‹ 1814Chapitre 85 sur 178 · Corretpondane* d» NapoUon,tlX8; et. ti509,tïiii · texte numérisé non relu

Corretpondane* d» NapoUon,tlX8; et. ti509,tïiii

duplicités, des trahisons, de toutes les haineuses rovauchcs des oubliés et des vaincus, il eu appelait à la Victoire. Comme à Nogent, le 9 février. Napoléon se croyait « en train de battre l'eunemi de l'œil ».

^tle grand capitaine ne s'abusait pas. De nouveaux £Oups de foudre, de nouveaux miracles lui étaient encore possibles. Sa marche vers l'Aube avait porté la panique chez les AUiés. A Troyes, où se trouvait le quartier général des souverains, tout était en désarroi, tout annonçait une retraite. Officiers et soldats disaient qu'ils étaient cernés, obliges de faire une trouée pour regagner le Rhin, que dans les Vosges les paysans se levaient en masse, que les Suisses faisant cause commune avec la France s'avançaient sous le commandement de généraux de Napoléon. Les habitants de Troyes croyaient à une rapide délivrance*. Le czar lui-môme, si confiant dans le succès final, si arrogant dans ses paroles, si inflexible dans ses instructions à ses plénipotentiaires, si acharné à la perte du violateur du Kremlin, fut littéralement bouleversé*. Il devait aller à Arcis pour suivre le mouvement de l'armée sur Villenoxe et Provins; en apprenant l'occupation de Châlons par les Français, il ne voulut pas quitter Troyes. Le prince Wolkonsky écrivit au général Toll : « Nous restons à Troyes pour ne pas être obligés d'y retourner de nouveau si Napoléon marche sur Arcis. Sa Majesté est d'avis qu'il vaut bien mieux

1. Lettrfe écrite de Troyes, 19 mars au matin. Arch. de la guerre. Cf. Bernhardi, Denkwûrdig. des Grafen von Toll, IV, 2* partie, 238-240.

2. Bernhardi.IV, 240-241. — Wilson {De la Hiisnie, 90) prétend même que le czar envoya une dépêche à Sehwarzenberg portant qu'on devait faire partir immédiatement un courrier pour Obàtillon. Il fallait, disait Alexandre, signer sans différer le traité de paix aux conditions demandées par le duc de Vicence. Cela est une légende qui a sa source dans la panique d'Ales.andre, mais ce n'est qu'une légende. Tout effrayé qu'il était, le czar pensait à la retraite, non pas àla paix. D'ailleurs, s'il avait eu Tidée de voir immédiatement le traité conclu, ce n'est pas k Pont-sur-Seiiie, où était Sehwarzenberg, que de Troyes, où il était lui-même, il eût envoyé un courrier; c'est àChâtilioa.

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alier directement de Troyes à Bar-sur-Aube que d'aller d'abord à Arcis pour retourner ensuite à Bar. En un mot, nous ne savons ce que nous avons à faire ni où nous devons aller. Je suis ici comme aux galères. Au nom du ciel, rassurez-nous*. »

Schwarzenberg- n'était pas en état de rassurer le czar. Les ordres et contre-ordres du feld-maréchal dans les journées des 16, 17, 18 et 19 mars témoignent du désarroi oii il se trouvait lui-même. Le 16 dans la soirée, comme on l'a vu, Schwarzenberg avait suspendu son mouvement offensif contre Macdonald, puis il avait donné pour le lendemain 17 la disposition suivante : « Le V* corps (Wrède) se concentrera à Arcis; le VI' corps (Rajewsky) se repliera sur Méry; le IV" corps (prince de Wurtemberg) se tiendra entre Nogent et Pont-sur-Seine; le III" corps (Gyulai) occupera Troyes; les gardes et réserves (Barclay de Tolly) resteront à Brienne '. » C'étaiJt là une retraite bien marquée. Le 17 mars, nouvel ordre pour le 18 : « Le V' corps s'avancera de TAube vers la Marne et formera son front entre Ramerupt et Allibaudière ; le Vï' corps marchera sur Charny ; le IV* et le III" corps s'échelonneront entre Pont-sur-Seine et Joigny; les gardes et réserves occuperont Pougy, Lesmoiit, Donnemont et Dommarlin. Le quartier général sera à Arcis '. » Ce n'était plus là une concentration, c'était une véritable dislocation. Schwarzenberg voulait contenir Macdonald derrière la Seine par Joigny, PontetVillenoxe, où était encore la cavalerie de Pahien *, et oflrir en même temps le combat à Napoléon

1. Wolkonsky à ToU, Troyes, 18 mars au matin, cité par 3ogdanovitsch, .1. 21.

2. Orlre de Sch^rarrenberg, Pont-snr-Seine, 16 mars, cité par Schels, Opérât, der verbùnd. Ueere geyen Paris, I, 285-2ô6.

S Ordre de Schwarzenberg, Arcis, 17 mars, cité par Plotho, UI, 316.

4. Wolkonsky à Rajewsky, Troyes, 18 mars, cité par BogdanowitscO, M tl.

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en avant de l'Aube, d'Allibaudière à Donnemtmt. Il disposait ses troupes en un immense demi-cercle dont le développement atteignait à vol d'oiseau cent trente kilomètres!

Occuper un front d'une pareille étendue, c'était donoer l'occasion à Napoléon de renouveler les victoires de Champaubert, de Montmirail et de Vauchamps, en perçant la ligne ennemie et en frappant tour à tour plusieurs corps de la grande armée. L'empereur ne pouvait espérer que les Alliés prendraient une formation si favorable au succès de sa manœuvre et au triomphe de son génie stratégique. Malheareusementleczar, qui était déjà très inquiet de l'approche de Napoléon, le devint bien davantage çuand il connut les singulières dispositions prises par ie généralissime autrichien. Depuis le commencement de la campagne, Alexandre n'avait pas cessé do s'irriter contre la lenteur de Schwarzenberg à marcher en avant. Il lui était réservé de trembler à cause de sa lenteur à rétrograder. Temporisateur et irrésolu plutôt que timide, Schwarzenberg montrait la même hésitation, qu'il s'agît de battre en retraite ou de prendre l'oiïensive. Le pire, c'est que son excessif déploiement était vicieux. Le 17 mars, au moment 011 Ton croyait encore Napoléon à Reims et où conséquemment son attaque n'était point à redouter sur l'heure, le czar voyait avec crainte que la gauche de Schwarzenberg s'étendait au delà de Sens, alors que sa droite débordait l'Aube*. Le 18 mars, le péril devenait imminent. Conseillé par la peur sinon parla science stratégique Alexandre dépêcha un courrier à Sciuvarzenberg, l'invitant à venir lui parler dans la journée. Le feld-maréchal fort souffrant était alitû.

L Wolkouskf À Rajewsky, TroT*<^ 17 mars, cité par Bogdanowitsch, II, SO,

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(Dans cette terrible campagne d'hiver, tous les chefs tombèrent malades, sauf Napoléon.) Il envoya au czar un de ses aides de camp, le général Ilaake. Peu satisfait, Alexandre partit en calèche pour Arcis. A six heures du soir, il descendit au quartier général. Rencontrant dans l'antichambre le général Toll, le czar l'interpella d'un ton irrité. « — Que se passe-t-il? Voulez- vous donc perdre l'armée? » Toll répondit : (( — Voire Majesté jugera elle-même de l'indécision des généraux. J'ai tout fait pour leur montrer le danger de notre position. C'est un grand bonheur que Votre Majesté ait daigné venir en personne. Elle pourra réparer toutes nos fautes. » En discourant, l'empereur et son aide de camp général étaient entrés dans une autre pièce où se tenaient Radetzky, Langenau et les principaux officiers de l'état-major de Schwarzenberg. « — Eh bien, messieurs, dit Alexandre, que comptez-vous faire dans cette situation critique? » Comme les médecins qui attendent pour donner leur diagnostic que le malade soit perdu, les généraux répondirent qu'il fallait d'abord avoir les nouvelles des avant-gardes qui dans le moment :ième étaient engagés contre les Français. Jugeant : bon droit la réponse insuffisante, Toll s'écria : — Chaque minute est précieuse. Il n'y a pas d'autre moyen d'échapper à un désastre que de concentrer toutes les troupes entre Troyes et Pougy, et de faire repasser l'Aube au corps du comte de Wrède qui dépendra le pont d'Arcis. » Le mouvement suggéré ir Toll n'était pas seulement une concentration en rrière, devant amener une bataille dans une nouîlle position; c'était bel et bien un commencement le retraite. Si le général Toll demandait que le corps [e Wrède disputât le passage à Arcis, c'était pour srmettre aux colonnes qui se replieraient de Nogent,

de Pont et de Méry sur Troyes de n'être point prises de flanc par les Français. Le czar approuva les paroies de son aide de camp, qui répondaient à son désir d'une prompte retraite; puis, fort d'un plan à proposer à Schwarzenberg-, il passa dans la chambre oii celuici était au lit. Alexandre démontra au feld-maréchal les dangers de sa formation étendue. Les deux interlocuteurs tombèrent d'accord sur la pressante nécessité d'une concentration*. La peur est quelquefois bonne conseillère.

Des ordres verbaux furent aussitôt envoyés aux commandants de corps d'armée, et dès huit heures du soir, Schwarzenberg dicta cette disposition pour le lendemain et le surlendemain : « Le 49 mars, les YI% IV et IIP corps marcheront sur Troyes; le V" corps se repliera sur la rive gauche de l'Aube ; les gardes et réserves se masseront derrière la Voire; le quartier généial restera à Pougy. — Le 20 mars, les VP, IV° et IIP corps marcheront sur Vandeuvre; le V' corps marchera sur Brienne ; les réserves se concentreront à Trannes; le quartier général sera à Bar-sur- Aube ^. » Le prudent Toll n'en avait pas tant demandé . Il avait indiqué Troyes comme premier point de concentration. Schwarzenberg marquait du coup sa retraite sur Bar. En un instant, Schwarzenberg était passé de la plus belle assurance à la dernière pusillanimité. A six heures encore, il prétendait contenir Macdonald derrière la Seine et livrer bataille à Napoléon entre la Marne et l'Aube; à huit heures, il ne pensait plus qu'à céder le terrain à ses deux adversaires et à reculer de dix lieues avec cent mille Allemands et Russes devant ciriquante mille Français.

1. Danilewsky, II, 63-65 (Danilewsky tenait ce récit de Toll). Cf. Bernhardi, IV, 2' partie, 272-273. Bogdanowitsch, II. 27.

2. Ordre de Schwarzenberg, Arcis-sur-Aube, 18 mars, 8 heures d- Mil, cité par ScheU, I, 317.

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Napoléon s'attendait bien que la nouvelle de son mouvement troublerait Schwarzenberg et inûuerait sur les opérations de l'ennemi'; il ne pouvait cependant admettre l'hypothèse d'une retraite si précipitée. Le 17 mars et toute la journée du 18, l'empereur croyait la grande armée presque tout entière sur la rive droite de la Seine et aux prises avec Macdonald entre Villcnoxe, Nogent et Provins*. Il comptait en conséquence passer l'Aube à Arcis et se porter do là sur les derrières do Schwarzenberg'. En arrivant à quatre h<5ures à Fère-Champenoise, il apprit que l'ennemi, averti de son approche, commençait à rétrograder et massait une partie de ses forces à Arcis et à Plancy *. Attaquer à Arcis, c'eût été perdre une journée et risquer de n'emporter point le passage. L'empereur se décida à tourner au plus court, de façon à franchir l'Aube àBoulages et la Seine àMéry. Par ce mouvement, il espérait, traversant les deux rivières sans coup férir, arriver assez à temps sur la rive gauche de la Seine pour atteindre dans sa retraite vers Troyes l'arrière-garde ennemie que formait le corps du prince de Wurtemberg. Au pis aller, c'est-àdire si tout ce terrain était déjà abandonné , il opérerait sa jonction avec Macdonald '.

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