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ENTRÉE DE L'ARMÉE DD SUD A LYON

troupes étaient en retraite. On rentra dans Lyon*.

Le héros affaibli de Castiglione et de Lodi réunit une seconde fois à l'hôtel de ville le sénateur Chaptal, commissaire extraordinaire, le préfet, le maire, les conseillers municipaux, les commissaires de police. 11 leur demanda ingénument s'il fallait se défendre. Poser une pareille question à une assemblée civile quand on est maréchal d'Empire, c'est lui dicter sa réponse. Ce smgulier conseil de défense, à mieux dire ce conseil de reddition, ne faillit pas à déclarer que « l'on devait épargner aux Lyonnais les calamités d'une résistance inutile ». Augereau qui pensait comme la municipalité, — il ne s'en cache point dans son rapport à Clarke, — donna incontinent l'ordre d'évacuer Lyon^ Le lendemain, 21 mars, à onze heures du matin, le prince de Hesse passait ses troupes en revue sur la place Bellecour. Tou' glorieux de cette facile occupation de Lyon, les Autrichiens firent fondre en or les clés de la cité et les envoyèrent à l'empereur François'.

« La défection du duc de Castiglione, a dit Napoléon dans sa proclamation du golfe Jouan, livra Lyon sans défense à l'ennemi. » Augereau ne fit pas défection au sens absolu du mot, mais s'il ne trahit pas l'empereur et la patrie, il trahit tous ses devoirs de soldat. Après avoir commis tant de fautes en rase campagne, ie maréchal devait les racheter par une énergique défense de Lyon. La disproportion des forces

1. Rapports d'Augereaa à Clarka et ordres, Lyon, 9 mars; Villefrancbe. 18 mars; Vienne, 21 mars. Arch. de la gaerre et Arch. nat., AF. iv. 1670, Rapi>ort de Clarke à N.ipoléon.20 mars.Arch.de la guerre. Cf. Ploiho, III. 458-4fi0.

2. Rapport d Augereau à Clarke. Vienne, 31 raar»: et rapport de Clarke à Napoléon, 27 mar-. Arch. de la guerre. — Dans son rapport. Clarke s'étoooe avec raison, que, ■ dans ces circonstances, le duc de Ca:>i!glione n'ait ra d'autre parti à prendre que celui de consulter les autorités civilea pour savoir ce qu'il devait faire •.

3. Général Vialanes à Clarke, Moulins, 37 mars. Arch, de la guerre Jiog. 'Miovitscb, U, 26â.

n'était point telle que la résistance fût impossible. Les Autrichiens étaient réduits à 32 000 combattants par les pertes et les détachements'. Les Français comptaient encore 21 500 hommes ^ De plus, 6 800 fantassins de l'armée de Catalogne, conduits en poste de Perpignan, et 7 000 soldats des armées de Toscane et de Piémont, concentrés à Chambéry, allaient arriver à Lyon, les premiers le 22 ou le 23 mars, les seconds le 25 ou le 27 '. Avant la fin du mois, la garnison eût présenté un effectif de trente-six mille hommes. La population lyonnaise animée de patriotisme était malheureusement impuissante à combattre, car on manquait d'armes, mais elle eût accepté d'un cœur ferme toutes les épreuves d'un siège et d'un bombardement*. A la

1. Nous avons donné, page 237, le dénombrement de l'armée du Sud, qui montait, le 9 mars, à 46000 hommes environ. Si de ces 46000 hommes on défalque les 12 700 hommes de Bubna, manœuvrant autour de Genève, quelques petits détachements du prince Aloys Lichtenstein et 3500 hommes tués, blessés ou prisonniers dans les combats de Poligny, Mâcon, Saint-George, Limonest, etc. (Plotho, HT, 461), c'est bien à peine 32000 hommes qu'il restait à l'ennemi devant Lyon.

2. Divisions Musnier : 5 740 hommes; Pannetier : 4855 hommes; Digeon : 1644 hommes; Bardet : 4249 hommes; gardes nationales : 4154 hommes; artillerie : 883 hommes. Total : 21535 hommes. (Situation de l'armée de Lyon au 10 mars. Arch. de la guerre.) A défalquer, pour les pertes du 10 au 20 mars, 1 661 hommes (cf. Koch, II, 251-263) et à ajouter 1 650 hommes, tête de colonne de la division Beurmaan qui arriva à Lyon le 19 (Rapport d'Augereau, Vienne, 21 mars). Total : 21524 hommes.

3. Situations de l'armée de Lyon au 20 mars; composition de la colonne de l'armée d'Aragon. Perpignan, 16 mars; Rapport de Clarke à Napoléon, 26 mars. — Dans son rapport, Clarke dit très justement : « La disproportion des forces n'était assurément pas de nature à justifier ce qui s'est passé. »

D'après une lettre de Napoléon du 16 mars {Correspondance, 21 499) et une autre du 21 février (citée par Du Casse, les Rois frères de Napoléon. 479), l'empereur avait eu un instant l'intention de remplacer Augereau par Sachet, qui était inutile à la tète d'une armée immobilisée au pied des Pyrénées, ou par le roi Jérôme, qui se trouvait sans emploi à Paris. Le choix du duc d'Albuféra eût été excellent, et, à défaut de Suchet. Jérôme eût été bien placé à l'armée de Lyon. L'ardeur et la ténacité qu'il montra en 1815 aux Quatre-Bras et k Ilougoumont, témoignent qu'il eût fait à Lyon tout ce qu'on pouvait attendre d'un général vaillant, dévoué et résolu.

4. Sur l'esprit patriotique des Lyonnais, voir les notes du commissaire général de police des 21, 25, 26 février et 23 mars, et la note du commissaire général de Marseille, du 5 avril; la lettre du sous-préfet de Thonon, 8 mars, etc. Axcb. nat., F. 7, 4290; F. 7, 4289 et F. 7, 6605.

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vérité les fortifications de la place tombaient en ruines et l'armement en était presque nul. Mais cette ville sans retranchements et sans canons, c'était la condamnation d'Augereau. Depuis deux mois qu'il était à Lyon, il avait négligé de faire venir d'Avignon le parc de quatre-vingts bouches à feu destiné à la défense de la place et il n'avait ni élevé une redoute, ni construit un tambour. Pour remuer la terre, pour garnir d'ouvrages les collines de Fourvières et de Saint-Just, pour établir des batteries au cimetière de Cuire, à la Croix-Rousse, aux ponts Morand et de la Guillotière, il eût trouvé cent mille bras dans le peuple de Lyon. Il n'y pensa pas.

Au '^ours de cette campagne, oh il laissa sa gloire, Augereau ne sut se servir ni des hommes ni des choses. Dans son armée honteuse et irritée d'être menée de défaite en défaite et de retraite en retraite, ce n'étaient que murmures et clameurs. « Avec Suchet, disaient les soldats, nous vaudrions mille fois plus'. » Et ces vétérans des guerres d'Espagne ne se vantaient pas; ils savaient ce dont ils étaient capables. A Castiglione Augereau culbuta avec une seule division vingt-cinq mille Autrichiens. Les troupes qu'il commandait en 1814 valaient celles de 1796, mais elles n'avaient à leur tète que l'ombre du héros d'Italie.

1. Rapport da commissaire général de police, Lyon, 22 mars. Arch. nat. F. 7, 4290; et lettre de l'armée de Ljon, classée à la date du 24 mars. Arch. de la guerre. — Cette très curieuse lettre, véritable acte d'accusation contre Augereau, porte en marge, de la main de Vieusseux, chef de division à la Guerre en 1814 : « D'autres reoseignemeata soat entiéremeat d'accord ave* cette lettre. >

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