L ARMEMENT ET L HABILLEMENT
Le préfet du Mont-Blanc remarque que son département a fourni plus de combattants qu'à aucune époque de la Révolution1. L'Aisne, qui du 1er avril au 12 juin a donné 18,200 volontaires, rappelés, conscrits, gardes nationaux mobilisés, francs-tireurs et militaires retraités, parmi lesquels des vieillards de soixante-treize ans, mérite cette parole de Napoléon : « Dans ce département-là, on trouvera autant d'hommes qu'il y aura de fusils pour les armer2. »
Des fusils, des munitions, des vivres, des chevaux, des uniformes et des souliers, il en fallait beaucoup, et il y en avait peu. Presque tout le matériel était à improviser. Si l'artillerie possédait 13,947 bouches à feu, il lui manquait des chevaux, des harnachements et 600,000 projectiles3. Dans les régiments d'infanterie et de cavalerie, les uns et les autres à effectifs très réduits, les armes étaient au complet ; mais, pour armer les rappelés, les engagés volontaires, les inscrits maritimes, les gardes nationales mobilisées, les tirailleurs fédérés et les conscrits de 1815, qui selon les prévisions devaient s'élever ensemble, vers le milieu
1. Corresp. des préfets, du 5 au 22 juin. (Arch. nat. F. 7, 3774.) Préfet de Seine-et-Oise à Carnot, 16 juin. (Arch. Guerre.)
2. Davout à Durieux, 8 mai. Préfet de l'Aisne à Davout, 25 mai. Langeron à Lobau, Laon, 2 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Napoléon, Corresp., 22047. — Il faut citer aussi ces mots de Carnot dans son rapport à l'empereur du 16 mai (Moniteur) : « Toutes les classes de citoyens du département de l'Aisne ne cessent de donner à la patrie les preuves du plus noble patriotisme et du plus généreux dévouement. »
3. Rapport du général Évain, 21 mars. (Arch. nat. AF. IV, 3940.)
de septembre, à plus de 500,000 hommes, il n'y avait dans les arsenaux et les magasins des corps que 195,000 fusils, dont 74,000 à réparer4.
« Le salut du pays, écrivait l'empereur, est dans la quantité de fusils dont nous pourrons nous armer2. » Les manufactures impériales, où tous les ouvriers armuriers, exemptés des diverses conscriptions depuis Tan VIÏÏ, furent rappelés par décret3, reçurent la commande de 235,000 fusils et mousquetons et de 15,000 paires de pistolets. On fit faire les baïonnettes dans les coutelleries de Langres et de Moulins. 10,000 fusils de chasse et 4,000 fusils rognés furent distribués aux paysans alsaciens, lorrains, champenois et bourguignons de la levée en masse4. Pour la réparation des fusils hors de service, on recourut à l'industrie privée. Des ateliers formés d'armuriers, de serruriers, d'ébénistes, de dinandiers furent établis dans les principales villes; à Paris, il y en eut six, qui employèrent 2,000 ouvriers. On s'efforça aussi d'acheter des fusils en Angleterre, et il en vint, cachés dans des bateaux à charbon, quelques milliers de la Belgique et des Provinces Rhénanes. D'autres furent apportés par des paysans, une prime de 12 francs étant allouée pour chaque fusil restitué ; d'autres furent réquisitionnés chez des
1 Dépôts des corps : 27,000 fusils. Magasins d'artillerie : 157,000 dont 70 0*00 à réparer. Arsenaux de la marine : 10,990 dont 3,600 à reparer. Total général : 194,990. ,
(Drouot à Napoléon, 27 mars. Davout a Napoléon, 4 avril. Decres a NapolTon 29 mars et 10 mai. Arch. nat. AF. IV, 1940, et AF. IV 1941.)
2. Napoléon, Corresp., 21755. Cf. 21811, et Napoléon à Davout, 8 avril. (Carton de la Corresp. de Napoléon. Arch. Guerre.)