L ARMEMENT ET L HABILLEMENT
négociants et des armateurs auxquels il avait été enjoint, par voie d'affiches,. de déclarer les armes de guerre qu'ils pourraient avoir1.
Malgré l'activité déployée et tous les moyens mis en œuvre, les hommes arrivaient dans les dépôts plus vite que les armes n'entraient dans les magasins. Les manufactures et les ateliers pouvaient fournir par mois seulement 20,000 fusils neufs et à peu près le même nombre de fusils réparés2. Dans les premiers jours de juin, c'est à peine si l'on avait donné des fusils à la moitié des gardes nationales mobilisées3. Quant aux sabres-briquets dont la fabrication avait été ajournée, car il fallait d'abord faire des baïonnettes, on décida que, même dans la ligne, seules les compagnies de grenadiers en seraient pourvues. Les cuirasses manquaient. « Faites rejoindre les hommes quand même, écrivit Napoléon ; les cuirasses ne sont pas indispensables pour faire la guerre4. » Partout, on pressa la confection des cartouches de façon à porter l'approvisionnement à 100 par homme : 50 clans le sac et 50 dans les caissons des parcs. A Vincennes, il en fut fabriqué 12 millions en deux mois. Le 1er juin, l'approvisionnement de réserve de l'armée du Nord
1. Davout à Napoléon, 4, 14 et 29 avril; à Lemarois, 3 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1940 et Arch. , Guerre.) Napoléon, Corresp., 21755, 21811, 21887. Bulletin des Lois, 29 mars.
2. Davout à Napoléon, 4, 14 et 29 avril. (Arch. nat. AF. IV, 1940.)— Les fusils hors de service étaient en si pitoyable état que l'empereur avait pensé d'abord à les faire tout simplement dépecer pour les pièces de rechange. (Napoléon à Davout, 8 avril. Arch. Guerre, carton de la Corresp. de Napoléon.)
3. Davout à Napoléon, 3, 5, 6, 7 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1940.) Davout Corresp., Yïkl. Lettres de Langeron, Laon, 1er juin ; de Lorecez, Metz, 5 juin; du commandant de Landrecies, 6 juin; de Suchet, Chambéry, 9 et 10 juin; de Bonnaire, Condé, 12 juin; de Hervo, Poitiers, 18 juin, etc. etc. (Arch. Guerre, Armées du Nord, des Alpes, et Corresp. générale.)
4. Ruty à Davout et Davout à Ruty, 19 mai. (Arch. Guerre. Armée du Nord.) Napoléon, Corres . 219 .
montait à 5 millions et demi de cartouches, et les soldats de tous les régiments placés en première ligne avaient, à quelques-unes près, leurs cinquante cartouches au complet ' . ,
Non seulement le gouvernement de la Restauration ne s'était pas occupé de reconstituer les magasins d'habillement vidés par les gigantesques armements de 1812 et de 1813, mais il n'avait même point pourvu à l'entretien des troupes sous les drapeaux. De mai 1814 à février 1815 la Guerre n'avait affecté à l'habillement que 4 millions dont un seul avait été payé2 Les uniformes étaient des haillons. Dans plus de vingt régiments, les hommes manquaient de souliers ; dans les corps d'élite comme les chasseurs royaux, des cavaliers n'avaient ni bottes ni chemises. Au 14° léger, les hommes portaient depuis deux ans hiver comme été, des pantalons de toile. Au 27« de ligne, il était dû 30,000 francs pour la première mise des prisonniers rapatriés antérieurement au 1" janvier 1815; ces hommes firent la campagne en bonnet de police3. L'empereur dut porter à 30 millions les crédits pour l'habillement, et l'Administration
,. Davout à Napo.éon, 29 avril. (Arch. nat. AF. nj^*»
brûlé jusqu'à 40 chacun. .„ TV mn.)
" Banuort de Davout à Napoléon, 5 avril. (Arch. nat. AF. IV, Wiu.; In ?£à ^habillement d'un fantassin (1" mise), y compris linge et chaussures coûtait 122 francs, et celui d'un cavalier 197 francs. I y avait en out 'la masse d'entretien, fixée à 17 francs pour chaque "Mat \ Procès-verbaux des Conseils des ministres, 14 juin 1814. ( Ar en. n m. AF * V2) Sous préfet de Saint-Quentin à Glarke, 14 mars 18b. Lettres a Davout • de Briche, 26 mars; de Vandamme, 22 avril ; de Brune 16 mai ^ Lobau 12 [u n de Grouchy, 14 juin. (Arch. Guerre.) Colonel du 27- à Davout *4 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1930.) Davout, Corresp., 1661, lGGi. Napoléon, Corresp., 21884.
l'armement et l'habillement 21
de la Guerre estimait qu'il les faudrait élever jusqu'à 51 millions dans le courant de l'année ^. Des ateliers créés à Paris fournirent 1,250 habits par jour. On travailla activement dans les dépôts auxquels les fabricants furent invités à faire des avances de fournitures sous la garantie des villes. Comme le drap bleu manquait, on confectionna des capotes avec des draps de nuances diverses2. A l'époque du 20 mars, la cavalerie possédait seulement 27,864 chevaux3, l'artillerie et les services auxiliaires 7,765. De ces 35,629 chevaux, 5,000 avaient été, par mesure d'économie, prêtés à des cultivateurs ; on s'empressa de les faire rentrer dans les corps \ Les départements furent frappés d'une réquisition de 8,000 chevaux contre remboursement, tandis que, au dépôt central de remonte établi à Versailles, on achetait les chevaux présentés volontairement par les éleveurs et les fermiers. On versa dans la garde les chevaux de la maison militaire du roi et des volontaires royaux. Les dépôts de chaque corps furent autorisés à faire des achats directs. Enfin, l'empereur eut l'excellente idée de prendre la moitié des chevaux de la gendarmerie. Chaque gendarme reçut une indemnité de 600 francs; il devait se remonter sous quinze jours, ce qui lui était facile en raison de sa situation dans le pays. Grâce à cet expédient,
1. Rapp. de Davout, 5 et 6 avril. Rapp. de Lebarbier de Tinan, 23 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1941.) Cf. Napoléon, Corresp., 21885, 21886, 21801. Davout, Corresp., 1603. Procès-verbal du Conseil des ministres du 26 avril. (Arch. nat. AF. IV, 990b .)
2. Davout, Corresp., 1590, 1603, 1667, 1678. Cf. dans la Corresp. de Napoléon les lettres précitées où l'empereur se plaint des retards que subissent l'habillement et l'équipement.
3. Situation d'après les états du 15 mars. (Arch. Guerre.) — Davout (Rapp. à Napoléon, 28 mars. Arch. nat. AF. IV, 1941) dit : 21,320, mais il ne compte que les chevaux en état d'entrer en campagne.
4. Situation précitée. Cf. Napoléon, Mém. pour servir à l'histoire, 26.
4,250 chevaux vigoureux et tout dressés furent incontinent répartis entre les cuirassiers et les dragons ^. La réquisition dans les départements donna plus qu'on n'en espérait2, mais au grand dépôt de Versailles la remonte marcha fort mal. Le général Préval semblait désigné pour reprendre le commandement de ce dépôt où il avait fait des prodiges en 1814. A tort ou à raison, il était suspect de royalisme. L'empereur l'envoya ou plutôt l'exila au dépôt de Beauvais et nomma à Versailles le général Bourcier. Celui-ci était un formaliste, esclave des règlements, s'arrêtant à des vétilles. Il refusait les chevaux qui avaient plus de huit ans et ceux à qui il manquait un demi-pouce de taille. En pleine guerre, pendant le seul mois de mars, Préval avait réuni plus de 7,000 chevaux 3 ; en deux mois de paix, Bourcier n'en put trouver que 2,579 M Malgré ce mécompte, il y avait au jour de l'entrée en campagne une belle masse de chevaux. La cavalerie en comptait 40,000 aux armées et dans les dépôts5 ; l'artillerie, y compris le train et les équipages, 16,500 6.
1 Napoléon, Corresp., 21741, 21756, 21810, 21910. Procès-verbal du rnispil des ministres du 17 mai. Rapp. de Davout à Napoléon, 7 et 21 avril. (Axch nâ ;. AF IV ,1940 et 1941.) Circulaires de Davout, 17 et 26 avril. Rovigo à Davout, 27 avril et 6 mai. (Arch. Guerre.) ,
2 Davout craignait des difficultés qui ne se produisirent pas. (Lettre a Napoléon, 6 mai Arch. nat. AF. IV, 990b et 1941.) Certains départements, nommément l'Aisne et les Ardennes, fournirent jusqu'à 500 chevaux. (Lettre de Langeron, 3 juin. Arch. Guerre, Armée du Nord.)
3. Sur la conduite de Préval pendant la campagne de France, voir 1814,
i. Napoléon, Corresp., 21982. Rapp. de Bourcier, 21 juin. (Arch. Guerre.
SltLeagénéml Préval rentra en grâce le 23 mai. L'empereur le nomma directeur de la cavalerie au ministère de la Guerre. (Napoléon, Corresp.., 21961.) Mais la mesure était trop tardive. ..-ai
5 Cavalerie de la ligne : 35,201. (Situation générale au 1" ]um. Arch. nat. AF. IV, 1936.) Cavalerie de la garde : 4,958. (Situation de d'Henot, au 16 juin. Arch. Guerre.) Total : 40,159. .
6. Artillerie de la ligne : 13,823. (Situation générale au 1" juin. Arch.