‹ 1814Chapitre 91 sur 178 · LA DEUXIÈME JOURNÉE DE LA BATAILLE D'ARCIS-SUR-AUBE · texte numérisé non relu

LA DEUXIÈME JOURNÉE DE LA BATAILLE D'ARCIS-SUR-AUBE

Dans la journée du 20 mars, le prince de Schwarzenberg ayant donné une trop ^ande extension à son front de bataille n'avait pu, par suite, engager que le tiers de ses forces. Il avait ainsi laissé échapper la victoire, mais celle faute trompa Napoléon. L'empereur crut qu'il n'avait eu affaire qu'à un corps détaché sur les derrières do la grande armée, et il se persuada que ces troupes ayant échoué dans leur attaque se disposaient à battre en retraite; le lendemain, on en auraitbonmarché*. Aulieu donc de profiter de la nuit pour faire repasser l'Aube à ses troupes, opération qui l'eût mis à même d'attendre à couvert tous ses renforts et de marcher ensuite soit sur Vitry pour gagner les places fortes*, soit sur Brienne pour tourner la

1. Cf. BogdanoMTitsch, H, 43; Koch, II, 73; Vandoncoort, II, 22&-226. — Selon Thiers (XVII, 532), l'emperear ne croyait pas à une retraite des Âostro- Russes, mais étonné lui-même de la valeur de ses soldats dans cette journée, il les considérait comme invincibles et pensait qu'avec cette poignée de héros il pourrait battre l'armée entière de Schwarzenberg. C'est taxer Napoléon de folie. La preuve qu'il croyait, dans la nuit du 20 au 21, à la retraite de l'ennemi, c'est que le 21 mars dans la journée, quand il vit de ses yeux toute l'armée de Bohême en position devant Arcis, il ne balança pas à repasser l'Aube.

2. Une marche sur Vitry était, comme on l'a va, arrêtée dans l'esprit de l'empereur le 20 jusqu'à midi (« 1814 », pp. 296-298). La bataille d'Arcis-aor- Aube, comme on l'a vu ausai, avait été toute fortuit*.

droite ennemie*, l'empereur résolut de livrer bataille le 21 à ceux des Austro-Russes qu'une retraite trop lente aunait laissés à portée de ses coups. La garde et la division du maréchal Ney demeurèrent dans leurs positions sur la rive gaiicb? de l'Aube, et dos ordres hâtèrent l'arrivée de l'infinterie de Lefebvre-Des noëttes qui était à Plancy, de la cavalerie de Letort et de Curély qui était à Méry, enfin de? corps d'Oudinot, de Gérard et de Macdonald qui se trouvaient échelonnés entre Boulages et Anglure '.

Si l'attaque vigoureusement exécutée mais mal combinée d'Arcis avait abusé Napoléon, la défense opiniâtre de cette position et l'ollensive prise par la cavalerie de la garde à dix heures du soir trompa son adversaire. Le prince de Schwarzenberg évalua au double de ce qu'elles étaient réellement les forces de l'armée française, et, averti par ses grand'gardes qu'on apercevait de nombreux feux de bivouacs sur la rive droite de l'Aube au delà de Plancy, il jugea plus prudent de se laisser attaquer le lendemain que d'attaquer lui-même. De cette façon, si les choses tournaient bien, si les Français s'épuisaient en vain contre des positions formidablement défendues, il lancerait ses masses sur leurs bataillons décimés et les écraserait dans Arcis. Si, au contraire, la situation devenait menaçante, toutes ses troupes étant bien concentrées dans sa main, il aurait toujours la ressource de battre

1. Ce mouvement a été préconisé après coup par Vaudoncourt (U, 241-242) etpar Bogilauowitsch (II, 51). En effet, des craintes exprimées par le czar la 20 mars(Beriihardi, IV, 2* part., 280), de rindécision de Schwarzenberg dans l'après-midi du 21 (Bogdanowitsch, 11,37) et de son appréhension d'être débordé par sa droite (Plotho. III, 332), il semble que l'on puisse conclure quesiNapoiéon eût incontinent marché sur Brienne, Schwaizenberg se fût aussitôt mis en retraite vers Bar-sur-Aube.

3. Registre de Berihier (onlres et lettres, Arcis, 20 mars, 9 heures et demie du soir, et 21 mars, 4 heures du matin). Ordres et lettres de Macdonald, 20 mars, Anglure, 7 heures du soir, et ordres d'Oudinot, Boulages, minuit. Arch. de la guerre.

Page 1