‹ 1814. Sièges de Sens; défense de l'Yonne et campagne du général AllixChapitre 5 sur 27 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Position des alliés. — Retraite de Pajol; évacuation des lignes de l'Yonne et du Loing par les Français. — Retour offensif de Napoléon ; victoire de Montereau (18 février). — Reprise de Fontainebleau et de Moret par Allix ; déroute des Autrichiens du général Hardegg. — Evacuation de Sens par les alliés (19 février). — Poursuite des Cosaques par Allix ; sa marche sur Auxerre. — Allix promu au grade de général de division ; son enthousiasme; la levée en masse dans l'Yonne ; marche sur Montbard ; le tocsin ; ordre du jour du général. — Retraite d'AUix, à marches forcées, vers Moret (6 mars).

En apprenant la défaite des alliés à Champaubert (11 février), le généralissime autrichien avait modifié un peu ses ordres de marche. Il avait renoncé à faire agir son aile gauche au-delà de Sens et s'était décidé à pousser sa droite seule, sur la rive droite de la Seine, pour menacer les derrières de Napoléon. Le IV« corps, massé autour de Sens, se trouvant trop éloigne pour être rappelé en arrière, avait, par suite, à peine bougé le 12, ce qui explique la facilité de la retraite d'AUix. Le lieutenantcolonel Rolirig avait deux escadrons à Soucy, d'où il envoyait sur la route de Bray quelques partis, chargés de chercher la communication avec le

V** corps; la brigade Waslben occupa Pont, abandonné par les nôtres. Les vedettes de Pajol, postées à Villemanoche, avaient exactement signalé ces mouvements. Cependant l'ennemi, d'abord repoussé à Nogent, avait réussi à forcer le pont de Bray e( à percer le faible rideau des troupes françaises, ce qui avait contraint les maréchaux à abandonner la ligne de la Seine el à se replier derrière rVères, à Brie-Comte-Robert, pour attendre, dans cette forte position, le retour de TEmpereur. Par suite de ces circonstances, Pajol attirait à lui les principaux efforts de Tennemi. Débordé de toutes parts, le 13, à minuit, il se résout, à évacuer Montereau, dont il fait sauter le pont (1). Il se replie sur Melun pour se porter à volonté sur Fontainebleau et Nangis, donner la main aux maréchaux, et, à Taide des renforts qu'on lui envoyait, défendre les deux rives de la Seine, en se réservant de jeter toutes ses forces sur celle que l'ennemi suivrait pour marcher sur Paris : retraite ce pied à pied » et glorieuse qui allait arracher à l'ennemi même un témoignage d'admiration (2).

Le 14, Moret et Fontainebleau étaient pris à Timproviste, un bataillon entier et les jeunes gens de l'école d'instruction de la garde de Fontainebleau, enlevés le lendemain à Nemours par Platow. Mon-

(1) Le 13, les bivouacs ennemis étaient sur les hauteurs de Chaumont, Villeblevin et la Brosse-Monceaux.

(2) « Il convient de rendre aux maréchaux français celte justice... que malgré leur faiblesse numérique ils restaient toujours à l'ennemi, ce qui constitue en somme le caractère glorieux d'une armée habituée à la guerre. » Clausewitz, p. 198.

targis était au pouvoir du général Seslavin, dont les partis semaient Talarme aux portes d'Orléans. Le 16, tandis que les Russes, les Bavarois, les Wurtembergeois occupent Nogent, Nangis, Donnemarie, Montereau, Fontainebleau, le prince de Lichtenstein est à Sens, avec sa division légère et les réserves autrichiennes, au nombre de SOOOOhommes. Ainsi, les lignes de l'Yonne et du Loing, sur lesquelles l'Empereur avait tant compté, n'avaient pas arrêté, plus de vingt-quatre heures, la marche de l'invasion. Il en avait été de même de celle de la Seine.

Napoléon allait subir, de ce chef, un retard funeste. Il a écrasé en détail les différents corps de l'armée de Silésie dans le bassin de la Marne, et il accourt, avec toute l'impatience de son merveilleux génie, pour couper sur la Seine tout ce qu'il pourrait de l'aile gauche ennemie, si imprudemment avancée. Mais il lui faut rallier les maréchaux Victor et Oudinot et reconquérir en hâte les ponts malheureusement perdus de Nogent, Bray et Montereau. Le 17, il débouche par Guignes. Malheureusement, Victor, harassé par le sanglant combat de Dormant, s'arrêta aux portes de Montereau qu'il eût fallu pouvoir emporter le soir même. Napoléon, oubliant qu'il commandait à des hommes, disgracie Victor.

Le 18, il tombe, comme la foudre, sur les troupes wurtembergeoises massées à Montereau, et les met en déroute. Une charge entraînante de Pajol décide de la victoire et le rend maître du pont de la

ville (1). Aussitôt il lance sa cavalerie au delà, pour se renseigner et tàter rennemi. Il était trop tard de vingt-quatre heures.

L'armée austro- russe lui échappait de toutes parts. Schwarzenberg, épouvanté des conséquences de son imprudence, avait eu le temps de mettre en retraite son armée, dont la plus grande partie avait repassé les ponts et se concentrait à Troyes, pour, de là, se replier sur Langres, derrière l'Aube. Le généralissime en était quitte pour la peur et trois marches forcées. Napoléon furieux, n'ayant qu'un pont, subit au passage de la Seine un retard funeste. Mais il s'acharna quand même à la poursuite de l'ennemi qu'il voulait couper de sa ligne de retraite et séparer de Blûcher, encore étourdi de ses défaites.

Par suite de ces événements, toutes les troupes austro-russes, engagées à l'extrême gauche, sur la rive gauche de l'Yonne, se trouvèrent dans un péril extrême .

Le 17, la veille du combat de Montereau, l'Empereur avait donné l'ordre aux généraux AUix et Charpentier de quitter Melun et de se porter vivement et simultanément surMoret et Fontainebleau ; de là sur Nemours, pour nettoyer ce pays des partis ennemis qui l'occupaient, et les rejeter sur la rive droite du canal du Loing (2).

(1) Sur cet événement, voir : la Bataille de Montereau, précieuse monographie de M. Tondu-Nangis, publiée par M. P. Quesvers. L'auteur rapporte que « le général Holienlohe » fut tué dans la retraite des Wurtembergeois, au milieu du faubourg Saint-Nicolas (p. 64.)

(2) Minist. de la guerre. Note du colonel Gorraut, 18 fév. 1814.

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Cet ordre mettait de nouveau en évidence le défenseur de Sens qu'il appelait à un poste d'honneur. Tandis que tous les corps ennemis s'échappaient à couvert, lui seul aurait la bonne fortune de prendre contact avec le corps de Blanchi (1er corps). Il quitte Melun, le 18, à 6 heures du matin, rencontre à une lieue de la ville les avant-postes du général Hardegg et les replie sur Fontainebleau qu'il enlève en quelques minutes. L'ennemi fuît, à travers la forêt, sans s'arrêter, jusqu'à Moret, qu'il abandonne aussitôt pour prendre une position de défense, derrière le canal du Loing, et se retirer sur la route de Fossard. Il était 11 heures du matin quand Allix entra dans Moret avec ses 1800 braves, qui avaient mené battant 4000 autrichiens, sur six lieues de chemin, leur mettant 150 hommes hors de combat et leur prenant 80 prisonniers (1). Allix prétend, dans son rapport, n'avoir pas voulu pousser plus loin l'ennemi à cause de la fatigue de ses troupes. En réalité, ayant (l échoué dans ses différentes tentatives de franchir le canal, il envoya un parlementaire pour négocier le passage (2)ii> : Hardegg décampa avant minuit, heure à laquelle expirait pour les Français, la condition de ne pas passer le pont, qu'un jeune homme, le lieutenant Lebelin, du 153e de ligne, avait, par la vigueur de sa poursuite, empêché l'ennemi de démolir. Le général autrichien

(1) Minist. guerre Âllixà Drouot, 18 fév., 7 h. soir. — Allix accuse de son côté un prisonnier et une vingtaine d'hommes tués ou blessés. Le colonel Gorraul dit qu'un grand nombre de prisonniers ennemis furent pris dans la forêt et amenés dans Fontainebleau par les paysans.

(2) Commandant Weil, 1814.

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En effet, la division du prince de Lichtenstein venait de se replier sur Pont-sur- Vanne, ne laissant dans la place qu'un poste d'observation, composé de quelques cavaliers. Le commandant ennemi se montra menaçant ; on lui tint tête ; le soir même, il quittait la ville avec les siens, emportant en croupe le trouble et l'inquiétude qui avaient pesé comme un cauchemar sur la malheureuse cité, ce La nuit suivante, raconte un chroniqueur, tout était tranquille à Sens, et on se livra au sommeil. Depuis le 9 février, on n'en avait pas joui dans notre ville (1). ^

Hardegg, de son côté, coupait au plus court. De Saint-Sérotin , il gagnait Pont-sur- Yonne et Villeneuve-l'Archevêque par la vallée de TOreuse.

Quand Gérard, lancé par Napoléon à la poursuite de Blanchi, arriva, le 20, à Pont-sur- Yonne, il apprit que le premier corps autrichien avait défilé tout entier par cette même route et avait rompu le pont en quittant la rive gauche de l'Yonne (2). Gérard fut retenu jusqu'à midi par le rétablissement de ce pont; mais, comme il était sans nouvelles d'Allix, il envoya, dès le matin, une forte reconnaissance de cavalerie, qui remonta la rive gauche jusqu'à Sens ; il vint ensuite de sa personne réoçcuper la ville (3).

(1; Lorne, relat. maiiusc.

(2) Toutefois la division Wiedrunkel, la première arrivée, avait continué sur Sens, où elle était parvenue, le 18 même, à minuit.

«3) Weil, 18U. — Cl. AUix à Clarté, 22 fév. — Napoléon avait ordonné à Pajol de jeter des partis sur Sens, et à Gérard d'acheminer deux divi- !

sions par le chemin de Sens et une sur Bray. — « Âllix se dirigera de Moret sur Nemours. » — Corresp. de Napoléon, n" 21 296, 298 et 328. |

Allix, en effet, avait ordre de ne gagner Sens qu'autant qu'il ne trouverait plus rien devant lui sur le Loing (1). C'est pourquoi, abandonnant à regret la poursuite des Autrichiens, il remonte le canal du Loing parla rive gauche, afin de cerner le corps de Platow, et arrive à Nemours, le 19 février à 7 heures du soir (2). Les Cosaques qui occupaient cette ville s'enfuient, à son approche, sur Ormes- :ion et Aufferville, rallient leurs détachements des routes d'Orléans et évacuent, par le pont de Souppes, la rive gauche du Loing. Ils se retirent, par Courtenay, sur Villeneuve-le-Roi, où les avaient précédés, dans la nuit du 19 au 20, des débris du corps d'Hardegg, venus de Chéroy, par Nemours ou Gien.

Allix demeura à Nemours jusqu'au 22 février au matin, attendant des ordres. 11 part alors pour Ferrières, et, le 23, pour Sépeaux, descendant la vallée d'Aillant pour rejoindre plus vite l'ataman, qui avait déjà gagné Joigny.sans s'arrêter à Villeneuve-le- Roi. Chemin faisant, il saisit nombre de déserteurs sur les routes du Bourbonnais. Les troupes françaises suivaient les Cosaques à trois lieues de distance, ce qui excitait grandement Timpatience d'AUix.

(c Quoiqu'il n'y ait pas beaucoup d'honneur à battre des Cosaques, s'écrit-il en route, je ne serais

(1) « . .Vous lui manderez que, s'il apprend qu'il n'y a plus rien à Nemours, il se dirige sur Pont-sur- Yonne pour retourner à Sens. » — Napoléon à Berthier, n» 21 299.

(2) Allix à Clarke, Nemours. 19 fév. — Arch. guerre. — Cf. Souvenirs : Comme il arrivait près de la ville, l'arrière-garde de Platow en sortait.

pas fâché de trouver Toccasion d'apprendre aux troupes que je commande qu'ils ne sont redoutables que par leurs brigandages. Depuis qu'elles sont sous mes ordres, elles ont toujours été victorieuses, j'espère qu'elles le seront encore dans cette circonstance (1). »

Mais Platow ne songeait nullement, pour l'instant, à fournir, de nouveaux lauriers, son heureux et vieil adversaire de Grodno et de Sens. Il concentrait, à Joigny, ses sept à huit mille hommes pour se replier en hâte sur Brienon, Montbard et Dijon. Un détachement qu'il avait envoyé, le 22, sur Sens, par Villeneuve-le-Roi, venait précisément de se heurter, à Rosoy, contre un parti de 26 dragons français de la division Roussel, lesquels avaient malmené ses Cosaques (2). Cette escarmouche l'engageait à ne plus regarder en arrière. Il fuit si précipitamment qu'il traverse Brienon, sans s'y arrêter, et y oublie 60 prisonniers, qu'il avait capturés près de Nemours et Orléans. Il passe de même à Tonnerre sans y coucher.

Allix le serre de très près, entre, le 24 vers midi, à Joigny, où il laisse un bataillon du 15^ de ligne et détache, sur Sens, un commandant d'armes. Mais, apprenant que le prince de Lichtenstein occupait encore Auxerre, il abandonna momentanément la poursuite des Russes et, malgré son infériorité numérique, marcha hardiment contre les Autrichiens.

(1) Allix à Clarke, Sépeaux, 23 fév. — Arch. nat. AF. IV, 1669.

(2) Commandant Weil, 1814,

Arrivé à Bassou, il arrêta un moment le gros de sa troupe et dirigea, de sa personne, une forte reconnaissance sur Appoigny. L'avant-garde ennemie était postée en observation sur les hauteurs de Perrigny et de Saint-Georges ; elle se retira, et le corps entier du prince, évacuant la ville pendant la nuit, se replia, par Noyers, sur Montbard. Quand la division française s'avança, le lendemain 25, elle rencontra, sur les hauteurs de Perrigny, non plus les vedettes autrichiennes, mais une grande partie de la population auxerroise, qui s'était portée, « ivre de joie, » au-devant de ses libérateurs, pour les acclamer. Allix fit son entrée dans le chef-lieu vers deux heures du soir. Son premier soin fut d'y rétablir les autorités civiles et d'informer de ses succès le ministre de la guerre.

« La route de Paris à Auxerre est libre, écrit-il avec transport... Partout les troupes sont reçues comme les enfants de la famille et avec enthousiasme et reconnaissance. C'est un des plus beaux spectacles dont un Français puisse jouir (1). »

Les dépêches enflammées d'Allix, tranchant joyeusement sur l'inquiétude générale, étaient faites pour plaire à l'Empereur, dans les circonstances critiques qu'il traversait. Pajol, épuisé par ses glorieuses blessures, avait été couvert de louanges et d'honneurs (2) ; il avait regagné Paris, mais son

(1) AUix à Clarke ; lettres des 23, 24 et 25 fév. ; Arch. guerre. — Cf, Souvenirs militaires.

(2) « Mon cousin... témoignez au général Pajol tout l'intérêt que je prends à SCS blessures, et la satisfaction que j'ai de ses services, etc. » — Napoléon à Berthier, n» 21 302,

corps avait été dissous ; TEmpereur en profita pour rendre à AUîx, avec le commandement exclusif de la 18© division, le grade de général de division, dont il n'avait eu jusque-là que les insignes. Sa mission était de donner des c( commissions de partisans, de créer des compagnies franches, de tomber sur les derrières de Tennemi, et de retourner aussitôt que possible à Auxerre (1). »

Allix, au comble de ses vœux, voit l'avenir s'ouvrir devant lui et ne cherche plus qu'une ce occasion de bien remercier, — aux frais des Cosaques, bien entendu - l'Empereur et son Excellence (2). » En attendant, il ne perd point celle de faire valoir ses services : <l Je puis assurer Votre Excellence, dit-il, que l'ennemi est fort inquiet de moi; toutes ses questions m'ont pour objet, et toutes les fois que je trouve l'occasion de lui nuire je ne la manque pas (3). » Il se grise de l'idée de la guerre à outrance, que Napoléofn vient d'ordonner aux départements envahis : « Il fera, tant qu'il pourra, la guerre dans la 18e division. »- - Bientôt même, il la voudra faire à la place d'un collègue qui le gène, et dira modestement, en sollicitant son commande-

(1) Napoléon à Berthier, Surville, 20 février, n' 21 323. — Il insiste de nouveau dans le n* 21 348, daté du 22, sur la nécessité d'envoyer Allix, sur-lechamp, à Auxerre, pour « s'occuper de la réorganisation de la Force publique dans le département de l'Yonne, de la rentrée des contributions et de la levée de la conscription. » Toutefois la promotion officielle d'Allix n'est datée que du 26 février.

(2) Le duc de Feltre. — « ...Je ne puis que vous inviter, général, lui répondit Clarke aimablement, à apporter toujours le même dévouement pour tout ce qui concerne le service de Sa Majesté, i» — 24 fév. 1814. — Arch. guerre.

(3) Allix à Clarke, 5 mars. — Ai*ch. guerre.

ment : « Je marcherais offensivement et je réponds du succès. Je ferai une guerre terrible à rennemi sur ses derrières, et j'apprendrai à nos jeunes soldats à se bien battre. Que Votre Excellence veuille bien donner une autre destination au général Souham. Il n'a point l'énergie de caractère qui m'est propre. ^ Et encore : « En somme, que Votre Excellence mette à ma disposition 50 000 hommes et je ferai une bonne guerre, plus dangereuse à l'ennemi que celle qu'on lui fait de front (1). »

L'énergie, il en avait assurément beaucoup, à défaut de clairvoyance, et c'est plaisir de voir avec quelle fougueuse confiance il publie les décrets de TEmpereur, relatifs à la levée en masse. Avec l'aide du préfet, il ébauche l'organisation de six compagnies franches de 150 hommes pour la défense de l'Yonne et se fait fort, si on lui laisse les coudées franches, de lever 25000 combattants (2) : 25000 hommes!... et pourtant le contingent de l'Yonne de la levée n'en a donné que 3 000, d après sa propre évaluation! Son imagination fait le reste.

La fièvre le gagne à la pensée, que, faute d'être relevé immédiatement à Auxerre par le général Moreau, les fuyards vont lui échapper (3). Provisoire-

(1) Allix à Clarke, 11 mars.— Arch. guerre.

(2) Allix à Clarke, Nemours, 9 mars : t Je prie de nouveau Votre Excellence de me former un corps de 4 ou 5000 hommes et de me laisser faire en Bourgogne. Je lui promets de bons résultats et d'avoir bientôt 25 000 hommes armés qui me suivront partout où je les mènerai. Seulement, que Votre Excellence m'envoie de la poudre, plomb et moules à balles pour chevrotines. » Cf. lettre du 7 mars.

(3) Ce général Moreau est le même qui avait évacué Auxerre en février. Clarke, se méprenant sur son compte, venait de lui confier la défense de Soissons, où il capitula, le 3 mars, d'une manière (ll':^astreuse pour Napoléon. — Clarke à Allix, 2 mars. Arch. guerre.

ment, il les fait suivre par des a hommes sûrs. » Il veut aller les débusquer à Dijon et se fait fort de les battre, encore qu'il n'ait que 2000 hommes à opposer à 20000. Il chassera en même temps le comte d'Artois qu'on lui signale de ce côté. Dijon! c'est sa capitale à lui, le chef-lieu de sa 18^ division militaire : il en fera la conquête.

Il ordonne aussitôt ses mouvements dans ce sens. Le 1er mars, ne tenant plus à Auxerre, il vole à Noyers. Le 2, au matin, il continue sur Montbard, où il avait réuni la garde nationale de l'arrondissement de Semur, qu'il évalue à 10000 hommes — <i braves gens, )) dit-il, — auxquels il communique son feu. Nul doute qu'il n'arrive à Dijon suivi « de toute la population du pays en pleine insurrection et animée de l'esprit le plus patriotique. i> Mais, à ce moment, un officier, qu'il avait envoyé jusqu'à Châtillon pour savoir ce qui se passait à la Grande Armée, lui rapporte la nouvelle de la retraite des maréchaux. C'en était fait de son beau rêve, et, toute sa vie, AUix en gardera rancune aux lieutenants de l'Empereur. Il ne lui restait plus qu'à passer en revue ses gardes nationaux, c'est ce qu'il fit, le regret au cœur; au moins, en les congédiant, ne manqua-t-il pas de les exhorter « à faire main-basse sur tous les détachements de l'ennemi chaque fois qu'ils en trouveraient l'occasion (1). »

(1) ÂLLix, Souvenirs, 26» art. « Sans ce malheureux échec, je serais certainement arrivé à Dijon. » —Cf. Arch. guerre, AllixàClarke,!" et 2 mars : c L'esprit public est excellent dans tous les pays que je parcours. Les paysans, de leur propre mouvement, arrêtent les déserteurs, les traînards ennemis et gens sans aveu et les livrent à l'autorité compétente. Un de ces

Dès le soir du 2, Seslavin et ses Cosaques, prévenus à Rogny, par le maire et les habitants de Tonnerre, de la marche d'Allix, avaient reparu dans cette ville pour attaquer le général à Auxerre (1).

AUix n'avait donc pas une minute à perdre pour couvrir à temps le chef-lieu, parla vallée du Serein. Le 3 mars, à minuit, il était déjà à Etivey, faisant diligence pour aller coucher à Lichères, où il apprit qu'un fort parti de Cosaques venait de s'établir â Chablis. Il résolut à Tinslant de les attaquer de nuit, de les cerner et d'enlever tout le détachement. Il marcha donc rapidement sur Chablis (4 mars), séduit par la perspective d'un si beau coup de main, et allait passer à l'exécution, quand on lui remit soudain une dépêche du préfet de l'Yonne : il fallait rentrer d'urgence à Auxerre : l'armée français avait évacué Troyes. Vraiment Allix jouait de malheur. Il décide alors de brusquer, de front, l'attaque ; le tocsin sonne dans toutes les campagnes ; les populations, éleclrisées, accourent au bruit et les

paysans me disait hier, à Lichères : U est passé 50 cosaques dans notre commune. Stles bourgeois ne nous eussent pas retenus^ aucun n'en serait sorti Tout l'esprit public des lieux où je passe se trouve dans cette phrase. » — Les bourgeois sont la bête noire d'AUix ; il en veut surtout aux maires des villes, pour les réquisitions qu'ils font dans les campagnes afin de nourrir les garnisons ennemies : « Partout les bourgeois disent qu'ils n'ont pas d'armes, mais j'en ai vu 12000 entre les mains des paysans des environs de Semur, qui ne demandent pas mieux de s'en servir. Il est indispensable de neutraliser l'influence des bourgeois. Je me sers de ce mot parce qu'il est thecnique {sicj ici, en Bourgogne, pour indiquer l'homme qui parle beaucoup, vit de ses rentes et ne fait rien. » Ibid. 9 mars. Il eut été plus juste de reconnaître que les abus du régime impérial étaient cause de cette lassitude de l'esprit public.

(1) Weil, t. II. — Cf. Alltx : Souvenirs. Avec son imprécision habituelle, Allix confond Seslavin avec Platow.

Cosaques, surpris et éperdus, prennent la fuite, traqués comme des fauves et harcelés par les paysans exaspérés. Leur commandant tombe mortellement blessé à Colan et, bientôt, plus de cinquante desleurs sont tués, blessés ou pris, tandis que du côté des nôtres on ne compte que deux blessés, dont un seul grièvement (1). Vingt-neuf prisonniers sont dirigés sur Bourges. C'est à Chablis même, à 2 heures du matin (5 mars), qu'Allix rédige le premier bulletin de ce succès; sa dépêche fut transmise à l'Empereur. Le soir, il rentre à Auxerre, moins pour y trouver un repos dont il semble n'avoir guère connu le besoin, que pour traduire aussitôt, dans une proclamation brûlante Timpression de son escarmouche; le tocsin lui tinte encore aux oreilles, mêlé sans doute de quelque vieux refrain de 1792 :

Auxerre, 6 mars 1814.

Ordre et instruclion pour les officiers commandant les détachements de la levée en masse

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