‹ 1814. Sièges de Sens; défense de l'Yonne et campagne du général AllixChapitre 2 sur 27 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mise en défense de la place de Sens. — L*état d'esprit des habitants ; les autorités. — Opinion du comte de Ségur, sénateur. — Les Cosaques en vue ; arrivée du général AUix; la première reconnaissance; les mécomptes du sous-préfet. — L'attaque ; inondation des Coquesalles. — Sages mesures du général Pajol (30-31 janvier). — Offensive d'Allix ; les escarmouches de Rozoy et de Marsangis (1-2 février) ; le plan d'Allix. — Attaque de la porte Dauphine (4 février). — Mouvement de Platow sur Fontainebleau. — Impatience d'Allix; son appel aux habitants (5-7 février).

25-29 Janvier. — L'aile de Tarmée de Bohême esquissait déjà son vaste mouvement tournant, du côté de Paris, et poussait ses coureurs les plus hardis vers la ligne de T Yonne, qui formait barrière sur sa gauche. Il était temps d'occuper les ponts de cette rivière, si Ton voulait intercepter de ce côté l'accès de la capitale. Le 19 janvier, le ministre de la police générale avait ordonné, d'urgence, au souspréfet de Sens de prendre les mesures les plus pressantes. Ce fonctionnaire devait se hâter de barrer de palissades le grand pont de la ville, œuvre du célèbre

Boffrand. Il lui était prescrit de recourir aux gardes forestiers et champêtres, pour en défendre les approches, et de trier, dans la garde urbaine, les hommes qu'on pouvait armer, sans danger pour la paix publique. En effet, dans cette crise suprême, le malheur de TEmpereur était de ne pouvoir compter, comme Louis XIV, sur l'élan unanime de la nation. Il éprouvait le châtiment ordinaire des gouvernements despotiques, qui est de voir se retourner contre eux, à Theure du péril, les masses trop longtemps comprimées.

Le 25, les Cosaques se montraient aux environs de Joigny, Bar-sur-Seine et Sens, tandis que les corps autrichiens, qui les suivaient, occupaient Colombey et Bar-sur-Aube. Sens, étant devenu place de guerre, reçut aussitôt un commandant provisoire chargé d'imprimer une direction technique aux travaux de défense que des circonstances si urgentes rendaient presque impraticables.

La ville se trouvait en proie à une bien légitime émotion. Tout entière assise sur la rive droite de la rivière, elle avait son pont en arrière et présentait ainsi à l'ennemi , comme une proie facile, ses faubourgs ouverts et son enceinte de maçonnerie, flanquée de seize tours rondes et percée de neuf portes, que ne couvrait aucun ouvrage de terre. La vieille muraille était restée en l'état où l'avait vue Henri IV, ferme sous l'effort du temps, mais combien impuissante sous la gueule du canon ! Tout au plus avait-elle la valeur d'un costume historique aux flancs de la cité romaine, transformée, depuis

tant de siècles, en métropole religieuse. De fait, ce n'était plus , au regard des ingénieurs modernes , qu'une simple chemise, à peine capable d'arrêter un parti de cavalerie. Sur ces remparts surannés, pas d artillerie, aucune force régulière.

Dans cette absence complète de moyens extérieurs , la ville pouvait-elle du moins compter sui un effort énergique de sa population? Retrouverait on, comme au temps de la Ligue, une bourgeoisie belliqueuse, prête à verser son sang, à se faire écraser, au besoin, sous les débris de ses tours ? Les temps, hélas ! étaient bien changés. Nous avons vu qu'un pouvoir soupçonneux n'osait confier ses armes qu'aux citoyens portés sur des listes arbitraires ; c'était le régime censitaire appliqué aux choses de la guerre, innovation peu propre à favoriser l'héroïsme.

Vingt-cinq ans de révolutions avaient emporté jusqu'aux derniers vestiges de la hiérarchie municipale, qui avait mis jadis, aux mains du marquis de Chambonas , une force compacte et énergique contre une énieute intérieure. Centralisateur à l'excès, jaloux d'une autorité sans limites, le gouvernement impérial avait achevé de tuer toute initiative individuelle ou collective sur ce terrain de la vie municipale. Pour comble de malheur, l'organisation officielle elle-même se trouvait comme décapitée par le décès du maire, M. Fournier d'Yauville. L'administration locale flottait donc aux mains, presque irresponsables, de MM. Soûlas et Billebault, deux adjoints, l'un empêché par son grand âge de

s occuper activement des affaires de la ville, l'autre préoccupé déjà comme tous les membres de Tancieniie société, de lire à travers les lignes sombres et violentes du présent, les promesses d'un meilleur et prochain avenir (1).

Il y avait bien à Sens, pour représenter le gouvernement central, un sous-préfet, M. de la Tour du Pin. Mais que pouvait, en de telles circonstances, le zèle d'un pauvre fonctionnaire, troublé par la crainte de déplaire au terrible maître?... Ajouter à tant de périls le leurre d'une information systématiquement optimiste! Encore son ton sera-t-il jugé trop sincère par le ministre de la police, qui voudra publier son rapport à l'usage d'un public dont on s'efforce de soutenir quand même le moral. Et le malheureux rapport est livré au Journal de V Empire, transposé à grands coups de crayon, biffé, coupé, recousu. Voici, prise sur le vif, cette misérable industrie du maquillage officiel. La pièce, qui suit, est copiée sur la minute ; les passages, élagués pour l'impression par le ministère, sont rétablis en italique : on verra mieux, de la sorte, comment naît et gouverne l'opinion, reine du monde !

Sens, 26 janvier 1814.

L'auditeur au Conseil d'Etat, sous-préfel de Varrond^ de Sens, à Me^ le ministre de la police générale de l'Empire

Monseigneur, J'avois prévenu en partie les ordres que V. E. m'a transmis, par sa lettre du 19 de ce mois. Déjà 200 gardes fores-

(1) M. Soulas, maître en chirurgie, faisait parliede l'administration municipale depuis 1790. Il avait été nommé adjoint en 1801. - M. Billebaull aîné, dit aussi Billebault-Duhay, avait été nommé deuxième adjoint en 1804.

tiers et champêtres embrigadés, armés de bons fusils, munis de balles, dévoient, à un signal convenu, se porter sur les points menacés, reconnoitre l'ennemi, s'opposer à ses incursions, s il rtauoit pas des forces imposantes. 200 hommes de la garde urbaine, composée des citoyens les plus recommandables, de tous ceux, qui par leur moralité et leur fortune offroient la garantie qu'ils étoient essentiellement intéressés à l'ordre public, maintenoient la tranquillité dans la ville, s'opposoient {et sont prêts à s'opposer, corrige le censeur ministériel) au désordre quepourroient causeries nombreux corps de prisonniers ,ui passoient.

Quant aux palissades à mettre sur le pont, fai pris sur moi de différer Vexécution des ordres que me donnoit Votre Excellence, qui, probablement, n'étant pas parfaitement instruite des localités, ignoroit que le pont situé sur la rivière d'Yonne, donne sur les campagnes; que la ville, en cas d'invasion, serait prise avant qu'on ne parvînt au pont ; d'un autre côté, des troupes m' étoient annoncées par Orléans, et je nepouvois mettre des obstacles sur ce pont qui devoit leur servir de passage. JTai rendu compte de c^s faits à Af»" le comte de Ségur qui se trouve en ce moment à Sens; il a approuvé ma conduite et m'a tracé celle que Je devois tenir.

J'organise une compagnie de 300 tirailleurs, à la tête desquels je compte me mettre, si l'ennemi avance. Nous ne pourrons sans doute résister à des forces imposantes, mais si je suis secondé, comme je l'espère, par la bonne volonté des (les, reprend le censeur) habitants qui montrent le meilleur esprit, nous ne verrons point l'arrondissement que Sa Majesté m'a confié devenir la proie de quelques partisans (1).

Je me trouverai heureux, Ms^, dans ces circonstances difficiles, de prouver à Sa Majesté que ma vie autant que ma plume est à son service et je me croirois récompensé si V. E. avoit la bonté d'en informer l'Empereur.

J'ai Vhonneur d'être, etc.

Latour-Dupin.

(l}Arch. nat. F 7, 4290. Police générale. Défense du territoire, 1814.— Cf. Journal de VÈmpire, pour l'édition expurgée.

€ Menteur comme un bulletin! i». C'était alors le cri du cœur d*un homme qui connaissait à fond les procédés du temps (1). Evidemment nous devons chercher ailleurs la vérité sur l'état des esprits à Sens. Laissant donc notre sous-préfet escompter ' l'effet de sa brûlante protestation, et les lecteurs du Journal de FEmpire goûter la sûreté de leurs informations, nous interrogerons, dans le secret, des témoins plus indépendants.

On sait que, pour donner, hors de la capitale, de l'occupation au Sénat et se mettre à l'abri des surprises politiques. Napoléon avait investi un certain nombre des membres de ce corps d'une commission extraordinaire, celle d'organiser la défense dans les départements envahis ; mesure peu propre à diminuer le désarroi, et qui ne devait avoir d'autre résultat que d'éclairer le Sénat sur l'irrémédiable détresse du souverain. Sénateur et grand maître des cérémonies de l'Empire, le comte de Ségur s'était vu assigner, pour théâtre de son activité, les limites de notre dix-huitième division militaire. Il avait quitté Paris le 30 décembre, pour gagner Troyes, Chaumont, Dijon et revenir à Troyes par Auxerre et Sens. Son rapport confidentiel est d'une effrayante franchise. Dès Auxerre, le haut commissaire n'avait plus rien à apprendre.

^ Pour moi, dit-il, voyant que la terreur était

(1) BouRRiENNE, Mém., t. IV, pp. 349,355 : a ...Que l'historien de l'époque où nous sommes se méfie des bulletins, des dépêches, des notes, des proclamations émanés de Bonaparte ou qui ont passé par ses mains... Quelle histoire l'on écrirait si l'on ne consultait que le Moniteur! »

universelle, que personne (à Auxerre) ne pouvait ni ne voulait se défendre et qu'on était sans troupes et sans armes, je partis pour Sens, dans l'intention de me rendre, de là, à Troyes.

« Je trouvai à Sens (1) beaucoup de tristesse et de peur, point de troupes, une faible garde nationale, décidée à ne pas combattre de peur d'exposer la ville au pillage. Le sous-préfet, la Tour du Pin, se donnait vainement beaucoup de peine pour ranimer les marchands, qui savaient à peine tenir leurs fusils. Il avait armé 40 gardes ibres tiers et champêtres, sa seule ressource pour s'éclairer (2). »

Nous sommes loin de la belle assurance affectée par le sous-préfet.

Sur ces entrefaites, le ministre de la guerre « envoya, par Sens, à Auxerre, en poste, huit pièces de canon. Il en annonçait douze et 500 fusils... » Sans attendre, M. de Ségur avait pris un arrêté pour ordonner au préfet d'Auxerre, M. Defermon, et au général Belair, qui commandait cette place, de faire appel aux anciens officiers, sous-officiers et soldats d'artillerie et d'en former des compagnies. Mais, continue le commissaire, le général, « qui croyait Auxerre indéfendable et savait la rivière guéable, me renvoya avec humeur, en poste, à Sens, ces canons que j'envoyai sur le champ à Pont-sur-Yonne,

(1) Il y était le 26 janvier ; cf. lettre du sous-préfet.

(2) Arch. nat. Police générale. Défense du territoire en 1814. Dossier de l'Aube. — Récit succinct de la mission du comte de Ségur, dans la 18* t|ivision militaire.

que je faisais barricader (1). » Un adjudant-major d'artillerie se trouvait précisément à Sens avec Tordre d'y recevoir 700 chevaux de son arme (2) ; il lui enjoint aussitôt de conduire les pièces à Pont. Enfin, un très beau bataillon de la Sarthe traversait la ville, en marche sur Troyes : il l'arrête ; il voit les soldats sans armes; vite, il les dirige sur Melun, où il savait qu'il existait des fusils. Le sénateur faisait de l'art militaire, comme feu Garo de la théologie. Tout fier de ses hauts faits, il communique ensuite ses impressions au ministre de la guerre.

« Que voulez-vous, lui dit-il, qu'on fasse de canons à Sens? C'est une ville ouverte qui a son pont derrière elle, qui est sans troupes, qui n'a qu'une garde nationale à peine formée, armée à la vérité de fusils de chasse, mais qui ne veut point se battre, qui n'a enfin pas d'ancietis canonniers. Y laisser des canons, c'est les livrer à l'ennemi, s'il veut les prendre. Il est bien cruel que, dans toute la 18^ division, il n'y ait pas un seul régiment (sauf à Auxonne), et pas d'armes de calibre en aucune ville (3). y>

Avec une concision plus militaire, AUix dira mieux : (c ... L'esprit public est faible (à Sens) (4). »

Il paraît donc certain que la population envisageait, avec une profonde terreur, les chances inévitables

(1; Il n'annonce l'envoi que de six pièces de 4, toutes sans caissons ni munitions. — Ségur à Clarke, Sens, 28 janvier. — Arch. nat.

(2) Ils « devaient y être venus du Jura, du Doubs, de la Haute-Saône, etc.»

(3) Ibid.

(4) Arch. nat. AUix à Clarke, 30 janvier.

d'une prise d'assaut. Et comment ne Texcuseraiton pas, quand on se reporte aux menaces terribles que le généralissime autrichien avait proférées naguères contre les villes ouvertes, qui tenteraient de se défendre (1)? Au reste, ignorante des secrets de la guerre, il devait lui paraître évident qu'on allait l'acculer à un sacrifice inutile. Comment de simples bourgeois auraient-ils pu découvrir des motifs de confiance, quand un grand dignitaire de là cour affichait ainsi son découragement et se jetait, inconscient, au travers des plans de TEmpereur?

Grande fut Tirritation. du miuistre de la guerre, en recevant la lettre de M. de Ségur, et, presque en même temps, une dépêche du général Belair, qui lui annonçait que, fâché d'avoir reçu de Paris douze canons, dont il ne savait que faire, il en expédiait quatre à Joigny et quatre à Sens : « Ce pays (Auxerre) n'est point armé et ne pense nullement à se défendre, » insistait le général, également découragé par son dénuement absolu et la résistance hostile des habitants (2). Déjà, avec l'assentiment de M. de Ségur, il avait renoncé à s'enfermer dans Auxerre, et, bientôt, il se repliait, avec sa petite garnison, sur Pont, par Joigny et Sens. « Il pensait comme moi, conclut notre sénateur, que c'était par là que viendrait l'ennemi. »

(1) Ordre du jour n* 4. Au quartier général à Montbéliard, le 8 janvier 1814 : a ...Le bourg, la ville ou le village dont les habitants opposeraient quelque résistance et commettraient. quelques actes d'hostilité, sera rasé et réduit en cendres. — Le maréchal prince de Schwarzenberg. » — Bibl. d Auxerre, fonds Tarbé, t. XXIV.

(2) Arch. nat. — Belair à Clarke. — Auxerre, 27 janvier.

La réponse du duc de Feltre ne se fit pas attendre : à Finstant, I^ger-Belair est disgracié, son commandement, provisoirement confié au général Allix , et le général Veaux reçoit l'ordre de se reporter d'urgence sur Auxerre, si fâcheusement abandonné. L'Empereur entend garder et défendre cette ville (1). ff II faut de l'ensemble dans tout cela, gronde le ministre, et que les commissaires du gouvernemeiit ne dérangent pas les mouvements des troupes (2). i> Le 31, il adresse, en forme plus solennelle, une réprimande en règle au sénateur de de Ségur, avec invitation formelle de ne plus s'immiscer dans les opérations militaires (3).

Mais déjà notre commissaire n'était plus à Sens ; sachant la route de Troyes infestée par les coureurs ennemis, il avait pris, le 29, la route de Melun et s'était arrêté à Pont-sur-Yonne. « J'y trouvai, dit-il, 200 dragons et le général Môntbrun ; ces pre-

(1) Arch. nat. — Clarke à Ségur; 31 janvier. — Le Préfet écrit, après le départ du général, qu'il n'y a pas de troupe réglée au chef-lieu; la garde improvisée y est mal armée : peu de munitions. — 1" fév., uid. infr. — Toutefois la nouvelle de la résistance énergique de Marmont, à Bar-sur- Aubc, et le rappel momentané des détachements, faits par Tennemi sur Tonnerre et Joigny, avaient calmé un instant « les alarmes d 'Auxerre. » Voy. Rapport du comte de Ségur.

(2) Note autographe de Clarke, en marge de la lettre de M. de Ségur. — 29 janv. — Gérard, dit-il, devra se concerter avec le général Veaux.

(3) Arch. nat.— Clarke à Ségur, 31 janv.— Le 1" février, le préfet de l' Yonne prévient Savary que l'ennemi, qui occupait toutes les communes de Tonnerre à Auxerre, a porté ses reconnaissances jusqu'auprès des portes d'Auxerre. Les patrouilles auxerroises s'étant portées jusqu'à deux lieues en avant, les partis ennemis quittèrent Bennes et Chablis, annonçant qu'ils reviendraient en force. Ils ont pillé plusieurs villages et maisons, ff et se sont portés aux derniers excès contre de jeunes personnes. Mes campagnes sont dans la désolation... Le général Belair et son peu de troupes a quitté Auxerre. » — Arch. nat. — Préfet Defermon à Savarj'.

mières troupes impériales que je rencontrai, pour la première fois depuis un mois, me rendirent un peu d'espérance. Le même soir, arrivé à Melun, le général Bêlai r vint me voir et m'apprit que le ministère de la guerre lui avait ôté son commandement... »

Pour le sénateur de Ségur, l'Empire était jugé.

Au milieu de toute cette confusion, il y a quelqu'un qui ne parle ni n'écrit, et je présume qu'à lui seul, il fit plus de besogne que les autres : c'est le commandant de place. N'ayant trouvé, à son arrivée, (c ni garde nationale, ni troupes, et pas même de munitions, » voyant les neuf portes ouvertes, « et ne pouvant compter sur aucun habitant, i^ il se mit aussitôt à Tceuvre de la défense (1). En trois ou quatre jours d'un travail énergique, la ville était à l'abri d'un coup de main. L'action de ce brave a été oubliée dans le rapport de la sous-préfecture, mais elle ne devait pas échapper à l'observation loyale de l'ennemi : « ...Le commandant déplace, rapporte le chef de l'état -major wurtembergeois, avait fort bien profité (des) circonstances, barricadé toutes les entrées et fermé l'enceinte dans toute son étendue (2). »

(1) Arch. de Id guerre. — Comm' de la place de Sens au comte Hulin, gouverneur de Paris, 9 février 1814. — Son nom, signé illisiblement, parait être Janvier. — A cette date, « il ne s'était pas encore débotté, » dit-il.

(2) Spectateur militaire, t. III, p. 187 : Observations du général de Bangold, sur la défense de Sens. — il est inutile de faire remarquer qu'une grande partie de cet éloge revient aussi au général Allix, qui fit compléter les ouvrages.

29-31 janvier, — Il était temps. L'ataman des Cosaques, Platow marchait décidément sur Sens ; le 29, il arrivait à Cerisiers, à cinq lieues à peine de la ville, que ses partis, débouchant de la forêt d'Othe, menaçaient par la route de Villeneuve-r Archevêque. Ils étaient précédés parla terreur qu'inspirait leur nom (1). A la première nouvelle de ce mouvement, le commandant de place dépêcha une estafette à Pont- sur-Yonne, où le quartier général de division, fixé précédemment à Auxerre, venait d'être transféré, par suite de la malencontreuse retraite du général Belair.

Pendant que ces événements se déroulaient, AUix avait reçu du ministre de la guerre, le 28, à minuit, l'ordre de quitter Paris sur-le-champ, pour se rendre à Auxerre, Quelle ne fut pas sa surprise, en passant à Pont, le 29, à trois heures du soir, d'y rencontrer le général qu'il devait relever au cheflieu. Belair lui remit aussitôt le commandement de la 18e division et de sa colonne de retraite, en l'informant qu'il avait embarqué à Auxerre les 500 hommes dont elle se composait : c'étaient des gendarmes et des conscrits de la Sarthe; ils descen-

(1) Arch. nat.— Comte Milhaud à Berthier, 6 février : « Les habitants de ce pays paraissent épouvantés. » — Cf. Weil, 1. 1, p. 397. Rapport de Piatow à Schwarzenberg : « Auxon, 28 janvier 1814... Je me remettrai demain en route, me dirigeant vers Sens et le village d'Arces. J'ai envoyé de tous côtés des partis : sur la route de Troyes à Sens, un parti allant sur Villemaur, un autre sur le village de Saint-Liébaut et un troisième sur Villeneuve-l'Archevéque. Le lieutenant-colonel Kostin. avec mon avant-garde, est devant moi à Villeneuve, au chemin couvrant mon front et ma gauche. » — Cf. Arch. nat. Pajol à Clarlce, Nogent, 1" février, midi et 9 h. du soir, dépêches où la marche de Tennemi est signalée avec une grande exactitude.

daient par eau et devaient débarquer à Pont dans la nuit du 29 au 30.

AUix résolut donc de les attendre sur place et de coucher à Pont (1). Cette nuit même, il reçut Testafette sénonaise et la grave nouvelle : Tennemi montrait une tête de colonne à Cerisiers, dont il était maître.

Le général n'avait pas à hésiter; laissant quelques ordres au général Montbrun, qui resterait à Pont avec les plus faibles moyens, il se mit à la tête de ses 500 hommes, tant cavaliers que fantassins, prit deux pièces de campagne et partit le 30, au matin, pour Sens, où il arriva, vers neuf heures, en bon ordre.

Encore une fois, il était temps! A 11 heures, en effet, Tennemi était signalé sur la route de Troyes, au nombre de 400 cavaliers environ ; se dirigeant à droite, il s'emparait du faubourg Notre- Dame et jetait brusquement une escouade de Cosaques (2) sur la porte de ce nom, pour en forcer rentrée. Il s'y vit reçu à coups de fusils, par la nouvelle garnison, qu'il ne s'attendait guère à trouver là. Même accueil aux portes de Paris et Dauphine ; on avait eu le temps de fermer toutes les barricades.

L'ennemi, voyant que le coup était manqué, s'établit à cheval sur la route de Troyes, avec un poste

(1) Arch. guerre. — Comm' de Sens à Clarke, 9 fév. — Allix, Système d'artillerie, p. 183 et suiv.

(2) « Douze lanciers, » dit le sous-préfet. Nous avons emprunté, de préférence, les autres détails aux autorités militaires.

occupant les faubourgs, sur chacune des routes de Paris et de Joigny . AUix donna Tordre à ses hommes de tirailler toute la journée, pour le tenir en respect, et de travailler, malgré le feu de l'assaillant, à boucher entièrement les portes attaquées : il faisait profession de mépriser les Cosaques. De fait, l'un seulement de nos pionniers fut blessé, et nous n'eûmes aucune perte d'homme à déplorer (1).

Le plus maltraité de la journée fut assurément le sous-préfet; blessure d'amour-propre, plus cuisante peut-être que les autres. A 8 heures du matin, au moment où nul dans la ville ne pouvait se douter de la présence fortuite d'AUix à Pont, un paysan de Cerisiers s'était présenté à Sens, demandante parler au maire. C'était un émissaire bénévole, envoyé par les envahisseurs, suivant leur coutume, pour abaisser devant eux les barrières de la cité. Les bonnes paroles, dont Platow l'avait chargé pour l'autorité municipale, ne sont pas parvenues jusqu'à nous ; mais nous savons qu'il avait annoncé l'arrivée de 500 chevaux pour midi. Chose plus grave, il avait remis aux mains du vieil adjoint, M. Soûlas, un paquet de proclamations pacifiques, adressées au maire de Sens, e Ce fonctionnaire, déclare pudiquement le sous-préfet, les renferma soigneusement dans un cabinet, me les communiqua ; elles furent brûlées sans être lues (2). d

(1) Rapport du commandant de pince, 9 février. — Allix prétend que Tennemi eut 12 à 15 hommes tués, sans compter les blessés.

(2) Arch. nat. F. 7, 4290. La Tour du Pin au ministre de la police, 31 janv. A Auxerre. les proclamations ennemies étaient arrivées, par la poste^ à tous les abonnés du Journal de V Empire.— /Md., Préfet à Savary,!*' février.

C'était pour le mieux; mais, quelques minutes plus tard, le trop complaisant messager n'en eût pas été quitte à si bon marché. AUix arrive sur ces entrefaites, à la tête de ses troupes, et décide de pousser sur-le-champ une reconnaissance au devant de Tennemi. Soit soupçon, soit désir de brusquer le concours de la population civile, « il invite le sous-préfet à l'accompagner, voire même, — si nous en croyons les doléances de celui-ci, — à se porter en avant. i> La reconnaissance, ayant rencontré Tennemi au grand Mâlay (1), avait aussitôt rétrogradé, sans combattre, et était rentrée en ville, suivie jusqu'aux portes, comme nous venons de le voir, par les cavaliers russes. Or il advint qu'au retour, un homme manquait à l'appel : c'était le sous-préfet, peu préparé, par état, à ces hasards de la guerre.

Nous ne saurons, sans doute, jamais ce qui s'était

passé entre les deux compagnons d'aventures

brimade d'une part, émotion un peu vive ou malencontre de l'autre : vétilles que tout cela, pour la logique inexorable d'AUix. Il constate que le civil ne rentre pas, donc le civil est passé à l'ennemi, et, le soir même, il écrit au ministre de la guerre, de son encre la plus fougueuse :

« L'ennemi m'a envoyé un parlementaire que je n'ai point reçu. Le sous-préfet de Sens a déserté ce matin., l'esprit public est faible, il y a pourtant beaucoup de braves gens, mais le torrent les en-

(1) Alux. Système d'artillerie.

traîne. Le maire de Sens mérite d'être fusillé (1). Je vais le faire arrêter et l'envoyer à Montereau. M. le sénateur Ségur est en fuite. Le maire de Sens a communiqué ce matin avec t ennemi et il n'en est convenu que sur la preuve que je lui en ai donnée. J'ai l'honneur d'assurer à V. E. que la ligne de l'Yonne sera maintenue. Tai chargé le général Montbrun de la défense de Pont-sur-Yonne (2). » Dénoncé par le général comme un vil déserteur, le sous-préfet avait, par surcroît, les Cosaques à ses trousses; son infortune était complète et il menait, à travers champs, une course aventureuse qui le conduisit, sur le soir, à Pont-sur- Yonne. Il a négligé d'analyser * ses impressions que l'on pourra peut-être démêler sous les lignes officielles de son rapport (3). Il est certain qu'il coucha à Pont et ne

(1; « Un médecin, adjoint au maire, faisant alors fonctions de maire, » dira plus tard AUix. Il s'agit évidemment de l'incident des proclamations ennemies. — Cf. Allix, Système (Tartillerie, p. p. 183-190.

(2) Allix à Clarke, 30 janv. Arch. nat.

(3) Voici en quel termes le sous-préfet raconta l'incident, le lendemain, avec quelques erreurs que nous signalerons au passage :

« Hier, à midi (?) le général de division Allix arriva à Sens, avec

500 hommes d'infanterie (?) ou environ. A l'instant même de l'arrivée du général, 12 lanciers ennemis cherchèrent à pénétrer dans la ville, ils furent repoussés et les portes barricadées par mes soins (?). Les troupes se tinrent sous les armes, et le général ayant fait une reconnaissance hors des portes, je l'accompagnai et, sur son invitation, je me portai en avant. Là, je fus surpris et poursuivi par deux cosaques. Dans l'impossibilité de revenir dans la ville, j'allais passer la rivière au premier pont de Pont-sur- Yonne, et je suis revenu ce matin à mon poste. J'ai regretté d'avoir été, par des circonstances impérieuses, éloigné de mon chef-lieu. Mais je ne suis pas sorti de mon arrondissement, et j'ai tâché de rendre ma présence utile à Pontsur- Yonne, en procurant des subsistances pour le corps du général Montbrun, qui s'y trouve. J'ai tâché, autant que je l'ai pu, d'animer les habitants à la défense de la place ; un appel a été fait aux anciens militaires.

rentra, dans son chef-lieu, que vingt-quatre heures au moins après en être sorti, et par la porte opposée ; encore fût-ce pour entendre le terrible général proférer à son endroit des paroles peu réconfortantes. Par force majeure, il se trouvait donc éloigné pendant toute la durée de l'attaque, et n'en peut parler que par ouï-dire. Sa disgrâce, heureusement, n'alla pas plus loin.

Dès le lendemain, 31 janvier, le général rectifia laconiquement sa première dépêche, de la manière suivante : a Le sous-préfet, que j'avais annoncé à V. E. avoir déserté, avait été conduit par la peur à Pont-sur- Yonne. Il vient de rentrer. — Allix(I). » — Pour le général, l'incident est clos, mais non pour sa victime, qui tenta, vainement paraît-il, d'obtenir une réparation.

31 janvier. — Toute la journée du lendemain fut occupée par des escarmouches et le perfectionnement des barricades sous les yeux de l'ennemi.

Les Sénonais ont parfaitement' accueilli leurs braves défenseurs et leur ont prodigué les soins les plus affectueux. J'ai l'honneur, etc. (Signé) La Tour DU Pin. »— (La Tour du Pin au ministre de la police, 31 janv. 1814.)— Cf. Ministre de l'intérieur à Clarke. duc de Feltre : « Paris, 15 fév. 1814.— M. le duc et cher collègue, le sous-préfet de Sens m'écrit pour se plaindre du général Allix, qui Ta dénoncé à V. E. comme ayant passé à l'ennemi. A l'arrivée des Cosaques, il était à la vérité absent de Sens, mais c'était, comme il me l'avait annoncé dans une lettre du 30 janvier, pour pousser une reconnaissance vers l'ennemi d'après un ordre du général lui-même ; et il est rentré dans la place, au travers des partis ennemis, douze heures (?) après l'avoir quittée. — (Ministère de la guerre, Yonne, événements de la guerre.) — Il convient de rapprocher de cette dépêche la phrase écrite par Allix, le 31, à 9 heures du soir : a Le sous-préfet de Sens vient de rentrer. » On doit croire la Tour du Pin, quand il aflirme être rentré le matin. (1) Arch. nat. Allix à Clarke, Sens, 31 janvier, 9 heures soir.

L'aide de camp du général, son propre beau-frère, y fut blessé légèrement à la tête. L'ennemi, de son côté, eut quelques hommes tués (1) et blessés ; un moment, il avait paru abandonner l'entreprise pour tâter Pont-sur-Yonne, mais il était bientôt rentré dans ses postes, avec de grandes démonstrations. AUix fît aussitôt lever toutes les vannes du Mondereau et des Coquesalles, pour inonder la plaine marécageuse qui s'étend de Maillot à l'Yonne, au sud de la ville ; il ordonna aussi de couper tous les ponts de la Vanne, en aval de ce village, et de travailler toute la nuit aux ouvrages défensifs (2).

Pour lui, inquiet du nombre croissant des ennemis, qui comptaient alors de 1 500 à 1 600 hommes, il employa une partie de la journée «r à raisonner les autorités de la ville de Sens et ses habitants pour obtenir un résultat satisfaisant de Tappel qu'il leur avait fait pour défendre leur ville. J'en ai déterminé quelques-uns, ajoute-t-il, et j'ai quelque espoir de mettre la ville en cause commune avec moi (3). » En même temps, il avait des pourparlers avec « de braves gens y> de Joigny, qui lui promettaient de résister, et il chargeait le général Moreau d'électriser Auxerre, et d'y proclamer l'état de siège.

Donc, bonne journée pour le bouillant général, qui, content de son éloquence, ne doutait plus du succès. Ses moyens oratoires, qu'il omet de nous

(1) Du moins, c'est ce que dit Allix ; voy. ibid. AUix à Clarke, 31 janvier.

(2) Lui-même était sur pied à une heure du matin ; voy. son post-scriptiim à la lettre précitée.

(3) Ibid. AUix à Clarkç, 31 janv.

indiquer, avaient été énergiques. Il avait menacé de faire fusiller, pour l'exemple, « vingt des lâches sénonais : d voilà pour la garde urbaine ; au maire (l'adjoint Soulas), il déclara qu'il le ferait conduire à Vincennes ; quant au sous-préfet, il lui dit publi" quement qu'il le ferait arrêter et traduire devant une commission militaire. Voilà de quoi remonter le moral de toute une ville ! Est-il besoin d'ajouter que l'effet fut tout contraire au but proposé ; l'élan de de la garde urbaine, cet élan dont le sous-préfet se montrait si fier, fut arrêté net : « Le général AUix a détruit tout ! » écrit mélancoliquement le fonctionnaire découragé (1). Désormais, le général eut contre lui l'opinion et le mécontentement de la population civile (2). Ce n'était pas, il est vrai, pour le troubler beaucoup (3). « Le préfet et le sous-préfet marchent bien, dira-t-il bientôt avec philosophie, il n'en est pas de même de la mairie, mais c'est un mal à peu près général. » Du reste, il n'en veut

(1) Ârch. guerre. Ministre de Tintérieur à Clarke, 15 février.— c Si ces faits sont exacts, ajoute le ministre, la conduite de ce général peut faire le plus grand tort au service de Sa Mi^esté, et j'ai cru que je ne devais pas laisser ignorer ces détails à Votre Excellence. >

(2) Le correspondant du Journal de Paris l'appelle < le farouche général, ...l'inexorable AUix; » et encore : c Notre fatale étoile ramena le général Âllix;... tous les maux dont nous avons été accablés, nous les devons à l'indomptable et stupide obstination d'un homme féroce, dont le nom sera à jamais exécré parmi nous. » (Journal de Paris, 18 avril 1814). — Lettre de Sens.

(3) « J'ai laissé déraisonner à cet égard, dit-il, un certain parti politique (les royalistes) tant qu'il a voulu, quoique je susse très bien qu'il avait mis dans ses intérêts quelques dames de Sens, qui, dit-on. me faisaient un grand crime de ne pas aller, au lieu de m'occuper de mon métier, passer une partie de mon temps sur leurs sophas ou leurs bergères. » — Syst. d'artillerie. Note précitée.

qu'aux bourgeois : « Il n\ a que les paysans maires et les maires pa}'ïians, où je trouve de l'énergie, c'est un bien grand malheur que ceux qui ont le plus de propriétés soient les moins bien disposés à les défendre (1). "»

Cependant, Allix brûlait de prendre Toffensive et promettait solennellement de donner « une bonne leçon aux Cosaques, d dès qu'il aurait reçu les renforts qu'il espérait d'heure en heure (2). Son impatience fut portée ^u comble quand, vers neuf heures du soir, il vit l'ennemi se retirer, repasser la Vanne à Màlay, et gagner Villeneuve-le-Roi par Rosoy. Le général n'y tient plus; il sort, lance à la poursuite des Cosaques le peu de cavalerie à ses ordres et reprend Mâlay. Mais sa troupe, trop faible, ne peut engager le combat, comme il le désirait, et les harceler dans leur retraite; il accuse aussitôt ses hommes de s'être mal conduits et d'avoir manqué le mouvement, se plaint de Pajol qui ne lui a pas envoyé de dragons, récrimine contre Montbrun et Ducoëtlosquet qui sont cause que l'ennemi, très inquiet, dit-il, lui échappe (3).

Accusation malheureuse ! Pajol, de Nogent, veillait sur Sens ; lui seul était, à Finsu du téméraire Allix, l'auteur de l'inquiétude subite des assiégeants. Dès le 29, ses partis battaient l'estrade, de Sézanne à Saint-Florentin (4), et surveillaient l'ennemi ;

(1) Arch. nat. A. F. IV, 1669. Allix à Clarke, 4 fév. (Copie.)

(2) Ibid. Allix à Clarke, 31 janv.

(3) Ibid. Allix à Clarke, 1" fév. — Cf. Weil, t. I, p. 436, rapport de Platow, Villeneuve-le-Roi, 1"" février.

(4) Par Vijleneuve-r Archevêque.

il n'attendait que Tarrivée de la brigade Ducoëtlosquet à Pont pour la porter à Saint-Clément, avec une avant-garde de 100 chevaux qui devait occuper Villeneuve-le-Roi et le lier aux routes de Tonnerre et d'Auxerre (1). Mais ce renfort n'étant pas venu à temps, les Cosaques avaient pu faire leur démonstration contre Pont-sur-Yonne et lancer leurs coureurs jusqu'à Sergines. Pajol craignit qu'ils ne se jetassent entre Nangis et Provins, au travers de sa ligne d'opération. Il avait aussitôt ordonné au général Ducoëtlosquet d'accourir de Montereau et de se porter en avant de Pont, de manière à soutenir Sens et à couvrir les communications de Pont à Bray. Un bataillon d'infanterie du 15^ régiment, venant de Brest, était arrêté au passage à Pont, pour renforcer sur ce point le général Montbrun ; enfin le général Delort venait appuyer son collègue Ducoëtlosquet jusqu'à Fleurigny. Des mesures si sagement conduites avaient eu tout l'effet attendu et avaient subitement dégagé Sens, dans la nuit du 31 janvier (2). Le lendemain matin, la route de Villeneuve-l' Archevêque était libre, et la sécurité des communications de la grande armée, par la vallée de la Seine, assurée. C'était, en vérité, tout ce qu'il convenait de faire (3).

(1) Ibid. Pajol à Clarke, 29 janv.

(2) 18U, par Weil, p. 455. — Cf. Pajol à Clarke, 2 fév.

(3) Le 1" février, le préfet de l'Yonne avise le duc de Rovigo que toutes les communes de Tonnerre à Auxerre sont occupées par l'ennemi; que, par suite du départ du général Belair, il n'y a plus de troupes réglées à Auxerre ; qu'Allix avait bien promis de venir hier, mais l'ennemi le retenant à Sens, il n'y a plus d'espoir de secours. Les. communications avec Paris sont coupées; si Sens succombe, il y aura peu d'espérance.

/'«■ février, — Mais AUix ne voyait pas si loin. S'exagérant la retraite d'un ennemi, qui se repliait par ordre, et s'en attribuant tout le mérite, il ne pense qu'à continuer ses succès ; il ordonne de nouveau à Montbrun de lui envoyer le bataillon qui composait presque la seule force de Pont, et, bouillant d'ardeur comme si la victoire allait lui échapper, il adresse^ a en avant de Sens^ » au général Ducoêtlosquet, qui pourtant n'était pas sous ses ordres, l'injonction formelle de venir le relever dans cette ville, le 2 février, à une heure du matin (1).

« Si Montbrun et Ducoêtlosquet cèdent, assuraitil, je marcherai sur l'ennemi et je promets que je l'exterminerai, s'il reçoit le combat, malgré qu'il aura encore le double de mes forces, car il parait constant qu'il a 8 pièces d'artillerie et environ 2000 chevaux, mais ses troupes sont si harassées qu'elles sont hors d'état de combattre (2). »

Devant un tel malentendu, c'était au plus sage de céder. Pajol prescrivit à Ducoêtlosquet de seconder le mouvement d'Allix, en lui recommandant, avec sa sagacité ordinaire, la plus grande prudence (3). A 11 heures du soir, Ducoêtlosquet entrait à Sens.

(1) € En avant de Sens. — M. le g*' Pajol m'a écrit que vous aviez ordre de venir à Sens et d'avoir une forte avant-garde à Villeneuve-le-Roi ; je vous attend depuis trois jours; la lenteur de votre mouvement m'empêche de poursuivre l'ennemi dans sa retraite. » (Suit Tordre d'arriver.) — Ârch. nat. AUix à Ducoêtlosquet, 1" février.

(2) Allix à Clarke, 1" fév.

(3) Pajol à Clarlie ; Nogent. 2 février, c Je lui ai prescrit de marcher avec beaucoup de précaution et de méthode et de ne rien compromettre,

2 février. — Voilà AUix au comble de ses vœux. Son plan était tout prêt et la réussite lui en paraissait aussi certaine que profonde la combinaison. Une feinte attirerait Tennemi sur la rive droite, pendant que le général lui-même, tombant à Timproviste sur les derrières de Platow, par la rive gauche, le chasserait de Villeneuve-le-Roi, reprendrait le pont et rétablirait l'intégrité de sa ligne de défense. Ducoëtlosquet reçoit, en conséquence, ses instructions pendant la nuit. Il occupera Sens, mais poussera une forte reconnaissance de 300 chevaux sur la falaise escarpée de Rosoy, <r qui est une très bonne position, abordable seulement par la grande route. * La consigne est de faire des démonstrations du côté de Villeneuve, sans rien engager, et, dans ce but, de détacher cinquante hommes avec des officiers de confiance. Vingt-cinq resteront à la hauteur de Véron, tandis que vingt-cinq autres, des mieux montés, se porteront sur les hauteurs de Passy et détacheront trois ou quatre hommes avec ordre de fuir directement et à toutes jambes, sur Rosoy, dès qu'ils apercevront l'ennemi. Le même détachement éclairera la hauteur en avant et à gauche de Passy.

a: De si bonnes dispositions, continue ÂUix, n'ont point été exécutées. » En effet, les Cosaques, qui

car l'ennemi qui a 1 500 chevaux et de l'artillerie pourrait bien retourner bride. Je pense, M«', que c'est d'après vos ordres que le g'* AUix a pris le bat»' du 15* et qu'il se porte en avant. » — Le même, au même, 4 février : c Le g'* Âllix, qui avait dû, d'après mes intentions, se contenter d'observer, est sorti de Sens pour attaquer l'ennemi à Villeneuve-le-Roi. Mais il a bientôt été obligé de se retirer et de rentrer ^slrs Sens, où il tien^ 9

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à toute bride. Mais, d'autre part, d'après des documents authentiques, il est avéré que cette journée avait coûté à notre cavalerie, rien qu'en prisonniers, un lieutenant-colonel, trois officiers et 80 hommes (1). C'était payer bien cher une escarmouche inutile .

3 février. — Le lendemain, 3 février, on dut laisser les troupes se reposer. Néanmoins, le soir même du 3, le général Ducoêtlosquet, sans rien vouloir entendre aux nouvelles instances d'AUix, se retira à Pont-sur- Yonne (2). L'échec de la veille ne paraissait pas, en effet, avoir beaucoup éclairé celui-ci, qui s'absorbait de plus en plus dans sa position personnelle, au point de méconnaître absolument la marche réelle de l'invasion. Il eût voulu que la cavalerie fit une démonstration sur Mâlay, dans la persuasion que la Vanne, ayant ses ponts coupés, couvrait sa gauche à dix lieues de distance ; et il décrivait, à ce point de vue complètement erroné, les avantages de sa position. Son front, il le place à Villeneuve-le-Roi, et il constate avec complaisance combien il est à couvert derrière la Vanne et les marais des Coquesalles. A sa droite, il montre l'Yonne comme un fossé infranchissable. Il voit cependant un point noir qui l'in-

(1) Arch. nat. Rapport du comte de Ségur. : Mission dails la 18* division militaire. (Dossier de l'Aube.) — Cf. Weil, i8U, p. 523.

(2) On saura que penser désormais de l'injuste boutade d'un biographe d'AUix qui se plaint de l'abandon «t du général Ducoêtlosquet, dont la conduite^ dit-il, fut inexcusable dans cette occasion. » G" de Vaudokcourt. Journal des Armes spéciales j 1. 111% p. 309-329.

quiète : devant lui^ les Cosaques détiennent les ponts de Villeneuve-le-Roi et de Joigny; mais, s'empresse-t-il d'ajouter, ils se garderont sûrement de s'éloigner de leurs positions, car, manœuvrant lui-même dans la haute Yonne, il ne manquerait pas de leur couper, avec les ponts, leur ligne de retraite. Décidément, Sens, mis par lui à Tabri d'un coup de main, lui apparaît comme le nœud des routes d'Auxerre, de Montargis et de Troyes. Mais, à son avis, 50 hommes suffisent, pour le moment, à garder Pont <r contre tous les Cosaques du monde, » pourvu qu'on le relève lui-même avec 500 hommes^ de manière à lui permettre de déloger l'ennemi de Villeneuve-le-Roi et de marcher sur Auxerre, « où il répond d'arriver en sûreté (1). y>

4 février. — AUix donnait ces belles assurances le 4 février, et, le lendemain même, le préfet de l'Yonne envoyait à Paris celte dépêche épouvantée : ^ La situation du département présente un tableau déchirant. » L'ennemi est à Joigny, à Tonnerre, d'où il porte la désolation dans les communes voisines, il est maître de Bassou, aux portes d'Auxerre. L'arrondissement même d'Auxerre est déjà entamé à Saint-Florenlin et Chablis. Le général Moreau se trouve dans une situation très précaire au chef-lieu, où il n'a pu réunir, malgré tous ses efforts, que la compagnie départementale et une

(1) Arch. nat. AUix à Clarke. 4 fèv.

vingtaine de gendarmes. Toutes communications avec. Sens sont coupées (1).

Du reste, au moment même où le général Allix dictait sa dépêche optimiste, les ennemis lui ménageaient une vive alerte. La veille, on les avait vus sonder la Vanne en amont, reconnaître Rosoy et Gron. Ce jour-là, vers 2 heures de l'après-midi, ils se présentèrent brusquement, à la porte Dauphine, avec deux pièces de canon, dont ils tirèrent « quelques coups à boulets et d'autres de mauvaise mitraille et différents métaux. » De la place, on répondit aussitôt par une fusillade nourrie, et une sortie qui les dispersa. On les suivit jusqu'à Rosoy. A 5 heures, la poursuite durait encore, mais l'affaire était terminée; nous y eûmes cinq blessés, dont un mourut de ses blessures (2). « Sens a tenu bon, » écrit avec fierté le ministre de la guerre (3) !

(1) Arch. nat. — Defermon à Clarke, Auxerre, 5 février. — Le préfet ajoute, qu'à cette. date, Avallon est tranquille. Pas de dépêches de Paris depuis huit jours. — Cf. Wbil, I, 497 ; rapport de Platow, 1" février : « J'ai détaché, dit l'ataman, le colonel Sperherg avec 500 Cosaques et deux canons à Joigny, pour découvrir et punir les gens de ce pays, qui avaient voulu assommer un de mes courriers, pendant qu'il passait par cette ville. Je lui ai ordonné de fusiller les coupables et de désarmer la garde nationale, que je soupçonne d'avoir participé à ce guet-apens. »

(2) Arch. de la guerre. Lettre comm* de place de Sens à Hulin, 9 février. — On doit s'adresser à un autre qu'AUix pour connaître nos pertes.

(3) Clarke au duc de Tarente, 6 fév. Arch. de la guerre. — Deux boulets, insérés sous la corniche d'une maison contiguê à la porte Dauphine et marquée du n* 1» rappellent cet événement. L'inscription suivante les accompagne : c Ces boulets ont été tirés par les Cosaques le 4 février 1814. s Cette inscription est ainsi reproduite par Tarbé (Alman. de 1814, exemplaire de la mairie, note manuscr.) ; mais, par suite de quelque restauration, un ouvrier peintre a écrit sur la façade le 14, au lieu du 4 février, ce qui est une erreur manifeste. En effet, le 14, la ville était au pouvoir des alliés.

Platow renonça désormais à enlever Sens de vive force, mais, conservant Villeneuve-le-Roi comme base d'opération, il lança ses Cosaques sur Fontainebleau par Courtenay, en empruntant la rive gauche de l'Yonne ; une pointe sur Montargis, qu'il rabattait bientôt sur Ferrières, jetait en même temps Talarme à Orléans. Pour se rendre compte de la faute énorme que commit Tataman, en se laissant prévenir à Sens par le général Allix, il faut savoir que Tempereur de Russie lui avait confié, dès le 24 janvier, la mission délicate d'enlever le Pape à Fontainebleau et d'intercepter, au plus vite, les approvisionnements de la capitale par le Midi; il lui avait prescrit de se diriger (c de suite sur Auxon et Sens, pour se porter sur la route qui va de Paris à Dijon par Fontainebleau et la rive gauche de la Seine, b Or, Platow n'était arrivé que le 28 janvier à Auxon, hésitant à s'éloigner du gros de l'armée, perdant un temps précieux par ses lenteurs, qui devaient bientôt lui faire manquer, faute de deux heures, une place solide et la rive droite de l'Yonne (1).

(1) Voy.1814, parWBiL,pp. 170, 395, 523 et suiv.— Schwarzenberg, mécontent, avait fait prescrire de nouveau à l'ataman 28 janv.) de se porter le plus loin et le plus vite possible en avant des troupes de Giulay, de pousser vers Paris, de faire le plus de mal 'qu'il pourrait à Tennemi et surtout d'attirer sur lui son attention. Et dans ane deuxième dépêche : « Veuillez lui ordonner d'urgence de prendre enfin à gauche la route de Sens à Fontainebleau. • L échec de Sens fit beaucoup de tort à Platow, dont rétat-major ne cessait de dénoncer la mollesse, l 'insuffisance et la vantardise. Alexandre, qui l'aimait, dut le remplacer par Kaîssarofîà la tête des Cosaques (9 mars) et l'attacha à sa personne en reconnaissance des services passés.

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5 au 7 février, — Pendant les quelques jours qui suivirent Tattaque de la porte Dauphine, la garnison de Sens ne fut plus inquiétée, à la grande satisfaction de l'Empereur (1). AUix en conclut, avec plus de précipitation que de clairvoyance, que Tennemi avait dû évacuer Cerisiers pour Saint- Florentin ; qu'il allait donc abandonner Villeneuvele-Roi et faire retraite par Tonnerre et Bar-sur- Seine (2).

Grosse illusion ! Mais le général estimait n'être à Sens que d'occasion : il lui tardait d'aller de l'avant, de chasser les Cosaques, de marcher enfin sur Auxerre, où la population manifestait des sentiments hostiles au général Moreau. A son avis, 400 hommes de troupes suffisent désormais à garder Sens, à la condition d'encadrer des habitants résolus à prendre en main leur propre défense.

En conséquence, le 5, il publia un ordre enjoignant « à tous les militaires, de tout grade, en retraite, en réforme, en non-activité, congédiés, ayant

(1) Napoléon à Marmont ; Corresp., n''21191.— « J'ai des nouvelles de Sens, d'aujourd'hui 6, à neuf heures du matin, il n'y avait rien de nouveau, v

12) Arch. de la guerre. Allii à Clarke. 6 fév. Cette lettre fut transmise à Pempereur, peut-être à cause de l'étrangeté de la nouvelle ; elle continuait ainsi : « Je m'occupe fortement de former la cohorte des gardes nationales de la ville de Sens pour laquelle on n'avait encore rien fait. J'espère que ce travail sera fini demain, malgré les difficultés et le peu de dispositions que j'ai trouvées dans l'esprit des autorités locales, et que finalement cette cohorte, pénétrée de la facilité de défendre la ville de Sens par l'exemple que leur ont donné mes conscrits, s'en chargera dans quelques jours et me mettra à même de me remettre en campagne avec la presque totalité de mes troupes.

« Je profiterai de toutes les circonstances qui me permettront de me porter en avant, en tant que je ne découvrirai pas Sens »

ou non des emplois civils, et tous les gardes forestiers de Tarrondissemcnt de Sens, » de se rendre, dans les vingt-quatre heures, à Ja sous-préfecture pour y être organisés militairement (1). Tous ces contingents, dénués d*uniformes et se confondant en apparence avec la population civile, allaient exposer la ville à toutes les rigueurs édictées par le généralissime autrichien contre les non-belligérants pris les armes à la main. Mais Âllix avait bien d'autres soucis, il ne pensait qu'à se dégager. Il s'évertuait donc à organiser la cohorte de la garde nationale, à « Télectriser; d puis, la reprenant en douceur, à la persuader, par l'exemple de ses conscrits, de la facilité de repousser l'attaque dans une place assiégée. Le 6 au soir, il réunit à cet effet les autorités locales et les notables : on Técouta sans apparence de conviction. L'entretien dut être assez abrupt, étant donnés le caractère et les dispositions réciproques des interlocuteurs ; nous n'en savons qu'une chose : le général finit, de guerre lasse, par leur ^ ordonner » de se réunir encore le lendemain et de lui faire connaître, par écrit, leur détermination. La nuit leur était laissée pour porter conseil... s'ils n'aimaient mieux rêver du donjon de Vincennes (2).

(1) Biblioth. cTun Sénonais, t. XXIV. — Fonds Tarbé (biblioth. d'Auxerre). Voy. Appendice n' II.

(2) Allix à Clarke, 7 février « ...Mais, ayant vu que j'étais, à peu de chose près, la voix qui crie dans le désert, que je ne pouvais leur faire prendre l'énergie et l'attitude qui conviendraient aux circonstances et qu'ils étaient plutôt disposés à ouvrir leurs portes devant l'ennemi, s'il se présentait, je leur ai ordonné de se réunir pour prendre une détermina-

Il restait du temps pour Timpatience. Le lendemain donc, AUix, ne tenant plus à Sens, se rendait de sa personne à Pont-sur- Yonne, auprès des généraux Montbrun et Ducoêtlosquet ; là, il usait de toutes ses ressources, afin de les amener à le relever ou tout au moins (( à appuyer sur lui par la gauche de l'Yonne. » Mais les deux auxiliaires de Pajol se contentèrent de lui opposer cette froide réponse : « Nous attendons des ordres (1). » C'était une leçon très opportune de discipline et de calme ; vraiment le commandant de la 18^ division, distrait par sa fougue, avait trop oublié qu'au-dessus de lui, et en dehors de ses escarmouches, il y avait l'armée.

La marche des événements allait promptement le rappeler à la réalité. Tout d'abord, l'Empereur le fait prévenir a qu'il est chargé spécialement de la défense de Sens et que dans l'éventualité d'une retraite forcée, il aurait à se rallier à Pajol (2). » Celui-

tion et de me la faire connaître par écrit. Je l'attends avec impatience et dès qu'elle m'aura été communiquée, j'aurai l'honneur d'en faire part à votre Exe" (Si le g" Montbrun consent à me relèvera Sens) je marcherai demain sur la ville d'Auxerre et si je la trouve dans des sentiments antifrançais, j'y ferai des exemples et je ferai enlever les hommes dangereux. »

La réponse des Sénonais ne nous est pas parvenue.

(1) Arch. nat. AUix à Bertrand, 7 février : c Je n'ai pu les déterminer à faire aucun mouvement; ils attendent des ordres. » — Bien faisaient-ils, car ALlix n'avait pas voulu rendre le bataillon du 15* qu'il avait emprunté pour son échauffourée deMarsangis. Pajol avait dû se hâter de leur envoyer l'avantveille le 2* régiment de Cherbourg^ pour renforcer, à Pont, les 200 douaniers de Montbrun, insuffisants à couvrir ce point. « Je ne reçois aucune nouvelle (d'Allix), écrit Pajol, il a gardé prés de lui le bataillon du 15* qui était à Pont-sur- Yonne, malgré que je lui aie ordonné, d'après les ordres de r Empereur, de l'envoyer à Nogent. » Pajol à Clarke, Montereau, G fév.

^2) Arch. nat. P^jol à AUix, 8 février (copie). — Arch. de la guerre, AUix à Clarke, 8 février. — Cf. Corresp. de Napoléon, n" 21 215.

ci avait été remplacé, le 5, à Nogent, par le maréchal Marmont et s'était retiré à Montereau (1). Un grand mouvement se préparait à Tinsu d'Allix et peut-être de Clarke lui-même; pour le saisir, il nous faut jeter un rapide coup d'oeil sur la marche de Napoléon, dont nous n'avons perçu jusqu'ici que les contre-coups éloignés

(1 Pajott par le comte Pajol, son fils.

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