‹ 1815-1915, du Congrès de Vienne à la guerre de 1914Chapitre 9 sur 14 · LA MÉTHODE DE LA PAIX ARMÉE · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE DE LA PAIX ARMÉE

souverains se concerlaient, comme au temps de iMetternich, pour prendre des mesures contre l'adversaire commun, la Révolution, la révolution sociale représentée alors par YAssocialion internalionate des travailleur:^, « rititernalionale », déjà agonisante, que les gouvernements mal informés prenaient pour une organisation de combat.

Quand la rivalité personnelle entre Bismarck et Gorlschakof eut relâché l'accord avec la Russie, l'Allemagne attira dans son alliance d'abord l'Autriche, dont elle soutenait la politique dans les Balkans contre la Russie, puis l'Italie, hostile à la France, où les conservateurs parlaient de restaurer le pouvoir du pape et où les républicains décidaient l'occupation de la Tunisie. La Russie, reprenant sa marche contre l'empire ottoman affaibli par la banqueroute de 1875 et la déposition successive de deux sultans en 1876, faisait arriver son armée jusqu'à Constantinople; mais, arrêtée par l'intervention de l'Angleterre, elle était forcée de remettre la décision au concert européen. Elle sortait (en 1878) du Congrès de Berlin les mains vides, irritée contre Bismarck, « le courtier honnête » qui l'avait jouée.

La Triple Alliance de 1882 réunit toute l'Europe centrale sous la direction de l'Allemagne; Bismarck la compléta par un traité secret de « contre-assurance » avec la Russie (en 1884), qui garantissait à l'Allemagne la neutralité bienveillante de sa voisine de l'Est. Puis, quand les Bulgares, s'affranchissant de la tutelle des Russes leurs libérateurs, réunirent les deux tronçons séparés par le Congrès de Berlin pour constituer un Etat unique se gouvernant lui-même, Bismarck en profita pour entretenir des relations cordiales avec le tsar Alexandre 111, en l'aidant à empêcher la reconnaissance par l'Europe du nouvel état de choses en Bulgarie. Toutes ces alliances se disaient défensives, conclues pour maintenir la paix.

La méthode de la paix armée. — C'était une paix comme le monde n'en avait jamais vu, la « paix armée », la paix

prussienne, aussi coûteuse que la guerre, une paix précaire, sans sécurité, toujours à la veille de la guerre. La nouvelle méthode, calculée pour une invasion rapide, continuée jusqu'à la ruine de l'adversaire, exigeait des etTectifs énormes et toujours prêts. La doctrine de la supériorité irrésistible de rolîensive obligeait chaque Etat à préparer constamment l'agression et le faisait vivre sous la menace constante de l'agression. L'état-major prussien avait même paru, en 1875, quand la France réorganisait les cadres de son armée, adopter la redoutable maxime de ï agression p}'évenlive : quand un État soupçonne son voisin de préparer la guerre, il doit prendre les devants et l'attaquer pour l'empocher d'achever ses préparatifs. Guillaume l" et Bismarck désavouèrent cette doctrine, mais leurs protestations n'avaient pas suffi à rassurer l'Europe. Au temps des guerres lentes, un intervalle séparait l'état de paix de l'état de guerre; on attendait d'avoir la guerre pour la préparer, on ne levait les armées qu'au moment de s'en servir. Maintenant l'Europe, pour résister à la Prusse, avait dû adopter la méthode prussienne. Sauf les pays défendus par leur position géographique (Angleterre, Espagne, Portugal, Suède, Norvège) et la Belgique, confiante dans sa neutralité garantie par t aité, tous les États faisaient passer toute la jeunesse par l'armée active et maintenaient tous les hommes valides sous le coup d'un appel de mobilisation. Chaque État, craignant de se laisser devancer dans ses préparatifs, augmentait sans cesse ses armements; les dépenses militaires croissaient rapidement. Les sages disaient (pie la ruine des finances arrêterait les Élats dansc<'tle course folle, de môme (ju'en 1815, ils pré lisaient la banqueroute inévitable de l'Angleterre, <pie la guerre avait chargée d'une dette de '20 milliards. Les sa.<es n'esiimaient pas à leur valeur les forces des nations. Le poids des armements a peut-être ralenti lacrroissement de la richesse en Europe, il ne l'a pas empêché. L'Allemagne, sous ce régime, a augmenté rapidement sa population, son commerce, son capital et son revenu; aucun grand Élat ne s'est appauvri.

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