Wagner. IV, 39. Damilz. I
Chemin faisant, il rallie tout ce qu'il rencontre de troupes qui quittent le feu : là une compagnie, ici une section, plus loin un groupe de fuyards. Avec ces sept ou huit bataillons, il rejoint les divisions épuisées de Brause, de Pirch II et de Tippelskirch, et ordonne une nouvelle attaque. « — Mes hommes ont brûlé toutes leurs cartouches et vidé les gibernes des morts, lui dit Pirch ; ils n'ont plus un seul coup à tirer. » « — A la baïonnette ! » lui crie Blùcher. Et brandissant son sabre, poussant en avant son magnifique cheval blanc, don du Prince Régent d'Angleterre, il entraîne ses soldats électrisés. Suprême effort de braves à bout de forces ! Ils reprennent le Hameau, mais leur flot se brise contre la digue d'acier des 2\ 3e et 4e chasseurs de la garde, déployés par régiments à la gauche de Saint- Amand ].
Les Prussiens sont rentrés en désarroi dans La Haye. Blucher espère du moins coucher sur ses positions. Il croit la bataille finie, car la nuit vient2. Ce n'est pas la nuit. A sept heures et demie, au solstice de juin, le soleil brille encore à l'horizon. C'est l'orage. De grands nuages noirs courent et s'amoncellent dans le ciel, couvrant d'une voûte d'ombre tout le champ de bataille. La pluie commence à tomber à grosses gouttes. Il tonne coup sur coup, avec violence, mais les grondements du tonnerre sont bientôt dominés par le fracas de l'effroyable canonnade qui retentit soudain vers Ligny3.
1. Von Ollech, 154. Damitz,I, 127. (Cf. 131 et 141.) Wagner, IV, 33-34.
2. Damilz, 132. Rapport officiel de Gneiscnau. Cf. Wagner, 43.
3. Damitz, 1, 132 et note. Wagner, IV, 43. Cf. von Ollech, 154, et Maud^uH, 11,86-87. ,'»
Vers six heures et demie ', l'aide de camp envoyé pour reconnaître la force de la colonne ennemie qui débouchait des hois de Villers-Perwin sur le flanc de Vandamme2, avait rapporté à l'empereur que cette colonne prétendue anglaise était le corps du comte d'Erlon 3. Napoléon aurait pu s'en douter. Une fausse manœuvre, une confusion dans les ordres, une marche de travers ne sont point choses si rares à la guerre qu'il ne dût en admettre l'hypothèse. Déconcerté jusqu'au trouble par la direction menaçante de cette colonne, il n'avait point pensé au corps de d'Erlon, que lui-même, cependant, venait d'appeler sur le champ de bataille. Si sa présence d'esprit habituelle ne lui eût fait défaut, le mouvement manqué était encore exécutable. Il suffisait d'envoyer par l'aide de camp chargé de reconnaître la colonne l'ordre pressant à d'Erlon de manœuvrer pour tourner la droite prussienne. Napoléon n'y avait point songé. Et quand l'aide de camp revint près de lui, il jugea avec raison que le mouvement serait désormais trop tardif. Pour opérer cette marche enveloppante, il aurait fallu deux heures4. L'empereur, au reste, savait vrai-