CHAPITRE II
Les vues de Napoléon; valeur stratégique de la ligne de l'Yonne. — Faute des alliés. — Victoires de l'Empereur sur la Marne. - Mouvement de Pajol vers Sens; marche du prince royal de Wurtemberg; inquiétudes d'AUix (7- 10 février). — Investissement et bombardement de la ville par les Wurtembergeois ; dépêche d'Allix (10 février). — Reprise du bombardement; trahison; surprise de la poterne du collège ; Tassant ; l'ennemi dans la place ; retraite d'AUix; le sac de la ville. — M™» Bénard aux pieds du prince royal de Wurtemberg (11 février). — Rapport d'Allix. — Pertes réciproques des combattants. — Jugement du général Pajol sur AUix.
Parti de Paris le 25 janvier, TEmpereur était arrivé trop tard pour empêcher la jonction des alliés dans les plaines de la Champagne. Après le combat indécis de Brienne, les armées de Silésie et de Bohême s'étaient donné la main sous ses yeux (31 janvier), et quand il s'obstina à poursuivre Blûcher, à la Rothière, espérant encore le couper, il se heurta, en une sanglante et inutile bataille, contre une masse compacte de 100 000 hommes (l^r février). Tout autre eût été enveloppé et anéanti ; il échappa au péril et se retira, au moyen d'une retraite savante, sur Troyes, où il arriva le surlendemain. Là, maître de
quatre ponts sur la Seine, grâce à Pajol, et couvert sur son flanc gauche, il pouvait manœuvrer à son gré sur les deux rives, disputer longtemps le passage du fleuve, observer et attendre. Il n'y avait plus de salut pour lui que dans une faute de Tennemi; cette faute, il la guettait, comme le chat une souris, dans le secret de sa méditation. Il s'inquiétait peu des ravages de Platow et de ses cosaques, « cette canaille, d comme disait dédaigneusement Pajol (1). Il était profondément convaincu que le gros des alliés ne déboucherait de Sens sur Fontainebleau qu'après s'être assuré du pont de Nogent (2). Voilà pourquoi Victor, duc de Bellune, reçoit l'ordre de se porter dans cette ville et de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Que si Schwarzenberg se montrait assez imprudent pour se porter en masse, par l'Yonne, vers Fontainebleau sans enlever Nogent, Oudinot, soutenu par Victor, s'établirait à Montereau, au confluent de l'Yonne et de la Seine. Il forcerait ainsi l'ennemi à développer sa marche de
(1) « ...J'espère que le mouvement de Sa Majesté en avant rappellera toute cette canaille, et que si la cavalerie que Votre Excellence m'a annoncée m'arrive, je pourrai flanquer, avec avantage, la droite de l'Empereur et arriver en Franche-Comté. Dans toutes les hypothèses, vous pouvez assurer Sa Majesté qu'elle peut compter sur mol et que, malgré que mes blessures soient encore ouvertes, que je sois très souffrant, je ferai plus que le possible pour la servir utilement. » — Arch. nat., Pagol à Clarke, Nogent, 1" février.
(2) Corresp. de Napoléon, n» 21 221. Dans cette dépêche, l'Empereur prévoit tous les mouvements de l'ennemi sur Sens et leurs conséquences diverses. Il ordonne au duc de Heggio d'avoir des officiers à Nogent, Bray et Sens, pour savoir ce qui se passe. Ce maréchal se tiendra provisoirement à Provins, mais est chargé de la défense de la Seine, au-dessous de Nogent. Cf. lettre au roi Joseph, n* 21227.
flanc, sur une immense étendue, et ménagerait le retour foudroyant de l'Empereur. Sens, avec le général AUix et la division de Pajol, couvrait TYonne et la route de Fontainebleau. Il est vrai que Platow avBit entamé cette ligne si importante en s'emparant des ponts de Villeneuve-le-Roi et Joigny, avant qu'on eût eu le temps de les faire sauter; mais il ne faut pas oublier, qu'à cette époque, il n'y avait sur la rive gauche de la Seine que deux routes, praticables pour une armée d'invasion marchant sur la capitale : 1® la route par Sens, Montargis, Nemours et Fontainebleau; 2^ la route par Auxerre, Briare et Orléans.
Donc, malgré la perte très fâcheuse des deux ponts secondaires de Villeneuve-le-Roi et de Joigny, l'Yonne se présentait comme un fossé infranchissable au gros de l'armée d'invasion, tant que celle-ci ne se serait pas emparée d'Auxerre et de Sens, clefs des deux routes. Sens, commandant la plus directe de ces routes, demeurait le pivot de la défense de l'Yonne, avec Pont-sur-Yonne comme point d'appui (1). L'ennemi voulait-il, comme en fait il arriva, descendre simultanément par les deux rives de la Seine, force lui était, pour se porter sur la rive droite, de franchir le fleuve aux ponts de Nogent, Bray ou Montereau (2) afin* de déboucher par les
(1) L'Yonne était guéable près d'Âuxerre, c'est ce qui affaiblissait ce côté de la défense, à défaut de troupes pour surveiller les passages.
(2/ 1^ Seine, depuis Saint-Mammés jusqu'à Troyes, n'est guéable nulle part en liiver. En dehors des trois ponts de pierre dont nous venons de parler, il n'y avait que quelques ponts de bois, desservant des voies sans importance.
routes 1° de Bray à Paris, par Nogent, ou de Langres à Paris, par Arcis, Mér}' et Nogent; 2° de Sens à Nangis et Provins, par Bray ; 3^ ou d'Auxerre à Paris, par Montereau et Sens. De même que Sens pour TYonne, Nogent et Montereau étaient les clefs de la ligne de la Seine. Or tous ces points se trouvaient désormais occupés et reliés militairement entre eux.
La défense de ITonne se complétait en arrière par le canal de Briare, qui descend de la Loire à Montargis, et par celui du Loing, qui va de cette ville à Saint-Mammès. Le second avait peu de ponts et se trouvait couvert en plusieurs points, par la rivière de Loing, ordinairement profonde et d'où il tire ses eaux. Ajoutez à ces obstacles naturels ceux qu'offraient encore la contrée du Gâtinais, impraticable en hiver, un sol glaiseux, des bois entrecoupés d'étangs, des vallonnements sans fin et sans voies de communication; puis, au delà des canaux, depuis Chatenoy jusqu'à Orléans, la forêt de ce nom ; enfin, et en retour, la forêt de Fontainebleau qui s'appuie à la Seine, près de Moret. On voit, par ce tableau simplement esquissé, que l'accès de la capitale était momentanément couvert de ce côté et que les derrières de Napoléon étaient, non moins que son flanc, assurés, à la condition toutefois qu'ils ne fussent pas attaqués par des forces trop disproportionnées. Il n'en était pas de même du côté de la Marne (1). Soissons pris et Compiègne menacé
(1) Clausewitz critique le plan de l'Empereur. Il aurait mis Paris à l'abri d'un coup de main et placé le point de ralliement de l'armée française.
montrent Paris à Blûcher, qui marche sur la capitale, séduit par l'idée d*être seul à la gloire. Il déborde la droite de Napoléon et se propose de mettre en fuite, chemin faisant, Macdonald qui vient d'arriver. Du reste, les alliés viennent d'arrêter leur plan.
Enivrés de leur succès de la Rothière, ils ont décidé de ne plus risquer dans une bataille décisive le sort de la campagne, mais de déborder ainsi Tarmée française, par les ailes, et de la pousser jusqu'à Paris, où ils comptent l'écraser d'un seul coup, sous les murs de la capitale. Eux-mêmes convergeront vers ce point en suivant les plantureuses vallées de la Marne et de la Seine. Schwarzenberg s'ébranle à son tour ; il a pour but de tenir en échec l'armée principale française, qu'il suit avec sa lenteur accoutumée, et s'avance sur Troyes. Son armée y fait son entrée le 7 février, vers deux heures de l'après-midi. Voilà la faute si impatiemment attendue. Les forces ennemies se divisent et chaque jour les séparera davantage (1). Napoléon a tout prévu, il est prêt ; il laisse, en silence, le mouvement des alliés s'engager à fond, puis se dé-
non pas à Châlons, mais vers Dijon, pour assurer la durée de la défensive. Il est bien entendu que ce que nous disons de la valeur défensive de l'Yonne est purement relatif au plan de l'Empereur. Clausewitz, la Campagne de 1814, pp. 127-133.
(1) c Schwarzenberg ne mit donc pas à profit les résultats de la victoire ; il n'exerça aucune pression sur l'ennemi qu'il avait devant lui, mais il chercha un coin bien abrité, entre la Seine et l'Yonne, et, même là, il ne prit aucune mesure décisive, parce que la lucidité, l'unité et la décision faisaient absolument défaut dans son état-major. » Clausbwitz, la Campagne de 1814.
robe soudain (9 février) de Nogent, où il s'était replié, quitte le bassin de la Seine pour se jeter dans celui de la Marne et tombe, comme la foudre, sur les corps disjoints de Blûcher, qu'il écrase successivement à Champaubert (10 février), puis à Montmirail (11 février); il culbute Yorck sur Château- Thierry (12 février), et revient brusquement sur Bllicher qu'il bat à Vauchamps (14 février). Aurat-il le temps de repasser dans le bassin de la Seine et de détruire ensuite l'armée de Schwarzenberg ? ...Raconter le siège de Sens, c'est répondre à cette question.
En confiant la garde de la Seine à ses maréchaux Victor et Oudinot, l'Empereur avait mis, sous les ordres de ce dernier, Pajol et sa division; il ne lui avait pas caché toute la confiance que ce général lui inspirait, et lui avait recommandé « de déranger le moins possible les dispositions d antérieures de celui-ci (1). Aussi le premier soin du maréchal fut-il d'écrire à Pajol :
« Sa Majesté ayant approuvé toutes les mesures que vous avez prises pour la défense de l'Yonne, le Loing et les ponts de la Seine, elle vous recommande de conserver, autant qu'il sera en vous, les postes importants qui vous sont confiés (2). *
Ce n'était certes pas une mission facile dans l'état de désorganisation et d'insuffisance des troupes
(1) Corresp. de Napoléon. N* 21221. 9 février.
(2) Arch. de la guerre : Gressot, chef d'état-major du Vil' corps, à Pajol
(9 fév.).
■tti ■■'—-'
françaises. En quatre jours, Pajol a déjà vu passer plusieurs milliers d'isolés ; le 6, il en rencontre un nombre si considérable qu'il est contraint de faire revivre un ordre terrible de Napoléon. Les fuyards seront décimés ; deux d'entre eux seront fusillés le lendemain même (7 février), après un tirage au sort opéré devant les troupes (1). Après cet exemple redoutable, le général quitte Montereau et se porte en arrière de Pont-sur- Yonne pour soutenir ce point, s'établir entre Sens et Nogent, en ligne avec les maréchaux, secourir Allix au besoin, garder les communications de Sens à Nogent, de Nogent à Pont et à Montereau, enfin couvrir le Loing.
20000 Français, à peine armés, devront contenir plus de 100 000 Austro-Russes victorieux ; mais le zèle et le courage suppléeront au nombre. Pajol fait passer 200 coups de canon à Allix, lui offre des cartouches, il attend T ennemi de pied ferme : « Je ferai, dit-il simplement, plus que le possible pour remplir les intentions de l'Empereur (2). *
8 février, — Devinant la marche de l'envahisseur, Pajol se rapproche encore et s'établit à Pont même; il poste 1000 hommes d'infanterie à Gisy-les-No-
(1) Arch. nat. : Le maréchal de Raguse à Berthier (6 fév.). — Dans les propres troupes de Pajol, 40 hussards sur 150 hommes désertent en quelques jours. Pont, 8 fév. Arch. guerre.
(2) Arch. nat. Lettre de Pi^ol au général X... (7 fév.)— Cf. Napoléon à Berthier, 7 fév. Corresp. n* 21201 : c Donnez ordre au général Pajol de se porter à Sens et à Pont-sur- Yonne. Donnez ordre d'établir à Traînel et à Thorigny des relais pour les estafettes. Ecrivez aux maires de ces deux villages d'organiser leur gardes nationales, de faire leur levée en masse et de barricader leurs villages pour être à l'abri des incursions des partis, «—D'après l'état
blés, sur la route de Villeneuve-rArchevêque à Pont-sur- Yonne ; 1 500 chevaux se portent sur Fleurigny et Trafnel, pour garder cette route, inquiéter le flanc de Tennemi et le menacer sur ses derrières, au cas où il attaquerait Sens. Quelques cents chevaux s'échelonnent ensuite à Soucy, Saint-Denis, Noslon et Guy, pour se porter où besoin sera. Déjà, la veille, nos détachements ont pourchassé les partis de Platow, qui se montraient sur Chéroy ; 200 chevaux sont postés dans cette ville et à DoUot pour observer l'ennemi de ce côté, enfin les 3500 gardes nationaux de Pacthod demeurent en réserve à Montereau. Mais c'est surtout sur les coteaux de TOreuse et de la Vanne que les patrouilles françaises se multiplient; leurs rapports se succèdent à toute heure du jour sous les yeux de Pajol, qui détaille, avec une remarquable précision, la marche et les forces de l'envahisseur. Il sait que 1 500 hommes de cavalerie ennemie viennent d'occuper Villeneuve- TArchevéque et que le contact est proche (1).
de situation envoyé le 6 février à Berthier par Pajol, celui-ci comptait
réunir, le 8, un effectif de 7 400 hommes, qui se répartissaient comme il
suit :
Gardes nationales (armées) 3000
2 bataillons des 118- et 28» 1000
1 bataillon du 10* léger 600
2r régiment de Cherbourg 600
1 bataillon du 15* 400
Cavalerie 1800
De plus, le ministre lui annonçait l'arrivée à Melun, pour le 7 ou le 8, de
5 500 hommes venant d'Espagne, sous la conduite du général Boyer. Arch.
nat. AF IV, 1669.
(1) Ibid. Pajol à Berthier; Pont-sur- Yonne, 9 février, midi et 2 heures du
soir. — Cf. Pajol à AUix, 8 février.
Eln effet, d'après le plan des alliés, tandis que les corps de Wittgenstein et de Wrède resserrent Nogent, le corps d'armée du prince royal de Wurtemberg (ÏW^ corps) marche sur la route de Sens, où il doit se concentrer le 12, au plus tard, dans les environs de cette place. Le général Blanchi, à la tête du Jer corps autrichien, se liera par Arces et Cerisiers aux Wurtembergeois. Ces deux corps seront appuyés par celui du comte Giulay, les réserves autrichiennes et la division légère du prince Maurice de Lichtenstein. Le 8 et le 9 février, le IV^ corps avait dû séjourner dans ses cantonnements, en avant de Troyes, par ordre de Schwarzenberg, mais son avant-garde avait passé de Villemaur à Villeneuve-r Archevêque, afin de pousser des reconnaissances sur Sens (1).
En recevant les dernières instructions du quartier de l'Empereur, le 7 au soir, AUix avait aussitôt répondu : (c Je me charge de la défense de Sens. Je dois dire que je trouve peu de dispositions à m'appuyer, je ferai cependant tout ce qui me sera possible(2). y> Mais le lendemain, à l'approche des alliés, il s'inquiète et se met à suspecter Pajol :
Si M. le général Pajol m'abandonne à mes propres forces, dit-il, et qu'il n'appuyé pas la défense que je suis chargé de faire dans la ville de Sens, je dois vous prévenir que ma position n'est pas tenable, parce que je puis être attaqué par les deux rives de l'Yonne et qu'il ne me restera d'autre parti à prendre que d'évacuer la ville ou de me rendre aux premières forces ennemies qui se montreront.
(1) KOCH, t. I".
(2) AUix à Bertrand. 7 fév. Arch. nat.
La position que M. le général Pajol vient de prendre ne m*appuyc pas du tout et ne couvre nullement ma retraite sur Pont, si j'y étois forcé. Cependant la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire hier m'annonce formellement qu'il devoit se porter sur Sens et assurer les communications de Sens-Montereau. J'attends l'ennemi demain matin au plus tard, peut-être même arrivera-t-il pendant la nuit pour prendre position devant moi.
Je vous prie, M. le général, de donner les ordres que vous jugerez convenables à M. le général Pajol, pour qu'il manœuvre dans le sens où vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, afin de faire changer l'état critique dans lequel j'entrevois que je vais me trouver.
Dans la position qu'a prise le général Piy ol, je ne vois d'autre retraite sur Pont que par la rive gauche de l'Yonne. Encore l'ennemi ne me la coupera-t-il pas parVilleneuve-le-Roi?
Si le général Pajol prenait position à Soucy et à Voisines, sa retraite sur Fleurigny serait assurée; il attireroit à lui une partie des forces de l'ennemi et rendroU son attaque sur Sens moins vigoureuse. Cette ville n'est tenable que contre la cavalerie, surtout ayant trois quarts de lieue de circonférence et n'ayant pas 900 hommes de garnison, que je suis obligé de disséminer sur les deux rives de l'Yonne, à cause de la position de l'ennemi à Villeneuve-le-Roy. Je ferai au surplus tout ce qu'il sera humainement possible de faire, sans cependant me laisser exposer à me voir enfermé dans la ville de Sens, où je serois indubitablement pris après quelques heures de combat (1).
9 février. — Les habiles dispositions de Pajol répondent d'elles-mêmes à ces plaintes peu judicieu-
(1) Allix à Bertrand, 8 fév. Arch. nat.— Âllix racontera plus tard que, du 4 au 8 février, il avait reçu quatre bataillons de renfort, ce qui avait porté sa division à 2600 hommes: Souvenirs. Les documents officiels sont en opposition avec ce témoignage. Allix a dû confondre avec son état de situation, lors de son retour offensif vers la Haute- Yonne.
-^esses que Napoléon avait du reste prédites, avec sa rare sagacité, quand il avait écrit : « L'alarme reviendra peut-être alors du côté de Sens ; mais le généi^al Pajol s'y organise... Je pense que c'est spécialement du côté de Sens et de Pont-sur-Yonne qu'il faut être attentif (1). d
Allix avait des vues moins vastes et se buttait d'autant plus à son idée fixe, que le champ borné de son action la lui remettait sans cesse sous les yeux avec une évidence factice.
Il ne voit d'autre moyen de dégager sa position que de porter un détachement sur Villeneuve-le- Roi et d'y couper le pont. La chose lui semble toute simple. « L*ennemi n'a plus que 150 hommes au plus à Villeneuve-le-Roi, affirme-t-il. Cela est positif (2) », Il suffirait donc qu'on obligeât Pajol à le renforcer; lui-même va essayer de l'amener à lui. Or, Pajol savait pertinemment, qu'outre le flot qui descendrait de Troyes, a 1800 ou 2000 chevaux (enft nemis) occupaient alors Joigny, Villeneuve -le - 01 Roy et la route de ce dernier endroit à Sens (3). d
(1) Lettres au roi Joseph, 7 et 8 fév. Corresp. n** 21205 et 21 209.
(2) Ârch. nat; Allix à Bertrand, d fév., 4 heures du matin.— Avec le ministre de la guerre, Allix est plus explicite : < J'ai voulu profiter de l'absence de l'ennemi pour couper le pont de Villeneuve-le-Roi, afin de mieux me couvrir et d'être maître au besoin de la rive gauche pour me retirer sur Pont, dans le cas où j'y serais forcé. J'ai communiqué mon projet au général Pt^ol, en le priant de m'appayer à Sens par 300 hommes d'infanterie. S'y étant refusé, j'ai dû y renoncer, attendu que je ne pouvais l'exécuteravec mes seules forces, qui suffisent à peine pour les besoins de la place, et je lui ai écrit que je m'en lavais les mains. » Allix à Clarke, 9 fév. — Avec de si faibles moyens, un tel projet était pure chimère.
(3) Ibid. Pajol à Berthier. Pont-sur- Yonne, 9 fév., 2 heures après-midi. L'atamanPlatow avait été relevé àVillcneuve-le-Boiparle général KyzakofT.
Le matin même, 50 éclaîreurs cosaques étaient entrés à Thorigny, d*où un peloton du 2® hussards, aux ordres du général Delort, avait dû les chasser. Le moment était singulièrement choisi pour courir les aventures; aussi Pajol en perd-il patience :
K Les rapports du général AUix sont si contradictoires, écrit-il, que je ne sçais qu'en penser, de sorte que Ton ne peut guère s'en rapporter à lui. Je lui écris ce matin de tenir à Sens, où il a assez de forces et de moyens pour résister à tout ce qui pourroit se présenter, jusqu'à ce que j'aie le temps de me porter à son secours; ce qui ne tarderait pas, car j'en suis fort près (1). )>
A manier ainsi la correspondance officielle et journalière des généraux, on demeure surpris de l'étrange assurance avec laquelle AUix a commenté plus tard les événements de cette campagne, tançant de haut et durement, comme incapables et tarés de mollesse, les principaux lieutenants de l'Empereur : ci Je ne crains pas de le dire, écrirat-il un jour, si les maréchaux Victor et Oudinot eussent aussi bien compris leur position militaire entre Montereau et Méry-sur-Seine que je compris la mienne à Sens et à Pont-sur- Yonne, leur position eût été inexpugnable (2). »
(1) Ibid. Pajol à Berlhier, midi.
2) AUix. Souvenirs militaires et politiques^ insérés au Journal des sciences militaires, 1831, t. XXII et XXIIi, 24" arl. — Ces souvenirs, écrits de verve longtemps après les événements, ont une allure violente, absolue et partiale qui les rend difiiciles à utiliser. Quand on les rapproche de la correspondance officielle du général lui-même, on y relève des inexactitudes ou contradictions manifestes. Âllix. par exemple, y fait une charge à fond
En dépit de cette infatuation, les faits se chargèrent de donner raison à la sage conduite de Pajol. Le jour même, à midi, 60 chevaux ennemis parurent en vue de Sens, sur la route de Troyes. C'étaient les éclaireurs du IV^ corps. Trois heures plus tard, un parti de 800 chevaux se présentait aux portes de la ville, et une centaine d'entre eux pénétraient audacieusement dans le faubourg Saint- Savinien pour tenter une surprise. Ils furent aussitôt chassés à coups de fusils par les postes avancés de la garnison et s'enfuirent précipitamment, en laissant un mort sur la place. Ils gagnèrent Villeneuve-le-Roi par le grand Mâlay, dont ils avaient fait rétablir le pont au moyen de corvées de paysans (1).
10 février, — Pajol avait surveillé ces mouvements et attendit le lendemain, 10 février, jusqu'à une heure de l'après-midi, sans apercevoir aucune
contre Ducoêtlosquet qu'il accuse de l'avoir abandonné indignement, le 3 février, tandis qu'il se trouvait engagé avec toute la garnison, à Marsangis, en dehors de la ville. La défection prétendue de ce général aurait laissé la ville de Sens pendant plusieurs heures, à la discrétion de l'ennemi qui aurait pu s'en emparer. Or, les dépêches d'Allix, datées des 1". 2 et 4 février, donnent tout le détail de l'escarmouche qui eut lieu le 2 février, et du départde Ducoêtlosquet, qui ne fut effectué que le lendemain, en présence d'Allix lui-même. L'accusation tombe d'elle-même. Mais que penser d'une telle légèreté ?
(1) Arch. guerre. — AUix à Clarke, 9 février. — Il ne manque pas l'occasion de lancer une nouvelle insinuation contre Pajol : c II est d'autant plus à craindre que mes conjectures se réalisent que M. le général Pajol ne parait pas disposé à m'appuyer... » 11 ajoute qu'il vient d'envoyer à Nogent, au comte Bertrand, un aide-de-camp « pour lui faire part de sa position, afin qu'il ordonne à M. le général Pajol de l'appuyer, ainsi que Son Excellence le lui a fait espérer par sa lettre du 7 de ce mois. »
tentative nouvelle ; mais, ayant soudainement appris que Platow marchait de Gourtenay sur Nemoui*s avec 6000 hommes de cavalerie et dix canons, sur-le-champ il quitta Pont, réunit ce qu'il pouvait de son infanterie et de sa cavalerie, puis se porta en toute hâte à Fossard, pour arriver le lendemain à Moret, derrière le Loing, et couvrir Fontainebleau, suivant les instructions de l'Empereur (1). Il laissa Montbrun à Pont, avec 900 hommes, pour échelonner AUix, qui demeurait à Sens avec un effectif de 1 500 combattants environ, chiffre suffisant à défendre une place de moment (2).
La matinée du 10 février avait donc été assez tranquille à Sens. Un parti de quatorze Cosaques s'était bien présenté, à 8 heures, au faubourg Notre- Dame, mais s'était replié aussitôt, sans qu'on eût pu deviner si Ton avait affaire à des éclaireurs ou à des traînards (3). Calme trompeur, comme le silence qui précède Forage !
Nous touchons aux heures critiques où la ville de Sens va consommer le douloureux sacrifice, exigé d'elle au nom du salut de la France. Depuis quinze jours, elle en suit les apprêts, avec la conviction silencieuse qu'il sera inutile; si, du moins, il lui était donné, pour prix de sa lutte désespérée, d'en-
(1) < I^ général Pajol a l'ordre, si l'ennemi pénétrait par la route de Sens, de se porter sur Pont, Montereau et Moret. » Napoléon au roi Joseph. Corresp. n* 21 134.
(2) Arch. nat. — Pajol à Berthier, 10 février. — Cf. Corresp. de Napoléon, n- 21221.
(3) AlUx à Bertrand, 10 février, 8 heures du matin. — Arch. nat. AF IV ,
tendre le lointain écho du canon victorieux, qui fait tressaillir, en ce moment même, les plaines de Champaubert ! Mais la retraite subite de Pajol est la seule et désolante nouvelle qu'elle apprenne en ce moment de péril.
A peine les vedettes du général Pajol avaientelles évacué leurs postes d'observation, que le prince de Wurtemberg, quittant Villeneuve-r Archevêque, se montrait sur la route de Sens, entouré de son avant-garde et de la brigade du général Stockmeier. Il parut, dans Taprès-midi même, devant la ville, à la tête d'environ 4000 hommes, et, tandis que la brigade Stockmeier, tournant à droite, s'établissait dans le faubourg Saint-Antoine, la pointe d'avant -garde, traversant aisément le faubourg Notre-Dame, évacué par les nôtres, vint sommer le général AUix de rendre la place. Celui-ci répondit fièrement qu'il se défendrait jusqu'à la dernière extrémité et fit aussitôt sortir des troupes pour défendre les faubourgs attaqués. Le prince, trop faible encore pour forcer les portes, résolut de réduire par l'intimidation la petite garnison. 11 posta une batterie de campagne sur la hauteur, derrière Saint-Pierre-le-Vif, position d'où l'on dominait la ville, et, pendant trois heures, jeta sur elle boulets et obus, sans obtenir d'autre résultat que de joncher les rues des débris des toitures (1).
Le bombardement ne cessa qu'à la tombée de la
(1) Spectateur militaire, récit du général de Bangold. — Weil, p. 64. — Kriegs arch. de Vienne : Prince royal de Wurtemberg à Schwarzenberg; Mâlay, 10 février.
nuit, et le prince dut se retirer à Mâla)', ne laissant que des avant-postes devant la place assiégée. Son attaque infructueuse lui avait coûté un homme tué et 22 blessés (1). Allix, de son côté, dans la crainte d'une surprise de nuit, fit rentrer les quelques troupes qu'il avait tenues jusque-là à proximité des faubourgs. Désirant, dit-il, ir épargner à sa petite troupe, qui n avait cessé de bivouaquer, une surveillance qu'il jugeait inutile, » le général donna, le soir même, à l'administration municipale l'ordre de faire murer une petite porte pratiquée dans l'enceinte, sous le bâtiment du collège (2). Elle ouvrait sur les fossés du Mail, dans la zone attaquée. Or, le maçon, chargé de ce travail nocturne si important, ne fut pas surveillé. Soit ignorance, soit négligence, il omit d'employer de gros matériaux et d'assurer la prise rapide de son mortier, en y mêlant du plâtre (3). Cette faute allait avoir des conséquences funestes.
Allix pourtant ne dormait pas ; à une heure du matin, il expédie son rapport au ministre de la guerre et au quartier de l'Empereur, qui réclamait exactement ce des nouvelles de Sens (4). ï) Son bulletin
(1) 1814, par le commandant Weil, d'après les archives de la guerre à Vienne.
(2) Allix, Système d'artillerie : « Je l'avais fait murer... » dit-il.
(3) Voy. Lorne, premier officier municipal, relation manuscrite. < Le 10, soir, l'administration municipale reçut l'ordre de faire murer une petite porte pratiquée dans les murs de ville, du côté des fossés du Mail, et qui communiquait aux bâtiments du collège. C'est le sieur Platée, maçon, qui fut chargé de ce travail. »
(4) Arch. nat. — Lettre du général Delort ; Fleurigny, 9 février, 7 heures du soir.
sent la poudre et Texaltation qui précède une journée de combat ; on ne peut néanmoins s'empêcher de regretter que l'emphase et la recherche de Teffet personnel ne viennent, comme de coutume, altérer, chez le général, la sincérité si noble du style militaire. On préférerait également, durant cette veillée solennelle des armes, ne pas rencontrer, sous sa plume, le dénigrement injuste et obsédant d'un glorieux camarade.
Sens, le 10 février 1814, à 1 heure du matin. Monsieur le Comte,
J'ai l'honneur de vous prévenir que j'ai été attaqué aujourd'hui avec environ 4000 hommes de toutes armes, sous les ordres du prince de Wurtemberg. Non seulement l'aUaque a été repoussée, mais j'ai repris les faubourgs que je n'occupais pas avant.
Moi et les troupes sous mes ordres s'acquitteront de leurs devoirs ; leurs succès antérieurs les rendent pleins de succès et d'énergie.
J'ai éprouvé, ce soir, une canonnade de trois heures : les rues de la ville sont encombrées des débris des toits (1).
On nous fait l'honneur d'ouvrir la tranchée en ce moment (2).
Le général Pajol ma abandonné. On me dit qu'il marche
sur Moret:
J'ai l'honneur, etc.
Le général de division
commandant la 18^ division militaire,
Allix.
(1) M. Lomé se contente de dire : « Le 10 (l'armée ennemie) tire sur la ville plusieurs boulets et obus. » (Relat. manusc.) — Le commandant Weil déclare que la ville fut bombardée «jusqu'à la tombées, de la nuit. 9
(2) Allix a dû décorer du nom de tranchée quelque terrassement de batterie. — Rien dans les ordres du prince ne laisse supposer qu'il ait pensé à ouvrir la tranchée, à travers tout un faubourg. — L'Empereur se laissa
P. S. - La résistance que je fais à Sens, lorsque tout le monde m'abandonne, me met hors de ligne et est contre les règles. Cependant, quoique tourné par ma gauche et par ma droite, j'espère ne pas me laisser prendre, les routes étant bien larges. J'ai reçu ordre du duc de Reggio de tenir ici jusqu'à la dernière extrémité. Voilà 10000 hommes qui passent devant moi, sans m'entamer (1).
11 février. — Le prince royal de Wurtemberg, décidé à en finir par la force avec la ville de Sens, avait ordonné à tout son corps de se masser entre cette ville et Pont-sur- Yonne, dans la matinée du 11. Sa cavalerie d'avant-garde, couvrant sa droite, surveillait les routes de Pont-sur- Yonne et de Bray. Le comte de Lippe occupa le faubourg Notre-Dame, avec le 9« régiment d'infanterie ; le général Stockmeier se trouvait au faubourg Saint-Didier, avec le 10c régiment, et tenait aussi le faubourg Saint- Antoine (2). Le quartier général fut établi à Thôpital Saint-Jean. Dès cinq heures du matin, la lutte avait recommencé ; le prince, qui espérait encore désorganiser la défense, en abattant le moral de la population, fit reprendre le bombardement avec une grande intensité. En même temps, des attaques simulées avaient pour but d'occuper et de fatiguer la garnison. En vain, le prince essaya-t-il d'enfoncer les portes à coups de canon; il les trouva mu-
prondre aux assurances d'AUix : « Les nouvelles que j'ai reçues de Sens, dit-il, prouvent que le général AUix avait repoussé l'ennemi et tenait le 11 au soir ; il avait contraint l'ennemi à ouvrir la tranchée. » — Corresp. de Napoléon, n" 21 236 ; lettre au roi Joseph.
(1) Arch. nat. — Allix à Bertrand. Le post-scriptum est autographe.
(2) Spectateur militaire, t. III, p. 187 : récit du général de Bangold.
— Tirées (1). m Boulets et obus ï> s'abattirent donc pendant deux heures (2) sur la ville assiégée, semant la ruine et allumant, sur plusieurs points, des incendiés qui, heureusement, ne se propagèrent pas^ L'ennemi avait pris pour principal point de mire les bâtiments de l'ancien archevêché, qui, à cette époque, abritaient la mairie ; ils eurent beaucoup à souffrir de cet acharnement. Un obus y mit soudain le feu et causa une angoisse indicible, car, depuis le 8 février, on avait cru devoir y déposer les malades et les blessés, comme en un lieu plus sûr que Thôpital extérieur de Saint-Jean. Les malheureux gisaient là, sur de la paille et des matelas ; on n'eut que le temps de les prendre sur les épaules et de les descendre dans les caves, tandis que les pompiers éteignaient l'incendie (3).
Mais un coup irréparable, que ne sauraient trop déplorer les amis des arts, fut celui qui, traversant une verrière de la cathédrale, fit voler en éclats une partie du beau vitrail de la sybille tiburtine, attribué à Jean Cousin (4). Devant une telle pluie de fer et de feu, tous ceux des habitants que le devoir n'appelait pas au dehors, se réfugièrent au plus profond des caves. Le prince ne réussit cl ni à faire
(1) Mauclerc, Mémoires pour VHisioire de Sens. — Sièges de Sens, p. 20 et suiv.
(2) Weil, t. II, p. 64. — Cf. Relat. de M. Lorne. — Le général Koch dit que le prince essaya d'incendier la ville avec des grenades.
(3) M. Lorne; relat. manusc.
(4) Le boulet de canon enleva In tète et la poitrine de la sibylle, vint briser un barreau de la grille d'entrée de la chapelle, et rejaillit en face, sur la pile du chœur, où elle endommagea un fût de colonnette prés du chapiteau. — Etude sur Jean Cousin, par A. Firmix-Didot, p. 90-91.
brèche, ni à défoncer les portes, ni à ébranler le moral des habitants et des troupes de la défense, qui opposèrent partout une résistance acharnée et repoussèrent toutes les attaques (1). t> Voyant que le tir, trop éloigné, de son artillerie demeurait sans effet, il donne ordre alors de faire venir une batterie de 12, afin d'ouvrir la brèche à 200 mètres et de frayer le passage à Tinfantene. En attendant Tarrivée de ces pièces, on s'occupa de rechercher le meilleur emplacement à leur assigner. A ce moment, un colonel autrichien, — je me trompe, — un émigré français placé à la tête de Tétat-major ennemi, et qui parait avoir connu la ville pour y avoir habité, découvrit Texistence de la poterne abandonnée qui faisait communiquer les caves du collège avec la promenade du Mail. Cet officier avait nom le comte Baillet de Latour (2). Le prince royal accourt aussitôt sur les lieux ; la porte ne lui parait pas surveillée; il conçoit Tidée de briser, au moyen d'une surprise, l'héroïque effort de cette poignée de défenseurs qui ose arrêter son armée. Ses dispositions sont prises et exécutées à Tinstant. Il enjoint au comte de Lippe d'entretenir un feu vif du côté du faubourg Notre-Dame et d'attirer sur lui l'attention principale de la garnison ; à Stockmeier, au contraire, et au colonel de Landenberger de se tenir tranquilles et de ne donner aucun éveil du côté du faubourg Saint-Antoine ; à un détachement de pionniers autrichiens, de s'approcher sans
(1) Weil, t. II, p. 76.
(2) 1814, par le commandant Weil, p. 76 et suiv.
être vu et d'ouvrir sans bruit la petite porte signalée ; enfin, au général prince de Hohenlohe, de prendre le 4^ régiment, colonel Imhoff, placé à l'entrée du faubourg Notre-Dame, de se glisser à la dérobée par les jardins^et de se tenir prêt à entrer dans le collège (1).
Dans rémotion de sa découverte, Tennemi a complètement négligé de mentionner un incident qui prit, dans l'imagination populaire, une importance capitale. Le comte de Latour a bien pu remarquer et signaler de lui-même la petite porte, que dissimulait mal la chaussée, plantée d'arbres, qui s'élevait au milieu du double fossé du Mail. 11 n'en est pas moins évident qu'il dût se renseigner avec exactitude avant d'y aventurer les troupes. Où est le traître auquel il s'adressa ? Les habitants l'ont su reconnaître. .
11 y avait au faubourg de Notre-Dame, un misérable estropié , à l'âme aussi dégradée que le corps; perclus des jambes, il se traînait parfois à de longues distances sur une chaise, qu'il tirait après lui : ce fut cet homme qui indiqua aux ennemis le parti qu'ils pouvaient tirer de la poterne. Son nom était Antoine-Jean^Baptiste Deline , dit Larose ; mais désormais il ne sera plus connu dans l'histoire que sous le sobriquet de malédiction que lui ont donné ses contemporains : Larose le Cosaque,
Qu'il ait indiqué le point vulnérable de l'enceinte, comme le disent certains? Qu'il ait seulement aidé
(1) Spectateur militaire : récit du général de Bangold, « témoin oculaire de l'événement entier. »
le comte de Latour de ses renseignements, comme le pense Mauclerc?(l)... Peu importe : la trahison est accomplie. Dix heures ont sonné au beflfroi de la cathédrale ; les pionniers avancent sans bruit et ouvrent sans peine la petite porte de bois du collège. Un mur les arrête, le mur d'AUix, au mortier tout frais; sur Tordre du prince, ils se mettent à rabattre. « On y avait déjà travaillé quelques minutes, quand un détachement de 30 hommes environ, avec un officier, fait une sortie par la porte Saint-Antoine. Un peloton du 4® régiment le repousse; mais l'alerte est donnée..., la surprise est manquée (2). ^ Aussitôt averti de ce qui se passe, Allix envoie au collège sa compagnie de réserve sous les ordres du colonel Lallemand, son chef d'état-major et du capitaine de Hadel, aide de camp. Les nôtres courent au rempart, « se rangent sur le mur, garnissent les embrasures » des fenêtres du collège, ainsi que les maisons voisines, et, de là,
(1) « Un mauvais citoyen, dit M. Lorne, le nommé Deline... avait indiqué à l'ennemi la porte.. , » RelaL manusc. — Tarbé pense que les ennemis n'auraient pu s'emparer de la ville, « si un homme, indigne du nom de Français, ne fût venu lui faire connaître un passage qu'ils crurent facile... L'opinion publique, ^joute-t-il, a accusé de cette félonie le nommé Deline dit Larose... » Histoire de Sens, p. 355. — « Il y avait, dit à son tour Mauclerc, des émigrés français dans les rangs ennemis, entre autres un M. de et ses fils, qui aidés d'un nommé Larose,... indiquèrent à l'ennemi une petite porte, etc. » Mauclerc, Mém. — Cf. 1814, par Koch, t. !•% p. 2S4 et suiv. — Le personnage mystérieux de Mauclerc s'identifie d'une manière saisissante avec le chef d'état-major autrichien. Mais il est facile de voir que l'imagination populaire a beaucoup grossi, suivant sa coutume, la portée de la trahison.
(2) Spectateur militaire. Relation du général de Bangold. — Cf. Allix : Souvenirs. Allix raconte qu'il voulait reprendre le faubourg Notre-Dame et faisait des préparatifs à cet effet.
ouvrent, à bout portant, un feu très vif sur les assaillants. Il y eut alors un grand carnage : « C'est là, dit le général de Bangold, que les Wurtembergeois ont éprouvé les pertes les plus sensibles. *
« Le prince royal, ne voulantpas renoncera l'avantage déjà acquis, se décide à agir de vive force. Il fait déployer, sur la promenade, la tête du 4^ régiment pour répondre au feu (des défenseurs) et ordonne d'achever la démolition de la porte murée. L'ouverture ayant été reconnue praticable, le prince royal ordonne au prince de Hohenlohe de pénétrer dans le collège, en même temps, au comte de Lippe d'escalader « la petite porte de Troyes (1)^ et au général Stockmeier d'attaquer franchement la porte Saint-Didier. Il était alors 11 heures environ. La colonne Hohenlohe réussit la première à s'ouvrir un passage (2) » et à pénétrer dans les caves du collège, homme par homme, en toute hâte. Les Wurtembergeois se rallient dans les corridors inférieurs, puis, sans donner (à la garnison) le temps de se reconnaître, la première compagnie de la tête s'empare avec impétuosité des appartements de l'édifice et se répand sur les parties contiguës du mur d'enceinte (3). »
La seconde compagnie s'avance alors dans la cour en enfonçant la porte extérieure; là, elle se trouve
(1) La porte Notre-Dame étant la grande porte de Troyes, l'ordre du prince semble s'appliquer à la poterne voisine, dite porte Formau, plus favorable du reste à une diversion.— Cf. J. Pbrrin : la Porte Formau, Bull, de la Soc. arch., t. XIX.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
pendant quelque temps, dans une situation des plus critiques. La grille d'entrée est fermée et lui barre le passage ; il lui faut la forcer, sous le feu a: des maisons adjacentes, ^ d'où les nôtres <l font pleuvoir sur elle une grêle de balles qui arrête les plus intrépides (1). r> La grille cède enfin et livre passage au régiment tout entier, qui se presse en colonne serrée dans la rue de la Parcheminerie (aujourd'hui rue Thénard), et en repousse la garnison.
Toute cette action fut très meurtrière pour l'ennemi, qui combattait à découvert. De notre côté, le colonel Lallemand tomba en brave, mortellement blessé, et fut pris par le vainqueur qui s'empara, — circonstance très fâcheuse, — de tous ses papiers. C'est ainsi que nous avons été privés du journal du siège : « Bonne fortune ! » écrira le soir même le prince royal, et ce simple mot en dit long sur la curiosité satisfaite des alliés. Du moins, le colonel vendit-il chèrement sa vie. Il dut être surpris et blessé dans les bâtiments même du collège (2), qu'il venait d'occuper à la hâte, courant aux fenêtres des étages supérieurs pour conjurer l'assaut. La colonne ennemie, en pénétrant d'une manière soudaine et imprévue par le pied de la muraille, avait « coupé toute retraite à (sa) compagnie (3). »
(1) KocH, Afëm., t. I'\ p. 284 et suiv.
(2) c Là, dil M. Loriie, il y eut un grand massacre de part et d'autre ; le commandant de place Lallemand y trouva la mort, mais ce ne fut qu'après avoir fait éprouver une grande perte à l'ennemi, qui était furieux. » Relation manuscrite. — Le colonel mourut quelques jours plus tard des suites de ses blessures. Cf. Weil, p. 64 et suiv.
(3) Allix : Syst. d'artill.
AlUx a reproché durement à son infortuné chef d'^tat-major d'avoir commis ce une faute militaire très grave (1), y> cause de tout le désastre, en ne visitant pas les caves, dès son entrée au collège. C est en parler trop à Taise. D'abord le colonel eut-il le temps de faire cette perquisition? Pouvait-il soupçonner sur ce point les desseins de l'assaillant avant d'avoir vu d'en haut la position? Et même, ne devaitil pas penser que la maçonnerie récemment exécutée, arrêtant absolument l'ennemi au pied de la muraille, le plus pressé était d'employer tous ses hommes à fusiller ce qui se présentait du côté de la promenade. La faute semble partir de plus haut; il eut été plus juste, sinon plus généreux, de ne pas charger ainsi celui qui la paya de sa vie.
Un professeur (2) périt aussi dans cette première irruption. Il s'était réfugié dans sa chambre ; on le tua d'une décharge, à travers « les trous faits à coups de fusil )) dans sa porte, ce Le principal du collège
(1) c Lallemand, dit-il, de Hadel et ma compagnie de réserve pénètrent sans obstacle dans la cour et dans les bâtiments, mais négligent de visiter les caves, où les Wurtembergeois étaient renfermés, lesquels en sortent, pénètrent dans la cour et coupent toute retraite d la compagnie qui occupait les locaux au-dessus des caves. Ces deux officiers firent, dans cette circonstance, une faute militaire très grave que je dois signaler : ils occupaient tous les appartements du collège, percés d'un grand nombre d'ouvertures sur la cour où les Wurtembergeois étaient massés comme un troupeau de moutons, en sortant des caves. Le devoir de ces officiers était de faire fusiller à bout portant ces Wurtembergeois qui, dans la fausse position où ils se trouvaient, n'avaient aucun moyen de défense.» — On voit, par ce détail, qu'AUix se fait la partie vraiment trop belle : l'ennemi, peu moutonnier de profession, ne pénétra dans la cour qu'après s'être rendu maître du collège. Le général de Bangold s'est donné la peine de réfuter la fable d'Allix : il n'en était pas besoin.
(2) M. Combénégre, régent de première humanité.
s'était retiré dans une cave avec ses plus jeunes élèves ; » on l'en arrache, on le fait monter dans la cour, on le dépouille devant eux et on le laisse pour mort sur la place (1). Un pensionnaire de grande espérance est tué par un soldat, qui veut lui arracher les six sous qu'il a dans sa poche (2).
Une fois dans la rue, l'ennemi tire devant lui, vise aux fenêtres ; il veut exercer une vengeance terrible contre les habitants ; n'a-t-il pas vu sur les remparts et saisi, les armes à la main, un certain nombre de défenseurs sans uniformes? Pas de pitié pour une ville qui a, croit-il, violé les lois de la guerre.
Le premier donc, le prince de Hohenlohe a réussi dans son attaque; son succès précipite celui du comte de Lippe qui parvient, de son côté, à « escalader (3) » le rempart et à forcer « la porte de Troyes (4). » Sans s'arrêter, le comte marche devant lui, a: poussant vivement les derniers détachements de la garnison, qui, beaucoup trop faible et menacée d'être coupée par la colonne Stockmeier, se voit forcée à se replier sur la rive gauche. »
(1) Gazette de France, % fév. 1814. Lettre de Sens.
(2) Jd.y 4 mars 1814.— M. Bardin, professeur, fait allusion à cette circonstance dans le quatrain suivant, qu'il avait composé pour être gravé sur la poterne du collège :
Ore fremens, Senonas hàc irruit hostia in urbem ; Vettibus et nummis Phœbi apoUauit alumnos; Oecidit miserum crudeliter ente magistrum, Omnia vastauit... Scelerata vocabere porta !
(3) Mauclbrc, Mém, — Cf. Kogh, 1814, t. I, p. 284 et suiv.
(4) Spectateur militaire^ relation du général de Bangold. — Il est vraisemblable que c la petite porte de Troyes, » ou porte Formau, fut d'abord escaladée et que cette opération entraîna l'abandon de la porte Notre-Dame par les défenseurs.
Notre héroïque petite troupe, assaillie de toutes parts, dut son salut à sa belle contenance. Elle se mit en retraite par la Grande-Rue (1), se repliant au pas ordinaire et dans lemeilleur ordre, faisant tête à Tennemi qu'elle contenait par une fusillade ininterrompue , et déchargeant à chaque coin de rue la mitraille de ses canons (2). Arrivée sur le pont dTonne, elle défila sous les yeux de son général (3), qui donna Tordre de mettre le feu aune mine préparée d'avance. Mais les dispositions d'ÂUix avaient été sans doute insutfisantes. 11 ne put faire sauter le pont, dont le tablier seul fut détruit. L'échec était grave. Heureuserrient le prince royal jugea inutile de rétablir le passage et de continuer la poursuite au delà de la rivière. II se contenta de garnir la rive droite et d'entretenir pendant toute la nuit une fusillade nourrie contre les tirailleurs français de la rive gauche (4). Ceuxci, du reste, étaient disposés à lui disputer chèrement l'accès du faubourg d'Yonne. Solidement embusqués sur le terre-plein du pont, ils s'abritaient derrière trois lignes de parapets que le général AUix avait disposées les unes derrière les autres, à l'aide de tous les bois et charpentes qu'il avait pu réunir. « . . .Toutes les maisons de la rive gauche avaient été, — par ses soins, — crénelées à l'avance. Enfin ses canons (5), mis en batterie aux épaulements du
(1) Mém. manusc. de M. Demay.
(2) Gazette de France, 6 mars 1814. Lettre de Sens.— Cf. Relation manuscrite de M. Lorne.
(3) KocH, I, p. 284 et suiv.
(4) O Weil.
(5) Spectateur militaire. Relation d'Âllix. Il avait alors six canons de 4, tous mis en service par lui. Il en avait reçu quatre du dépôt de Pont.
pont, et près de Téglise de Saint-Maurice, co daient le passage et balayaient au loin la prom de Saint-Didier et les quais. A midi, la villeî complètement évacuée.
Une fois entrés dans la place, les Wurtembe se répandirent dans les rues avec « des hurle affreux (1), i> frappant, tuant tout ce qui se p tait, e ...Vingt habitants au moins, dont qu femmes, écrit un témoin, ont été tués sur-le-c plus de quatre-vingt personnes ont été dange ment blessées; vingt-cinq d'entre elles son mortes et il en est encore beaucoup qui n'en dront pas (2). ^ Le vainqueur a: fouille, ranç dans les rues, les hommes et les femmes, s'e de leurs vêtements, enfonce les portes à cou hache, s'introduit dans les maisons et y exer brigandage inoui (3). »
La ville était à sac depuis une heure, sans qu' cun de ses représentants officiels n'eût en osé affronter la fureur de l'ennemi. Les soldats mands étaient ainsi parvenus jusqu'à la rue phine. On entend alors, mêlée au bruit de la fui lade, une clameur sauvage : Hurrah! Hurr les vainqueurs déchargent leurs armes à t vers les croisées et les portes, qu'ils se mettent enfoncer. De l'intérieur, partent des voix lamen blés : (( On m'assassine; je me meurs !...^ A ce t multe, une femme de cœur fut saisie d'un généreu
(1) Gazette de France. 6 mars 1814. Lettre de Sens du 2 mars.
(2) Ibid.
(3) Journal de VEmpire. 7 mars. Déposition des députés de Sens.
Explication
1 Sardia.
4 (%if>eûi^ jel cicuriêft/ a^, 6 Gnridon
11 Ccurie eL^porceâére/.
12 drcuide/Courr
13 3Sa(k^eMAnur
14 ^Sfxtn^ierfHXJôe/.
élan et trouva, dans la seule énergie de son dévouement, la force qui manquait aux plus robustes d'entre les hommes. Elle habitait dans la rue Dauphine même, à cinquante pas à peine du carrefour de la Grande-Rue : a Ah ! mon ami, dit-elle, à son mari, il faut savoir mourir; nous allons tous être passés au fil de Tépée. » Et Tembrassant ainsi que sa fille, ^r la petite Adèle, » elle leur dit adieu et s apprêta à sortir. <t Où vas-tu, mon amie, tu es une femme perdue ! — Je vais vous sauver ou mourir la première. » A ces mots, Tenfant s'inquiète : « Je ne veux pas te quitter, s'écrie- t-elle à son tour; je veux mourir avec toi. d
Mroe Bénard, tel était le nom de cette vaillante Sénonaise, monta vivement à sa chambre pour voir si, de sa fenêtre, elle n'apercevrait pas quelque officier. Par une fortune inespérée, le prince royal lui-même apparaît au bout de la rue, à la tête de son étatmajor; vite elle redescend et tire ses verrous. Mais une forte décharge ébranle aussitôt la maison. « Elle n'avait plus que le pêne à ouvrir, y> et entendait distinctement, de l'autre côté de la porte, les soldats qui rechargeaient les fusils. Au bruit de leurs baguettes qui tombent, elle prend enfin son parti, saisit sa fille, ouvre et s'élance au milieu des ennemis :
(L Grâce, crie-t-elle, grâce pour un enfant! » Cinq coups de feu lui répondent, sans l'atteindre, et vont briser les vitres d'une porte intérieure. Elle avait trompé la mort par la soudaineté de son irruption, et, plus prompte que l'éclair, elle se trou-
vaii déjà aux pieds du prince, sans qu'il se fût seulement rendu compte de ce qui s'était passé. Assourdi par les détonations , il regardait de tous côtés et ne Taperçut pas d'abord; elle dut répéter la prière qu'elle lui avait adressée d'une voix défaillante :
« Je viens vous demander, mon prince, votre protection et la vie de tous les habitants; nous sommes bien malheureux sans être coupables. »
Elle n'en put dire plus long. Le prince abaissant alors les yeux, parut ému à l'aspect de cette femme intrépide ; une si belle action fît sur lui ^ une vive impression, to Au lieu de la repousser, il répondit : « Cependant, madame, des bourgeois ont tiré sur nous. — Vos yeux ont été trompés, mon* prince, riposta notre héroïne; ce sont des anciens militaires à qui (sic) le général AUix a forcé de prendre les armes ; car je vous réponds sur ma tête qu'aucun bourgeois n'a pris les armes contre vous. » De plus en plus attendri, le prince lui dit : « Votre action, femme courageuse, sera récompensée. i>
Aussitôt, il envoya des officiers, dans tous les quartiers, pour arrêter le sang et le feu. Il reprit, les yeux pleins de larmes : « Que de victimes faites, grand Dieu!... Que votre ville, ajouta-t-il gracieusement, vous aura d'obligation; jusqu'à l'enfant au berceau vous devra la vie ! ... i& Il s'étonnait fort de n'avoir pas encore vu le premier magistrat de la cité, et demanda : « Où est le maire de la ville ? — Il est sans doute à l'administration, ditMmeBénard. S'il n'y est pas, je vous conduirai chez lui. — Je ne suis pas fait pour aller
— sale trouver, » répliqua le prince avec hauteur; puis, s'adressant à Tun de ses officiers : « Donnez le bras à madanie, dit-il, et suivez-la (1). ]»
M^n® Bénard accourut donc à la mairie, mais eut beaucoup de peine à y pénétrer. « On frappa avec violence à la porte, raconte l'un des acteurs de cette scène émouvante; on distingua la voix d'une femme ; on ouvrit. La dame Bénard nous dit ce qui s'était passé, et que le prince était étonné que nous n'eussions pas été le trouver plus tôt. MM. Billebault. Soûlas, et moi, Lorne, qui écris ces détails, nous nous rendîmes de suite, avec la dame Bénard et l'officier, près du prince que nous trouvâmes à peu près vis-à-vis de la rue du Cheval-Rouge, dans
(1) « Entrée des troupes alliées dans la ville de Sens, d'après une lettre écrite, d son amie, par Af"« Bénard, orfèvre d Sens, dont copie littérale pour les expressions et Vorihographe, » Cette pièce curieuse, datée du 4 juin 1814, a été copiée avec soin dans le format des aimanachs de Sens et anneiée à l'alnianach de 1814, possédé par M. Lomé. Cet exemplaire, qui contient également le dessin de la médaille commémorative du siège de Sens, fait partie de la collection donnée à la ville de Sens, le 20 avril 1844, par lesi héritiers de M. Lorne, ancien adjoint, auteur lui-même d'une relation. L'origine de cette copie est une suffisante garantie d'authenticité. M. Lomé parle toujours avec bienveillance de M"' Bénard et avait été témoin oculaire des scènes racontées. M"* Bénard était née à Sens, en 1766, de Jean Pierron, marchand, qui fut maire de la ville, et de Anne Jolly. Elle avait épousé, en août 1782, François Bénard, orfèvre à Sens; sa fille Adèle avait sept ans en 1814. Voy. Notice historique, publiée par ses descendants, Paris, imp. Blot, rue Bleue, 7. Cf. Macclbrc, Mém. et Tardé, Histoire de Sens. La maison de M"' Bénard portait le numéro 58 de la rue Dauphine, actuellement, 62, rue de la République. On lit sur sa tombe, l'inscription suivante :