‹ 1815 (volume 2)Chapitre 117 sur 271 · ORDRES RÉITÉKÉS DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

ORDRES RÉITÉKÉS DE L'EMPEREUR

Ce « très peu de temps de perdu », c'était un retard de deux heures. Reille ne mit ses troupes en marche qu'à la réception de l'ordre de Ney, c'està-dire au plus tôt vers midi. Sa tête de colonne n'arriva guère à Frasnes avant une heure et demie4. En vain, dans l'intervalle, Ney avait reçu une nouvelle lettre du major-général réitérant les premières instructions2. Avec un seul bataillon et les lanciers et chasseurs à cheval de la garde, il était contraint d'attendre l'infanterie de Reille pour commencer l'attaque. D'ailleurs, il pensait avoir tout le temps de s'établir aux Quatre-Bras, car il continuait de croire que l'ennemi peu nombreux n'y ferait pas grande résistance3.

Le prince d'Orange, il est vrai, n'avait encore que la division Perponcher : 7,800 baïonnettes et 14 bouches à feu4. Mais pénétré de l'importance stratégique des Quatre-Bras, il était déterminé à

une division de l'aile gauche, mais cette division devait déboucher de Marnais et non de Gosselies. Or, à Frasnes, où Reille aurait dû se diriger tout de suite, il se serait trouvé plus près de Marbais qu'il n'en était à Gosselies. Il faut cependant lire attentivement les documents avant de porter un jugement !

Ce qui paralysa Reille, ce fut la crainte pour lui-même des masses prussiennes signalées par Girard comme débouchant de la route de Namur. Craintes chimériques et raisonnement mal fondé. Reille sachant par la lettre de l'empereur qui venait de lui être communiquée que celui-ci marchait sur Sombreffe par Fleurus, il était évident que les Prussiens avaient pour objectif non point lui, Reille, mais Napoléon.

1. Il y a 2 lieues de Frasnes à Gosselies, et l'ordre de Ney fut envoyé à 11 heures et quart au plus tôt. — Reille dans sa Relation dit que ses divisions de tête commencèrent l'attaque vers 2 heures. Foy dans son rapport du 17 (Reg. de Corresp.) dit aussi que sa division fut formée en avant de Frasnes à 2 heures.

2. Sur cette lettre, motivée par le rapport d'un officier de lanciers et envoyée par Soult vers 10 heures, voir 1815, 11,139-140.

3. Répécaud, 17. — Comme je l'ai déjà fait remarquer, cette assertion est absolument confirmée par l'ordre de marche de Ney précité.

4. Brigades Bylandt et Saxe-Veimar. Situation du 12 juin, citée par van Lôben, 69. Cf. ma note 1 de la page 129. — A midi, Perponcher n'avait même que 7,000 hommes, car le 7e bataillon de ligne n'arriva de Nivelles qu'entre 2 heures et 2 heures et demie. (Van Lôben, 193.)

tenir coûte que coûte jusqu'à l'arrivée de l'armée anglaise.

La position était favorable à la défense. Le hameau des Quatre-Bras, groupe de trois grosses fermes et de deux maisons situées au croisement des routes de Gliarleroi à Bruxelles et de Namur à Nivelles, domine alentour les ondulations multiples du terrain. A Test, la route de Namur, en remblai, forme un retranchement naturel en avant duquel s'élève, comme une redoute, la ferme de Piraumont. Au sud-ouest, l'accès des Quatre-Bras est protégé par la ferme de Pierrepont et le boistaillis de Bossu qui s'étend, l'espace de 2,000 mètres, à la gauche de la route de Gliarleroi1. Enfin, dans un fond, à une demi-lieue au sud du hameau, la grosse ferme de Gémioncourt, construite tout près de la route, constitue un autre ouvrage avancé.

Bien qu'une division de moins de 8,000 hommes fût insuffisante pour garnir ce front de plus de trois kilomètres et en occuper solidement toutes les positions, Perponcher, afin d'imposer aux Français et de retarder d'autant l'attaque même des Quatre-Bras, ne craignit pas de disséminer son monde. Deux bataillons avec trois pièces de canon restèrent en réserve aux Quatre-Bras et sur la route de Namur; les autres furent répartis ainsi :à la gauche, un bataillon avec cinq pièces en avant de Gémioncourt et un autre occupant cette ferme; à la droite, quatre bataillons et la batterie à cheval sur la lisière orientale du bois de Bossu et en avant de Pierrepont2.

1. Ce bois a été défriché ainsi que le bois de la Hutte qui s'étendait à 1,200 mètres à la droite de la route, entre Frasnes et Villers-Perwin.

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