‹ 1815-1915, du Congrès de Vienne à la guerre de 1914Chapitre 8 sur 14 · LA PRÉPONDÉRANCE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

LA PRÉPONDÉRANCE ALLEMANDE

sance militaire, rAUomagne, tenant en respect les autres puissances on se les ailachant par des accords particuliers. Les nationalités n'étaient pas beaucoup mieux traitées qu'en 1815. Les Italiens et les Allemands avaient obtenu leur unité nationale, les uns en acceptant volontairement, les autres en subissant, après la délaite, la domination des Etats militaires, le Piémont et la Prusse, qui avaient utilisé le sentiment national pour accroître leur puissance. Les Hongrois avaient profité des embarras de l'empereur pour rétablir un royaume autonome. Mais, seule, l'unité de l'Italie était fondée sur la volonté des peuples et pnre de violence contre d'autres nationalités. — La Prusse avait annexé les L)ucliés et quatre Étals allemands sans consulter les populations et certainement contre le gré des habitants du llolslein, du Hanovre et de la république de Francfort, légitimant officiellement son acte par un appel à la coutume barbare, « le jugement de Dieu ». Dans l'Lmpire « national » allemand, elle faisait violence au sentiment national de trois peuples : les Polonais de Posnanie. à (|ui elle ne l<>nait même pas la promesse faite en 1815 de leur laisser l'usage de leur langue; les Danois du Nord du Schleswig, qu'elle refusait de consulter malgré la clause du traité de 186(3; les Alsaciens-Lorrains que, sous l'étiquette menteuse de Terre d'Empire, elle maintenait sous le pouvoir discrétionnaire du gouvernement de Beilin. Les annexions arbitraires n'étaient |)as une nouveauté en Europe; mais, en Alsace-Lorraine, la Prusse faisait une expérience sans précédent : en arrachant un lambeau sur la frontière d'une autre grande puissance, elle s'incorporait une population dont le sentiment national, violenté par la conquête, restait soutenu par le voisinage et les relations permanentes avec son ancienne patrie. La création de l'État de Hongrie, si elle libérait le peuple hongrois de la domination allemande de Vienne, livrait toutes les autres nations du royaume. Croates, Serbes, Slovaques, Roumains, même les Allemands de Transylvanie et du Banat, à l'arbitraire de la minorité magyare. Les nobles magyars, qui gouvernaient l'État

« national » de Hongrie, allaient être beaucoup plus ardents kmagyariser que les Allemands d'Autriche ne l'avaient été à germaniser. La monarchie autrichienne restait, dans ses deux moitiés, un défi au sentiment national de ses sujets.

Sur toute la largeur de l'Europe, de l'Océan glacial à l'Archipel, s'étendait une zone de petites nations sujettes, plus ou moins malmenées, toutes soumises à un gouvernement étranger, la plnpartàdes fonctionnaires, quehjues-unes même à une arislocratie d'une autre nation. C'étaient, en allant du Nord au Sud, la nation finlandaise, la plus libre de toutes, tant que le tsar lui lais-ait son autonomie nationale,

— les peuj)les esthe et letton, soumis à la fois à une aristocratie allemande et à des fonctionnaires russes, — la nation lithuanienne, partagée entre la Russie et la Prusse, — la nation polonaise, démembrée entre les trois empires, — la nation Ichèipie, gouvernée par Vienne, et sa branche slovaque sujette des Magyars, — la nation ruthène, soumise en Autriche à la noblesse polonaise de Galicie, en Russie à une censure qui lui défendait les publications dans son dialecte,

— la nation croate et slovène, dépendante en partie de Vienne, en partie de Budapest, — la nation serbe, en partie vassale, en partie sujette du sultan, — la nation roumaine, partagée entre l'empire ottoman et la Hongrie, — la nation bulgare, encore opprimée tout entière par les Turcs, — la nation hellène, dont une minorité seulement jouissait de l'indépendance nationale. — En 1871, comme en 1815, l'Europe était régie par la force des gouvernements, non par la volonté des peuples.

Ce système reposait, comme en 1815, sur la défiance contre la France, mais il était dominé par la prépondérance allemande. L'Allemagne, assez forte pour remplir seule la fonction de tous les Alliés de 1815, surveillait la France républicaine, suspecte d'un désir de revanche. Elle consolidait sa position par des accords avec les autres puissances, conclus sous couleur de maintenir l'ordre, le statu quo et la paix. Ce fut d'abord (de 1871 à 1875) l'entente entre les trois empereurs, annoncée au monde par des visites réciproques. Les

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