R nte : 49 fr., le 26 janvier; 51 fr. 60, le l" fevrii
S Rapport de Pas^uiar, i février. Arch. nat., AF.. iv, 153i,
LA FRANCE AU COMMElf CEMENT DE 1814. 35
ri ère-garde, répand l'inquiétude. Le 4, les nouvelles de la défaite de la Rothière et de la retraite de l'armée impériale jettent la consternation. La rente tombe à 47,75. Le change monte à 40 et 50 pour 1 000 sur l'argent, à 90 et 100 sur l'or; encore beaucoup de changeurs ne veulent-ils donner de l'or à aucun prix. La foule se porte à la Banque pour le remboursement des billets, remboursement qui, par arrêté du 18 janvier, ne peut pas excéder 500 000 francs par jour. Au montde-piété, le maximum du prêt est fixé à 20 francs, quelle que soit la valeur de l'objet engagé. Les employés de la préfecture de police ne suffisent pas aux demandes de passeports : treize cents sont délivrés dans une seule journée. Beaucoup de magasins se ferment; les autres restreignent leur étalage. Les maçons retrouvent de l'ouvrage : on les emploie à pratiquer des cachettes dans les murailles. De crainte que les routes ne soient coupées par les partis ennemis, on s'approvisionne comme pour un siège. Le décalitre de pommes de terre se vend 2 francs au lieu de 10 sous. Le riz, les légumes secs, le porc salé, doublent de prix. Le peuple, affamé par cette hausse subite, murmure : « Si les riches prennent la nourriture des pauvres, on ira la chercher chez eux *. » Au gouvernement, l'inquiétude est extrême. L'impératrice ordonne des prières de quarante heures à Sainte-Geneviève. Le roi Joseph multiplie ses lettres à l'empereur, lui demandant ses instructions pour le cas où l'ennemi arriverait sous Paris. Le directeur des musées sollicite déspérément l'autorisation d'emballer les tableaux au Louvre. Déjà une partie du trésor impérial ^st chargée dans des fourgons au milieu de la cour des
\\sqoier et do Hullin du 4 au 12 féTrier. Note» de poKc* ch. nat., AK.. n, 1534 et F. 7, 3 737. Jovmnl «fm pri. '3, 96. CorreMptmaanee dm roi Joseph, X, 43, aO, M.
Tuileries *. Près des barrières, on entend ces cris : « Les Cosaques arrivent! Fermez les boutiques!^ »
La panique dura huit jours. On disait l'armée française CD déroule, Troyes en flammes, le maréchal Mortier tué, le prince vice-connétable grièvement blessé. Six cents canons étaient tombés au pouvoir de l'ennemi. Les jeunes soldats avaient lâché pied, et l'empereur les avait fait sabrer par ses grenadiers à cheval. Les Alliés exigeaient que Napoléon prît le titre de roi et cédât la Belgique, l'Italie, l'Alsace, la Franche-Comté, la Lorraine et la Bresse. La régence, ajoutait-on, a perdu tout espoir. Le roi Joseph, Timpératrice, les ministres sont au moment de partir pour Blois ou pour Tours; la princesse de Neufchâtel, les duchesses de Rovigo et de Montebello sont parties. Si quelqu'un s'avisait d'exprimer ses doutes sur l'entrée imminente de l'ennemi dans Paris, on le soupçonnait d'être payé par la police. Au faubourg Saint-Germain, on précisait le jour de l'arrivée des Alliés. Ce devait être le 11 février, le 12 au plus tard'.
Le 11 février, ce ne fut pas l'armée alliée qui arriva à Paris, ce fut le bulletin de Champaubert. Joseph reçut le courrier du quartier impérial, à dix heures du matin, comme il passait en revue dans la cour des Tuileries les six mille grenadiers et chasseurs de la garde parisienne. Les vivats et les acclamations des miliciens furent répétés par la foule qui assistait à la revue sur la place du Carrousel. Les cris redoublèrent quand le petit roi de Rome, en uniforme de garde national, se montra à l'une des fenêtres du palais. La
1. Corretpondanee du roi Joseph, X, 44, 46, 47, 60. 69, 80; Corretpondanee d* Napoléon. 21226.