DÉLIBÉRATION DU CONSEIL MUNICIPAL DU 3 JUILLET
la Grande-Rue. d Je ne veux pas oublier de dire qu'en traversant la place nous entendîmes une forte explosion ; c'était la mine qui avait été faite au pont d'Yonne et à laquelle le général Allix avait fait mettre le feu, après s'être retiré avec sa troupe au faubourg d'Yonne... Le prince nous dit d'une voix fort courroucée : c( Messieurs, vous êtes bien coupables ! Vous avez laissé les habitants de votre ville tirer sur nous. » Et il adressa au moins âgé des deux adjoints des reproches très pénibles (1). a MM. Billebault et Soûlas étaient pâles et eflFrayés ; je me trouvais plus près de lui que ces messieurs et je me rappelle lui avoir dit : « Nous attestons à Votre Altesse Royale, sous notre responsablité, que pas un habitant, à notre connaissance, n'a pris part à la résistance de la ville ; nous vous supplions de faire cesser le meurtre et le pillage auxquels sont livrés nos malheureux concitoyens. » Le prince me parut attendri à ses paroles, que je prononçai avec émotion, mais avec force, et qui furent entendues par tous les officiers qui l'entouraient. <r Eh bien ! messieurs, allez à la mairie et faites préparer les logements, n) Le même officier nous ramena à la mairie (2).
(1) M"' BÉNARD, relation.
(2) M. Lomé, relui, nmnusc. — La mairie était alors au palais Synodal. — Le récit de M. Lorne diffère sur deux points de détail de celui de M"' Bénard. Celle-ci dit que l'entrevue eut lieu sur la place même « où le prince les attendait. » Mais elle se rend ordinairement peu compte des circonstances extérieures. Il est invraisemblable que le prince ait attendu les adjoints.
M"* Bénard raconte, en outre, qu'après avoir répondu d'oflice au prince, qui demandait le nombre des portes de la ville, elle lui apprit que le pont
Le prince fut installé dans la maison dTauvillç, rue du Saint-Esprit ; la chancellerie et le général Franquemont s'établirent dans la maison Lorne, sur la place Thénard ; les soldats se logèrent militairement. La tradition sénonaise est que le prince royal, touché de la prière de M^e Bénard, aurait restreint à deux heures la durée du pillage accordé à ses troupes (1). Mais M^^ Bénard déclare formellement a: qu'elle n'a pu empêcher le pillage. » Peutêtre le comte de Laurencin, officier municipal^ utilisa-t-il, de son côté, en faveur de la ville, les relations de parenté qu'il avait avec l'un des émigrés français, au service de l'empereur d'Autriche (2). D'après les souvenirs de sa famille (3), c'est à la suite de l'audience, qu'il aurait obtenue, que la durée du pillage aurait été réduite. En réalité, le sac dura
était miné et fit observer à M. Billebault qu'il fallait s'informer si l'explosion était faite. « Le prince la remercia beaucoup. » Elle n'avait donc pas entendu l'explosion au moment indiqué par M. Lorne. Les deux versions seraient conciliées si la mine avait éclaté seulement lors du retour des adjoints. — Le prince fit accompagner M"* Bénard par six liommes, qui la reconduisirent et chassèrent, à coups de crosse, huit pillards qui dévalisaient sa maison. Trois jours plus tard, M"" Bénard se présenta de nouveau devant le prince pour lui demander la grâce d'une centaine de prisonniers, arrêtés par ses troupes sur les routes et dans la campagne : « Tout ce que vous voudrez, je vous l'accorde de tout mon cœur,» lui répondit le prince. M"* Bénard, accompagnée du commandant d'armes, eut la joie d'ouvrir elle-même la porte aux captifs.
(1) Gazette de France, 6 mars 1814.
(2) Peut-être le comte de Latour.
(3) Souvenirs de la baronne de Channe et de la comtesse Gassault de Fussy, fille de M. de Laurencin. — D'après ces dames, le pillage aurait été réduit à trois heures. M. de Laurencin, après avoir caché su femme et sa fille dans l'auvent de la porte cochère, aurait livré la clef de sa maison. Il fut tellement pillé qu'il fut obligé d'emprunter, à Paris, les chemises et le linge d'un parent.
de deux à quatre heures, mais les déprédations se prolongèrent à l'état latent, pendant les trois jours que les Wurtembergeois demeurèrent à Sens (1). Durant ces premières heures, la ville connut tous les excès qui forment le cortège ordinaire des assauts. «L Toutes les marchandises sont pillées, les chevaux, grains, fourrages, enlevés ; les hospices et maisons d'éducation spoliés; ...à la faveur des logements, les soldats parcourent. . les chambres, les appartements, brisent, enfoncent les armoires, secrétaires, commodes et placards, s'emparent des bijoux et linge, cassent les glaces et les meubles précieux ; les instruments et outils de toutes professions sont arrachés à leurs propriétaires, brisés, brûlés et dispersés ; des religieuses outragées, les temples profanés (2), les tabernacles forcés, les vases sacrés volés; des femmes et des filles à peine nubiles sont violées sous les yeux de leurs époux,
(1) Reg. des délib. du cons. munie, t. III. — Adresse nu ministre des finances, 2 juin 1814 : « Les habitants qui n'avoient pris aucune part à la résistance auraient dû être ménagés ; leurs représentations furent vaines. Le meurtre, le pillage eurent lieu ; tous les excès ont été commis pendant neuf jours par les troupes wurtembergeoises; les effets qui n'ont pu être emportés ont été brisés ou brûlés ; des réquisitions en tout genre ont été faites; le malheur fut porté à son comble ; bientôt notre ville n'offrit plus que des maisons inhabitables et des citoyens sans moyens d'existence ; plus des deux tiers furent forcés d'aller chercher ailleurs un asile ; ceux qui eurent alors le courage de rester se virent alors surcharger de logements. »
' (2) On montre encore à la cathédrale les dalles noircies par le feu des bivouacs. — Un service solennel eut lieu, dans le courant de février 1815, < en réparation des profanations commises en ladite église les 11 et 12 février 1814. » Biblioth. dun Sénonais, t. XXVI, fonds. Tarbé.— Voy. Âppend. n« III.
de leurs parents (1). i> Ce tableau officiel, très poussé au noir, est malheureusement confirmé en partie par les correspondances privées.
Il y eut des actes de désespoir. Un vieux capitaine de cavalerie, déjà maltraité, s'empoisonna pour échapper aux mains de Tennemi. Une jeune femme, dont le mari a été malmené et les deux beauxfrères tués, perd la tête et se noie. Deux maisons brûlent au faubourg Saint-Savinien. Tous les hommes rencontrés dans les rues sont dépouillés de leurs chaussures et renvoyés presque nus. M. Lorne n'échappe pas à cette avanie, malgré la présence d'un officier d'escorte. Ailleurs, on dérobe une montre jusque dans les langes d'un enfant au maillot (2). « Des hommes à l'agonie et se mourant ont été tués. . . ;
(1) Journal de VEmpire, 7 mars 1814.— Dépesit. des députés de Sens. Voy. Append. n* IV. — L'idée et Tordre de ces députations des villes envahies, la substance de leurs dépositions et de leurs adresses au conseil général de Paris, avaient été nettement imposés au roi Joseph par Napoléon, qui voulait lier la capitale à son sort, par la terreur du pillage. De même, il avait durement enjoint au duc de Rovigo de donner delà publicité à certaines lettres particulières de témoins choisis. (Corresp. de Napoléon, n'* 21328 et 21 329.) — Sens est portée sur Ib liste. On doit donc consulter avec beaucoup de prudence et de réserve les informations systématiquement exagérées des journaux et des témoignages officiels, qui font durer le pillage effectif autant que l'occupation ennemie. M"* Bénard, dont le point de vue est fort étroit dit bien que le pillage, au lieu de durer vingt-quatre heures, a duré onze jours Mais M. Lorne dit au contraire : a Heureusement que, le troisième jour (les Wurtembergeois) sont partis par la route de Montercau .. D autres troupes russes et autrichiennes leur ont succédé, mais en moins grand nombre, et il nga pas en de pillage. » (Relat. manusc.) — M. Lorne, assurément, n'a pas entendu parler des ab\i< inséparables de l'occupation.
(2) Souvenir de M. Kley, sculpteur. — En pénétrant chez le sieur I^yné, les soldats « se saisissent de lui, le forcent, les armes à la main, d'ouvrir tous les meubles qui garnissent les chambres, et particulièrement l'armoire où étaient les dossiers appartenant à la faillite de ce dernier ; ils
des femmes, accouchées depuis deux jours, arrachées de leur lit, dépouillées et jetées nues sur le carreau. Plus de deux cents personnes portent les marques des coups qu'elles ont reçus. Beaucoup sont en guenilles^ d autres vêtues d'habits qu'on leur a prêtés. Beaucoup de femmes ont été outragées. Ils ont commis, sur plusieurs, des horreurs qui ne peuvent se raconter. » Et le correspondant répète : ce Les vases sacrés des églises ont été enlevés, les troncs brisés, et les prêtres ont été plus maltraités que les autres (1).
Mais c'est assez s'étendre sur ces scènes d'horreur, suites de la double ivresse du triomphe et du vin. Si elles se prolongèrent toute la nuit sur certains points, il est certain que, vers « quatre heures du soir, la tranquillité était un peu rétablie (2).ï) Mais le lendemain, les réquisitions de toute nature s'abattirent sur la ville, et, pour être ordonnées régulièrement par un intendant militaire, n'en furent pas moins écrasantes.
AUix ne pouvait prolonger longtemps sa résis-
les emportent dans leur appartement, où il était défendu aux sieur et dame Layné d'entrer. » — Biblioth. d'un Sénonais, t. XVIII. — Précis pour M. Layné.
(1) Gazette de France, 6 mars : — Lettre de Sens.— Tout en faisant la part de l'exagération, la dose de vérité reste encore effrayante. La populace, dit-on, ne se fit pas faute d'user, à la suite de l'ennemi, du droit de conquête. Ce fut un triste spectacle : Gallus Gallo lupus! — Le lendemain, les pillards adjugèrent à l'encan, sur la promenade du Tapis- Vert, des objets dont ils étaient embarrassés. Il se trouva de mauvais citoyens pour couvrir ces enclières d'une voix criminelle. Les soldats finirent par « ramasser, sur la place publique, les effets et les meubles les plus précieux qu'ils ne pouvaient emporter et y mettre le feu. » (Gazette, 26 fev.)
(2) Relat. manusc. de M. Lorne.
tance dans le faubourg d'Yonne, sans s'exposer à être cerné par les contingents ennemis de Villeneuve-le-Roi. Il attendit la nuit, et, dès sept heures du soir, il se mit en retraite sur Pont-sur-Yonne, en faisant un assez long circuit pour se garantir des surprises de la cavalerie ennemie. Si, questionnant un vieux vigneron de la banlieue de Sens, vous lui demandez le nom d'un chemin creux qui escalade à pic la colline crayeuse et escarpée, entre la Rû- Chièyre et les tombelles de Saint- Martin, il vous répondra sans hésiter : « C'est le chemin du général AUix ! » Coupant au plus court à travers la plaine des Sablons, le général s'engagea dans ce ravin, franchit la crête de la colline et, poussant devant lui jusqu'à Villebougis, dans un pays boisé, il se rabattit sur Pont-sur- Yonne, où il arriva à 11 heures du soir. Les troupes de Montbrun, « échelonnées sur Sens if> avaient appuyé ce mouvement (1).
A peine arrivé, Allix dicta la dépêche suivante au ministre de la guerre :
Pont-sur- Yonne, le 11 février 1814, à 11 heures du soir. Monseigneur, J'ai évacué aujourd'hui, à 7 heures du soir, la ville de Sens, après y avoir combattu toute la journée, depuis 5 heures du matin, un corps de 10000 hommes de toutes armes, dont 15 pièces de canon et un cinquième de cavalerie.
J'aurais peut-être pu conserver encore la ville, si un traî- Ire n'avait indiqué à l'ennemi une porte secrète, dontfigno-
(1) Arch. nat. — Duc de Regglo à Berthier, Provins, 10 fév. 1814. — Cf. Arch. guerre, Allix à Clarke, Pont-sur- Yonne, 11 h. du soir.
— OÔ —
rais Cexistence, et par laquelle il s'est introduit dans le collège adossé au mur d*enceinte.
L'adjudant-commandant Allemand, mon chef d'état-major, a été blessé et est resté prisonnier. Je ferai passer à Votre Excellence, par le premier courrier, l'état de mes pertes. Elles sont peu considérables. Je n'ai pas au delà de cinquante blessés, que j'ai tous évacués sur Pont, où je suis également arrivé avec ma troupe. L* ennemi ne m'a point fait de prisonniers, mais il a eu au moins 200 morts. Les troupes d'infanterie se sont parfaitement conduites ; la cavalerie, il n'^est pas possible d'en dire du bien.
La position de Pont-sur-Yonne n'est pas tenable, tant à cause des troupes qui sont devant moi qu'à cause du corps de 6000 Cosaques qui existe sur mes derrières. Nous avons pris le parti, le général Montbrun et moi de marcher demain matin, à 3 heures précises, sur Montereau. Je m'attends que nous serons dans le cas, en route, de combattre Tennemi.
Je ne puis trop faire l'éloge à Votre Excellence de la belle et brillante conduite du général Veaux dans cette journée.
La ville de Sens a souffert de l'artillerie ennemie. Plusieurs maisons ont pris feu ; mais il ne s'est pas propagé.
(Signé :) Allix(I).
P. S. — J'ai reçu à midi des nouvelles d'Auxerre où le général Moreau tient toujours, malgré le mauvais esprit de cette ville et la faiblesse de sa garnison. Il a été sommé, hier 10 : la ville a voulu s'emparer du parlementaire et le général Moreau a répondu avec succès qu'il ne se rendait point et, en effet, il ne s'est point rendu.
On peut voir par les pages qui précèdent combien le rapport s'écarte de la réalité, pour des raisons faciles à comprendre : Allix s'arrange avec la gloire d'abord ; il dispose ensuite les faits suivant
(1) Allix à Clarkc. — Arch. guerre. — Nous avons souligné les points contestés.
le cadre. Du reste, plus tard, au cours d'autres récits, il déclarera publiquement avoir évacué la ville vers 11 heures du matin et avoir parfaitement connu la porte du collège, pour « Ta voir fait murer avec soin (1) ». La valeur de ses affirmations nous étant désormais connue, venons-en au chapitre de ses pertes. Il accuse un seul prisonnier, le « commandant (?) Allemand » et une cinquantaine de blessés, tous heureuseument évacués. Il annonce ensuite 200 morts du côté de lennemi ; mais plus tard il dira que l'ennemi perdit plus de 1 200 hommes. Le général de Bangold, qui parle d'après « les états officiels, » s'inscrit en faux contre de tels chiffres. Il réduit la perte entière des Wurtembergeois à un homme tué et 22 blessés dans la journée du 10; 34 tués et 164 blessés, dont 6 officiers, dans la journée du 11. Il déclare en outre qu'AUix laissa dans la ville une cinquantaine de prisonniers, dont cinq officiers. Or la relation du général de Bangold est empreinte de modération et a tous les caractères d'une grande sincérité. Les états officiels n'ont pas dit combien de blessés avaient succombé à leurs blessures. C'est pourquoi nous serions portés à grossir le nombre des morts ennemis (2).
Du reste, la prise de Sens laissa dans l'âme du
(1) Souuenirx. — Cf. Réponse à M. de Bangold.
(2) Spectateur militaire, t. III, p. 187, et Journal des sciences militaires^ réponse d'Âllix.— Dans cette réponse, Allix n'accuse plus que 20 blessés, dont le capitaine de Hndel. — Il avait dit moins de 10 blessés, dans sa relation insérée dans le Système d'artillerie. — Enfin, dans ses Souvenirs, il écrit : a De mon côté, j'eus une trentaine de blessés et pas un seul mort. » On ne peut donc faire aucun fond sur les déclarations d'AUix.— Koch, très favorable au général Allix, évalue à 300 bommçs la perte des français. Par
OJ —
prince royal une impression profonde qui ne s'expliquerait guère sans le deuil de pertes abondantes et cruelles. Il voulut perpétuer le souvenir de ce siège si court, il créa une décoration spéciale, moins de six semaines après l'assaut que nous avons raconté, et la donna à ceux de ses soldats qui avaient participé à la prise de la ville. C'était au lendemain des combats victorieux soutenus par ses troupes, autour d'Arcis-sur-Aube. Il fît frapper une petite
Fac-similé de la médaille commémorative du siège de Sens, d'après l'exemplaire déposé au Mûnzkabinet de Stuttgard. Moulage dû à Tobligeance de M. le professeur Gustave Sixt.
médaille d'argent, représentant d'un côté une victoire, qui tient de la main droite une épée et, de la gauche, tend une couronne, avec ces mots en exergue : Gott segnete die vereinigten heere : « Dieu a béni les armées alliées. * Au revers, on lit : Bei Sens Durch den kronprinzen von Wurlemberg D. 24 mars 18H : « Près Sens, par le prince royal de Wurtemberg. Le 24 mars 1814 (1). »
contre, il croit que l'ennemi a trop diminué le chiffre de ses propres pertes, — T. I, p. 284. — Les Iiabitants estimèrent la perte des défenseurs à 3i hommes et celle de l'ennemi à 800. Voy. Maucler, Mém ; Cf. Relat. de M-« Bénard.
(1) Tarbé, Histoire de Sens, p. 356-57. — l'n dessin inédit de cette médaille se trouve dans VAhnanach de Sens de 1814, à la mairie de la ville (Exemplaire de Al. Lorne;; le dessinateur a tracé le sigle AR. entre la face et le revers.
Ce fait de guerre eut son retentissement jusqu'au fond de l'Allemagne ; une estampe populaire, composée de fantaisie, fut imprimée à Vienne et mit, sous les yeux de tous, Sens, le rempart, le collège et l'assaut furieux (1).
Quant à Allix, sa mémoire est bien courte sur l'article des prisonniers, du moins en ce qui concerne son propre aide de camp, le capitaine Demay, qui a pris soin de nous raconter sa propre capture.
(L Pour moi, dit cet officier, perché dans le clocher où le général Allix m'avait ordonné de rester, j'y reçus bientôt la visite de six grenadiers wurtembergeois, qui m'en dénichèrent et me firent^ prisonnier, (2). » Voilà qui est clair et net. Nous avons mieux encore ; le général n'a-t-il pas reconnu luimême, dans une relation postérieure que « toute retraite avait été coupée à la compagnie qui occupait les locaux du collège ? »
Mais qu'importaient à Allix ces menus détails. Sa
(1) Je dois la communication de cette pièce curieuse à mon excellent collègue, M. Félix Chandenier, dont le riche cabinet s'ouvre si généreusement aux chercheurs sénonais; la hauteur est de 0'"29 sur 0">40 de largeur. Elle porte cette légende : « Die stadt Sens wurde mit sturm genomen von der verbindeten Herre unter deni Befehlen s* Konigl Hochheit des Kronprinzen von Vûrtenberg. — am 1[1J februar 1814. — Vien bey, A. Berka.»— c La ville de Sens fut prise d'assaut par les armées alliées sous les ordres de Son Altesse royale le prince héritier de Wurtemberg, le 11 février 1814. — A Vienne, chez A. Berka. » L'estampe est coloriée.
(2) Mém. manuscr. de Pierre Charles Demay, né à Sens, le 24 mai 1784, fils de Pierre Demay, notaire royal à Sens.— Cf. Système d artillerie, par Allix.
Nous ne faisons nulle difficulté d admetttre que, sur les 50 prisonniers mentionnés par le général de Bangold, il pouvait y en avoir un certain nombre de blessés non transportables ; mais que deviendrait alors la seconde assertion d'Allix, affirmant, avec non moins d'assurance, qu'il a évacué tons ses blessés?
lettre, allégée d'autant, avait fait son chemin. Clarke « l'avait mise sous les yeux de l'Empereur (1). »
Une seule chose est donc entièrement exacte dans le rapport du général, c'est qu'il dut quitter Pont en pleine nuit, quatre heures après y être arrivé.
En effet, le prince royal, dès le 11 au soir, avait poussé son avant -garde par la rive droite de l'Yonne, jusqu'à la hauteur de Pont. Platow, de son côté, avait occupé Château-Landon et franchi le Loing à Souppes, dont il avait rétabli le pont. Ses Cosaques avaient tenté d'enlever More t et Nemours. Repoussés, ils gardaient la grande route entre Fossard et Moret et se trouvaient aux prises avec Pajol, qui, toute la journée, les avait combattus. Enfin, le prince de Lichtenstein avait, le jour même, occupé Auxèrre, qui s'était rendu. Cette ville avait subi le sort d'une place prise d'assaut, à la suite du renvoi par le général Moreau d'une sommation que le prince lui avait adressée de Joigny. La petite troupe trop faible pour tenir tête à la fois aux assaillants et à une population irritée, avait dû se retirer. La compagnie de gendarmerie réussit seule à gagner Clamecy, par la vallée de l'Yonne. Quand à la compagnie d'infanterie, elle fut poursuivie et a impitoyablement sabrée » par la cavalerie ennemie sur la route de Toucy . Elle se réfugia en vain dans les vignes ; atta-
(1) Arch. guerre. — Clarke à Allix, 14 février.
quée et cernée par un bataillon autrichien, elle dut mettre bas les armes (1).
Le 12, au matin, le pont de Sens, sommairement réparé, devenait praticable pour la cavalerie, et livrait passage au corps volant de Thurn.
La maladresse d'Allix permettait donc aux alliés de descendre sur Pont par les deux rives de l'Yonne. Dans ces conditions, sa situation était réellement intenable, et il se replia au plus vite sur le quartier général de Fossard. Il y arriva le 12, à 10 heures du soir, sans éprouver aucune perte (2), grâce à Pajol qui, toujours aux aguets, « se porta en avant pour protéger sa retraite » et lui donner la main.
On voit combien avaient été injustes les soupçons d'AUix contre son collègue. Pajol avait reçu des ordres positifs ; il avait, par-dessus tout, Tintelligence profonde de ses instructions : les Cosaques ont beau le déborder sur le Loing, il tient à Fossard jusqu'à la dernière extrémité.
a Montereau va les gêner dans leur marche en avant, » remarque-t-il froidement ; et il fait face aussitôt aux colonnes du prince royal pour dégager AUix. « Ce mouvement de Tennemi, dit-il, doit faire plaisir à Sa Majesté, puisqu'il lui offre les moyens de les battre les uns après les autres (3). » Napoléon avait été compris.
C'est à ce moment précis que les dénonciations
(1) Koch rapporte qu'elle fut passée au fil de l'épée. — Cf. Fohtin, SoU" oenirSt Auxerre 1865, p. 179, lequel ne parle pas de cette fin tragique. — Cf. Allix, Souvenirs, 24* art. p. 354.
(2) Arch. guerre. — Allix à Clarke, 12 février.
(3) Pajol à Clarke, Montereau, 12 février. — Arch. guerre.
d'Âllix revinrent du ministère, sous forme de reproches. Pajol était blâmé, sa conduite incriminée par le trop crédule ministre. Il était dur vraiment à un homme de cette trempe d'avoir à se défendre contre de telles légèretés, en des circonstances si critiques. Il le fit pourtant avec une grande dignité, et sa réponse émue, parfaitement inutile à sa justification, aura du moins Tincontestable avantage de nous procurer, sur le fougueux général AUix, un jugement buriné à la pointe de Tépée : « Le général ÀUix, écrit Pajol, ne connaît pas la guerre: Je lui crois d'ailleurs la tête un peu exaltée ; il ne voit. jamais que le point qu'il occupe (1). i>
La riposte, pour modérée qu'elle fût, portait loin et juste. Nous n'y saurions rien objecter ; le
(1) Pajol à Glarke, Montereau, 13 février 1814. — Arch. de la guerre. — « Monseigneur. Le paragraphe de votre main, dans la dernière lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire, m'a fait trop de peine pour que je ne cherche pas à détruire le rapport qui lui a donné lieu.
« Lorsque je me suis porté en avant de Pont-sur-Yonne, pour couvrir les communications de Nogent à Pont, Sens et Montereau, je n'avais que ma cavalerie et mon artilUerie: si j'avais eu de l'infanterie à ma disposition, j'aurais envoyé au général Âllix les 300 hommes qu'il me demandait, mais non pour faire son expédition sur Villeneuve-le-Roi, qui était impraticable, et qu'il avait déjà manquée une fois en perdant plus de 60 chevaux, mais bien pour le renforcer à Sens. Il n'y avait que le 2* régiment de Cherbourg, à Pont-sur-Yonne que Je ne pouvais dégarnir, et qui, d'ailleurs, n'avait que 300 fusils en état. Le général AUix ne connaît pas la guerre. Je lui crois d'ailleurs la tête un peu exaltée ; il ne voit jamafs que le point qu'il occupe. Il ignorait que l'ennemi, étant à Villeneuve-rArche> véque en assez grande force, arrivait par la Vanne, sur les âerrièrçs du détachement qui se serait porté sur Villeneuve-le-Roy, le détruisait ou l'empêchait de se- retirer sur Sens. .
• « Et comment, Monseigneur, le général Allix voulait-il, avec 300 hommes, aller détruire le pont de Villeneuve-le-Roi, lui .qui, avec 2000, n quitté Sens et abandonné Pont-sur-Yonne, où l'ennemi ne s'était pas encore présenté, sans en faire sauter et détruire les ponts ? »
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ministre, saisi par Tévidence, se crut obligé d'ajouter un post-scriptum, une sourdine! à sa plus prochaine dépêche au général Allix : ce Je ne conçois pas, lui dit-il, que vous n'ayez pas fait sauter le pont de Pont-sur-Yonne, ni même celui de Sens, cela était de la dernière importance (1). ï>
Les plaintes d'AUix, — il faut l'avouer, — survenaient mal à propos. Elles n'en continuèrent pas moins, tant que la victoire n'eut pas mis Pajol hors de la portée de ces mesquines piqûres (2).
(1) Clarke à Allix, 14 février 1814, arch. guerre. — Le commandant Weil, dans son 18H, dit au contraire qu'Allix, en se retirant, coupa le pont de Pont. P^jol l'annonçait de même le 12, mais déclarait, le lendemain 13, que le pont n'était pas c détruit, v II semble certain que la cinquième arche sauta, mais que les charpentiers la réparèrent rapidement sur la réquisition des Autrichiens. Voy. Bull, de la Soc. arch. de Sens^ t. XI, p. 109. Not. sur le pont de Pont-sur- Yonne.
(2) Allix à Berthier, 17 février (soir) : « Ce qui m'a surtout déterminé à retarder mon mouvement, c'est que le général Pajol m'a enlevé, sans m'en prévenir, ma cavalerie, que je m'étais occupé depuis quinze jours à former et ce à quoi j'avais assez bien réussi. »