‹ 1815-1915, du Congrès de Vienne à la guerre de 1914Chapitre 7 sur 14 · FORMATION DE L'EMPIRE D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

FORMATION DE L'EMPIRE D'ALLEMAGNE

alliance de l'Italie et de la Prusse, qui décida le roi Guillaume à la guerre contre l'Autriche, alliée des États allemands. Son calcul fut déjoué par la nouvelle méthode de guerre prussienne renouvelée de Napoléon P% qui, par des opérations rapides et une attaque en masse sur un ennemi surpris, décida d'un seul coup le sort de la guerre. Sadowa, qu'il apprit avec plaisir, se révéla bientôt un désastre, car, ayant négligé de tenir une armée prêle, il dut assister impuissant aux manœuvres de la Prusse victorieuse. Il aggrava le mal en encourageant la Prusse à s'annexer une forte portion des Etats allemands du Nord, espérant, en retour de sa complaisance, obtenir d'elle ce que Bismarck appelait cyniquement « un pourboire ». Il demanda d'abord un territoire allemand sur la frontière de Lorraine, puis la Belgique; il se serait contenté en 1867 du Luxembourg; il n'eut rien. Il ne parlait plus alors de nationalité et faisait exposer officiellement par un ministre une théorie sur la tendance naturelle des peuples à se former en « grandes agglomérations », théorie menaçante pour l'existence des petits États.

La Prusse, maîtresse en Allemagne, réunit tous les États allemands, sauf les quatre du Sud, sous un gouvernement fédéral dont elle prit la direction. L'empereur d'Autriche, réconcilié avec les seigneurs hongrois, coupa son empire en deux États gouvernés, l'un par les Allemands de Vienne, l'autre (le royaume de Hongrie) par la noblesse magyare.

Les préparatifs pour la « revanche de Sadowa » furent discutés en 1869 à Paris et à Vienne, un peu avant que la candidature d'un Hohenzollern au trône d'Espagne fît éclater brusquement le contlit entre la France et la Prusse; on alla jusqu'à des pourparlers d'alliance qui prirent la forme d'un échange de lettres entre les trois souverains de France, d'Autriche et d'Italie. Le duc de Gramont, devenu ministre des AtTaires Étrangères en mai 1870, connut ces projets, qu'il prit pour des accords, et en conçut une telle confiance qu'il ne se contenta pas de l'échec prussien marqué par le retrait de la candidature du prince de Hohenzollern ; il voulut

obliger le roi de Prusse à avouer officiellement son échec. Il fournil ainsi à Bismarck l'occasion de répliquer par la dépêche d'Ems, d'où sorlit la guerre entre la France et les États allemands.

La guerre contre la France acheva l'unité de rAllemagne sous la suprématie du roi de Prusse, devenu « empereur allemand ». Ainsi se termina en 1871 la crise européenne ouverte en 1859 par l'empereur des Français. La Prusse, accomplissant en 1871 ce que ses alliés l'avaient empêchée de faire en 1815, refoula la France jusque par delà ses frontières du xvii<= siècle : elle lui arracha Metz et l'Alsace, malgré la volonté évidente des populations.

L'Autriche expulsée de l'Italie et de l'Allemagne, 1 Italie et l'Allemagne transformées en grandes puissances, le royaume de Hongrie érigé en État, les Duchés enlevés au roi de Danemark, l'Alsace-Lorraine à la France, c'était le bouleversement complet de l'Europe centrale, la ruine de l'édifice du Congrès de Vienne. C'était aussi la fin du concert européen garant de l'équilibre européen. Lorsque, après la chute de l'Empire, Thiers alla, au nom de la France envahie, implorer l'aide des grandes puissances, le ministre autrichien Beusl lui répondit : « Je ne vois plus d'Europe ». Les traités de 181 5 s'elfondraient dans la tourmente déchaînée par Napoléon III, leur ennemi personnel, et avec eux la confiance dans les accords internationaux, détruite par les procédés brutaux et les déclarations cyniques de Bismarck.

La prépondérance allemande. — Le nouvel édifice n'était plus, comme celui de 1815, construit par un accord général entre des puissances égales pour maintenir la paix par l'équilibre; il reposait sur la prépondérance de la plus forte puis-

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