‹ 1815-1915, du Congrès de Vienne à la guerre de 1914Chapitre 5 sur 14 · LA POLITIQUE DE NAPOLÉON III · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DE NAPOLÉON III

en Hongrie, guerres nationales des Magyars contre les Allemands, des Serbes, des Croates et des Roumains contre les Magyars. Mais la réaction de 1849 restaura exactement tout l'édifice.

Il restait encore assez solide pour résister (en 1854) à l'assaut donné par la Russie à l'Empire ottoman. L'Angleterre et la France intervinrent en armes pour défendre le sultan; pour la première fois, deux des Alliés de 1814 se firent la guerre. De cette épreuve, l'édifice sortit consolidé, car le Congrès de Paris plaça l'intégrité de l'Empire ottoman sous la garantie des puissances et admit le sultan dans « la famille européenne », comblant ainsi la brèche laissée en 1815 dans le Sud-Est de l'Europe.

L'édifice du Congrès de Vienne restait encore debout en 1858, un peu lézardé seulement.

La politique de Napoléon III. — Cet édifice allait s'écrouler en douze ans, de 1859 à 1871, sous les coups de trois hommes : deux ministres, un Italien, Cavour, Allemand, Bismarck, et un souverain, Napoléon III, Ils s'attaquèrent à l'ordre établi pour des motifs diflerenls. Cavour et Bismarck travaillaient pour le service de leurs maîtres, le roi de Sardaigne et le roi de Prusse, intéressés à faire l'unité de l'Italie et l'unité de l'Allemagne en réunissant les autres États italiens et allemands sous leur domination. Il leur fallait faire la guerre à l'Autriche pour la chasser de l'Italie et de l'Allemagne, ils avaient besoin de l'aide ou de la connivence de Napoléon pour déchirer ainsi les traités de 1815. — Napoléon obéissait à des sentiments personnels : il haïssait d'une haine personnelle les traités de 1815 qui l'excluaient, lui et sa famille, du trône de France (il exprima publiquement sa haine

en 1866 dans le discours d'Auxerre). Son avènement au pouvoir, son tilred' Empereur, snn nom de Napoléon III (impliquant le règne de Napoléon II) élaient autant d'accrocs à l'accord conclu en 1815 entre les Alliés : les souverains avaient fermé les yeux par haine de la révolution démocralirpie, parce qn ils comptaient sur lui pour mnlcr la tu-bulenle nation française; mais ils ne l'adinetlaienl pas dans « la famdle européenne », et Nicolas l"' le lui fit sentir en lui refusant le litre de « frère » auquel la tradition des cours d'Europe lui donnait droit. Napoléon aimait l'Ilalie et haïssait l'Autriche, qu'il a\ ait combattue pendant l'insurrection de Romagne en 185! et qui persécut.iit ses amis italiens. Il désirait vivement déliuire les tr.iilés de 1815 et expulser les Aulrichiens de l'Italie. Il espérail en profiler pour consoler l'amonr-propre nationnl français, encore endolori des désastres de 1815, par un regain de gloire napoléonienne el quelques acquisitions de lerriioircs. Mais Na{)oléon 111 ne se l'aisait pas illusion sur la force réelle de son armée au point d'alTronler la coalition de I8U. Il travailla à la désagréger, d"aboi-d en s'insinuanl entre les deux grandes puissances rivales, 1 Angleterre et la Russie, pour obtenir une alliance (|ui lui sei;virait ensuite contre rAutriche. Il lui fallut opérer en se cachant de son personnel diplomatique el même de ses ministres, qu'il savait hostiles à ses projets. Il se rapprocha d'abord de l'Angleterre en l'aidant à défendre contre le tsar l'Empire ottoman, auciucl il ne s'intéressait guère. Il y gagna une intimilé de quelques années avec la famille royale d'Angleterre; il s'ouvrit de ses projets contre les traités de 1815 au prince Albert (dès 1854), mais il ne reçut de lui aucun encouragement et trouva l'Angleterre hostile à toute poliliipie de guerre et de remaniement de lerriioircs. — Il se touina vers la Russie et eut avec- Alexandre II une entrevue cordiale à Stuttgart, des [)rojels d'alliance furent échangés entre leurs ministres. Mais le tsar ne demandait à Napoléon son aide qu'en Orient, [»our des entreprises contre la Turciuic, dont l'Angleterre ne voulait pas; il ne lui olïrail en Occident qu'un ajifiai défensif^

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