent d'après lui, que la halte de trois jours à Reims était nécessitée par le repos qu'il fallait donner aux troupes. Les troupes, il est vrai, avaient besoin de repos. Cela n'empêcha pas que Ney, Marinont, Colbert et Defrance se mirent en marche dès l'après-midi du 14. Ce qui explique la halte à Reiras, ce sont les hésitations bien naturelles de l'empereur. S'il eût pris une décision le J4, il eût assurément commencé le mouvement le 15, et il n'est pas douteux que les choses en fussent mieux allées. Comme on le verra plus loin, si Napoléon fût arrivé sur l'Aube deux jours plus tôt, c'est-à-dire le 18 en place du 20, jl fût tombé sur l'armée de Bohême en pleine dislocation au lieu de se heurter à ses masses réunies.
2. Ney à Berthier, Châlons, 11 mars, 8 heures du soir. Arch. de la guerre. État des denrées trouvées à Châlons, 18 mars. Arch. nat., AF. rv, 1670. — 80000 rations de biscuit, 14C0O rations de pain, 687 quintaux de farine, 3000 livres de viande sur pied, 80000 bouteilles de vin, 27 000 bottes de foin, etc., etc.
C'est pendant son court séjour à Châlons, où il fut reçu avec enthousiasme, aux cris de: Vive l'empereur! et à la clarté des illuminations, que Ney, sollicita par Beribier, de la part de Napoléon, de faire une proclamation aux Alsaciens et aux Lorraius pour leur annoncer la prochaine arrivée de l'empereur, répondit cette lettre au major général : « Votre Altesse avant de me transmettre cet ordre aurait pu faire observer à Sa Majesté qu'une proclamation de cette importance et de laquelle elle attend les plus grands résultats ne doit être faite que par l'empereur lui-même. En effet, quelque élevé que soit le rang que j'occupe (Jaus l'armée, que pourrait-on espérer d'un appel fait par moi à des peuples accoutumés depuis longtemps à ne répondre qu'^ la voix de leur souverain? Si j'avais sous mes ordres un corps assez considérable pour que l'empereur jugeât convenable de me laisser seul etlibre de mes actions, l'éloigneiiieu! ou j, serais de Sa Majesté me forcerait peut-être à employer ce moyen pour prévenir do mon arrivée prochaine les habitants que je serais en mesure de délivrer de la présence de l'ennemi. Mais ce cas excepté, il me senililo qu'il n'appariient qu'à l'empereur de prévenir de ses intentions les provinces qu'il veut secourir. » 16 mars. Arch. de la guerre. Cf. Registre de lieitiiier (à Ney, 16 mars). — Cette lettre, qui est d'ailleurs pleine de sens et
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marchersurArcis.il fut prescrit au général Berckheim, qui était à Fismes avec la division des escadrons réunis, de rallier l'armée à Fère-Champenoise. Enfin de nouvelles instructions furent envoyées à Marmont et à Mortier. Ils devaient, s'appuyant sur Reims et sur Soissons, faire tous leurs efforts pour contenir Blûcher derrière l'Aisne ; s'ils n'y réussissaient point, ils se replieraient vers Paris en disputant le chemin de position en position. Les maréchaux avaient, à eux deux, plus de vingt mille hommes y compris les garnisons de Soissons et de Reims. Comme le plus ancien en grade, Mortier fut investi du commandement des deux corps d'armée, mais Berthier écrivit corfidontiellement à Marmont : «... L'empereur a confiance dans vos talents; dirigez les mouvements, mais ayez l'air de vous concerter avec le duc de Trévise plutôt que d'avoir la direction supérieure. C'est un objet de tact qui ne vous échappera point'.»
Rassuré, au moins pour quelques jours, sur les entreprises de Blucher, l'empereur quitta Reims le 17 mars avec sa vieille garde — citadelle mouvante toujours attachée à ses pas, — les deux divisions de
d'élévation, démontre que jamais Napoléon n'a eu Tintention d'envoyer Nev en partisan en Lorraine; c'est Ney, au contraire, qui proposait très vaguement qu'on lui donnât ce rôle. Mais an quartier impérial, il n'était question ".e de lui faire écrire une proclamation.
1. Registre de Berthier (à Marmont et à Mortier, Reims et Épernay, ' mars). Arch. de la guerre.
Effectifs. Marmont : Divisions Ricard, Lagrange et Arrighi : 4 000 hommes;
i Valérie de Bordesoulle : 1800 — Mortier : divisions Christiani, Charpen-
r et Cariai (ces deux dernières divisions formées des débris des divisions
arpentier, Boyer de Rebeval, Curial et Meunier) : 8500; dragons de Rous-
1 ; 1880; cavalerie légère de Grouvel : 600. — Garnison de Soissons, 2800,
-nison de Reims, 1500. Total: 21080 hommes, portés le 17 mars »
15 10 hommes par l'arrivée à Soissons du 7* de marche de cavalerie, qui M
^ rejoindre la division des escadrons reunis et resta avec Belliard. Cf. Situ».
ns des 15 et 20 mars. Arch. de la guerre. Situation de Belliard, 14 er
mars. Arch. nat., A F. iv, 1667. Correipondance de Napo!con. 21475
•gistie de Berthier (à Mortier. Soissons, 12 mars), (lénéral Bongard kClarke,
mars: Mortier k Berthier, 17 mars. Rapport du commaiidaat Uérard k
c.arke, Soi&itoas, 20 mors. Arch. de la guerre.
cavalerie de la garde de Letort et d'Exelmans et la réserve d'artillerie. Celte poignée d'hommes allait d'ailleurs se grossir dans la route. L'empereur devait rallier A Epernay les lanciers et les chevau-lé;^crs de Colhert et à Fère-Champonoise los escadrons rr unis de Berckheim. Ney marchait de Châlons vers l'Aube parallèlement à la garde, avec la brigade Rousseau, le régiment de la Vislule, la division de troupes fraîches de Janssens arrivée de Mézières et les gardes d'honneur de Defrance. Enfin le général Lcfebvre- Desnoëttes amenait de Paris une assez forte colonne d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie *. Si ces diflerenls détachements rejoignaient à point, les forces de l'empereur seraient portées à quinze mille baïonnettes et à huit mille sabres ^ C'était avec vingt trois mille combattants que Napoléon allait manc^uvrer contre les cent mille soldats du prince do Schwarzenberg. Il faut remarquer cependant, car hardiesse n'est pas témérité, que les Austro-Russes étaient en ce moment aux prises avec les trente mille hom-
1. Registi'e de Berthier (à Colbert, à Ney, 14 mars, à Janssens, 15 mars, à Berckheim, à Ney, etc., 17 mars). Correspondance de Napoléon, 2\ 301,21523, 21482; Ney à Berthier, 15 mars et à Béchet, 17 mars. Janssens à Berthier, Vitry, 14 mars; Clarke à Macdonald, 16 mars. Arch. de la guerre.
«. Vieille garde de Kriant et réserve d'artillerie de la garde 6800 hommes; cavalerie de la garde de Sébastian! (divisions Colbert, Kxelmaus et Letort), 4200; cavalerie de Berckheim (brigade de cavalerie légère de Curely et brigade de cuirassiers de Mouriez) : 1800; Ney : brigade Rousseau (ancienne brigade Pierre Boyer, réduite à un millier de fusils et augmentée d'un bataillon du 122* et du régiment de la Vistule) : 2 250 hommes; divisions Jans* sens: 2900 hommes; gardes d'honneur et 10* hussards : 800. Lefebvre- Desnoêttes : 4500 hommes (dont 1500 cavaliers). Total : 23 250 hommes. Situations des 15 et 16 mars. Arch. de la guerre et .A.rch. nat. AK. iv, 1670; Registre de Berthier(k Ney et à Minier, Soissurrs, 12 mar8).Cur.^ly à Berthier, Fismes, If mars; Janssens à Berthier, Rethel, 10 mars et Châlons. 10 mars. Arch.de la guerre. Situations de Bel iiard, 14 et 13 mars. Arch. nat., AK. iv. 1667.
Il faut toujours pour les etfectit's prendre l'évaluaiioa la plus basse. Ainsi nous ne portons qu'à 1 000 chevaux la brigade Curely (d'après sa lettre à Berthier, Kismes, 15 mars), tandis que dans ses Mémoires ce général la porte à 1 600. Nous ne donnons à Janssens que 2900 hommes (d'après la lettre de Viitry, 14 mars), tandis qu'il dit : 3 250 hommes dans sa lettre de Châlons, 16 mars, et que Napoléon {Correspondance, 21483) dit : 4000 hommes, etc.
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mes de Macdonald *, qui avait l'ordre de disputer le terrain pied à pied et qui, averti du mouvement de l'empereur, se disposait à reprendre l'ofTensive *.
Le 17 mars, l'empereur coucha à hpernay. Les braves habitants de celle pclito ville reçurent Napoléon comme ils l'eussent fait aux beaux jours de 1807 . Leur enthousiasme ne se borna pas à des acclamations. Ils ouvrirent toutes grandes leurs caves, trésor que leur vaillance avait jusque-là sauvé du pillage *, et, raconte le baron Fain, « pendant quelques heures le vin de Champagne fit oublier aux soldats leurs faligues et aux généraux leurs inquiétudes ».
Le 18 mars, la garde se mit en marche au petit jour dans la direction de Fère-Champenoise, tandis que le corps du maréchal Ney, formant la colonne de gauche, s'avançait de Châlons sur iMailly. Dans l'après-midi la cavalerie de Sébastiani repoussa jusqu'au delà d'IIerbisse les Cosaques do Kaizarow, qui couvraient le flanc
1. Lm l» corp«, 7» corps et 11» corps, at les t«, 5* et 6* corps d« caTaleris •vai»!ntle 23 févrieruD effectif de 43 600bon)naes(Toir ■ 1814 •. p.81). Le départ de la brigade Pierre Boyer, les pertes subies à Bar-sur-Aube, la Ferié-sur- Aube, Laubresseil, Troyes, etc., les maladies et les désertions avaient réduit cette armée le 10 mars k 32 250 hommes dont le total se décomposait aiasi : «•corps (Gérard), 4900:7» corps (Oudinot), 11200; M* corps (Mclilor), 7 700; f corps de cavalerie Saint-Germain), 20O0; 5* corps (Milhaud, 3 250 ; 6* corps (Valmy), 3200. (Situations des 5, 7, 10 et 12 mars. Arch. de la gnerre.) — En admettant 2000 hommes de pertes du 10 au 17 mars, on troave encore environ I 90000 hommes.
] l. Correspondance de Napoléon. 21507, 21508; Clarke à Macdonald, 16 et ! 17 mars; Berthier à Tareote, Reims, 17 mars. Ordres et lettres de Macdo- ' aald, 17 et 18 mars. Arch. de la guerre.
3. Le 11 février la garde nationale avait repoussé un parti de Cosaques; ; les Russes étaient revenus plus nombreux le lendemain, sommant les habita-ts de se rendre. Ceux-ci dirent qu'ils étaient en forces et qu'ils se draient à outrance. Les Alliés, intimidés, conclurent une sorte de contn, eu vertu de laquelle ils n'entreraient point en ville pourvu que les ;int8 satisâssent aux réquisitions. Cette convention avait été obs»^vée rt et d'autre jusqu'à Tarrivée du général Colbert, le 15 mars. Beaups. Campagne de 1814, U. 108-109. Quelques jours plus tard, le irs, les citoyens d'Épernay, Moôt, le maire, à leur tét«», devaient encore imment seconder le général Vincent dans U défense de la ville. Beaucoup combattirent avec des faux et des foorcbea. Vincent à Berthier, £p«r« I B*^, SI mju^s. Arch. de Ut guerre.
de l'armée de Bohême, et les gardes d'honneur de Defrance chassèrent vers Arcis les uhlans du général Frimont. Le soir, la vieille garde et la division Berckheim cantonnèrent à Fère-Champenoise, la cavalerie de la garde occupa Semoine, Gourganson et Herbisse, le corps de Ney s'établit autour de Mailly *.
A Fère, l'empereur apprit que le congrès de Châtillon était au moment de se rompre ^ A l'heure où Rumigny lui remit la lettre de Caulaincourt, les négociations devaient même être regardées comme définitivement rompues. Le 13 mars, une nouvelle conférence avait eu lieu. Les ministres alliés se montrant de moins en moins accommodants, car ils savaient la victoire de Blûcher, exigeaient impérieusement une réponse catégorique. Quelques-uns même demandaient que le congrès fût clos sur-le-champ, puisque la réponse du duc de Vicence n'était point satisfaisante ^ Caulaincourt obtint un délai de trente-six heures, mais il ne se dissimula pas que c'étaient des heures de grâce. Il rendit compte à l'empereur des deux séances de la journée et termina sa lettre par ces mots : « On m'affirme que les ordres des cours alliées sont précis, que la déclaration pour rompre est toute prête et qu'elle me sera remise si je ne me décide pas à répondre... Je donnerai un contre-projet, mais ce sera toujours les bases de Francfort sous une autre forme... Si nous ne cédons pas, il faut renoncer à négocier *. » Le délai si difficilement accordé étant
1. Ordres oe Ney. Châlons, 17 mars, et Ney à Berthier, Mailly, 18 mars 7 heures du soir. Arcli. de la guerre.
2. Fain, 185. — Rumigny était porteur soit de la lettre de Caulaincourt du 13 mars, soit de celle du 17, toutes deux d'ailleurs analogues. (Arch. des affaires étranp-ères, fonds France, 668.) A en juger par la distance à parcourir de Chàtillon à Fère, il semble que Rumigny dût remettre la dépèche du 17, mais ou ne sait quels détours il eut à faire, quels recards il sul>it.
3. Caulainco'.irt à Napoléon. Châtillnn, 13 mars. 7 heures du soir; et protocole de la séance du 13. Arch. des aiîaires étraugsres, fonds France, 668,
A. Caulaincourt à Napoléon, 13 mars, 11 heures du soir.
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expiré, el Caulamcourt n'ayant rien reçu du quartier impérial, sinon une dépêche de Bassano qa: le trompait sur la gravité de la bataille de Laon', le plénipotentiaire français dut, le 15 mars, présenter un conlrejiojet rédigé dans l'esprit dune Note de l'empereur i!ii 2 mars, c'est-à-dire s'écartant fort peu des bases de Francfort '. Les Alliés écoutèrent celte lecture avec un silence glacial. Sans consentir à aucune discussion, ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient, dans cette séance, faire une réponse quelconque à la pièce qui venait de leur être lue, et qu'ils se réservaient de proposer au plénipotentiaire français une conférence ultérieure '. A l'attitude des ministres de la Coalition, Caulaincourt jugea qu'ils n'entreraient pas plus en discussion dans la prochaine séance que dans celle-ci, et qu'ils prendraient prétexte de son contre-projet pour déclarer les négociations terminées et leurs pouvoirs éteints. Le seul moyen d'empêcher la rupture, pensait Caulaincourt, serait d'accéder, pour ainsi dire les yeux fermés, à toutes les conditions des Alliés*.
Le 17 mars. Napoléon, un peu ébranlé cependant par les adjurations de son plénipotentiaire, avait ccrit de Reims qu'il l'autorisait à faire les concessions indispensables pour éviter la rupture des pourparlers. Ce court billet était accompagné d'une lettre plus détaillée de Bassano, où il était question de
1. Bassano à Caulaincourt, Soissons, 11 mars. Arch. des aflaires étrangères. — Bassano parie de la bataille comme d'une artaire sans importance. « D'ailleurs, ajonte-t-U, il n'entrait pas dans les projets de Sa Majesté de porter plus loin son armée. « En edet, il n'entrait pas dans les projets de l'empereur de dépasser Laon, mais il n'j entrait pas non plus de ae faire refouler sur Soissous.
2. CorrespondoMce de Napoléon, 24 407. — Le contre-projet promis par i'Liupereur ne ftft jamais fait. Le 8 mars Bassano avait écrit à Caulaincourt: • La Note de l'empereur, du 2 mars, renferme les matériaux du contreprojet. • Caulaincourt s'inspira en effet de cette Note tout à fait insuffisante, comjiie contre-projet, pour rédiger la pièce lue dans la séance du 15 mars.
3. Protocole de la séance du 15 mars. Caulaincourt à Napoléon, 15 mira.
4. Caolaincourt à Napoléon, 15 et 17 mars. Arch. dei aff. étraagèret.
céder Anvers', Le porteur de ces deux dépêches, l'auditeur Frochot, se vit refuser le passage à Nogent, malgré son caractère diplomatique. Allant de route en roule, promené d'avant-postes en avant-postes, il ne rejoignit le duc de Vicence que le 21 mars, quand celui-ci quiltait Châlillon où depuis deux jours tout était terminé^ Ce courrier fût-il arrivé plutôt, que sans doute les choses en eussent été de même. Les Alliés, il est vrai, étaient redovenus fort inquiets au point de vue militaire. Néanmoins ils n'auraient certainement pas consenti à modifier leur ultimatum. Caulaincourt eût-il pris sur lui de l'accepter? c'est douteux. Ce n'était pas une carte blanche^ cette lettre qui portait : « Si le projet des Alliés est leur ultimatum, nous ne pourrons pas traiter^. »
Au res*^^<j, Caulaincourt ne reçut point le courrier en temps opportun, et le 18 mars il dut se présenter à la séance sans être armé de nouvelles instructions. Comme il le craig-nait, les ministres alliés ne daignèrent pas entrer en discussion sur le contre-projet. Ils donnèrent lecture d'une longue Déclaration dans laquelle ils proclamaient leur sincérité et leur ardent désir de la paix et où ils imputaient à Napoléon le résultat négatif des conférences. « Les puissances alliées, concluaient-ils, regardent les négociations entamées à Chàtillon comme terminées par le gouvernement français* ». Sur le désir de Caulaincourt, qui jugeait
1. Correspondance de Napol>'on, 21503. Bassano à Caulaincourt, Reims 17 mars. Arch. des aff. étrangères, 668.
2. Caulaincourt à Metternich, Joignj-, 21 mars. Arch. des aff. étrangèreg Note de Ijassario, citée par Ei-nouf, Maret, duc de Bassano, 632-633.